08/09/2015

Monsanto n'est plus libéral depuis longtemps !

 

FullSizeRender (2).jpg*A l’occasion de la marche mondiale du samedi 23 mai 2015 contre les activités de la firme américaine et ses concurrentes Syngenta et Bayer pour ne citer que celles-ci, nous avons tout lu et tout entendu sur le libéralisme et le libre marché. Une certaine droite politique du pays - plus néolibérale et ambassadeur du capitalisme prédateur, dans le discours – que foncièrement libérale a tenté mais en vain de défendre le numéro Un de la manipulation génétique des semences. Sans devoir lire l’entier des œuvres d’Adam Smith ni de Montesquieu, tous deux apôtres du libéralisme, la réflexion est aisée et accessible à toutes et à tous. Premièrement, le libéralisme entend que chacune et chacun par le biais de la recherche de son profit personnel tend à contribuer à un équilibre économique. C’est-à-dire, l’échange de biens devient fluide et crée de la valeur, lors de chaque changement de mains. Il ne se fait pas à sens unique. Il y a une réciprocité élémentaire dans le libéralisme. Le fait que Monsanto manipule les semences qui sont à la base même de la vie nous éloigne dangereusement de l’équilibre et du bien commun. A chaque manipulation, la firme du Missouri dépose un brevet et s’accapare du domaine du vivant donc du bien commun. De surcroît, elle interdit aux agriculteurs de réutiliser les semences. Elle confisque, ainsi, l’outil même de production de l’éleveur. L’innovation, la liberté d’entreprendre, la liberté de contracter et une gestion responsable qui sont des principes fondamentaux du libéralisme sont ainsi bafoués. Quant à la responsabilité sociale développée plus en détails par le français Montesquieu – auteur de l’Esprit des Lois - le fait que le quartier général pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient de Monsanto qui est établi à Morges, dans le canton de Vaud, ait été exonéré partiellement voir totalement de l’impôt sur le revenu durant une dizaine d’années n’a rien à voir avec la responsabilité sociale du libéralisme. L’esprit libéral se fait la promotion d’une éthique de marché. Un standard minimum de transparence et d’égalité des chances est fondamental pour la pérennité d’un système. L’esprit libéral permet et encourage l’élévation de l’individu. Par le biais du goût de l’effort, par la valorisation du travail, par le développement du génie, de l’éducation et de la recherche, cette élévation ne doit profiter qu’à l’individu lui-même mais également à son environnement économique et social. Il n’y a pas de réussite individuelle qui soit durable. On réussit dans et grâce à une collectivité. L’économie doit être circulaire, tout comme l’argent demeure un moyen et une énergie. Dans cette constellation, Monsanto qui vient d’échouer à racheter son concurrent bâlois Syngenta, se trouve à l’opposé même de l’esprit libéral. En privatisant le vivant, en faisant obstacle à la libre concurrence, en rachetant tous ses petits et moyens concurrents, en étant passée maître dans les activités de lobby jusqu’aux plus aux niveaux des Etats, l’entreprise du Missouri préfigure d’une nouvelle ère économique. Celle de l’économie « far-west » dans laquelle le fort tue le faible et le grand avale le petit. Notons que Pierre Landolt, président de la Fondation Sandoz et actionnaire significatif de du géant suisse agrochimique, a adopté cette nouvelle économie brutale et déshumanisée : « C’est comme l’histoire de la chèvre de Monsieur Seguin. Syngenta va résister toute la nuit, mais finira par se faire manger au petit matin. » Quel patriotisme Monsieur Landolt ? Et quelle vision de l’avenir ?

Aussi, pour la pérennité d’un état d’esprit libéral récompensant l’effort et la judicieuse évolution, il est temps que nos décideurs politiques se ressaisissent. Qu’ils ouvrent le débat. Qu’ils questionnent leurs électeurs et le citoyen – consommateur et contributeur ? Quelles pratiques est-on encore d’accord de tolérer de la part des lobbyistes ? Que souhaite-on retrouver dans notre assiette demain ? Quelle bio diversité souhaite-on laisser aux générations suivantes ? Qu’en est-il des fameux risques fantôme – ainsi nommés par le Crédit Suisse Group – liés aux organismes génétiquement modifiés (OGM) ?

 

Certes, la nature a vécu, en tout temps, des modifications et évolutions génétiques. Mais jamais avec un tel forcing et plus grave avec le mélange des espèces. Aux apprentis sorciers de ces firmes de l’accaparation du vivant pour le seul profit d’intérêts particuliers, la nature a déjà commencé à répondre. Au glyphosate de Monsanto, désherbant dit total mis sur le marché dans les années 1970, elle y a répondu en développant ses résistances.

