18/06/2017

Brindisi, l'attentat qui traumatisa l'Italie... déjà cinq ans.

IMG_6619.JPG*Comprendre le terrorisme et les violences politiques.

Brindisi, lors de la rentrée scolaire du 19 mai 2012, à 07:45, trois bonbonnes de gaz actionnées à distance fauchent la lycéenne Melissa Bassi, âgée de 16 ans, et blessent très grièvement cinq de ses camarades.

L’onde de choc et l’indignation traversent la péninsule. Le pape Benoit XVI intervient. Des manifestations se tiennent à Naples comme à Milan en passant par Turin et Rome.

À cette époque, en l’absence de revendication, plusieurs pistes sont évoquées. Et ce sont les difficultés majeures: conduire rapidement les investigations nécessaires et n’exclure aucune piste. On cite l’extrême droite comme l’extrême gauche. Toutefois, ces fractions s’en prennent généralement à d’autres symboles tels que les trains, les places ou les politiques en personne mais jamais les écoles. La mafia locale qui sévit dans la région des Pouilles la Sacra Corona Unita (SCU) est aussi soupçonnée. Elle aurait pu ainsi venger l’arrestation de seize de ses membres mais aussi passer un message auprès d’une communauté estudiantine militante et dénonçant la corruption et les combines.

Le terrible message serait alors: « Tenez-vous tranquilles et ne mettez pas le nez dans nos affaires », d’après Giovanna Montanaro, sociologue et collaboratrice du Procureur national antimafia Pietro Grasso. C’est que l’ombre de Cosa Nostra plane. Le lycée ne porte pas pour rien les noms des célèbres magistrats antimafia assassinés en 1992, près de Palerme, le juge Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo. Le moment coïncide aussi avec la tentative de suicide en prison du parrain de Corleone Bernardo Provenzano. Chef départemental de la division antimafia, Cataldo Motta est moins catégorique. D’abord l’honorable société éprouve des difficultés à faire passer ses requêtes auprès de l’État en vue de l’abolition du sévère article 41 bis du Code de procédure pénal italien et de l’assouplissement des conditions de détention des parrains incarcérés. Irait-elle à mettre en péril cette démarche en menaçant le consensus social? De plus, pour commettre leurs méfaits les mafiosi utilisent le TNT et non des bonbonnes de gaz.

Finalement, on retiendra la thèse d’un acte isolé. Celui du commerçant et père de famille Giovanni Vantaggiato, reconnu grâce au dispositif de vidéosurveillance. Comme l’affirme, déjà au lendemain de la tuerie, le procureur de Brindisi Marco di Napoli : « L’attentat à la bombe pourrait être le geste d’une personne qui est en guerre avec le reste du monde. Une personne avec des problèmes psychologiques. »

Pour autant, Vantaggiato ne sera inculpé que quatre semaines après sa mise en examen. Des questions demeurent et les habitants que j’ai interrogés aux abords des lieux du crime croient encore à la piste mafieuse. En effet, comment cet homme de 66 ans a pu s’exposer à la perpétuité – ce à quoi il a été condamné – et se laisser filmer par la vidéosurveillance le temps d’actionner la bombe alors que son procès a souligné qu’on avait trouvé par la suite trois autres systèmes de mise à feu?

Pour comprendre le terrorisme et les violences politiques, nous devons identifier le message ainsi exprimé de la plus vile des façons. Quel est-il? Qui en est le destinataire? Qui en est l’émetteur?

Un message impitoyable mais sophistiqué adressé aux membres de l’Etat capables de le saisir sans devoir le révéler à l’opinion publique.

*Publié dans la Méduse, le 14 mars 2017.

 

 

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