12/03/2019

Les mythes et fantasmes entretenus par l’appareil séparatiste catalan...

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Entretien exclusif avec Nicolas Klein, professeur, auteur et spécialiste de l’Espagne.
 
FM : L’indépendantisme catalan alimente des mythes comme celui d’un ennemi héréditaire ou encore celui d’être volé économiquement ce qui a été invalidé à maintes reprises. Il utilise la victimisation dans sa propagande. Il aime ressusciter Franco. Pourtant, il apparaît que la Catalogne n’a pas plus souffert du franquisme que les autres régions d’Espagne. Qu’en-est-il ?

Nicolas Klein  : L’indépendantisme catalan aime en effet mettre l’accent sur la victimisation dont il aurait particulièrement fait l’objet, selon ses défenseurs, au cours de l’histoire espagnole, surtout en comparaison des autres régions du pays. Tantôt, ce sont la Castille et Madrid, dépeints comme d’horribles monstresfroids et centralisateurs, qui occupent le devant de la scène dans ce discours schématique ; tantôt, ce sont l’Andalousie et l’Estrémadure, terres méprisées car « arriérées » et plus pauvres mais aussi plus « généreusement arrosées » d’argent par l’État central, qui reviennent au premier plan.

AEB50C96-D41B-4C48-B636-A78E6D8EEF2A.jpegEn réalité, d’un point de vue économique, la Catalogne et le Pays basque ont été les deux grands gagnants de la période franquiste car la dictature n’a fait que poursuivre une politique menée depuis deux siècles au moins (politique dont lesinitiateurs sont les Bourbons). La bourgeoisie catalane a été l’un des piliers matériels et financiers fondamentaux du camp nationaliste durant la Guerre civile (1936-1939) car elle était effrayée par les « rouges » et ne voulait surtout pas d’une victoire de l’extrême gauche républicaine. Elle s’est donc montrée très proche de Francisco Franco, l’exemple le plus frappant en étant sans doute l’entrepreneur Francesc Cambó, grande figure de la Ligue régionaliste dont les descendants idéologiques actuels sont Carles Puigdemont et Quim Torra.

Franco, qui savait pertinemment qu’il devait en partie sa victoire à cette bourgeoisie farouchement anticommuniste, lui a bien rendu la pareille à partir des années 50-60. C’est la Catalogne qui a été la mieux dotée en termes d’infrastructures lourdes (autoroutes, ports, pôle pétrochimique de Tarragone) dans tout le pays et elle a également bénéficié de nombreux avantages (Madrid, par exemple, n’a reçu l’autorisation d’organiser une foire internationale que des décennies après Barcelone et c’est la jeune démocratie espagnole qui lui a octroyé ce droit, pas Franco).

De fait, ce sont les Catalans et les Basques qui ont accueilli avec le plus de ferveur populaire le caudillo lors de ses déplacements en province (les images sont à ce sujet éloquentes), notamment dans les zones les plus indépendantistes à l’heure actuelle, comme Berga ou Manresa. Il faut comprendre qu’il s’agit en fait des héritières du carlisme (idéologie absolutiste, réactionnaire et traditionaliste qui s’oppose au libéralisme de Madrid à partir du xixe siècle) qui ne font que reproduire depuis lors, ce rejet de l’égalité et du projet démocratique porté par le centre du pays.

Si l’on s’en tient à la répression des nationalistes contre les républicains, selon les estimations du juge Baltasar Garzón (que l’on ne peut guère tenir pour un nostalgique du caudillo), entre 1936 et 1939, la Catalogne a été moins touchée que la région de Valence, la Nouvelle-Castille, l’Estrémadure, le León et la Vieille-Castille, la Galice ou même les Asturies, autant de provinces moins peuplées.

Après 1939, la province de Cordoue a connu des exactions bien plus importantes que celle de Barcelone, pour ne citer qu’un autre exemple frappant.

Reste la problématique du catalan, qui n’a en effet pas été promu au même titre que le castillan durant la dictature. Il n’en reste pas moins que cette langue régionale n’a pas été bannie de l’espace public : les foules passionnées qui recevaient Franco en Catalogne l’accueillaient avec des calicots en catalan. Par ailleurs, même si l’enseignement du catalan n’étaient alors pas aussi répandu qu’aujourd’hui, nombre de livres étaient officiellement publiés dans cette langue et il existait même des concours littéraires qui la mettaient à l’honneur et n’avaient rien de clandestin.

