04/08/2021

5G, un effet rebond impossible à appréhender !

A5689E8D-48FC-48AD-B396-4DAFECF298CF.jpegLa crise pandémique qui s’éternise nous éloigne non seulement d’une vie dite «normale» mais également de débats de société cruciaux. Celui de la 5G en est un. C’est la cinquième génération des standards pour téléphonie mobile. Elle a comme finalité l’augmentation et la rapidité de transmissions des données. Si dans certaines régions du monde la 5G est déjà bien implémentée (Chine, Inde), en Suisse, entre moratoires imposés par les villes ou les cantons et les lourdeurs administratives, la situation évolue officiellement lentement. Sur le terrain, la réalité est autre.
L’opérateur téléphonique historique Swisscom fait des pieds et des mains pour ne pas perdre de temps, mais la seule vraie résistance vient des associations de consommateurs, voire des voisins. Pour le parlementaire Peter Stuckmann, en charge du dossier à la Commission européenne, la 5G est un élément essentiel à la reprise économique post-Covid19 en Europe. Alors que pour Caroline Zorn, déléguée à la ville numérique, à Strasbourg, on ne devrait pas parler de progrès mais d’évolution technologique, qui doit être encadrée tant par le politique que par la population. Encore faudra-t-il consulter cette dernière. Toujours selon Caroline Zorn, la 5G ne devrait pas pouvoir s’appuyer sur les nombreuses carences du territoire en matière de haut débit et de couverture. Interrogée dernièrement, la spécialiste évoque la nécessité d’une profonde réflexion sur quelle société souhaitons-nous: celle où le réfrigérateur communiquera directement avec le service de ventes à domicile ou celle où la voiture n’aura plus besoin de son utilisateur? Quant au plan écologique, elle rappelle que le data-center d’Amazon fonctionne encore au charbon dans les montages des Appalaches.
Les plus fortes oppositions s’inscrivent dans le domaine des risques pour la santé. Depuis 2011, les champs de fréquences électromagnétiques sont classés dans la catégorie des phénomènes pouvant être cancérigènes (OMS). C’est dans ce sens que va le «5G Appeal», un mémorandum signé par près de 200 scientifiques prédisant une exposition massive des ondes imposée et nuisible à la santé. Cependant, tant du côté des pro-5G que des anti-5G, le ‘cherry picking’
est omniprésent, soit de ne considérer que des études scientifiques et autres sources qui s’avèrent en adéquation avec notre prise de position.
Il nous reste alors l’argument climat. Les pro-5G anticipent une baisse drastique de l’empreinte carbone. En octobre 2020, l’Université de Zürich et l’Empa ont publié un rapport intitulé «Next generation mobile networks: Problem or opportunity for climate protection?». Cette étude, financée par Swisscom, se montre plutôt positive en terme d’émissions de gaz à effet de serre (GES), à l’horizon 2030, de par le biais de la construction et de l’exploitation du réseau 5G en Suisse. À volume égal de données transmises, la 5G semble plus performante sur le plan énergétique que ses prédécesseurs. Ce qui est nuancé par la climatologue de renom Corinne Le Quéré: «À l’heure actuelle, nous ne disposons pas d’évaluations adéquates qui permettraient d’affirmer que la 5G peut jouer un rôle bénéfique pour le climat. Le déploiement de la cinquième génération doit être compatible avec les engagements nationaux en termes de neutralité carbone. Et il est démontré que la 5G est capable d’augmenter, en France comme à l’étranger, les émissions importées à travers la fabrication des équipements.»
Le 19 décembre 2020, le Haut conseil pour le climat français a remis, après en avoir été saisi par le Sénat, un rapport de prospective consacrée à l’impact carbone de la 5G, qui s’est révélé moins tendre avec la nouvelle génération de téléphonie mobile. Il appréhende, en cas d’utilisation de la 5G, une empreinte carbone équivalente en 2030, voire supérieure. Pourquoi cette différence de posture? La principale différence vient du fait que l’étude financée par l’opérateur helvétique ne considère que la question du point de vue de l’opérateur et de son périmètre d’équipements permettant la construction de son réseau, alors que l’investigation française tient compte des terminaux mobiles, dont la fabrication serait responsable d’environ 64% de l’impact carbone total calculé pour la 5G. Madame Le Quéré rappelle que les usages finaux des nouvelles technologies ne sont jamais entièrement anticipés, alors que les possibilités techniques finissent toujours par être utilisées à leur maximum. L’effet rebond annulerait ainsi toute espérance de gain pour le climat.

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