21/08/2017

Faut-il craindre George Soros ?

*« Je suis un homme d’Etat sans Etat », déclare George Soros, spéculateur new-yorkais et habitué du World Economic Forum de Davos.

IMG_6881.PNGDoté d’une force de frappe financière estimée à 25 milliards de dollars – soit la vingt-neuvième fortune mondiale selon le magazine Forbes, Soros est un lobbyiste redoutable à l’œuvre dans une trentaine de pays.

La toile le situe ou le pressent partout et nulle part à la fois. Dans les territoires palestiniens jusqu’auprès de mouvances salafistes, en passant par des groupes néo-nazis et même au sein du fumeux fonds d’investissement Carlyle Group, 11ème fournisseur du Pentagone.

Pour autant, il s’agit de prendre des pincettes. La journaliste de « France 24 » Stéphanie Antoine ne décrit pas pour rien Soros comme un homme de contradictions. Le personnage s’est fait beaucoup d’ennemis et de détracteurs, de la Hongrie à Israël, en passant par Moscou où Poutine a même lancé un mandat d’arrêt international contre lui. Aussi inspire-t-il une multitude d’allégations non vérifiées. « Soros est présenté comme le responsable de tous les bouleversements politiques. Il fait un excellent bouc émissaire pour des régimes de plus en plus autoritaires », relève l’historien allemand Ulf Brunnbauer.

Il est vrai que Soros n’est pas à une contradiction près. Il est capable d’investir douze millions de dollars pour s’opposer à réélection de George Bush et en même temps sauver le fils de ce dernier de la faillite. Au sein de la société civile comme dans les coulisses des gouvernements, il agit en initiant et en finançant une grande quantité de mouvements et de fondations. Son vaisseau amiral est sans conteste «l’Open Society Foundations» (OSF). On retrouve l’ombre du réseau tentaculaire, créé en 1979, derrière des émeutes et renversements de régimes. Par exemples: en Serbie (2000) avec Groupe Résistance (OTPOR) et la chute de Slobodan Milosevic; en Géorgie (2003) et la Révolution des roses dirigée par le groupe Kmara (Assez !) ; en Ukraine (2004) et la Révolution orange avec l’intervention de « L’International Renaissance Fondation » (IRF); au Kirghizistan (2005) avec l’ombre de la « Coalition pour la démocratie et la société civile » (CDCS); la crise migratoire vers l’Europe, les émeutes fomentées par sa filiale « MoveOn » contre l’investiture de Donald Trump.

Le magnat qui fête ses 87 ans ce 12 août a soutenu non seulement la campagne de Hillary Clinton à coups de plusieurs dizaines de millions de dollars mais il a aussi perdu plus d’un milliard en pariant sur la défaite de son adversaire. Aujourd’hui il veut la peau du 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Il le vocifère sur les plateaux de télévision. Cette nouvelle lutte risque d’être longue et douloureuse. Trump possédant lui aussi, en matière de propagande et de contre-propagande, beaucoup de munitions.

Soros ne s’en cache pas: il ne s’embarrasse pas de considérations morales. Faire de l’argent en spéculant – on spécule toujours contre quelqu’un – est pour lui un jeu. La vie est un jeu. Pour jouer, il exploite les failles du système. Si ce n’est pas lui qui le fait, un autre le fera.

À ce titre, toute déstabilisation est bonne à prendre du moment où elle permet de remodeler et d’engranger des bénéfices. Soros déploie son influence tel un nomade voyageant dans les couloirs des tragédies contemporaines. Son idéologie, il la tient du philosophe autrichien Karl Popper dont il est un adepte: «Comme il est impossible de prédire le cours de l’histoire, il faut progresser petit à petit par essai/erreur, d’où une conception fragmentaire des sciences sociales ( … ). Au lieu de prévoir un plan d’ensemble pour réorganiser la société, il s’agit, au contraire, de procéder par petites touches, afin de pouvoir comprendre l’effet de telle ou telle mesure et d’en corriger les inévitables conséquences inattendues. »

Ainsi pour le mondialiste Soros, toutes les actions doivent-elles converger vers une « société ouverte. » Et comme Karl Popper, il ne distingue que deux types de régimes politiques : la démocratie et la tyrannie. Avec ce prisme, l’Etat et l’Institution quels qu’ils soient peuvent rapidement se trouver du côté de la tyrannie quand ils ne vont pas dans le sens du milliardaire et de ses suivants. Comme le précise la journaliste Nina Lamparski de l’Agence France-Presse, bureau de Budapest, ville natale de Soros: « Sa vision est clairement mondialiste. Elle se fonde sur le dessein d’une société sans Etat, sans frontière et avec des idéaux s’appuyant dans l’absolu sur une société libérale et multiculturelle. »

