16/04/2018

Syrie, des bombardements pour campagne de communication !

D3B70678-E690-4A3C-8DEA-68B9755C73B6.jpeg*Lors des bombardements de la coalition franco-américaine et anglaise en Syrie, samedi dernier, tout semble avoir été fait pour éviter des dommages collatéraux dont les Russes auraient été victimes. Les cibles ont été communiquées à l’ennemi à temps et évacuation complète a pu se faire. À quoi rime ce bombardement que l’on qualifie, en l’absence de résolution de l’ONU, d’agression ? L’enquête sur l’attaque chimique présumée à Douma n’ayant pas débuté. En premier lieu, aussi bien Donald Trump qu’Emmanuel Macron et Theresa May ont hérité, avec le dossier syrien, d’un chaos provoqué par les administrations précédentes. Sept ans de guerre en Syrie avec comme seul objectif le renversement de Bachar el-Assad et de satisfaire leurs « amis » tant saoudiens, turques que israéliens. Parce qu’il s’agit bien de cela. Pour rappel, la guerre de Syrie - sur fond d’un printemps arabe médiatisé - débute sur un litige lié à l’exploitation d’hydrocarbures. Le rapprochement de Damas avec Téhéran dérange au plus haut point. Bachar devient aussitôt l’homme à abattre. La suite, on la connaît. Des alliances des plus scabreuses sont faites. Notamment, l’encouragement de l’Etat islamique (EI) que seule l’entrée dans la danse de la Russie de Poutine a neutralisé. Sur le dossier syrien, les Occidentaux ont piteusement échoué. De l’ingérence à la tentative de coup d’état, en passant par la création d’un monstre nommé Daesh, nos puissances occidentales ont encaissé une déculottée magistrale. Et au peuple de pleurer les trop nombreuses victimes du terrorisme et des violences politiques. L’utilisation présumée d’arme chimique à Douma offre l’illusion à Donald Trump de reprendre le leadership sur un dossier à charge de Washington et de satisfaire les convoitises des alliés de toujours que sont la riche Arabie Saoudite sunnite et Israël. Ils ont tous deux le même ennemi juré. l’Iran qui est le testeur clergé chiite et adversaire déclaré du sionisme, avec la Syrie et le Hezbollah, en toile de fond. Quant à Theresa May, elle suit aveuglément l’Oncle Sam messianique dans ses nouvelles aventures guerrières. Comme l’ont fait ses prédécesseurs. On se souvient encore du sobriquet de « caniche » attribué à Tony Blair suiveur de George Bush durant la guerre d’Irak. Pour Emmanuel Macron, c’est la revanche. Le quinquennat précédent avec à sa tête Hollande - Fabius et Valls a laissé un traumatisme d’incompétence grossière et malheureuse sur le dossier syrien. Entre autres, l’armement de groupes de mercenaires sauvages et assassins. On pense au Front al-Nosra, en particulier.

Depuis son élection, le jeune président de la République affirme que la France ripostera en cas de nouvelle attaque chimique de la part du régime syrien : «Quand vous fixez des lignes rouges, si vous ne savez pas les faire respecter, vous décidez d’être faible. Ce n’est pas mon choix. » A-t-il déclaré. Toujours pour Macron, probablement à raison, ce qui a libéré Vladimir Poutine sur d’autres théâtres d’opérations c’est le fait d’avoir constaté qu’il avait face à lui des gens qui avaient des lignes rouges mais ne les faisaient pas respecter. Endosser l’uniforme de chef de guerre tombe à point nommé. Avec une France qui fait la une depuis des mois pour ses grèves et ses réformes, reprendre de l’ascendant jupitérien lui fait du bien à tous les niveaux. En plus du complexe militaro industriel, sans cesse dénoncé depuis 1950 et le courageux discours du président Dwight David Eisenhower, Macron est le grand gagnant de cette action militaire. Qui est, avant toute chose, une opération de communication. C’est un jeu de dupe. Reste à savoir quelles sont les cartes de l’Iran et de la Russie pour accuser la gifle du samedi 14 avril 2018 et reprendre le lead sur le théâtre syrien.

*Publié dans « Les Libéraux » le 15 avril 2018

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