08/03/2020

Catalogne : tout n’est pas noir ni blanc mais plutôt gris...

95D705C9-08DD-4A76-855A-F0D20BBEAAE0.jpegCatalogne : entrevue exclusive avec Nicolas Klein

FM : Nicolas Klein, j’ai eu le bonheur et la chance de vous découvrir très rapidement après la tentative de sécession de la Catalogne, les 6 et 7 septembre ainsi que le 1er octobre 2017. Près de trois ans plus tard, comment appréhendez-vous l’état de la résistance sociale catalane non sécessionniste ?

Nicolas Klein : Les événements de septembre et octobre 2017 ont profondément bouleversé la société espagnole en général et catalane en particulier. Le très polémique référendum du 1er octobre, les événements qui ont agité cette journée et les deux déclarations d’indépendance de ce terrible mois ont ébranlé les fondements de tout un pays et de toute une région. C’est ce qui explique que, les 8 et 29 octobre, les anti-séparatistes soient « sortis du bois » et aient manifesté leur présence et leur désaccord (malgré les risques que cela comporte au quotidien en Catalogne) par d’importantes manifestations.
Ces deux rassemblements, qui ont réuni environ un million de personnes à chaque fois, sont des événements fondateurs pour la résistance populaire à la Generalitat et à ses desseins illégaux.
Il faut toutefois être clair un point : cette résistance, qui a appris à se structurer et à s’organiser au cours des dernières années, s’est constituée sans le soutien du gouvernement national, qui aurait pourtant été crucial. Que ce soit avec le Parti populaire ou avec le Parti socialiste ouvrier espagnol, le gouvernement national préfère négocier avec les autorités indépendantistes, souvent au mépris de l’esprit (voire de la lettre ?) de la Constitution de 1978. Les présidents du gouvernement successifs ont totalement laissé les anti-séparatistes à leur sort et cette situation est préoccupante.
Combien de temps les citoyens opposés au pouvoir régional pourront-ils résister dans ces conditions ? C’est difficile à dire.

87B3985A-3375-45E1-B5D4-0C71A082A178.jpegFM : Si je vous dis que rien n’est ni blanc, ni noir mais plutôt gris et que certains protagonistes de ladite « résistance sociale » non sécessionniste vivent de cet antagonisme et qu’ils n’ont aucune raison que cela s’arrête, que me répondez-vous ?

Nicolas Klein : Je vous répondrai qu’il existe en Catalogne comme dans le reste de l’Espagne des jeux de rôle et des revirements d’opinion qui rendent en effet la situation très confuse. Le meilleur exemple est celui de Pedro Sánchez, lequel, dans l’opposition, en 2017, avait voté en faveur de la suspension de l’autonomie catalane par l’application de l’article 155 de la Constitution et déclarait que Quim Torra était le « Le Pen catalan »… avant de tenter de se rapprocher de lui
Certaines personnes vivent du défi séparatiste, ne serait-ce que par la projection que cela leur donne au niveau régional ou national. Il est donc malaisé de savoir à qui se fier en la matière.

26CB7B99-C337-4B01-9527-CB09941C1067.jpegFM : Le 29 février dernier, j’étais présent au meeting organisé à Perpignan en l’honneur des fugitifs Puigdemont, Ponsatí et Comín. J’ai constaté que la capacité de convocation de l’appareil n’avait en rien diminué en trois ans. Est-ce également votre avis ?

Nicolas Klein : Il existe évidemment un important secteur de la population catalane toujours favorable à l’indépendance et qui la défendra coûte que coûte.
Les personnes présentes à Perpignan à la fin du mois de février dernier ont par ailleurs bénéficié, comme toujours, des largesses financières et matérielles de l’appareil séparatiste, qu’il soit associatif ou politique. Il est toujours plus simple, dans ce contexte, de rassembler largement…
Quoi qu’il en soit, le meeting du 29 février nous démontre une fois de plus que les positions politiques en Catalogne, qu’il s’agisse du sécessionnisme ou de ses adversaires, sont très profondément ancrées au sein de la société et que le problème sera complexe à démêler.

E94F9389-E5EB-44C2-9395-9CBD3FBAA58E.jpegFM : Cette semaine, la journaliste María Peral, du quotidien El Español, nous apprenait que la Cour d’Instruction numéro 2 de Gérone avait soumis à la Chambre pénale de la Cour suprême un exposé motivé dans lequel elle affirme qu’il existe des « indices de criminalité » à l’encontre de Carles Puigdemont pour des délits présumés de prévarication, de fraude à l’administration et de falsification de documents pour des irrégularités liées à l’utilisation des fonds de la compagnie des eaux de Gérone, Agissa. Puigdemont a été maire de Gérone entre 2011 et 2016. Finalement, qu’en-est-il de l’ensemble des charges retenues contre lui ?

Nicolas Klein : Pour le moment, la procédure judiciaire suit son cours. Ironie de l’histoire, la plainte qui a donné lieu à cette enquête concernant le mandat de Carles Puigdemont à Gérone et la gestion d’Agissa a été déposée par l’une des formations séparatistes, la CUP (Candidature d’Unité populaire).
Ces événements renforcent en tout cas l’idée que le séparatisme catalan est un formidable processus d’ingénierie sociale visant à masquer les turpitudes du pouvoir régional…

Lausanne, le 7 mars 2020

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