« J’ai vu les dégâts causés lorsque les sociétés succombent à la peur de l’autre » a récemment expliqué George Soros dans le « New York Times ». Dans la perception du milliardaire, la France qui pratique outrageusement l’état d’urgence et la discrimination religieuse à l’égard des Musulmans s’approche dangereusement du statut de tyrannie. Mais Soros a été condamné jadis dans l’Hexagone à payer près d’un milliard d’amende dans une affaire de délit d’initié liée à la banque Société Générale.

Il a aussi fait le jeu des néolibéraux en forçant les pays extracteurs d’Afrique à communiquer ouvertement et publiquement sur leurs quantités et qualités de matières premières. Ce n’est pas pour rien que des multinationales prédatrices, après avoir soudoyé durant des décennies des gouvernements corrompus, voient d’un bon œil le concept de « société ouverte » de Soros. Avec lui le potentiel de consommateurs augmente. Tout en abattant la principale entrave au néolibéralisme, l’État.

L’art de spéculer s’accompagne du rachat d’une bonne conduite. Soros finance par le biais de l’OSF des ONG actives dans l’éducation, d’autres militant pour l’égalité des droits civiques ou engagées dans la lutte contre l’hépatite ou encore le HIV. Ce faisant il devient plus que l’homme d’Etat sans Etat du début. Il devient Dieu.

 

*Texte publié dans "La Méduse", août 2017

18/08/2017

Attentat de Barcelone, nous sommes avant toute chose victimes de notre inculture !

IMG_6679.JPG*Attentat de Barcelone, il ne s’agit pas d’un choc des civilisations mais du choc de l’inculture !!C’est le criminologue français renommé Alain Bauer qui le dit : « Le choc des civilisations tout comme le mythe du méchant califat qui en veut à notre population occidentale consumériste et décadente relèvent plus du fantasme que de solides fondements.

« Nous sommes plutôt otages de notre propre inculture. » L’attaque à la « camionnette-bélier » survenue sur la principale artère de l’universelle Cité de Barcelone Las Ramblas nous apprend, pour le moins, un élément clé. Le ou les auteurs ont tenté la fuite. Ils n’avaient, à l’instar des auteurs présumés des attentats de Berlin et de Stockholm, aucune intention suicidaire. Le motif est crapuleux. Aucune idéologie ne semble les animer suffisamment pour mourir. Il est grand temps que les médias, dans leur ensemble, creusent d’autres hypothèses que celles totalement stériles diffusées en « copier-coller » depuis le 11 septembre 2001. Le phénomène mute et il évolue. Tout comme le fait la société et ses modes. Faut-il le rappeler ?

La recherche de la vérité semble avoir été balayée par des impératifs économiques ou encore par l’adoption d’une pensée unique aseptisée et confortable pour le plus grand nombre. Notons que les professionnels de l’information ont de qui tenir. Le politique, dans son ensemble, ne fait qu’agir de la sorte. Comme si le terrorisme ou ce qu’il serait plus juste d’appeler des violences politiques et de la criminalité comme l’a sanctionnée n’importe quel code pénal servaient de programme électoraliste. Rapidement, nous allons aussi apprendre pour l’attaque de Barcelone, comme pour les scènes du crime de Paris, de Londres, de Stockholm ou de Berlin, que le malfrat était défavorablement connu des services de police. Peut-être même qu’il a déjà été condamné. C’était le cas pour tous les autres.

IMG_6680.JPGÀ ce stade, force est de reconnaître qu’il s’agit bien de crime de droit commun et que la réponse la plus adaptée est la police de proximité. Celle-ci agissant au niveau du voisinage et de la détection. Comme le précise un autre criminologue qui fait autorité dans l’hexagone : « L’opération sentinelle et le plan vigipirate n’ont, à ce jour, déjoué ni empêché aucun attentat. » Ce que nous traitons comme une guerre n’en serait en fait pas une ?

Aussi, si ce n’est ni l’islam ni une autre idéologie qui motivent ces criminels qui ne semblent n’être que la pointe de l’iceberg, c’est quoi ? Peut-être tout bonnement l’argent, des motifs crapuleux, la recherche de célébrité, une opération de diversion, la production d’une destinée, la vengeance, la démence? Bref, il est urgent d’explorer d’autres pistes que celles idéologiques ou religieuses.

