09/06/2018

L’humanisme et la rationalité...

61E51C6C-21B3-4DAE-AFBE-DA3A570621FA.jpeg*Ce haut lien de spiritualité qu’est le Mont Saint-Michel est tout indiqué pour méditer sur l’essence même de l’humanisme. Courant culturel européen - même si parfois récupéré politiquement, l’humanisme renoue dès ses débuts avec la civilisation gréco-romaine mais pas seulement. On ne saurait le confiner à ses origines toscanes et son développement en marge de la Renaissance. Sinon, le courant se heurterait à des résistances issues d’autres modes de pensées d’origine non occidentale mais pourtant très proche. Concentrons-nous sur la constellation des postulats qui l’animent. Je les décris de manière séquentielle : Le premier est que l’Homme est en possession de capacités intellectuelles potentiellement illimitées. Le second est que la quête du savoir et la maîtrise de diverses disciplines sont nécessaires au bon usage de ces facultés. Ensuite, il faut faciliter l’accès au savoir à toute personne quelles que soient ses origines ou sa langue. On encouragera ainsi la vulgarisation des textes religieux et scientifiques. Le constat établit, deux interrogations élémentaires se posent. Quant est-il de la mortalité de l’homme qui serait en possession de capacités intellectuelles illimitées ? Et si l’Humain peut dans son universalité dépasser les dogmes, les coutumes et autres croyances, quant est-il du Bien et du Mal ? Rappelons-le, l’humanisme encourage le libre-arbitre et la responsabilité individuelle. Par ailleurs, le libéralisme s’en inspirera. À la première question, André Comte-Sponville répond ainsi : « L’homme n’est pas mort : ni comme espèce, ni comme idée, ni comme idéal. Mais il est mortel; et c’est une raison de plus pour le défendre. » Autrement dit, ce que l’on fait de nos actes résonne pour l’éternité. D’où l’essence même de l’immortalité. La seule que l’on puisse assurer, pour l’heure, en l’état actuel de la science. Quant à la question de toujours se rapportant à l’existence du Bien et du Mal, une réponse adéquate est celle de la rationalité. L’éthique et la dignité ayant une place centrale pour l’humanisme, à chacun de se demander si tant ses paroles que ses actions sont rationnelles avec l’élévation de la condition humaine en général. Ce que l’on ne veut pas subir ni souffrir on ne le fait tout simplement pas à l’autre. L’autre étant à la fois tout et partie de l’humanité. La rationalité est indissociable de l’humanisme qui implique un engagement à la recherche de la vérité et de l’humanité.

*Publié sur la page FB « Les Libéraux »

Commentaires

Le bien et le mal émanent plutôt du sentiment de ce qui est juste... La rationalité peut être parfaitement amorale. Elle observe qu'il y a des dominants et des dominés et donc que certains souffrent plus que d'autres. C'est hélas une réalité. La compassion vient peut-être de plus loin, de la pensée intuitive. Je ne vois pas que le rationalisme soit forcément humaniste, il peut être calculateur et glacé, profondément égoïste. Cela dit, vous avez raison, il faut vulgariser les textes religieux, littéraires et scientifiques ou philosophiques, sans préjugés. Mais si on lit tout cela, on est frappé à mon avis par la vérité de ce qu'ont énoncé saint Augustin, Rousseau dans la Profession de foi du Vicaire savoyard et Joseph de Maistre: le bien et le mal s'appuient sur un sentiment profond, touchant à l'infini, non sur le raisonnement.

Écrit par : Rémi Mogenet | 10/06/2018

Monsieur Mogenet,
Un chaleureux merci pour votre apport qui est riche et très instructif.

Écrit par : François Meylan | 10/06/2018

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