31/07/2018

Endoctrinement à l’école, Elena témoigne !

EC996F02-0A79-4077-8F8D-A5B3F19EC91C.jpegFrançois Meylan : *Elena, vous êtes née à Barcelone et votre vécu avec l’endoctrinement à l’ecole me glace le sang. Comment peut-on politiser ainsi l’éducation publique jusqu’à la confondre avec une secte ?

Elena : Je suis née en 1985 au cœur de Barcelone et au sein d’une famille d’origine castellane, de Léon et d’Andalousie. Aux yeux des nationalistes catalans, ceux qui donnent de l’importance à la génétique, je suis et je serai toujours une fille de « nouvinguts » ou d’immigrants, comme se sont toujours chargés de me le rappeler les professeurs du collège. J’appris en ce temps-là la signification du mot “charnego”.

Ce fut précisément au collège, à l’âge de 8 ans, que j‘étudiais l’histoire de Wilfried le poilu, à qui il faut attribuer l’indépendance des comtés catalans du royaume de France. Evidemment, les professeurs ne perdirent pas l’occasion de nous transmettre la version la plus fantasmagorique et la plus sanguinaire de l’histoire, dans laquelle on attribue aussi à Wilfried l’origine du drapeau catalan des quatre lignes ensanglantées dans un champ doré : la Señera.

Profitant d’être sur la lancée historique, cette même année, nous apprenions les paroles de la chanson l’ « Estaca » de Lluis Llach, que nous chantonnions à toute heure à la maison. Ce qui ne manquait pas d’indigner ma mère qui me trouvait trop jeune pour siffloter des mélodies politiques en permanence, et qui considérait que des chansons comme « Paff el drac màgic» ou « Dins la fosca» étaient plus de mon âge.

A cette époque, ils nous racontaient aussi que Franco avait interdit de parler catalan, donc ils nous demandaient de parler dans cette langue dans la cours de l’école. Les professeurs m’appelaient même pendant la recréation pour me demander de parler en catalan. Mais moi, comme mes camarades de classe de familles hispanophones, nous les ignorions.

J’ai toujours aimé lire. Au collège, chaque semaine j’empruntais des livres à la bibliothèque et à vrai dire, je ne me souviens pas d’avoir lu en Castillan. Probablement pour la simple raison qu’il n’y avait pas de livre dans la langue de Cervantes. J’ai gagné durant des années les « Jeux Floraux » de San Jorge, au collège puis au lycée. En août 2003, lors d’un évènement organisé par la Generalitat de Catalogne, je reçu une distinction lors du concours d’entrée à l’Université, document signé par le Conseiller des Universités, en ce temps-là Andreu Mas Colell.

FM : À vous entendre, l’endoctrinement à l’école était planifié et systématique ?

Elena : Oui, cela fait partie du plan de Jordi Pujol. Par chance il a raté. Aussi grâce à mes parents. Ils se sont toujours préoccupés de mon éducation et m’ont appris les bases élémentaires de respect. Que les êtres humains sont égaux indépendamment de leurs origines ou nationalités. Qu’il n’y a pas de nations ou d’origines meilleures que les autres.

FM : En quelque sorte vous avez été privilégiée. Imaginez les jeunes qui n’ont pas eu cet ancrage à la maison. Et qu’en est-il de la suite de vos études ?

Elena : Lorsque j’ai commencé l’université, mes bonnes notes et mon accent espagnol furent l’objet de blagues les plus cruelles de la part des plus radicaux. En 2003, j’ai arrêté de parler catalan.

L’indépendantisme, de mon point de vue, s’autodétruit. Car il crée des gens égoïstes, arrogants et avec un complexe de supériorité. Tout le travail minutieux des professeurs du collège n’a servi à rien à partir du moment où j’ai reçu le mépris de certains camarades de classe. Je pris conscience de l’existence d’une société suprémaciste et mesquine. Par chance, je dois dire qu’à l’Université, j’ai aussi rencontré mes meilleurs amis. De vrais amis, catalans depuis plusieurs générations, qui valorisent les personnes au-delà de leurs origines et accents.

Tout le temps où j’ai vécu dans l’autonomie catalane, je n’ai jamais parlé de mon idéologie politique par peur du rejet social. En octobre 2008, je suis partie vivre en Allemagne. Jusqu’aux dernières élections de décembre 2017, je n’ai plus revoté.

Beaucoup de complexes provenant de nombreuses années de manipulation. Tout ce qui est arrivé à partir du 1er octobre m’a ouvert définitivement les yeux. Cela m’a donné la force de lutter pour une Catalogne plurielle et métissée. Ma maison est foncièrement démocratique et s’appelle aussi bien Espagne, Catalogne qu’Europe. Monter une population contre une autre ne fait aucun sens. 

* prénom d’emprunt 


**nouvinguts : nouveaux venus
**charnego : singes
**l’Estaca : le Pieu
**Paff el drac màgic : Paff le dragon magique
**Dins la foca : Dans la brume

Commentaires

C’est malheureusement la triste réalité mais il existe des cas bien plus cruels que ça aujourd’hui, la manipulation et le sectarisme sont impressionnants

Écrit par : Ramon | 03/08/2018

Est-ce que l’on pourrait faire une analogie entre une Catalogne franque depuis les comtes de Barcelone et rattachée à une Espagne restée plus longtemps sous influence arabe, avec ces pays de la péninsule balkanique dont la fierté est d’avoir été moins complaisants que d’autres de leurs voisins avec le pouvoir ottoman ? C’est du moins ainsi que naissent les nationalismes.

Écrit par : rabbit | 03/08/2018

Il faudrait toutefois relever que les Catalans sont traités avec pas mal de mépris dans le reste de l'Espagne. Je l'ai vérifié par mes nombreux voyages en Navarre.
Chaque pays a ses demeurés qu'on aime bien traiter en frères inférieurs. C'est plus compliqué en France où les seuls gens intelligents sont les Parisiens...
(même s'ils ne le sont que depuis trois mois...).

Écrit par : Géo | 04/08/2018

Les Galegos se disent victimes d’ostracisme de la part de leurs compatriotes et tous ensemble traitent les Andalous de romanichels et de va-nu-pieds. Il n’y a eu que le Généralissime pour apporter la paix et la bonne humeur au sud des Pyrénées ? Comme Tito en ex-Yougoslavie ou un autre Maréchal en France ? Que serait devenue la Chine sans Mao ? On entend parfois que la démocratie engendre la guerre civile ; que faut-il en penser ?

Écrit par : rabbit | 05/08/2018

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