 

Alors, à notre tour, pour préserver notre système libéral – bien entendu, avec certaines corrections à y apporter – d’encourager la résistance. Qu’on le veuille ou non, le libéralisme est le moins mauvais des systèmes économiques connus jusqu’à lors et il permet de financer l’Etat social. Mais cela ne peut se faire durablement avec l’incarnation Monsanto !

 

*Article publié dans le quotidien "Le Temps", mardi 8 septembre 2015

 

 

 

Commentaires

@Monsieur Meylan Je ne veux pas prendre part au débat cependant il est toujours agréable de voir tous ces marcheurs dont certains même beaucoup refusent d'aller rendre visite à leurs parents avec comme seuls arguments ,c'est trop loin on a pas le temps
Je me permets juste d'ajouter qu'a notre époque on obligeait pas les bovins à manger des céréales cultivés par des paysans d'Afrique ou d'ailleurs .Céréales que les cultivateurs ne mangent pas et qui sont réclamées ,je pense au Soja par les pays Européens dont les consommateurs mangent des produits Bio mais emballé dans de l'alu /rostis Coop
Votre époque est vraiment bizarre

Écrit par : lovejoie | 08/09/2015

Ce n'est pas de savoir si Monsanto est libéral ou non le problème. Le problème serait que l'état protège Monsanto contre d'éventuels concurrents. On peut certes mettre en cause le système brevets et leur durée ( du vivant ou non ) mais ce n'est pas Monsanto qui dicte si un brevet est valide est il dicte pas non plus sa durée. C'est l'état.

" Le fait que Monsanto manipule les semences qui sont à la base même de la vie nous éloigne dangereusement de l’équilibre et du bien commun. "

Ce n'est pas nouveau que l'homme manipule le vivant et modifie le génome des plantes. Cela existe depuis l’avènement de l’agriculture que l'homme manipule par des croisements en créant des plantes hybrides. Rien que la couleur rouge de la tomate est non naturelle. A l'origine ce fruit était jaune.

" elle interdit aux agriculteurs de réutiliser les semences. Elle confisque, ainsi, l’outil même de production de l’éleveur. L’innovation, la liberté d’entreprendre, la liberté de contracter et une gestion responsable qui sont des principes fondamentaux du libéralisme sont ainsi bafoués. "

Vous oubliez que le liberalisme c'est la liberté de contracter. Monsanto ne force ou n'oblige pas les agriculteurs à utiliser les semences de Monsanto. Ce sont des accords contractuels entre l'agriculteur et la firme. Ce qui serait anti-libéral ce serait d'interdire ce type d’exclusivité par contrat.

" L’esprit libéral permet et encourage l’élévation de l’individu. Par le biais du goût de l’effort, par la valorisation du travail, par le développement du génie, de l’éducation et de la recherche, cette élévation ne doit profiter qu’à l’individu lui-même "

Ou c'est vrai pour l'individu qui agit individuellement. Mais le liberalisme c'est aussi d'accepter toute forme de commerce et de profit y compris celle des multinationales et doit même accepter des communauté non libéral comme des communauté de type socialiste et cela du moment que ces groupes n'imposent leur mode de fonctionnement aux autres.

" En privatisant le vivant, en faisant obstacle à la libre concurrence, en rachetant tous ses petits et moyens concurrents, en étant passée maître dans les activités de lobby jusqu’aux plus aux niveaux des Etats, l’entreprise du Missouri préfigure d’une nouvelle ère économique. "

Depuis quand le vivant ne doit pas être la propriété de quelqu'un. Les chiens et les chats domestiques sont la propriété de quelqu'un tout les cheptels de vaches de mouton etc... Je ne vois pas en quoi cela met en danger la concurrence même quand c'est des OGM. Ce qui met la concurrence en danger c'est la protectionnisme étatique. Relisez F-A Hayek sur les monopoles.

D.J

Écrit par : D.J | 09/09/2015

Monsieur Meylan j'ai lu une phrase qui disait la vie est un jeu sachons nous en amuser ce qui fut le début du métier d'arnaqueurs
Mais qui dit arnaqueur sera arnaqué de toutes manières d'une façon ou d'une autre et pour savoir le domaine dans lequel séviront les requins il suffit juste d'avoir les yeux en face des trous et ne pas passer son temps à s'illusionner car la vie n'est elle pas illusions et désillusions et c'est à chacun son tour .Celui qui croyait prendre se trouve piégé à son tour et ce depuis la nuit de temps
les Beaux parleurs se lassent très vite dit- on aussi et c'est tellement vrai
navrée je n'ai plus votre email d'où ce texte
très belle journée pour Vous

Écrit par : lovejoie | 10/09/2015

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