18/10/2017

La Côte d'Almeria en Espagne est toujours affectée par le plutonium !

IMG_3777.JPG**Reportage exclusif – Palomares, ce plutonium qui active une mémoire que l’on ne saurait perdre

on 17 OCTOBRE 2017 in ENVIRONNEMENT - FRANCOIS MEYLAN

Lundi 17 janvier 1966, l’un des plus graves accidents nucléaires de tous les temps s’est produit à Palomares, en Espagne.

*PAR FRANÇOIS MEYLAN, retour de Palomares

Pendant trois jours, j’ai parcouru de long en large cette station balnéaire andalouse. Interrogeant les habitants et photographiant les lieux pour comprendre. Que reste-t-il de cette tragique et incroyable histoire, plus de cinquante ans après? En ce jour fatidique, à 9400 mètres au-dessus de la Méditerranée et des côtes espagnoles, un Boeing B-52 du Strategic Air Command entre en collision avec son avion ravitailleur un KC-135 Stratotanker. Les deux avions explosent, tuant huit membres d’équipage. Les autres doivent la vie à leur parachute.

Des quatre bombes H de type Mk 28 – chacune ayant 70 fois la puissance de celle larguée sur Hiroshima – que le bombardier parti de Caroline du Nord transportait, deux dont les parachutes ne se déploient pas, s’écrasent près du village de Palomares. Leurs explosifs conventionnels explosent et dispersent plus de quatre kilos de plutonium sur 250 hectares. La troisième n’est quasiment pas endommagée. La quatrième s’abîme en mer. Elle est récupérée intacte après deux mois et demi de recherches, grâce à un pêcheur espagnol qui la localise. Un habitant de Cuevas del Almanzora qui avait onze ans lors des faits m’explique comment soudainement les fenêtres de son école ont été soufflées par une explosion incroyable. Il s’en souvient comme si c’était hier. Tout le monde était dans la rue pour voir les deux épaves tomber du ciel comme deux feuilles de papier consumées. Cuevas se trouve à onze kilomètres de Palomares.

Mes interrogations sont alors: à qui les bombes étaient-elles destinées? Quel est encore le niveau de radioactivité sur la zone? Comment gère l’administration américaine les conséquences de cet accident aujourd’hui? Comment la population locale vit-elle avec ce passé de victime de l’atome? Pour répondre à la première question, il faut revenir à l’opération “Chrome Dome.” Un programme militaire de l’United States Air Force pendant la “Guerre froide” initié par le président américain Lyndon Johnson. Il impliquait des bombardiers Boeing B-52 chargés d’armes thermonucléaires, assignés à des objectifs en ex-URSS en cas de déclenchement d’un conflit. Jusqu’à une douzaine d’appareils étaient en vol en permanence, chargés de missions de plus de vingt heures au-dessus du cercle Arctique et de la Méditerranée. Démarrée initialement en 1958 sous le nom de couverture de Head Start puis Round Robin, l’opération “Dome Chrome” a commencé en 1962 et pris fin le 22 janvier 1968, à la suite d’un autre accident à proximité de la base aérienne américaine de Thulé, sur le territoire danois du Groenland. Là aussi, contamination de l’environnement et victimes humaines furent minimisées tant par les autorités danoises que par Washington.

La dangerosité de “Chrome Dome” et l’inconscience des dirigeants occidentaux de l’époque ont de quoi interpeller encore aujourd’hui. Comment avoir permis que de tels arsenaux de destructions massives volent au-dessus de nos têtes 24 heures sur 24 ? Cela a duré plus de dix ans! Autre interrogation: il y a-t-il aujourd’hui encore d’autres opérations d’une telle potentialité de destruction que l’on nous cacherait? Quant au niveau de radioactivité actuel, il est officieusement admis être plus important qu’ailleurs en Espagne. Des promoteurs immobiliers poussés par la frénésie spéculative de 2008 en savent quelque chose, qui virent cette partie de la côte d’Almeria déclarée zone inconstructible en raison d’un taux d’américium – un métal classé radioélément dangereux – très largement supérieur au maximum autorisé.

Je me rends sur le lieu de l’une des deux explosions présumées. L’accès y est interdit par le CIEMAT (Centro de Investigaciones Energéticas, Medioambientales y Tecnológicas). Ce qui n’empêche pas de vastes exploitations maraîchères – les pastèques y sont, par ailleurs, goûteuses – ainsi que le cimetière de Palomares de se juxtaposer à la zone interdite. À croire que la radioactivité s’arrête à une clôture de taillis! Notons que cette même agence – qui continue à nier les liens de cause à effet avec les cancers de la région – estimait en 2016 qu’il subsistait l’équivalent d’un demi-kilo de plutonium disséminé sur soixante hectares, soit 50000 mètres carrés de terres contaminées.

