05/07/2018

Los Lazos, risque écologique pour la Catalogne !

3118A63A-A950-4F1F-A14A-C72395BB9B62.pngQuand je rencontre Pedro*, à Barcelone, je suis loin d’imaginer que ces morceaux de plastique jaune qu’on appelle élégamment « Los Lazos » recouvrent l’équivalent de plusieurs hectares et qu’on articule le nombre de plusieurs dizaines de tonnes de plastique évacuées régulièrement par des citoyens volontaires. Va-t-on vers une catastrophe écologique ? On ne peut l’exclure. Le plastique jaune arrive à profusion dans l’autonomie, entre autres, par le biais de ces hyper centres chinois dans la zone industrielle de Badalona. Pourquoi ce jaune partout que cela soit sur le domaine privé ou publique ? Il est sensé rappeler l’existence de prisonniers dits « politiques » pour les uns et de droit commun pour les autres. Votre serviteur partage l’avis, tout comme les principales ONG activent dans les droits humains, que des gens qui se sont placés hors de la constitution et ont détournés les fonds publics à leurs fins ne sont pas des prisonniers politiques. Le souci est que ces tonnes de plastique se retrouvent près des cours d’eau quand ce n’est pas directement dans la mer. Leur profusion ne semble se tarir. Les containers des ports de Barcelone et de Tarragone offrent de quoi 94958BEC-B10E-43BC-9BA6-6840D93FC61C.pngplastifier toute la Catalogne en terre des damnés. Heureusement des groupes de citoyens se sont organisés pour lutter à la fois contre l’occupation de la voie publique par des symboles politiques et contre une pollution majeure annoncée. Ils sortent de nuit en suivant des procédures de sécurité bien établies. Pour nettoyer, sur leur temps libre et avec leurs deniers, l’espace publique, les abords des axes routiers et partout où il est possible d’aller, sans trop de danger. Si tout a commencé à partir d’octobre 2017, c’est à présent que ces groupes de citoyens sont organisés en unité de 12 à 40 personnes et par secteur. Les rayons d’action de ces héros de l’anti-pollution est de 40 à 50 kilomètres. Mais il n’est pas rare qu’ils parcourent jusqu’à 170 km, en une nuit, tellement il y a à nettoyer. Et pour Pedro de préciser qu’il y a aussi tout le travail fournit individuellement par les habitants. Les risques qu’encourent ces vaillants citoyens ne sont pas négligeables. Premièrement, il y a les réactions imprévisibles des séparatistes les plus radicalisés. Par exemple, les sulfureux 5E95908B-1CB0-4999-8EED-16ED91BF871D.pngComité de défense de la République (CDR) - structurés tels des paramilitaires - qui n’hésitent pas à menacer et même à frapper celles et ceux qui ne pensent pas comme eux. Plus sournois encore, il y a le risque d’être identifié par une patrouille de la police locale ou par les Mossos d’Esquadra dont de nombreux éléments sont de connivence avec les leaders indépendantistes. Dès cet instant, ce sont les conditions mêmes d’existence qui sont menacées. Et l’ajout de son nom sur la lugubre liste noire.

*Nom d’emprunt

03/07/2018

Ma rencontre avec Géraldine C.

68BCF59A-F4EB-4DD0-BAE6-70523DAE9799.jpeg*« 14 ans en Catalogne »

Mon fils est sorti de l'école en pleurant ets'est jeté dans mes bras. Il avait 6 ans et c'était en 2014. Je lui ai demandé ce qui s'était passé. Et il a répondu :
- Maman, c’est vrai que nous devrons quitter la Catalogne ?
- Pourquoi tu dis ça, M?
- C'est ce que les enfants de la classe m'ont dit. Que si je ne veux pas l'indépendance, je devrais partir de la Catalogne.
Ça, c'est la Révolution des Sourires… Ça, c’est la face cachée de la Révolution des Sourires, que les séparatistes ne montrent pas au monde. Ils ne la montrent pas, non. Beaucoup de plaintes, beaucoup de victimisation, beaucoup de théâtre, beaucoup de marketing et beaucoup de propagande avec l'arme du mensonge, beaucoup de provocation, beaucoup de poker, et beaucoup de manque de respect envers l'humanité.

