28/07/2017

L'attentat au camion-bélier de Berlin impose de nouveaux paramètres sécuritaires !

IMG_4568.JPGL’attentat au camion-bélier du marché de Noël à Berlin impose de nouveaux paramètres sécuritairesIl est à présent admis qu’il nous faut appréhender chaque action terroriste ou violence politique dans une globalité.

Nous sommes confrontés à la naissance de nouveaux phénomènes criminels et ils ne connaissent pas de frontière. Modus operandi : le véhicule utilitaire est employé pour perpétrer des tueries de masse. Les auteurs paraissent s’inspirer les uns des autres. L’attaque au camion-bélier du marché de Berlin, ce triste lundi soir 19 décembre 2016, n’est pas sans rappeler celle du 14 juillet 2016 à Nice. Le bilan est de 12 morts et d’une cinquantaine de blessés dont dix-huit sont dans un état jugé critique. Rappelons que sur la Promenade des Anglais ce sont 86 personnes qui ont perdu la vie et plus de 458 qui ont été blessées. A Jérusalem le 8 janvier 2017, un Palestinien, au volant de sa camionnette, enlève délibérément la vie de quatre jeunes soldats israéliens sur une promenade populaire. Il provoque encore une quinzaine de blessés avant d’être tué par les forces de sécurité.

Plus près de nous, samedi 7 avril, un Ouzbek de 37 ans agit de même avec un camion volé qu’il lance à grande vitesse dans la principale zone piétonne de Stockholm, en Suède. Le bilan est de cinq morts et de quatorze blessés. Là aussi comme à Berlin le tueur parvient à fuir le lieu du crime. Il sera arrêté quelques jours plus tard. Les liens entre ces décomptes macabres ne sont pas la marque du véhicule ni la nationalité des victimes. On a affaire à un Renault Midlum de 19 tonnes – véhicule de livraison loué – à Nice. Un Mercedes de moindre envergure volé à Stockholm et c’est une camionnette de livraison en propriété qui est employée à Jérusalem. À Berlin, c’est un semi-remorque Scania de 44 tonnes avec son chargement de 25 tonnes d’aciers qui tue. Quant à l’origine des victimes, elles sont de trois pays différents à Stockholm et on dénombre treize nationalités à Nice.

La valeur symbolique des lieux meurtris n’est pas évidente non plus. Dans une société mondialisée, interconnectée où règnent l’information et la vitesse de transmission, il est trop aisé de faire des extrapolations. Etablir des liens là où il n’y en a pas. Et, les points communs entre ces attaques d’un nouveau genre ? Premièrement, les quatre assaillants étaient connus des services de police pour des délits et des crimes de droit commun. Tous les quatre semblent s’être radicalisés au cours des quelques mois, voire semaines avant le passage à l’acte. Aucun n’était connu pour être religieusement pratiquant. Trois sur quatre ont été neutralisées mortellement par la police et les forces de sécurité. Deux des quatre – le Tunisien impliqué à Berlin et l’Ouzbek inculpé à Stockholm – ont utilisé la voie des réfugiés pour venir en Europe et ont vu leur demande d’asile rejetée. Pour l’opinion populaire dominante, les quatre ont agi, peut-être sur ordre certes, mais en tant que « loups solitaires ». Ainsi, leur incarcération voire leur suppression physique clôt aussitôt le dossier dans le conscient collectif. On peut passer à autre chose.

Je me suis rendu à Breitscheidplatz, emplacement du marché de Noël, à côté de la célèbre église berlinoise du Souvenir. Éventrée depuis la seconde guerre mondiale. Des discussions avec les commerçants du quartier et des policiers de faction confirment mon constat : la résignation prédomine, une croyance qui arrange tout le monde… c’est sans doute le prix à payer pour participer de près comme de loin à la coalition internationale qui combat les criminels de Etat islamique (EI). À l’unanimité, tout le monde se réjouit que cela marche. Quant aux deux policières que j’ai questionnées, elles semblent avoir « oublié » de quelle rue a surgi, tous feux éteints, le camion-bélier sur le marché de Noël : de Kantstrasse ou de Hardenbergstrasse ? C’est de la première.

Et pourtant n’y a pas de raison factuelle, du moins aujourd’hui, pour que ce modus operandi criminel disparaisse comme il est venu. En plus de protéger les concentrations de foules avec des plots de béton pesant jusqu’à deux tonnes et demie et autres chicanes comme cela se fait depuis peu en France il y a d’autres mesures à prendre. Préparons-nous à un changement de paradigme. En matière d’interprétation et de compréhension. Quand un poids lourd disparaît, par exemple. C’est le cas pour le 19 tonnes loué à Nice. Il n’a pas été ramené le 13 juillet à 17:00, comme contractuellement convenu. Cependant, l’alerte n’a pas été donnée. À Stockholm, le camion volé à un brasseur, durant une livraison, n’a été signalé à qui de droit que trop tard. Sans aucun doute, les mesures de prévention comme de surveillance autour des véhicules utilitaires vont rapidement évoluer à un degré encore jamais connu sous nos latitudes. Au même titre que l’on fait ouvrir les sacs à l’entrée des grands magasins parisiens. Les sites pouvant potentiellement être pris pour cible seront examinés précautionneusement. À proximité de telle ou telle manifestation existe-t-il une rectiligne qui permette à un poids lourd de prendre son élan ?

Les obstacles sont-ils suffisants pour empêcher l’arrivée d’un tel engin dans la foule ? Et qu’en est-il des véhicules de moindre importance comme à Londres, ce printemps ? C’est également l’armement et le type de munition qui équipent les forces de l’ordre qu’il faut revoir. Ces dernières devant être à même de stopper un véhicule en mouvement. On le voit. Douze mois d’attentats au véhicule-bélier nous conduisent inexorablement à une nouvelle ère du tout sécuritaire. Encore inimaginable sous nos latitudes, il y a peu. Finalement, les mandants de ces attentats ont obtenu ce qu’ils voulaient : que nous vivions dans la peur !

*Article publié dans "La Méduse", le 27 juillet 2017

 

Commentaires

Serait-ce votre seule occupation d'aller sur place faire vos petites enquêtes ?

Raviver des souvenirs douloureux et tenter de jouer au justicier qui sait tout sur tout et qui a des solutions sur tous les problèmes mondiaux ?

Alors commencez par prendre en charge les coûts de plus en plus élevés des cotisations des assurances maladie !!!

Écrit par : Hélène | 28/07/2017

Hélène ou plutôt Marlise Albiez de votre vrai nom,

Ce que vous êtes aimable !
Vous qui changez de trottoir à ma vue pour ne pas me dire bonjour. Mais quel courage et quelle personnalité vous manifestez ainsi !

À croire que vous financez mes déplacements.

Je suis mandaté pour donner deux conférences à l'automne sur la matière que j'évoque.
Excusez-moi du peu.

Cordialement

François Meylan (votre voisin)

Écrit par : François Meylan | 28/07/2017

La Belle Hélène vous a pris trop tôt pour une poire...

Écrit par : rabbit | 28/07/2017

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