Interrogés, les bordiers m’expliquent qu’ici rien ne prouve que le taux de cancers soit plus important qu’ailleurs. Notons qu’en 1971, cinq ans après la catastrophe, seuls cent villageois (6 % de la population d’alors) furent examinés. Vingt-neuf tests de contamination positifs furent écartés car jugés «statistiquement insignifiants». En 1975, la Defense Nuclear Agency (DNA) mentionnait dans un rapport: «Palomares demeure l’un des quelques sites dans le monde servant de laboratoire expérimental, probablement le seul offrant un regard sur une zone agricole.» Interviewé par le “Courrier international” du 21 février 2011, suite à la visite d’une délégation américaine venue mesurer l’innocuité de la zone, le maire de la localité, Juan José Pérez, exprime le raz-le-bol de ses habitants : “Palomares est stigmatisé, socialement et économiquement.” En janvier 2016, le média “Sputnik France” relaie les données du département d’État américain, révélées par Wikileaks. Celles-ci indiquent que la seule surveillance du site contaminé de Palomares coûte 300000 dollars par an! Washington a dépensé des millions pour traiter des conséquences de cet accident nucléaire.

En 2015, les États-Unis et l’Espagne ont décidé de poursuivre leur collaboration dans cette affaire. Le secrétaire d’État américain John Kerry et le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel García-Margallo ont signé un accord le 19 octobre 2016 grâce auquel les États-Unis s’engagent à prélever quelque 50000 mères cubes de terres contaminées et à les expédier sur sol américain par voie maritime. Pour autant, l’accord n’est pas contraignant et ne stipule aucun délai. On sait seulement que durant la première phase de décontamination, 1400 tonnes d’éléments terreux ont été expédiés vers le centre de retraitement de Savannah River Site à Aiken en Caroline du Sud. Des plants de tomates ont été enterrés ou brûlés. Madrid n’ayant pas édicté de mesures en cas d’accident nucléaire, les protagonistes appliquent les recommandations utilisées par le centre d’essais du Nevada concernant le plutonium et les autres substances radioactives.

Des pressions de toutes sortes pourraient resurgir dans un futur proche. De l’autre côté de l’Atlantique, le cas est déclassifié. Le public a accès aux archives. Des 1600 soldats américains engagés pour nettoyer les lieux de la catastrophe, beaucoup ont été atteints de cancer. Ils parlent. Ils saisissent la justice et demandent des comptes. Pourtant ils étaient protégés par des tenues spéciales et des masques de protection. A contrario des habitants ou encore des 126 Guardia Civil mobilisés pour la même opération. En juin 2016, le journaliste du quotidien “El Mundo” Leyre Iglesias questionne un survivant, le Guardia Civil José Ortiz Hernández. Malade, ce dernier évoque ses collègues décédés de cancer. Ils étaient tous occupés, entre 1972 et 1974, au même poste de surveillance de Llano de Blanquizares, entre Palomares et sa voisine Villaricos. “Nous n’avions ni instructions en la matière ni détecteur de radiation.”

Cette sombre histoire de plus à charge de la dictature franquiste, ne serait-ce que par son opacité et le déni face au risque encouru pas les habitants de la côte d’Almeria, demeure jalousement classifiée par les autorités espagnoles. Quant aux gens de la région, ils veulent tourner la page. Le manque à gagner dans le foncier est considérable. Le tourisme a également souffert. Propos recueillis: “Que l’on vienne dorénavant à Palomares pour ses plages!… Une fois toute la terre contaminée enlevée, on édifiera un musée avec un parc thématique sur les énergies du futur!…”

J’ai parcouru lesdites plages. Elles sont belles et étendues. Sauvages, préservées des ravages de la spéculation immobilière et du béton. Elles sont fréquentées, entre autres, par les mobilhomes et les naturistes. Par endroit, les lieux sont mêmes magiques. Dommage que le plutonium active une mémoire que l’on ne saurait perdre.


*A Palomares, sur le lieu de l’une des deux explosions présumées, l’accès est interdit. Photo Meylan, 15 octobre 2017

**Publié dans "La Méduse", le 17 octobre 2017

08/10/2017

Catalogne (Espagne) : les séparatistes sont minoritaires et depuis toujours !

IMG_2288.PNGLES FAUTEURS DE TROUBLE ONT NON SEULEMENT TORT MAIS ILS AURONT À RENDRE COMPTE !