J'ai eu l'occasion de partager cet incident avec d'autres mères de l'école, elles-mêmes indépendantistes. Une de leurs réactions a été de me dire que les enfants sont cruels, que ce n’est pas grave et que mon fils doit se défendre. Et c'est ainsi que les gens pensent, et c'est ainsi que le monde va. J’ai répondu oui, que j’avais rempli mon rôle en tant que mère, et expliqué à mon fils que malheureusement il devait se renforcer pour faire face à un monde où la diversité des opinions est parfois valorisée et parfois non respectée. On peut même être attaqué pour ça. Mais il faut apprendre à vivre avec ça et savoir comment le gérer. J'ai aussi répondu à cette mère que j’avais fait ma part du travail éducatif, mais que maintenant il lui restait à faire la sienne, l'autre 50% de l'éducation, et qu’elle devrait expliquer à son enfant que la diversité des opinions doit être respectée et ne peut en aucune façon conduire à l'exclusion, et encore moins à l'exclusion de la terre de naissance, et dans ce cas d'un enfant. Les enfants expriment hors de chez eux l'éducation qu'ils reçoivent à la maison. S'ils reçoivent une solide éducation, avec des valeurs et un sens de la critique et du libre arbitre, alors ils ont les armes pour ne pas être autant influencés par la société.

1595B93C-1981-4D94-8A53-633C7CAEB06A.jpegFrançois Meylan : Vous êtes française, mère et cadre dans une multinationale. Qu'est-ce qui vous a amené à Barcelone ?

Géraldine C : Je suis arrivée en Catalogne en 2004. Lorsqu'on me demande comment j'ai atterri ici, avant que je puisse répondre, les gens anticipent et croient que c'est parce que j’étais amoureuse d’un homme ou pour le travail. Je suis venue par amour oui, mais pas d’un homme, mais de Barcelone, de la Catalogne et de l’Espagne. Il y avait un air de liberté, de bien-être, de pouvoir être soi-même, de non jugement, de vie. J'ai aimé l'atmosphère, et l'atmosphère est faite par les gens. Chaque fois que je venais à Barcelone pour le travail, je me sentais comme un poisson dans l'eau. C'était ma place, je devais vivre ici. Et c'était ainsi. Depuis Paris, j’ai cherché un travail, je l'ai trouvé, j'ai déménagé. C'est aussi simple que ça. J'ai commencé ma nouvelle vie, où j'aurais dû naître peut-être. Mais la chose importante est que j'avais trouvé mon endroit et c'était ici. C'est un grand bonheur de pouvoir vivre là où l'on veut et de se sentir en harmonie avec sa façon d'être et de voir la vie.

FM : On parlait déjà de séparatisme il y a 15 ans?

GC : Un peu, mais pas tellement. On entendait principalement « Moi Catalan, je suis différent des Espagnols. » Et à moi, Française, ils me disaient que "je ne pouvais pas comprendre" (un de ces arguments répétitifs et désobligeants des combattants de l'indépendance) ... Le séparatisme a augmenté au fil des ans. Je te raconte mon vécu.

E6F14164-0903-41BF-9968-37E73A6EEC7C.jpegJ'ai travaillé dans une entreprise française, située près de Gérone. Je me suis rapidement rendue compte que le catalan était la langue la plus établie en tout, donc je me suis inscrite à des cours de catalan. Je suis une personne de langues, je parle anglais, japonais et espagnol, donc le catalan pour moi ne représentait aucun obstacle particulier, car en plus c'est une langue qui est entre l'espagnol et le français. Aussi, après avoir vécu au Japon pendant un certain temps en 1997 et 1998, j'ai réalisé que la qualité de l'apprentissage d'une langue est directement liée à la façon dont vous absorbez la culture et à la façon dont vous vous sentez à l'aise avec elle.
Alors que je commençais les cours de catalan, je me suis retrouvée au bureau avec une attitude étrange de certains collègues, qui ne voulaient écrire aucun document en castillan. Ça devait être en catalan, ils n'allaient pas changer, et on parlait simplement de rapports de réunion, par exemple. Cette attitude a compliqué mon travail, du moins au début, car je ne maîtrisais pas encore le catalan et j'avais besoin de partager des informations avec la France. Mais surtout, je ne comprenais pas comment c’était possible que des hispanophones refusent d’écrire en espagnol avec une étrangère qui elle faisait l'effort d'apprendre la langue nationale. Je ne pouvais pas comprendre cette attitude quand l'important était de communiquer et de travailler ensemble, eux-mêmes étant bilingues. Si j'avais moi-même utilisé une telle attitude, j'aurais pu imposer le français, puisqu'ils travaillaient dans une entreprise française qui leur donnait du travail et un salaire.
Du coup, j’ai abandonné les cours de catalan. En voulant m'imposer quelque chose, ils ont obtenu l'effet inverse. Comme je l'ai déjà dit, une langue, vous avez envie de l’apprendre quand sa culture vous séduit. Et la culture est faite par les gens. Si les gens se comportent de cette façon, vous n'avez pas envie de faire l'effort d’apprendre ni de parler leur langue.
Il faut dire que le séparatisme est largement installé dans les villages, les zones intérieures, loin des villes. À Barcelone, pas tellement, ni à Tarragone. Et les séparatistes obtiennent leurs sièges majoritaires au Parlement de Catalogne par le vote des campagnes. Nous devons savoir que la majorité sociale de la Catalogne vote contre l'indépendance. Mais comme il existe une loi injuste des sièges qui donne plus de poids aux campagnes, c'est pour cela qu'ils sont majoritaires au Parlament de Catalunya. Mais ceci, ils ne le reconnaissent jamais. Ça leur va bien de parler des sièges uniquement.

