26/04/2018

Maddie, le jour où l’on saura ! Dix ans après, reportage au Portugal sur les lieux du drame.

*80ADEF6A-7084-4F28-9727-D67BA340FDA9.jpegLa BBC nous l’annonçait, le mois dernier, le gouvernement britannique décaissera encore 275000 livres sterling au budget de Scotland Yard pour élucider la disparition de Maddie.

Ce montant devrait permettre d’investiguer encore six mois. Néanmoins, ils ne sont plus “que” 5 enquêteurs aujourd’hui sur le dossier contre 29 en 2011. Une nouvelle piste serait apparue. On l’a dit cruciale. On n’en saura pas plus, pour l’instant.

Maddie c’est aussi la première affaire criminelle portée par les réseaux sociaux dans le monde entier. Jeudi 3 mai 2007, disparaissait en Algarve – Sud du Portugal – Madeleine Beth McCann, née le 12 mai 2003, à Leicester. Communément connue sous le nom de «Maddie». Officiellement, elle avait échappé à la vigilance de ses parents, le couple de médecins, Kate Marie McCann née Healy et Gerald Patrick McCann, respectivement de Liverpool et de Glasgow. Le 28 avril 2007, la famille McCann arrive au Portugal pour une semaine de vacances. Ils séjournent à Praia da Luz. Une station balnéaire d’un peu plus de 3000 habitants dont la moitié sont des ressortissants anglais.

Le soir fatidique

194FC82F-74A7-45C9-8149-46A8C7606002.jpegLe soir fatidique, les parents McCann mettent au lit Maddie et leurs deux autres enfants, les jumeaux Sean et Amelie, âgés de deux ans. Ils vont alors dîner avec un couple d’amis au Tapas, le restaurant du complexe hôtelier, situé à moins de 150 mètres de leur habitation. Vers 21 heures, le père va vérifier que les enfants dorment tranquillement dans leur chambre. À environ 22 heures, c’est au tour de Kate d’en faire de même. Elle découvre alors que Maddie a disparu. Les volets et la fenêtre de sa chambre sont ouverts. Les parents, aidés de leurs amis, fouillent les alentours mais en vain. Croisant les Smith, une famille de vacanciers irlandais qui affirment avoir vu peu avant 22 heures un homme transportant une petite fille habillée d’un pyjama rose et correspondant au signalement de la jeune McCann, l’alerte est donnée. La gendarmerie est appelée. On estime qu’il est vers 22:40 heures.

340DEE88-5A6F-4F11-B5DC-1D0E626DC011.jpegLes forces de l’ordre – passablement critiquées, par la suite – mettront entre une heure vingt et une heure et demie – selon les sources – à arriver. C’est bien assez pour quitter l’Algarve et même le pays par sa frontière de Vila Real de Santo Antonio jouxtant l’Andalousie voisine. Je suis moi-même allé voir sur place. Il faut en voiture, vitesse réglementaire respectée, ce laps de temps depuis le Luz Ocean Club. Les douanes et les aéroports portugais comme espagnols sont alarmés. Le 9 mai, Interpol diffuse une alerte mondiale. Les premiers rebondissements interviennent le 7 septembre 2007, quand la maman Kate McCann est mise en examen par la justice portugaise. La thèse de l’accident domestique simulée en enlèvement est alors privilégiée par la police. Pour autant, le 21 juillet 2008, le ministère public lusitanien classe l’affaire. De nombreuses pistes y compris la possible culpabilité des parents ont été explorées, sans résultat.

L’hypothèse du commissaire

0613F4F5-095E-40C9-B56A-3E588CFCE546.jpegC’était sans compter sur le commissaire de police en charge de l’affaire, Gonçalo Amaral, qui publie au mois de mai 2009 un livre: «L’enquête interdite». C’est l’hypothèse de l’incident mortel domestique avec dissimulation du corps durant quelques jours voire quelques semaines avant son évacuation par le père Gary, à l’aide d’une voiture de location. Plusieurs faisceaux d’indices sont alors révélés: Maddie était hyperactive et il n’était pas rare que ses parents lui administrent un sédatif. Son sang aurait été retrouvé dans le bungalow comme des odeurs de mort reniflées par des chiens policiers spécialisés et dépêchés par la police britannique tant dans le logement que dans le coffre de la voiture de location.

Les McCann tentent de faire interdire la publication du livre. Puis, les procédures judiciaires et même les demandes de dommages et intérêts de part et d’autre se succèdent. Finalement, la justice portugaise autorise la publication du rapport d’enquête de quelque deux mille pages. Amaral a obtenu gain de cause. De son côté, Scotland Yard a relancé en mai 2011 les investigations, principalement dans les réseaux pédophiles anglo-saxons. C’est notoire, ils auraient été nombreux à opérer dans la péninsule ibérique.

