21/04/2020

Jusqu’où la Suisse peut-elle accepter la propagande des indépendantistes catalans sur son territoire ?

E266CB07-A012-427E-A680-7269608BC680.jpegTexte que j’ai publié, une première fois, en date du 8 avril 2018, dans L’1Dex*

*Magazine en ligne fondé en 2011 par l’avocat et notaire Stéphane Riand à la faveur de son épouse Béatrice Riand, suisse, espagnole et catalane, militante pro séparatiste, pour soutenir la cause sécessionniste.

Liminaire de L’1Dex : Ceux qui suivent L’1Dex depuis le 1er mai 2011 savent la position qui a été suivie sur la question du processus de l’indépendance de la Catalogne : les Catalans ont le droit de décider par eux-mêmes. Le lecteur à la fibre catalane s’interrogera : pourquoi publier ce texte ? La réponse est simple : le débat appartient à l’essence de la démocratie. Alors, amis de la Catalogne, lisez aussi François Meylan, vous saurez ce que vous partagez avec lui, et vous saurez ce qui vous sépare de certains aspects de cette position. Bonne lecture à vous ! A François Meylan, nous dirions ceci : nous attendons avec impatience son analyse personnelle sur le rôle des médias espagnols en Espagne pour informer les Espagnols d’Espagne !

Nous avons tous été marqués par l’emploi de la force par la police espagnole lors du référendum anti constitutionnel et illégal du dimanche 1er octobre 2017, en Catalogne. Les images de matraques contre des bulletins de vote ont fait le tour du monde. L’engagement de la Guardia Civil – la gendarmerie espagnole qui rappelle encore aujourd’hui les années sombres du franquisme – n’était probablement pas judicieux non plus. La posture légaliste de Madrid a, encore aujourd’hui, de la peine à passer tant dans les milieux intellectuels que politiques européens. Et dans notre pays en particulier. Il suffit de comptabiliser le nombre d’articles publiés par nos médias avec le président déchu Carles Puigdemont ou encore avec l’anarchiste Anna Gabriel qui a trouvé refuge à Genève par rapport à la rareté des papiers publiés au profit de la majorité catalane dite silencieuse mais qui manifeste régulièrement et pacifiquement dans les rues de Barcelone. Notons que cette même majorité a voté à hauteur de 52% pour des formations politiques opposées à l’indépendance de l’autonomie, lors des élections officielles du 21 décembre dernier. Ce traitement médiatique partial qui couve sous nos latitudes trouve son point d’exergue le 21 mars 2017, toujours dans la Cité de Calvin, quand Carles Puigdemont est convié en grande pompe à la soirée de clôture Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains. C’est-à-dire que quelques milieux associatifs genevois ont, semble-t-il, estimé que Carles Puigdemont, ses acolytes et leurs électeurs souffrent une oppression à la hauteur des femmes victimes « d’accidents de cuisine », en Inde, ou encore des victimes d’exactions en Syrie. Des questions s’imposent. Pas à pas, la lumière se fait. Que s’est-il véritablement passé le 1er octobre 2017, dans les rues catalanes ? L’Espagne est-elle encore considérée comme une démocratie moderne européenne et est-elle encore un partenaire fiable et crédible pour notre pays ? Cas échéant, est-il bienveillant de la part de nos autorités de laisser ce conflit intérieur à un Etat souverain, démocratique et ami être récupéré sur notre territoire ? Les indépendantistes catalans sont-ils foncièrement pacifistes ? Pour répondre à ces interrogations pour lesquelles nombre d’acteurs en Suisse paraissent avoir répondu, sans même y réfléchir, je me suis rendu à Barcelone, jeudi 7 décembre 2017. J’y ai rencontré autant de gens en faveur de l’indépendance que de gens opposés à celle-ci. Il en est de même pour les drapeaux et couleurs pendues en balcons et fenêtre de la ville de Gaudi. Intéressants sont les témoignages recueillis auprès de commerçants qui m’ont expliqué que