E00A376D-80F9-4D5C-9200-2E92C0605AC0.jpegFM : Vous avez été témoin de l’expansion du mouvement indépendantiste et en première ligne. Comment l'expliquez-vous ?

GC : Je l'explique très facilement.
1. Quelques-uns (le dôme) ont cette folie dans la tête depuis des décennies. Pourquoi ? Personnellement, je vois la soif de pouvoir, l'ego surdimensionné comme de nombreux hommes politiques en général, d'endoctrinement pendant l'enfance (Puigdemont a été indépendantiste toute sa vie), mais surtout des restes du franquisme transmis de génération en génération parce qu'ils se sentent très à l'aise dans le rôle de victime. Vous pouvez leur répéter sans cesse que le régime de Franco est terminé, que cet argument n'est plus valable, ils y reviennent toujours. C'est un disque rayé.
2. Une base de 2 millions d’endoctrinés par des mensonges construits et pensés qui ont convaincu les masses. C'est très facile, ils jouent avec les émotions - les souvenirs du franquisme, ils cultivent la victimisation. Cultiver la victimisation est exponentiellement plus facile que d’encourager la responsabilité individuelle. Être victime ne nécessite aucun effort, être responsable oui.
3. Le troisième point est qu'ils ont concentré leur stratégie sur les campagnes, une proie très facile pour alimenter ce sentiment de séparatisme. Les campagnes sont très marquées par le régime de Franco et leurs votes fournissent plus de sièges que les villes. Une bonne affaire…
4. En parallèle, ils ont gagné plus d'autonomie au cours des 15 dernières années. Par exemple, le système d'éducation est entre les mains du gouvernement local à 100% maintenant, c'est-à-dire entre les mains des indépendantistes. Tel quel, ni plus ni moins. De toute évidence, ils font ce qu'ils veulent et nous avons beaucoup d'images qui démontrent cela. L'éducation forme les générations futures, et c'est pourquoi nous avons maintenant une jeunesse très indépendantiste. Au niveau de la langue, l'Union européenne (UE) prévoit que lorsque les langues locales sont enseignées dans les écoles, il faut préserver la langue nationale avec un minimum de 25% dans l’agenda scolaire. En Catalogne, ce n'est pas du tout respecté et personne ne fait rien pour restaurer cette directive. Le gouvernement central ignore cela. Dans l'école de mon fils, ils ont moins de 25% d'espagnol par semaine. Et ensuite nous devons les écouter parler de l'oppression de l’espagnol ... et ils le vendent comme ça à l'extérieur de l'Espagne dans leur propagande victimiste.
5. Ensuite, le gouvernement central est très laxiste face à l'autonomie catalane. Quand l'autonomie ne remplit pas ses devoirs, le gouvernement central ne dit rien. Imaginez que vous soyez une personne dont le but est de briser l'Espagne et que personne ne vous dise quoi que ce soit lorsque vous passez les feux au rouge, c'est une porte ouverte à tout. Et ils en ont profité. Le silence du gouvernement les a renforcé, et maintenant qu'ils ont procédé à un coup d'Etat, c’est très compliqué pour récupérer la situation. Ils passent aux feux rouges et quand le gouvernement leur met l'amende, ils crient au scandale et à l'oppression espagnole. Les séparatistes ont eu beaucoup de temps pour tisser leur toile, monter leur stratégie, mettre en place leurs équipes de marketing et de propagande, s’organiser en réseaux, et profiter de leurs représentations à l'étranger pour internationaliser leurs intérêts locaux. Et cela a été exécuté l'année dernière. Tout est pensé, tout est organisé, en tendant des pièges à un gouvernement plus que maladroit.

