22/02/2017

Le Forum des 100 a-t-il coulé l'Hebdo ?

IMG_3096.PNGJe suis de ceux qui croient que le défunt magazine a souffert d’un problème de positionnement.

L’Hebdo… « Il était bon pour la tête », voici comment a été présentée la dernière édition du magazine romand, le 3 février 2017. Néanmoins, nous sommes probablement plus nombreux qu’il appert à ne pas pleurer le média qui n’est plus.

Force est de relever la page importante qui se tourne – 1981 à 2017. De souligner également tout ce que L’Hebdo a apporté aux générations précédentes. De noter aussi le nombre de journalistes aujourd’hui connus ayant passés par la rédaction sise au Pont Bessières 3, à Lausanne. Pourquoi au-delà de l’émotion légitime et compréhensible des premiers intéressés L’Hebdo ne manquera pas plus que cela dans le paysage médiatique romand ? Simplement, parce que son positionnement était devenu illisible.

Le magazine s’était, au cours des années, éloigné du journalisme d’investigation. De la recherche objective et impartiale de la vérité. Hors, il n’y a rien à gagner dans la galaxie de la grande consommation d’informations de masse, d’informations furtives, d’informations éphémères non pertinentes et même parfois non éprouvées. Le copier / coller, le diktat de la pensée unique et l’absence de valeur ajoutée ne constituent pas un créneau porteur. Cette constellation est déjà occupée par les réseaux sociaux et le tout gratuit tel que le quotidien « 20 Minutes », pour ne mentionner que lui. Et, on n’a plus besoin d’un magazine payant pour choisir son vin, sa terrasse au bord du lac ni pour se forger une opinion politique.

Pourtant, Dieu sait combien de fois beaucoup se sont posé la question : faut-il encore acheter L’Hebdo, malgré son idéologie unilatérale orientée. Et démontrer édition après édition, une incapacité voire une absence de volonté à se remettre en question. Comme disait l’autre : « Finalement, ce n’est pas la critique même des valeurs auxquelles l’on est profondément attaché, mais bien le constat que l’ouverture intellectuelle est absente chez ceux et celles qui à longueur d’année tentent de vous prouver votre obscurantisme. »

Même les petites annonces « Coquins, câlins, malins… » n’avaient plus la cote. Lire également l’article de Jacques Guyaz pour Domaine Public. Celles-ci avaient largement contribué à l’engouement, jadis, pour l’hebdomadaire. Elles étaient réputées à la fois pour leur sérieux et pour leur touche d’humour. Les sites de rencontres en ligne ont eu leur peau.

Et qu’en est-il du pompeux « Forum des 100 ?» Dont l’arrogant slogan était : « La rencontre de ceux qui font la Suisse Romande. » Merci pour les autres ! Cette manifestation devenue référence pour une minorité aura, sans aucun doute, fini par couler L’Hebdo. Tant son parfum de cooptation, à la sauce élitiste et limite jet-set ne pouvait qu’éloigner d’avantage une part très significative de son lectorat. Celui-ci ne se reconnaissant pas dans cet évènement bling-bling qui vous envoyait au visage : « Vous n’êtes pas in alors vous êtes out ! »

En agissant ainsi, le magazine a généré le désintérêt du plus grand nombre au lieu de fédérer et de garder une base clientèle solide. Je l’ai écrit récemment dans les colonnes du quotidien « Le Temps », la posture de la rédaction a probablement fait autant de dégâts que l’avènement du numérique.

Commentaires

De retour d'Angola en 1992, chassé par la reprise des hostilités par l'UNITA, j'ai fait une tournée des rédactions sur ce sujet, à vrai dire à la demande du type de l'ambassade suisse à Luanda qui avait intérêt à ce que la vérité sur Savimbi, l'homme de la CIA, pénètre un peu les cervelles des Suisses. Le soutien à Savimbi était dû au fait qu'il avait fait ses études en sciences politiques (sauf erreur) à Lausanne. La presse suisse-allemande avait une vision nettement plus lucide sur ce sinistre personnage...
Les élections présidentielles de 1992 étaient perdues d'avance pour Jonas Savimbi : comme elles ont pour base le tribalisme, seules les provinces de Huambo, Bié, Lubango et Benguela ont voté pour lui. Quand j'en ai parlé à mes ouvriers (en eau et assainissement), ils m'ont tous répondu que le Doutor (il ne l'était pas) leur avait dit que s'il ne gagnait pas, c'était qu'il y avait eu tricherie. Deux personnalités lausannoises sont venues en Angola pour vérifier ces élections du côté de l'UNITA : Reto Breiter, journaliste au Matin, et le professeur Rieben, directeur de l'institut Jean Monnet, prix de la ville de Lausanne remis par la socialiste Yvette Jaggi. Ces deux personnalités ont décrété que ces élections étaient "unfair", contre l'avis des NU. Au prétexte sauf erreur qu'ils avaient vu un policier à une distance trop faible du bureau de vote, du genre 30m au lieu de 50...
Personnellement, j'ai vécu ces deux journées d'élections à Huambo : dans un silence impressionnant, des files interminables attendaient calmement d'aller voter pour la première fois de leur vie.
Les élections étant "unfair" aux yeux de Savimbi, il est reparti en guerre. Qui a provoqué plus de 50'000 morts à Huambo. Dont mes amis, et leurs enfants, bien sûr.
Je suis venu raconter cette histoire à l'Hebdo. C'est Alain Jeannet qui m'a reçu. Après m'avoir fait poireauté une dizaine de minutes, il est venu me dire que cette histoire n'avait aucun intérêt pour la rédaction. J'en ai tiré les mêmes conclusions que vous qui me lisez, elles sont évidentes.
C'était ça, l'Hebdo.

Écrit par : Géo | 22/02/2017

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