Tourisme morbide

59A06D9F-A94C-43E8-B98B-BED7437ABE00.jpegSur place, mercredi 25 avril 2018, en ce jour férié de la célébration de la révolution des Œillets, je trouve le Luz Ocean Club fermé. La saison n’a pas encore commencé. Toutefois, en inspectant le propriétaire je vois une employée de réception par une porte laissée entrouverte. Surprise, je tente de la questionner. Elle refuse de me répondre. Je parcours, tout de même, l’extérieur de l’enceinte du complexe hôtelier. En cinq minutes, j’en fais le tour. Ce n’est pas si grand. Et il est inimaginable que le corps de la petite Maddie ait put y être dissimulé pendant des jours comme l’affirme Amaral. Alors que toute la zone est en ébullition pour un enlèvement d’enfant. Quelques instants plus tard, je longe le bord de l’eau de Praia da Luz. Cette station balnéaire qui ne manque pas de charme.

Je questionne le gérant du magasin de presse et de souvenirs «Azure Seas Unip. Lda», sis à l’avenue dos Pescadores Loja 3. Il se souvient très bien de l’affaire. Si le temps où les affiches-portraits de Maddie ornaient les murs de la localité est révolu, il est impossible de ne pas suivre cette interminable saga judiciaire. Puisqu’il vend les principaux quotidiens de la City dans son échoppe qui la relaient systématiquement… Las, il m’explique que tout cela est devenu incompréhensible. Que les premières années suivant le drame, tant le Luz Ocean Club que l’ensemble des commerçants de Praia da Luz ont subi une forte chute des réservations touristiques et, de facto, de leur chiffre d’affaires. Mais qu’ils ont aussi des droits. Et notamment celui de ne plus en subir les conséquences, plus de dix ans après le drame. Et d’ajouter qu’il y a régulièrement des enfants qui disparaissent de par le monde, sans que cela ne prenne de telles proportions. Mon interlocuteur ne manque pas de rappeler la thèse du commissaire Gonçalo Amaral qu’il semble avoir adoptée lui aussi. Notons qu’aujourd’hui, le policier est chroniqueur judiciaire à succès pour la télévision portugaise. Mon commerçant déplore également que Praia da Luz attire encore régulièrement des touristes morbides.

Deux lectures du drame

81277A22-FE24-4C62-9942-1F5F215C9834.jpegPar la suite, discutant encore avec un serveur dans un bar, je réalise combien la disparition de Maddie semble avoir opposé drastiquement deux lectures d’un même et tragique événement. L’hypothèse portugaise qui rassemble autour de l’accident domestique. L’hypothèse britannique qui engendre des investissements colossaux pour traquer les réseaux pédophiles. Avec l’espoir pour Kate et Gary que leur fille aînée, malgré le temps qui passe – le temps volé -, leur revienne un jour.

Et en ce qui me concerne, c’est l’espoir de croire que la vérité finira par jaillir. Maddie, le jour où l’on saura!

*Sur place à Praia da Luz et publié dans « La Méduse » et dans « Les Libéraux. »

24/04/2018

Faut-il subventionner la presse ?

8AAFC795-232C-42A2-8141-97FDB367A50D.jpeg*La question est revenue cette semaine, suite aux nouvelles manœuvres de rachats de médias par d’autres. La réponse est bien entendu non. À contrario de l’agriculture - secteur stratégique par excellence - et de l’autonomie de notre pays à nourrir sa population en cas de crise, la presse est un produit de consommation comme un autre. Qui doit entreprendre et vivre ses remises en question et ses restructurations. Comme l’ensemble des activités économiques, par ailleurs. La subventionner avec les deniers publics directement ou indirectement ce serait abuser du contribuable mais aussi assoir certains de nos rédacteurs en chef et journalistes dans un oreiller de paresse. À se scléroser et pour certains à continuer à ne pas vouloir entendre. Ne pas vouloir entendre que comme faiseurs d’opinions ils doivent être à l’écoute et au service du lecteur et non le contraire. Que des journalistes moralistes ou qui s’autorisent à penser ce que la masse devrait penser on en veut pas. Que des placeurs de produit ou des rédacteurs en chef en quête de vedettariat encore moins. De la presse qui noircit du papier sur de la polémique, du scoop, en communiquant des émotions au lieu d’informer... très peu pour nous. Quand aux cris d’alarme du principal syndicat des médias qu’est Syndicom sur l’atteinte à la diversité de la presse qui serait le préalable à une information riche, utile et objective... que ni ni. Dix journaux qui utilisent les mêmes sources, qui font du copier / coller et qui pour rester dans la meute traitent de la même actualité et avec les mêmes angles offrent moins que deux seuls journaux qui font du vrai travail d’investigation et qui ne se sont pas éloignés de la Charte de Munich - pierre angulaire du journalisme - à savoir la recherche de la vérité !

*Publié le 20 avril 2018 dans « Les Libéraux. »