s’opposer ouvertement à l’indépendance étaient pour eux contre-productifs, commercialement parlant. En date du 25 janvier 2018, j’ai écrit à notre Conseil fédéral, au Palais fédéral ouest, à Berne. Mon courrier interpelle sur l’activisme sur notre territoire de l’Assemblée nationale catalane (ANC), sise à Zurich, et Omnium Cultural – appelé en Catalogne, le gouvernement de l’ombre. J’interroge également sur la pertinence de la manifestation sur la voie publique à Lausanne, le 23 septembre 2017, par le premier lobbyiste nommé. Quelques jours plus tard, je recevais de la Chancellerie fédérale (ChF) un accusé de réception. Fin février, j’interpellais l’Office fédéral de la police, par le biais de leur site Internet. Celui-ci m’a répondu que mon interpellation était du ressort des autorités cantonales. L’Office ne s’occupant que de banditisme. Le 1er février 2018, je me suis rendu au Parlement européen à Bruxelles. Je m’y suis entretenu avec les eurodéputés Jean-Marie Cavada et Thierry Cornillet (France), Frank Engel (Luxembourg), Enrique Calvet Chambon, espagnol et catalan unioniste et Gérard Deprez(Belgique). Il en ressort, principalement, que l’antagonisme catalan demeure un problème interne à l’Espagne et que son gouvernement central sis à Madrid est le seul interlocuteur valable pour les 28 membres – bientôt 27 – de l’Union européenne (UE). Les leaders indépendantistes catalans ne sauraient revendiquer les valeurs de la construction européenne qui s’établissent sur la solidarité, par l’entremise des fonds de cohésion, et non l’égoïsme fiscal. L’union est le maître mot  et non la division. Par ailleurs, pour les eurodéputés Gérard Deprez et Jean-Marie Cavada, une tentative de déstabilisation de l’UE venant de l’étranger n’est pas à exclure. Et pour Jean-Marie Cavada d’ajouter : « Il semble que certains indépendantistes n’aient pas refusé l’aide de puissances étrangères, sous des formes diverses. On parle de matériel électoral sécessionniste imprimé dans un pays voisin de la Catalogne, on parle de réseaux d’influence venus de l’Est, certains avancent même un coup de main financier reçu de pays qui n’ont pas intérêt à l’homogénéité de l’union européenne : tout cela reste maintenant à prouver et si c’était le cas, il faudrait porter ces informations sur la sur la place publique. »

Concernant la mise en scène du fatidique 1er octobre 2017, il est indéniable qu’il ait eu des dérapages policiers. Il est vrai aussi que les forces de l’ordre ont été provoquées plus d’une fois et qu’elles comptabilisent également blessés et multiples dégâts sur véhicules. Hélios Privat le décrit avec ses termes, dans son blog sur Huffingtonpost : Ce que l’Espagne devrait faire pour sortir de la crise catalane. Certes, les indépendantistes ont gagné cette guerre des images. C’était manifestement leur objectif. Consolider leur communication sur leur posture de victimes, à tort ou à raison. Adrien Sénécat du quotidien « Le Monde » explique dans l’édition du 2 octobre 2017 les images trompeuses. C’est-à-dire, comment des images sans lien avec les évènements du 1er octobre ont été recyclées : « Violences policières en Catalogne : attention aux images trompeuses. » Quant au pseudo pacifisme de la mouvance indépendantiste catalane, elle ne semble n’être que de façade. L’économiste Laura Quijano témoigne de la stigmatisation vécue sur son blog sur Huffingtonpost: « Ma vie en Catalogne, comment l’indignation a remplacé l’illusion. » De leurs côtés, les reporters de France 2, dans l’émission « Envoyé spécial », relèvent comment les indépendantistes exercent la stigmatisation et toutes sortes de pressions psychologiques à l’endroit de leurs voisins qui refusent d’abonder dans leur sens. Que cela soit au sujet de l’enseignement scolaire ou lors des débats TV. Pour sa part, John Laughland, directeur des Etudes à l’Institut de la Démocratie et de la Coopération à Paris, rappelle comment Omnium Cultural, déjà mentionné, inonde les réseaux sociaux de vidéos expliquant que le peuple catalan doit être sauvé de l’oppresseur Espagnol. Le tout étant comparé aux conflits en Ukraine comme dans les Balkans. Le climat est devenu détestable. Des familles unionistes doivent changer d’écoles et même de quartier. Mes conclusions : nos autorités devraient être prudentes face au risque d’internationalisation du conflit catalan. Ne pas permettre d’activisme politique sur cette question depuis notre territoire. Pour l’heure, aucun coup de feu n’a encore été tiré en Catalogne. Quand ce sera le cas, il sera trop tard. Ne soyons pas complices.