Pour cela, il faut faire de l’information et non plus de la communication. Quant à l’organisation criminelle et auto-proclamée « État islamique » qui vit ses dernières heures – comme d’autres mouvances criminelles avant elle – préparons-nous à subir son ou ses successeurs. Puisque la même idéologie d’appel à la terreur anime à la fois ceux avec qui nous marchandons – armes, matières premières, immobilier, clubs sportifs etc., etc., – en se bouchant le nez, et ceux qui posent les bombes ! En résumé, nous avons à appréhender deux problématiques meurtrières et non une seule.

Primo, une politique occidentale au Moyen-Orient calamiteuse.

Secundo, une recrudescence du crime et du crime organisé.

Et aux phénomènes nous ne semblons pas apporter les réponses adéquates. Autant dire qu’il est alors aisé aux deux de se côtoyer quand elles y trouvent intérêt commun.

*Publié dans "La Méduse", le 18 août 2017.

10/08/2017

Prémices d'un nouveau massacre ethnique en Turquie...

« Il est difficile pour un dictateur d’asseoir durablement son régime totalitaire sans la désignation d’un ennemi de la nation. »

Et pour Ankara il est tout désigné. Il n’a jamais cessé de l’être. Bien sûr, nous parlons du ou plutôt du peuple kurde. Dans un premier temps, les médias critiques ont été muselés. Tout comme les intellectuels libres dans leur tête et les leaders des ONG telles que Amnesty. Pour ne mentionner que celle-ci.

Ensuite, le régime d’Erdogan s’en est pris aux chaînes de télévision kurdes. Des pressions avec des menaces de rétorsions commerciales ont été exercées sur le plus grand groupe européen de satellites Eutelsat, de l’aveu même de son PDG Rodolphe Belmer devant le Sénat, en octobre dernier. Même le groupe dont les parts sont détenues pour la majorité par l’État français a plié. Il a interrompu la diffusion des chaînes kurdes Med-Nûçe, Newroz TV, Ronahî TV, Stêrk TV et News Channel. « La Turquie représente un marché économique juteux qui justifierait qu’on réduise au silence les chaînes de télévision qui dérangent cet Etat », dénonce le Conseil démocratique kurde en France (CDKF). Et d’ajouter : « Eutelsat se rend ainsi complice de la répression inouïe exercée par le régime d’Erdogan contre l’opposition et les Kurdes. »

Une fois la future scène du crime cachée aux yeux de tous et même de sa propre population, le tyran d’Ankara va pouvoir mener sa salle guerre. Ceci même après avoir activement soutenu les rebelles de tous poils contre le régime de Damas, y compris les moins fréquentables comme le Front al-Nosra, Nourredine Al-Zinki ou encore Daesh. C’est ainsi qu’il a habilement négocié, à l’automne dernier, avec les Russes pour évacuer d’Alep-Est plusieurs milliers de pseudos combattants de la liberté et autres criminels de droit commun avec leurs armes. Sur place, des évacuations surréalistes ont été commentées par le grand reporter du « Figaro » Georges Malbrunot. Son tweet : « Ils ont réussi à emporter des armes lourdes dissimulées dans des camions qu’ils conduisaient eux-mêmes. Accord russe. Damas pas content. »

Le deal passé, à la barbe de l’Iran, de l’Europe et même des États-Unis comme de l’ONU, étant : Les autorités turques s’engagent à ne plus rien tenter contre Bachar el-Assad et en échange elles récupèrent des milliers de mercenaires que le rouleau compresseur de Poutine épargne au lieu d’écraser. L’accord a été conclu le 13 décembre 2016, à Ankara, entre les services de renseignement turcs, l’armée russe et les représentants de la rébellion. Soit le terme de cinq ans d’une horrible guerre civile qui a fait plus de 300’000 morts… pour rien ! Aujourd’hui , ces combattants logent dans des camps-containers parmi 27000 réfugiés à Kahramanmaras, sud-est de la Turquie. Leur nombre est difficile à définir. Selon les sources, on évoque de quelques milliers à plus d’une dizaine de milliers de « djihadistes. »

« Nous savons que les membres de Daesh sont également hébergés dans ces camps », déclare, en substance, Mehmet Çarman, avocat des villageois de la région, principalement membres d’une importante communauté kurde alévie. De nouvelles exactions à l’endroit des Kurdes sont-elles à craindre ? Malheureusement, c’est plus que possible et comme aucune ONG ni organisation de la société civile n’ont accès à ces camps, le monde n’en saura rien.