18/01/2018

Guérir de la profanation par la réhumanisation de nos mémoires

7DEB21CA-D979-4B75-B487-63539C4FB59B.jpegL’Église Réformée de Zweisimmen (BE), chef-lieu du Haut-Simmental, tout en bois qu’elle est, son bâtiment actuel date du 15ème siècle et a été dédié à la Vierge Marie. Il s’agit de l’agrandissement d’une église plus ancienne des environs de 1200. Celle-ci étant mentionnée, pour la première fois, dans les registres paroissiaux de l’Évêché de Lausanne en 1228, sous la forme de « Duessimenes. »
L’ayant visitée, à plusieurs reprises, elle m’inspire par sa chaleur, ses fresques et sa gaité. Cette-fois-ci, je m’y suis rendu avec « Le journal d’Anne Frank », adolescente hollandaise déportée et décédée à 13 ans, en préparation de ma prochaine visite des camps de la mort d’Auschwitz et de Birkenau. Et j’y comprends deux éléments majeurs à la naissance du Mal.
Le premier est divinement écrit par Éric-Emmanuel Schmitt, dans sa préface inédite du livre mentionné plus avant :

E4637F01-0A68-46E4-85E6-9B677F63EF5C.jpeg« Le racisme doit être combattu sur tous les terrains où il se met. Premièrement, il est faux scientifiquement. Deuxièmement, il est intolérable moralement. Troisièmement, il est néfaste politiquement. À chaque page, Le Journal d’Anne Frank le prouve en évoluant sur ces trois plans, élément essentiel pour bâtir un humanisme contemporain. L’inhumanité ne fut que provisoirement battue en 1945, elle subsiste, renaît, prend de nouvelles formes, le nazisme n’ayant représenté qu’un de ses avatars. Aujourd’hui, il y a encore des Anne Frank empêchées de parler, de rire, d’aimer, de se balader dans les rues ; d’autres dictatures, d’autres fanatismes, d’autres intégrismes limitent la liberté, emprisonnent des individus, des sexes ou des populations, puis les abattent. »

3D16ABCB-0B34-4EE5-BC2E-B36182193AA9.jpegLa réflexion qui me vient est alors la suivante : Chaque peuple comme chaque être humain devraient accepter d’avoir été victime de l’autre dans son existence et pouvoir avancer plus fort et dignement, puisque finalement encore en vie et vainqueur. La posture de la victimisation n’est en rien constructive. Elle ne permet pas de sortir du cercle vicieux de la violence. Pourtant, depuis des décennies, des leaders politiques et des individus l’alimentent pour justifier l’injustifiable. Avec les drames que cela génère. Pour ne mentionner que deux exemples, parmi beaucoup d’autres : quelques activistes catalans ou encore les colons sionistes. Sans aucun doute, la blessure qui rejaillit à chaque fois est celle de la profanation. Un acte dit sacrilège. L’atteinte à la dignité et à l’honneur. L’humiliation et le manque de respect du sacré. Le crime à l’encontre de ses proches, la chaire de notre chaire, et le mépris de l’amour filial sont de cet ordre. Comment sortir de la prison de la mémoire de nos traumatismes et de nos peurs ? Là est la question. Peut-être que l’une des pistes réside dans « Si c’est un homme » de Primo Levi, Turinois également déporté, qui décrit les humiliations perpétrées par les monstres nazis sur les internés des camps. Il écrit qu’ils sont totalement déshumanisés... tant le tortionnaire que sa victime. Et si la solution était alors de réhumaniser nos mémoires collectives et individuelles ?
À suivre...

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