08/03/2020

Catalogne : tout n’est pas noir ni blanc mais plutôt gris...

95D705C9-08DD-4A76-855A-F0D20BBEAAE0.jpegCatalogne : entrevue exclusive avec Nicolas Klein

FM : Nicolas Klein, j’ai eu le bonheur et la chance de vous découvrir très rapidement après la tentative de sécession de la Catalogne, les 6 et 7 septembre ainsi que le 1er octobre 2017. Près de trois ans plus tard, comment appréhendez-vous l’état de la résistance sociale catalane non sécessionniste ?

Nicolas Klein : Les événements de septembre et octobre 2017 ont profondément bouleversé la société espagnole en général et catalane en particulier. Le très polémique référendum du 1er octobre, les événements qui ont agité cette journée et les deux déclarations d’indépendance de ce terrible mois ont ébranlé les fondements de tout un pays et de toute une région. C’est ce qui explique que, les 8 et 29 octobre, les anti-séparatistes soient « sortis du bois » et aient manifesté leur présence et leur désaccord (malgré les risques que cela comporte au quotidien en Catalogne) par d’importantes manifestations.
Ces deux rassemblements, qui ont réuni environ un million de personnes à chaque fois, sont des événements fondateurs pour la résistance populaire à la Generalitat et à ses desseins illégaux.
Il faut toutefois être clair un point : cette résistance, qui a appris à se structurer et à s’organiser au cours des dernières années, s’est constituée sans le soutien du gouvernement national, qui aurait pourtant été crucial. Que ce soit avec le Parti populaire ou avec le Parti socialiste ouvrier espagnol, le gouvernement national préfère négocier avec les autorités indépendantistes, souvent au mépris de l’esprit (voire de la lettre ?) de la Constitution de 1978. Les présidents du gouvernement successifs ont totalement laissé les anti-séparatistes à leur sort et cette situation est préoccupante.
Combien de temps les citoyens opposés au pouvoir régional pourront-ils résister dans ces conditions ? C’est difficile à dire.

87B3985A-3375-45E1-B5D4-0C71A082A178.jpegFM : Si je vous dis que rien n’est ni blanc, ni noir mais plutôt gris et que certains protagonistes de ladite « résistance sociale » non sécessionniste vivent de cet antagonisme et qu’ils n’ont aucune raison que cela s’arrête, que me répondez-vous ?

Nicolas Klein : Je vous répondrai qu’il existe en Catalogne comme dans le reste de l’Espagne des jeux de rôle et des revirements d’opinion qui rendent en effet la situation très confuse. Le meilleur exemple est celui de Pedro Sánchez, lequel, dans l’opposition, en 2017, avait voté en faveur de la suspension de l’autonomie catalane par l’application de l’article 155 de la Constitution et déclarait que Quim Torra était le « Le Pen catalan »… avant de tenter de se rapprocher de lui
Certaines personnes vivent du défi séparatiste, ne serait-ce que par la projection que cela leur donne au niveau régional ou national. Il est donc malaisé de savoir à qui se fier en la matière.

26CB7B99-C337-4B01-9527-CB09941C1067.jpegFM : Le 29 février dernier, j’étais présent au meeting organisé à Perpignan en l’honneur des fugitifs Puigdemont, Ponsatí et Comín. J’ai constaté que la capacité de convocation de l’appareil n’avait en rien diminué en trois ans. Est-ce également votre avis ?

Nicolas Klein : Il existe évidemment un important secteur de la population catalane toujours favorable à l’indépendance et qui la défendra coûte que coûte.
Les personnes présentes à Perpignan à la fin du mois de février dernier ont par ailleurs bénéficié, comme toujours, des largesses financières et matérielles de l’appareil séparatiste, qu’il soit associatif ou politique. Il est toujours plus simple, dans ce contexte, de rassembler largement…
Quoi qu’il en soit, le meeting du 29 février nous démontre une fois de plus que les positions politiques en Catalogne, qu’il s’agisse du sécessionnisme ou de ses adversaires, sont très profondément ancrées au sein de la société et que le problème sera complexe à démêler.