FD1DFA35-836F-447F-9F7D-95556C16B4C4.jpegMon vécu avec le séparatisme...

Après mes débuts à Gérone, les années ont passé et j'ai continué à rencontrer une multitude de situations de ce genre, surtout dans le monde éducatif. De la garderie où la maîtresse n’était pas autorisée à m'écrire en espagnol, jusqu'à l'école primaire où demander à recevoir des informations en espagnol nécessite un processus complexe d'autorisations et de procédures formelles. Il m'est aussi arrivé de partir d’un restaurant car la carte était en catalan et en anglais, et pas en espagnol. Il me semblait que c’était un manque de respect déclaré. Il arrive aussi que peu importe si tu t’adresses en espagnol, les gens te répondent toujours en catalan. Il arrive aussi que certains amis indépendantistes me demandent pourquoi après 14 ans en Espagne je ne parle toujours pas le catalan, et je dois leur expliquer que leurs collègues et un certain environnement m’ont enlevé l’envie. Il arrive aussi que, si vous voulez voir une pièce de théatre en espagnol, vous ne pouvez pas le faire parce que le secteur a imposé le catalan, progressivement au fil des ans, mais très consciemment. Quand cela arrive, qui attaque qui ? Qui impose à qui ? La pseudo-victime ne devient-elle pas le bourreau ? La révolution des sourires disent-ils. Ils se plaignent toujours du régime franquiste et des dommages qu'il a causé - je ne le conteste pas - mais l'ironie du sort a fait du catalan une langue imposée telle une dictature.

Personnellement je ne comprends pas les frontières, ni géographiques, ni humaines. Je me sens française, aussi espagnole et asiatique, comme une âme de plus sur cette planète. Une identité ne devrait pas être construite sur l'appartenance à un pays, et une carte d’identité ne devrait pas être nécessaire pour savoir qui on est. Chacun sait qui il est grâce à ce qu'il a dans son cœur et dans son âme. On se construit avec la diversité planétaire qui nous enrichit, avec des expériences, des échecs et des victoires, de l'apprentissage et de l'amour.

Franchement, en venant en Espagne il y a 14 ans, je ne pensais pas trouver une telle situation en 2017.

Jusqu'en août 2017, j'ai toujours écouté les discours indépendantistes comme une source de diversité et d'opinions différentes. Je voulais comprendre ce qui se passait ici, moi qui venais de l'extérieur. Ce qui est différent vous enrichit, non pas parce que vous allez nécessairement adopter l'autre point de vue, mais parce que cela vous aide aussi à vous remettre en question et peut-être à reconfirmer et à renforcer même vos propres arguments. Pendant 14 ans j'ai écouté toutes sortes d'arguments indépendantistes : historiques, financiers, économiques, culturels, sociaux, etc. Je pense, ceux de tout le monde. Chaque personne avait le sien et parfois tous répétaient des slogans communs à tous du type "L'Espagne nous vole". Parfois, je pouvais être d'accord avec la critique au système, parfois non. Même si parfois je suis un peu d'accord, la différence entre un indépendantiste et moi est que, pour moi, ces raisons ne sont pas suffisantes pour générer une sécession. Les motifs de séparation qui viennent de la pensée individualiste, de la pensée différente, du sentiment de supériorité, ne correspondent pas à la valeur de l'humanité et sont plus des attitudes d'involution que d'évolution.