Par conséquent, la société catalane n’a ni plus, ni moins souffert du franquisme que celle du reste du pays.

9161D306-8370-41C0-A2D3-6FE80B8DD852.jpegFM À contrario, l’indépendantisme catalan semble taire les années noires d’un certain Lluís Companys. Qui était-il ?

Nicolas Klein  : Lluís Companys est en effet une figure-clé de l’histoire contemporaine catalane (et, partant, espagnole). Né en 1882, il est avocat de formation et occupe brièvement le poste de ministre de la Marine de l’Espagne en 1933. Il préside par la suite la Généralité de Catalogne, de 1934 à 1940.

Il s’agit de l’un des principaux chefs de file de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), parti qui existe toujours aujourd’hui et défend l’indépendance de la communauté autonome. Exilé en France après la défaite des républicains à l’issue de la Guerre civile, il est arrêté par la Gestapo, remis aux autorités franquistes et fusillé à Barcelone en 1940. Cette fin tragique lui confère bien entendu une aura considérable dans l’univers séparatiste actuel.

FM : Quels sont les faits qu’on peut lui reprocher ?

Nicolas Klein  : L’exécution de Companys par les autorités franquistes est parvenue à éclipser dans l’esprit de beaucoup son action somme toute contestable (pour le dire gentiment) en tant que président de la Généralité de Catalogne.

Le dernier président de la Seconde République espagnole, Manuel Azaña, rapporte dans ses mémoires que Companys était partisan d’une « démocratie expéditive » (democracia expeditiva), expression qui en dit déjà long sur les convictions de ce dirigeant.

Outre le fait qu’il a proclamé l’indépendance de la Catalogne en octobre 1934 (trahissant ainsi la République), il a surtout ordonné des exécutions massives et aveugles à l’encontre de tous ceux qui avaient le malheur de ne pas communier avec ses idées. Ses massacres d’ecclésiastiques sont restés tristement célèbres, même s’il ne s’agit pas du seul secteur qui a eu à souffrir de la répression qu’il a orchestrée.

B3CF6E7E-43FC-44A4-B7AE-65F2E4E0736C.jpegFM : Pourtant, de Lérida à Barcelone en passant par Blanes et Manresa pour ne mentionner que ces villes –, des rues portent son nom. Comment est-ce possible ?

Nicolas Klein  : Toutes les nations ont besoin de références mythiques et de légendes fondatrices. Au même titre que Rafael Casanova, Francesc Cambó ou Enric Prat de la Riba, Lluís Companys figure dans le panthéon des « héros » qui ont lutté pour l’indépendance et la « liberté » de la Catalogne, tout du moins si l’on considère les choses avec le regard des séparatistes.

Il convient, dans ce contexte, d’éviter de souiller leur nom et leur réputation. La Généralité a donc mis sous le tapis tout ce qui pouvait la gêner chez de tels personnages au nom du combat pour la construction d’une réalité nationale catalane qui se veut radicalement opposée à la réalité nationale espagnole (ou à ce que les sécessionnistes en perçoivent). Elle n’en est de toute façon pas à une manipulation près…

07/03/2019

Comment la tortilla española a vaincu l’infamie !