E94F9389-E5EB-44C2-9395-9CBD3FBAA58E.jpegFM : Cette semaine, la journaliste María Peral, du quotidien El Español, nous apprenait que la Cour d’Instruction numéro 2 de Gérone avait soumis à la Chambre pénale de la Cour suprême un exposé motivé dans lequel elle affirme qu’il existe des « indices de criminalité » à l’encontre de Carles Puigdemont pour des délits présumés de prévarication, de fraude à l’administration et de falsification de documents pour des irrégularités liées à l’utilisation des fonds de la compagnie des eaux de Gérone, Agissa. Puigdemont a été maire de Gérone entre 2011 et 2016. Finalement, qu’en-est-il de l’ensemble des charges retenues contre lui ?

Nicolas Klein : Pour le moment, la procédure judiciaire suit son cours. Ironie de l’histoire, la plainte qui a donné lieu à cette enquête concernant le mandat de Carles Puigdemont à Gérone et la gestion d’Agissa a été déposée par l’une des formations séparatistes, la CUP (Candidature d’Unité populaire).
Ces événements renforcent en tout cas l’idée que le séparatisme catalan est un formidable processus d’ingénierie sociale visant à masquer les turpitudes du pouvoir régional…

Lausanne, le 7 mars 2020

07/03/2020

La indiferencia para cumplir la misión...

1D969181-6000-46E5-8CD4-19870363CFE4.jpegEs notorio. De la amargura a la venganza y al resentimiento, el mejor remedio sigue siendo la indiferencia. 

Un día, François Mitterand, en el vuelo de regreso de una cumbre Francia-África que no había ido bien para los intereses de Francia, respondió a su consejero especial Jacques Attali que le preguntó que es la primera cualidad de ser presidente de la república :
¡Es la indiferencia!

El liderazgo lleva muchas cargas pero sobre todo, la de la extrema soledad del Jefe de Estado. Sin embargo, al examinarla más de cerca, esta respuesta invita a la introspección e incluso a la admiración. ¿Cómo puede uno cumplir su misión, a un alto nivel, sin saber cómo mostrar indiferencia? Incluso el romano Marco Aurelio respondió al mensajero que vino a decirle que tal persona había hablado mal de él: « Afortunadamente, sólo sabe eso de mí. » ? 

CFC8F2C2-85BE-45FF-8BD4-A194BF7F35A3.jpegEl mismo emperador ordenó a un sirviente que le recordara regularmente: « Marco Aurelio, eres sólo un hombre. »

En cuanto a los Acuerdos Toltecas explicados por Don Miguel Ruiz - también autor del riquísimo « La Maestría del Amor » - No dejen de practicar el precioso consejo : « Pase lo que pase, no lo hagas personal.»

Vivir la vida que es propia - nadie la vivirá por nosotros - es ya una misión en sí misma. Ahora bien, cuanto más noble es la misión, más útil es saber manejar el arte de la indiferencia. La causa es superior a los intereses particulares y a los aspectos  personales. Afortunadamente nuestros corazones no son de piedra, pero aún así debemos armarnos de indiferencia. Aunque sólo sea para protegernos. Para asegurar la misión y la serenidad de las personas que nos acompañan en nuestro trabajo. Que confían en nosotros. Más de cuarenta años después, sigo pensando en casa lo que un suboficial nos dijo en la escuela de oficiales de infantería:

« Debes entender el punto de vista del otro, pero nunca tengas compasión. » Un líder que muestra misericordia es un líder muerto. Que habrá puesto en peligro a todos sus subordinados.

Hemos sido advertidos. Entonces, ¿cómo estar lo suficientemente preparado para practicar la indiferencia cuando sea necesario ? En primer lugar, no tomar nada personalmente nos aleja del egoísmo de creernos el centro del mundo y nos protege de las inevitables neurosis. Luego, para cultivar y entrenar los propios recursos. Hay que ser capaz de vivir períodos de soledad de duración variable.

F2637A2E-717D-458A-AEF7-8C248682AAFD.jpegAl mismo tiempo, recarga sus baterías. Para el primero es la fe en su sentido general lo que es decisivo: la fe en uno mismo y la fe en el futuro. En cuanto a los recursos, la naturaleza nos proporciona oportunidades sin precedentes para la contemplación de forma gratuita. Se recomiendan posturas activas y solitarias, como ciertos deportes, pero también leer, dibujar, pintar o escribir para fortalecer el interior de uno mismo. Porque ser un líder de la propia existencia como grupo o misión es aceptar la soledad. Como en el Caballero de Robert Fisher en Armadura Oxidada, este factor nos educa y fortalece. Lo aprendemos y lo manejamos como una oportunidad para crecer.