Les 6 et 7 septembre 2017 sont les dates qui ont marqué un changement dans ma vie en Espagne. Depuis lors, je vis dans un malaise permanent, avec des hauts et des bas rythmés par les événements politiques de Puigdemont et de son équipe de casseurs de la démocratie, avec l'invasion du jaune partout, occupant les espaces publics et les institutions qui soi-disant doivent représenter la neutralité. Avec le coup à l'État et même à l’Estatut Catalan au Parlement de la Catalogne, j'ai réalisé que l’on était passé des opinions aux actions, et ce, en dehors du cadre juridique. Lorsque les pensées extrémistes passent de la simple expression de l'idée à l'action, le problème n'est plus le même. Il a pris la forme d'un danger réel. C'était un assaut, une agression contre les citoyens, avec une froideur monstrueuse, annulant la population et niant son existence. Le pouvoir de quelques-uns imposant au monde et écrasant les gens, sans plus. Cela se vit comme une agression personnelle, parce que l’on sent dans l'âme que les droits universels vous sont enlevés.
Sans détailler tous les événements qui ont suivi en Octobre, ce fut une image désastreuse qu’a laissé le 1er Octobre dans les mémoires, le gouvernement étant tombé dans le piège provoqué par des séparatistes. Il est si facile de provoquer un Rajoy et qu’il fonce droit dedans. La proie est parfaite pour eux et s'intègre parfaitement dans leur stratégie. Le dôme de l'indépendance est un mécanisme machiavélique qui a endoctriné des gens pendant des années pour obtenir aujourd'hui le chiffre de 2 millions. Ils les ont utilisés le 1er Octobre comme un bouclier humain où ils voulaient que les coups tombent pour les montrer au monde entier en moins de 24 heures, et surtout après avoir organisé que les mossos d'escuadra – la police locale - n'obéissent pas aux instructions de l’État de droit. Comment Rajoy ne pouvait-il pas voir le piège ? Je ne sais pas. C'est inexplicable pour moi. C'était si évident que ça allait arriver s'il entrait dans ce piège.

Puis vint le jour de la déclaration unilatérale d'indépendance. J'étais à l'aéroport de Barcelone en même temps, attendant un vol pour Madrid. J'ai commencé à pleurer et j'ai vu d'autres personnes au même moment commencer à pleurer. C'était surréaliste. J'avais des images d'il y a 14 ans dans la tête et je ne pouvais pas reconnaître la Catalogne.

Quelques jours plus tard, c'était le jour de la grève en Catalogne en réponse aux charges du 1er octobre. J'ai une amie qui a un centre de beauté et les grévistes indépendants ont rempli les serrures de tous les magasins du quartier avec de la colle, de sorte que les gens ne pouvaient pas ouvrir leur entreprise. Ici, vous n'êtes pas libre de penser différemment d'eux. Si vous l'exprimez, ils vous regardent mal, ils vous intimident et tout peut arriver en fonction de qui vous avez devant. Elle s'est rendue à son magasin pour ouvrir et voulait appeler un technicien pour réparer la serrure, mais les grévistes l'ont menacée de détruire son commerce en dénonçant sa position non-indépendantiste, et elle a dû rentrer chez elle. Mon amie est une femme de caractère fort qui ne mâche pas ses mots. Eh bien ce jour-là, elle ne pouvait rien dire, effrayée et pleurant. C'est la Révolution des Sourires ... qui attaque qui ?

Enfin, avec autant de tensions, j'avais convenu avec mon ex-mari de quitter la Catalogne si nous voyions que ces fous allaient imposer leur dictature à tout prix. J'ai tellement aimé la Catalogne.

A0C35515-52AA-4A88-8392-56A6CE20061F.pngFM : Avez-vous peur pour la communauté étrangère qui travaille ici ?

GC : Étrangère, voulez-vous dire Espagnole ? (rires)
Je n'ai pas peur d'une xénophobie directement exprimée à l’endroit des étrangers pour le moment. Car ceux qui les dérangent avant tout ce sont les "Espagnols". Je vois plus de haine vis-à-vis de l'espagnol que de l’étranger. Cela dit, quand je me suis rendue à la mairie de ma ville pour savoir si mon nom figurait dans le registre électoral pour les prochaines élections municipales, la personne le fonctionnaire qui m’a reçu s'est raidi et m'a regardé avec méfiance. On sent qu'il y a un malaise avec le fait que les étrangers puissent voter localement parce qu'ils savent que 90% d'entre eux ne sont pas favorables à la rupture avec l'Espagne. Nous avons une vision qui vient de l'extérieur, avec de la distance et nous savons que cette affaire est ridicule et halluciante. Maintenant, si une indépendance de la Catalogne devait avoir lieu, je pense que dans quelques années, elle deviendrait un pays sectaire, avec une mentalité hautaine, qui, par sa nature suprémaciste deviendrait excluante pour tous ceux qui ne sont pas Catalans. Ils en auraient terminé avec les Espagnols et maintenant leur nature profonde viendrait à la lumière et pourrait être exprimée par le "nous sommes une souche pure, nous sommes des Catalans, nous sommes, nous sommes, nous sommes ...". Le côté le plus pauvre et le plus douloureux est leur égo.