17BF93E6-D766-46A1-A1F0-8F419995C8F7.jpegLa tortilla española c’est un plat populaire qui est non seulement connu dans toute l’Espagne mais aussi savouré dans le monde. Populaire parce que la tortilla española se compose, avant toute chose, de pommes de terre. On se rappelle comment cette tubercule comestible, originaire de la cordillère des Andes au Pérou, sauva plus d’une population depuis que l’homme est homme. Soit pour le moins, depuis 8000 ans !
Même si ce n’est que vers la fin du XVIème siècle, à la suite de la découverte de l’Amérique par les conquistadors espagnols, qu’elle s’est rapidement diffusée dans le monde. Aujourd’hui, elle est cultivée dans plus de 150 pays, sous pratiquement toutes les latitudes habitées.
En Suisse également, elle a marqué l’histoire... Le Plan Wahlen est un programme d'autosuffisance alimentaire mis en place en 1940 par le pays de Heidi pour pallier la pénurie de ressources et de matières premières vitales. On l’appela aussi « la bataille des champs ». Il consistait à planter des pommes de terre partout où cela était possible comme par exemple dans les terrains de football. La Suisse était alors encerclée par les forces d’occupation... l’Allemagne et l’Italie.
4BFECD23-6148-4943-8C78-491826E5B668.jpegMais revenons à la tortilla española. Elle a ceci de particulier qu’elle est beaucoup plus juteuse qu’une simple tortilla de patates ou qu’un plat de ruchti zurichois parce qu’elle accueille l’oignon.
L'oignon qui est utilisé à la fois comme légume et comme condiment est connu dès l'Antiquité. Il provient sans doute d'une espèce sauvage d'Asie centrale. Très apprécié des Égyptiens, des Grecs, des Gaulois et des Romains, il n'a jamais cessé d'être utilisé. Il fait partie des recommandations culinaires de Charlemagne. Christophe Colomb l’élève au rang de repas de base pour lui et pour ses navigateurs partis à la découverte du nouveau monde. Les recherches de l’illustre doctoresse Catherine Kousmine nous apprennent que le repas quotidien des marins des caravelles Santa María, Pinta et Niña sont un oignon avec une portion de céréales !
L’oignon apporte vigueur et goût à la nourrissante patate. D’où la tortilla española qui n’a, pour autant, pas terminé son périple. Aujourd’hui, elle unit des citoyens de diverses origines. Ils s’unissent autour d’elle et de ce qu’elle représente. À savoir, l’amour de se dédier à l’autre, l’intelligence du cœur et l’envie de partager et d’élaborer des solutions. Des réponses à la recrudescence du nationalisme, à la manipulation des masses, à la corruption, à la politique des protagonistes et des intérêts particuliers... alors que l’Espagne est menacée de division - tout comme l’Europe qui a cessé de grandir et qui se rétrécit avec son divorce à l’anglaise - les populations ne tardent pas à se rappeler d’un élément capital : l’échelon politique prend habituellement trop de temps à répondre fermement à la menace. Ces mêmes populations comprennent aussi que l’on ne peut pas demander au pyromane de devenir pompier. Ni que l’on ne peut demander au politique - qu’il soit de gauche ou de droite - d’apporter une solution réaliste, durable et surtout humaniste à la situation surréaliste qu’il a lui-même provoquée.

7EE2DEFC-605B-4027-B279-122D539C2D49.jpegAussi, si pour le Comité international « Catalunya peuple d’Espagne » des discussions et des amitiés se sont nouées autour de la tortilla con cebollas, les mois passant, il appartient aujourd’hui à toute la péninsule ibérique de se réunir pas famille, par quartier, par association ou encore par village autour de cette même tortilla española si juteuse et riche culturellement pour écrire à nouveau l’histoire. Comme l’on fait les civilisations antiques et des Andes. De Charlemagne à Colomb en passant par le suisse Whalen, ils ont résisté... ce fut la première bataille. Ensuite, ils ont vaincu. Ce fut la seconde bataille. À l’heure où j’écris ces lignes, celle-ci a commencé. Nous ne nous retournerons pas. Ni ne reculerons. D’autres et beaucoup d’autres vont se lever, eux aussi, à nos côtés et nous vaincrons l’infamie sur notre continent. Nous stoppons la progression de la contamination de nos institutions, de nos cercles intellectuels et académiques, de nos médias de communication par la manipulation des masses, par le suprémacisme, par le capital prédateur, par l’obscurantisme et par l’intelligence mécaniste et sans cœur qu’est le Mal. Eh oui c’est autour de la tortilla española que nous combattons aujourd’hui l’infamie qu’est l’appareil séparatiste catalan criminel. Il est à la solde de corrompus corrupteurs, tout comme d’intérêts particuliers affairistes, en passant du désastre de la révolution bolivarienne aux intérêts géostratégiques en Méditerranée. Ils ont l’argent et le machiavélisme ? Nous avons la tortilla con cebollas et l’intelligence du cœur. Nous vaincrons. L’histoire l’a déjà écrit : la tortilla española a vaincu l’infamie !

Photos : Carmen Sierra Grande