02/04/2017

Le courage n'existe pas, on s'éduque au courage.

IMG_7675.JPGRENCONTRE INSOLITE AVEC L'HOMME À LA FOIS LE PLUS PUISSANT ET LE PLUS MENACÉ DE SICILE...

Après un téléphone, de multiples SMS de coordination avec la porte-parole du Président de la Région Sicile, plus de cinq millions d’habitants, ainsi que plusieurs changements d’horaire, j’obtiens une audience dudit président.

Elle se déroule au Palazzo D’Orleans (Palais d’Orleans), au nord de Palerme. Le Président Rosario Crocetta, élu à la plus haute fonction en 2011, est bien connu dans le paysage sicilien pour être un pragmatique et un travailleur infatigable. Son enjeu: moderniser la Sicile mais aussi l’extirper du dogme mafieux. Autrefois maire de la ville côtière de Gela, au sud de l’île, il y mena une lutte sans merci contre le crime organisé. Ce ne sont pas moins de six-cents malfaiteurs qu’il envoya devant les tribunaux. Rien d’étonnant donc à ce que la mafia l’ait condamné en 2009.

À ma question de savoir où il puise sa force et son courage, il répond : « Le courage n’existe pas. On s’éduque au courage. Quand j’ai appris qu’il y avait un contrat sur moi, j’ai commencé par mal dormir. Voire pas dormir du tout. J’avais peur et j’étais angoissé. Pourtant, le lendemain, je ne pouvais m’empêcher de poursuivre mon rôle de magistrat et de systématiquement dénoncer les activités criminelles portées à ma connaissance. Alors j’ai compris que ma liberté était celle de l’esprit et du cœur. Même si je ne suis plus libre de mes mouvements et que je ne pourrai plus jamais mener une vie ordinaire. »

Rosario Crocetta, qui fut également eurodéputé et vice-président de commission, a, entre autres mesures anti-mafia, promulgué une loi qui permet aux personnes qui ont dénoncé des activités mafieuses de trouver un emploi de fonctionnaire au sein de la Région Sicile. Depuis son entrée en fonction, quelques soixante administrés ont bénéficié de ces dispositions. Précisons qu’en Sicile le délateur n’a plus aucun avenir professionnel. Personne ne l’engage. Et Crocetta de rappeler qu’il n’y a rien de tel que les moyens légaux et les textes législatifs pour faire évoluer de manière efficace le cadre de la lutte contre le crime organisé. Encore faut-il que cela soit suivi d’effet. Sinon, ce n’est que de l’agitation pour Crocetta.

À ce titre, il souligne le pas très important franchi pour l’institution judiciaire avec la loi Pio La Torre, un politique et dirigeant du Parti communiste italien, assassiné le 30 avril 1982. Cette première loi Antimafia a introduit un nouveau type de crime dans le système judiciaire italien. Celui de la conspiration mafieuse avec la possibilité pour les tribunaux de saisir et de confisquer le patrimoine des individus appartenant à un réseau mafieux.

Le Président Rosario Crocetta déplore que la communauté européenne ne s’en inspire pas d’avantage. En effet, c’est une chose de poursuivre les criminels une fois leurs méfaits réalisés mais c’en est une autre d’inculper à temps et ainsi de prévenir la production du crime. Comme pour ce mafiosi condamné à huit ans de prison pour conspiration mafieuse: après s’être réfugié en Grande Bretagne, il refuse son extradition en raison de la non-équivalence britannique de la loi La Torre.

Depuis les tristement célèbres assassinats des super-magistrats Giovanni Falcone, Paolo Borsellino ou encore Alberto Carlo Dalla Chiesa, de grands progrès on été effectués dans le combat contre la pieuvre. Mais celle-ci s’est adaptée et surfe également sur la mondialisation.

Le Président Rosario Crocetta, âgé de 66 ans, plaisante en faisant remarquer qu’il a déjà gagné huit années de sa vie depuis sa condamnation à mort par Cosa Nostra. Le fait qu’il ne soit ni marié ni père lui facilite grandement la tâche de servir son maître le Droit, avec « D » majuscule.

*Texte initialement publié dans la Méduse, le 31.03.2017 

Commentaires

Bonjour Monsieur Meylan très bon article confirmant la réussite de l'éducation de nos grands parents
Education très restrictive qui avait pour seul but de stimuler les prises de risques pour quitter le giron familial très jeune
Le courage s'apprend très vite surtout quand on a eut la chance de vivre entouré par l'Armée
les anciens régiments Suisses ont su dynamiser nos ardeurs en tous sens et genre ,sans doute beaucoup trop dirait les parents enfants de ces personnes âgées qui devaient veiller sur leurs petits enfants tout en continuant d'exercer une profession ,les grands mëres avaient vécu deux guerres et ne s'en laissaient pas conter par n'importe qui
Elles avaient compris que trop d'interdits oblige l'humain à réfléchir et agir par lui même afin de ne plus se faire prendre en otage par un groupe ou une secte ce qu'elles pour beaucoup n'avaient pas réussi
Toute belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 03/04/2017

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