FM : Quelle serait la sortie de cette crise pour vous?

GC : D’abord il était urgent que parte Rajoy qui n'a rien fait de plus que d'augmenter et de nourrir la haine des séparatistes envers l’Espagne pendant ses deux mandats. Ça, c’est fait.
Il s'agit maintenant de trouver un terrain de dialogue avec les indépendantistes pour apaiser les tensions, mais avec une grande fermeté constitutionnaliste et l'application de la loi. Dans la loi, il y a chacune des personnes qui vivent ici et ne pas respecter cela, c’est ne pas respecter chacun de nous, c’est violent. C'est un chemin difficile qui, de mon point de vue, exige de grands négociateurs, forts, courageux, de haut niveau humain, intelligents et surtout très fermes. Les séparatistes ont beaucoup, beaucoup trop gagné dans l’autonomie de la Catalogne, des droits acquis tels que l'éducation - fondamentale – et ce sera très difficile de les récupérer un niveau central. On peut s'attendre à de nouvelles périodes de rébellion et de manifestations si le gouvernement prend des décisions en faveur d’une recentralisation. Mais l'éducation ne peut pas non plus être laissée entre les mains de personnes destructrices. C'est un suicide pour l'avenir d'une Espagne unie. Je suis désolé que les enfants soient éduqués dans le conflit et les valeurs du séparatisme parce que cela ne sera jamais bon pour l'humanité, jamais. Et ils sont innocents.

44B25E9A-2C3C-45EA-A286-2078A0B892A8.pngD'un autre côté, ce serait un espoir de dialoguer avec certains dirigeants et de parvenir à des accords raisonnables et constitutionnels. Si cela se fait, une partie des 2 millions se calmera également, et un nombre inférieur de radicaux restera. Parce que nous ne pouvons pas ignorer et ne pas vouloir voir qu'il y a 2 millions de personnes qui sont la chair à canon de quelques incendiaires. Ces 2 millions* doivent également être écoutés, en comprenant bien leurs plaintes (il faut de la psychologie et du cœur) et en leur donnant des réponses, ce qui ne signifie pas céder, mais écouter, trouver des moyens d'accord et d'apaisement. Nous avons vraiment besoin d’hommes politiques talentueux pour s'en sortir. Il faut savoir que des gens comme Torra sont prêts à tout, ils vont tout faire pour obtenir ce qu'ils veulent, représentant en fait que 47% de la population éligible et ignorant les 53% qui ne sont pas indépendantistes. C'est un hold-up pur et en France ce cirque ne durerait pas 5 minutes. Donc, ici, la tâche n'est pas facile, et rien n'est gagné.

Aussi au niveau international, il me semble fondamental de rétablir la réalité que l'Espagne n'est pas une démocratie en déclin, bien au contraire, et d'exposer l'horreur des mensonges que les indépendantistes ont réussi à vendre en dehors de l'Espagne, parce qu'ici, ils n'y sont pas parvenus. De la même manière que vous pouvez juger une personne pour diffamation à une autre, je considère que le mouvement indépendantiste est coupable de diffamation face au gouvernement espagnol. De mon point de vue, c'est un crime et chacun des responsables doit payer pour ses actes.
Et maintenant, en pensant à la société fracturée - parce qu’elle l’est - des familles en colère, des amitiés brisées, ce sera tout le monde qui devra faire ce qu'il peut pour peut-être récupérer ces relations. Ici chacun est responsable de ses pas, dans un environnement plus calme, je l'espère. Ce n'est pas sûr, vu Torra, qui est un pyromane et ne remplit aucun de ses rôles en tant que Président de la Generalitat. Je ne comprends pas non plus comment aucune mesure n'est prise contre les responsables de fonction publique qui ne respectent pas leurs mandats. En France, cela ne se produirait certainement pas non plus. C'est inadmissible. Si cela dépendait de moi, aujourd'hui cet homme serait dans la rue, démis de ses fonctions et sans aucune compensation financière.

Il faudra de l'intelligence pour démonter les mensonges et le cœur pour apaiser la société. Ceux qui luttent contre le nationalisme et la haine ne peuvent pas s'abaisser à leur niveau.

*Publié sur la page Facebook « Les Libéraux »

*La Catalogne compte 7,5 millions d’habitants.