(Exrait de la Newsletter "Positionnement")

"Dans la région espagnole de Catalogne, il existe bel et bien une crise. Cette lutte de pouvoir divise les Catalans eux-mêmes. Le rapport de force engagé par quelques meneurs peu scrupuleux avec Madrid est un aveu de faillite politique. Cette riche région industrielle – tout-de-même endettée à hauteur de 100 % de son PIB ! - ne s'est toujours pas remise de sa folie spéculative immobilière et bancaire de la dernière décennie. La région qui bénéficie déjà d’une très large autonomie jusqu’à la gestion de sa police, de sa justice comme de ses prisons - un statut inégalé dans toute la péninsule - est traversée par plusieurs courants politiques que tout oppose. Des nationalistes aux indépendantistes, les relans de victimisation, de racisme et de fermeture reviennent. C'est la sur enchère du slogan. L'historien et spécialiste de l'Espagne Benoît Pellistrandi nous l’explique : "C'est la société catalane qui est divisée. Ce n'est pas l'Espagne."
La majorité catalane silencieuse qui n’ose plus même exprimer publiquement son refus de la sécession de peur d’être fustigée et taxée de fasciste par les virulents "meneurs de jeu" est prise en otage. Et les images de la Guardia Civil matraquant des manifestants sont, une fois de plus, malheureuses. Elles ne sont nullement le reflet du pourrissement de la situation voulue par une poignée de politiciens n’ayant comme seul programme celui de désigner un ennemi et de monter les uns contre les autres. À la politologue franco-espagnole Sylvia Desazars de rappeler qu'aucune constitution européenne ne permet un référendum d'auto-détermination déclaré de façon unilatérale. On ne joue ni avec la démocratie ni avec l’Institution. Pour rappel, ce conseiller à l'intérieur à la Généralité de Catalogne qui distinguait les victimes catalanes des espagnoles au lendemain des attentats du 17 août dernier… vil récupération politique, une fois de plus. Racisme et victimisation sont les poisons dilués à petites doses certes mais régulièrement dans une population en proie aux mêmes angoisses que nous tous. À savoir, à quelle sauce une mondialisation brutale, néolibérale et déshumanisée va la consommer elle et les générations futures. En attendant, comme le précise Pierre-Olivier BEFFY, chef économiste de Exane du groupe BNP Paribas, Gas Natural est la dernière entreprise, après les grandes banques Sabadell et Caixa, à avoir annoncé le départ de son siège de Catalogne. Plus généralement, ce sont 4800 entreprises qui l’ont fait depuis 2012. Par ailleurs, est-il nécessaire de rappeler que Madrid - taxée de voleuse par ces mêmes fauteurs de troubles - redistribue une part bien plus importante de son PIB aux autres régions d'Espagne que la Catalogne… Le fait que nombre de personnalités catalanes illustres ayant elles-mêmes connu la dictature franquiste se soient désolidarisées du pseudo référendum est significatif."

21/09/2017

Terrorisme : on ne le vaincra pas en s’enfermant dans le fantasme.

IMG_0649.JPGIl est temps de passer du mode communiquer au mode informer !


*Depuis les attentats du 11 septembre 2001 qui marquèrent, résolument, un avant et un après, on nous sert toujours la même soupe. Avec les résultats que l’on connaît. Et ils sont insuffisants. On n’a pas su voir venir. Ou on n’a pas voulu voir les choses telles qu’elles sont. Faute à qui ? Probablement à une multitude de facteurs et d’acteurs.

