05/04/2019

Catalogne, un procès dans les règles de l’art pour la démocratie !

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Entrevue exclusive avec Nicolas Klein...
 
FM : Le procès des auteurs de la tentative de coup d’État au sein de la Catalogne à l’automne 2017 (et qui a commencé à Madrid le 12 février dernier) est télévisé et retransmis en direct. Pourquoi ?

Nicolas Klein : La raison en est simple : il s’agit du procès le plus attendu en Espagne depuis celui des auteurs de la tentative de coup d’État militaire du 21 février 1983. Les anciens responsables de la Généralité de Catalogne qui se retrouvent aujourd’hui sur le banc des accusés ont en effet tenté de fracturer l’Espagne en déclarant illégalement (et contre l’avis d’une majorité de la population régionale) l’indépendance d’une communauté autonome. Si cette tentative avait porté ses fruits, le séisme aurait été considérable en Espagne et aurait eu des répercussions colossales sur tous les plans.

Par ailleurs, il s’agit aussi pour l’Espagne de montrer à l’ensemble de ses citoyens (notamment aux séparatistes) et au monde entier qu’elle n’a rien à cacher en la matière et que sa justice agit en toute transparence.

B32FE306-B51E-47F6-BCC4-2A00225A92BA.jpegFM : A-t-on une idée de sa durée ?

Nicolas Klein : En théorie, le procès est censé durer jusqu’à la fin du mois de mai ou au début du mois de juin. En réalité, nul ne sait si ce délai sera respecté car il s’agit d’un jugement complexe, qui nécessite de très nombreux témoignages d’acteurs plus ou moins célèbres de la crise (l’ancien président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a par exemple été invité à témoigner dans ce cadre) et qui va mobiliser la Cour suprême et les médias pendant plusieurs semaines encore.

De plus, la Semaine sainte arrive à grands pas et il s’agit d’une période festive très importante en Espagne, ce qui pourrait donc retarder les conclusions du procès en raison des nombreux jours fériés à venir.

1A849A6F-10C5-4A68-929E-8414D6BC4C5B.jpegFM : Ce procès a déjà révélé comment et à quel prix les inculpés ont « acheté » des observateurs internationaux censés être neutres lors du référendum illégal du 1eroctobre 2017. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nicolas Klein : Dans le cadre de l’organisation du référendum indépendantiste illégal du 1er octobre 2017, la Généralité de Catalogne a demandé à des « observateurs internationaux » de superviser le scrutin (ce qui ne l’a nullement empêché d’être entaché d’un grand nombre d’irrégularités et de fraudes). La Commission de Venise et l’OSCE, deux organisations chargées de valider les élections et votations en Europe, n’ayant pas reconnu la légitimité de ce référendum, les « observateurs » en question ont été directement embauché par les autorités régionales.

Lors de son témoignage devant la Cour suprême espagnole, le 27 mars dernier, la responsable de ces douze « observateurs », Helena Catt, a reconnu que ce groupe d’« experts » avait été payé par le gouvernement catalan (115 000 euros en tout, dont 8 000 euros directement pour elle).

Une telle façon de procéder jette évidemment le trouble sur les possibles conclusions d’un semblable groupe d’« observateurs ». Étrangement, Catt a affirmé devant les magistrats de la Cour suprême ne pas se souvenir des événements de la journée du 1er octobre 2017…

21E03904-D6A4-465D-AB9F-867EA32E203A.jpegFM : Peut-on dire que ce procès est conduit de manière exemplaire et si oui, pourquoi ?

Nicolas Klein : Je ne suis pas moi-même un spécialiste du droit et des procédures judiciaires. Néanmoins, de tout ce que j’ai lu et pu constater ainsi qu’en vertu des témoignages d’experts que j’ai pu recueillir, rien ne laisse présager d’un procès truqué ou dont le verdict serait prédéfini.

Les seuls à soutenir cette thèse sont les séparatistes catalans eux-mêmes, qui ne peuvent toutefois apporter aucune preuve pour étayer leurs dires. Il est vrai qu’ils sont confortés dans leurs thèses par des « observateurs internationaux » qui suivent le projet jour après jour… mais lesdits observateurs sont en réalité membres de six associations sécessionnistes(Association catalane pour la Défense des Droits de l’Homme, Collectif Prague, Institut des Droits de l’Homme de Catalogne, Irídia, Novact et Observatoire du Système pénal et des Droits de l’Homme) dont les conclusions sont par conséquent plus qu’orientées…

Il faut être clair : dans la plupart des classements internationaux, l’Espagne est considérée comme une démocratie « pleine », où toutes les garanties et droits fondamentaux sont respectés. En 2018, l’indépendance de la justice espagnole, souvent remise en cause par les indépendantistes, s’est même sensiblement améliorée selon l’Union européenne. L’idée d’une Cour suprême aux ordres, outre le fait qu’elle n’est pas démontrée par des faits probants, est donc a priori invalide et elle-même peu indépendante à l’égard de certaines puissances politiques.

Photos : FM

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