Pour la majorité d’entre nous, on ne comprend pas d’où vient une telle violence. Comme elle s’estIMG_0636.JPG encore exprimée ce 17 août 2017 à Barcelone et à Cambrils, en Catalogne, en Espagne. Soudain, l’incompréhension du phénomène paraît totale. Pour le moins, nous souffrons d’une pensée dominante bien confortable. Celle d’un méchant califat qui nous en veut. Ce fantasme est repris par l’ensemble des médias grand public. C’est une guerre entre le Bien et le Mal. Elle est couplée avec l’échec du communautariste et des banlieues ghetto. Celle d’un choc des civilisations.
« Pourtant, c’est d’inculture que « Pourtant, c’est d’inculture que nous souffrons plus que d’une nouvelle guerre de religion », comme le relève le criminologue français, de renommée internationale, Alain Bauer. A la technologie des satellites, des drones et des frappes « chirurgicales » se succèdent « al qaeda », « aqmi »,« daesh » et « boko haram. » Pour autant, rien ne s’arrange. Mais comment les choses pourraient-elles aller mieux ? Notre principal partenaire commercial en matières fossiles l’Arabie Saoudite n’exporte pas seulement du pétrole mais également le salafisme. De ce salafisme belliqueux – plus de nonante milliards de dollars investis dans cette idéologie guerrière, selon James Woolsey, ancien directeur de la CIA – ont été attisés des conflits tels que l’Afghanistan – dans ce cas précis, avec la complaisance et même l’impulsion des Etats-Unis et de l’Occident -, de l’Algérie, de la Bosnie, de la Somalie, de la Tchétchénie, du Sahel, du Nigéria, de la Lybie, du Yémen et de l’Irak comme de la Syrie. C’est bien une idéologie que nous devons combattre. IMG_0652 (1).JPGLe juge anti-terroriste Marc Trevedic, en poste au Tribunal de grande instance de Paris de 2000 à 2015 et auteur de l’ouvrage « Terroristes - les 7 piliers de la déraison», l’affirme, sans ambiguïté aucune : « Nous sommes otages d’une grande hypocrisie. C’est exactement la même idéologie qui anime tant ceux qui posent des bombes que ceux qui nous achètent des armes et financent notre parc immobilier et nos clubs de foot. » Et d’ajouter que rien n’a jamais été entrepris pour lutter contre le fanatisme religieux. Il n’est pas contredit par l’ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls : « Aujourd’hui, nous payons cher cette alliance avec le diable qui vient de loin. Soit du temps où il était question de faire tomber l’URSS». Vu ce qui précède, il y a de quoi se retrousser les manches pour mettre un terme à ses prêches sur l’autel de la violence. Ne nous leurrons pas. Dans les mosquées, de Riyad à Prizren au Kosovo, en passant par Casablanca et Vitrolles, en France, le discours haineux perdure. Il est peut-être temps de mettre un terme à l’hypocrisie. Certes, des contrats juteux en pétrole, en fournitures militaires, etc. sont en jeu. Mais alors pesons le pour et le contre. Dans cette constellation, il est temps également que nos médias et nos élus fassent enfin de l’information et non plus de la communication et de la récupération politique sur chaque attentat. Parce que les impostures autour du terrorisme sont nombreuses. Par exemple, le pseudo-chef de l’organisation criminelle que l’on nomme Etat islamique (EI) et auto-proclamé calife de tous les Musulmans qui se fait appeler Abou Bakr Al-Husseini Al-Qurashi Al-Baghdadi n’est autre qu’un simple irakien du nom de Ibrahim Al-Badri, né en 1971 à Samarra et non à Bagdad – capitale historique du califat islamique – comme le signifie son pseudo « Al-Baghdadi».terrorisme,terreur,terroristes,meylan,françois,françois meylan Il n’est pas non plus le premier successeur du prophète Mahomet, à contrario du pseudo« Abou Bakr », ni appartenant à sa tribu comme pourrait l’indiquer « Al-Qurashi. » Et, encore moins descendant du second petit fils du prophète, ce qu’aurait signifié « Al-Husseini. » Par ailleurs, arrêtons d’appeler terrorisme ce qui ressemble plus à des violences politiques et à de la criminalité organisée. Faut-il encore le rappeler ? Il n’existe, à l’heure actuelle, aucune définition universelle pour décrire ce qu’est le terrorisme. Rien que dans les pays anglo-saxons nous relevons plus de deux-cents interprétations ! Pour sa part, la définition retenue par notre Administration fédérale demeure incomplète. Elle ne prend pas en compte les cibles quand celles-ci sont militaires.
IMG_0641.JPGHors, comment lutter face à un ennemi que nous peinons à décrire ? D’où la nécessité d’informer et d’informer encore. Qui ? Nous ! Le public, autant de victimes que de cibles potentielles. A ce titre, il est préférable d’écouter l’analyse des criminologues, entre autres, Xavier Raufer et reporters réellement avisés aux vas-t-en guerre et pseudos spécialistes abonnés à nos plateaux de télévision. Le prisme des premiers nous éclairent d’avantage que les seconds. Entre autres, ils nous encouragent à passer de la résilience à la prise de position. « Il est urgent de remonter aux commanditaires et jusqu’au plus haut niveau », relève, à juste titre, le journaliste Joseph Macé-Scaron dans l’hebdomadaire « Marianne ». Activons, à notre tour, les relais diplomatiques et contre la fin de notre ingérence calamiteuse au Moyen-Orient, stoppons toute cette singerie sanguinaire !

*Publié dans "Point de Mire" No 70 - Automne 2017