20/09/2014

Place financière... Notre savoir-faire en péril !

photo 1 (51).JPGL’excès de régulation, le trop d’administratif, le trop de tout et l’agonie du secret bancaire ne sont pas les seules sources d’inquiétude pour notre activité de gestion de fortune indépendante. Il est évident que notre industrie affronte des vents contraires sans précédent. Nos instances dirigeantes n’ont d’écoute que pour nos deux grandes banques.

Celles-là même qui se sont si souvent comportées en pyromanes. La batterie de nouvelles dispositions légales qui émane de l’étrange ménage «Finma – Grandes banques – BNS – Parlement» ne nous épargnera pas la prochaine grande casse – parce que ce n’est pas une crise de la gestion du risque que nous avons vécue en 2008 mais une crise de valeurs. Faut-il encore le rappeler ?

Une crise de valeurs éducatives… telle est l’origine de la récente débâcle financière.

Ce sont les mentalités perverties par un néolibéralisme et un état d’esprit sans scrupule qu’il s’agit d’éduquer et non d’augmenter les contraintes administratives.

Ces dernières sont de toute manière contournées voire évitées par ceux qui en ont la possibilité. Aussi, l’arsenal juridique qui croît de manière exponentielle chaque année pèse plus sur les petits et moyens acteurs du marché que sur les pyromanes eux-mêmes. Il affecte dramatiquement le temps dévolu au client. Nous oublions trop souvent que nous sommes des prestataires de services et des fournisseurs de conseils. Nous créons la valeur directement au contact avec le client. Et que notre métier nécessite une forte expertise et une solide expérience clientèle. Les banques universelles ont, jusqu’à présent, fourni le principal de la relève aux gérants indépendants. Le hic est que ces mêmes établissements ne forment plus. Ils ne préparent pas à l’activité de gérant de fortune. En privilégiant l’organisation du travail selon un modèle mécaniste – voir les structures d’organisation du travail selon le professeur Henry Mintzberg, largement enseignées dans les business school.

On réduit l’employé de banque au rang de simple moyen de production standardisé. Une technostructure à l’image des chaînes de montages Ford – il y a soixante ans – traite le client comme une matière première... Ou plutôt son argent avec lequel on tente de faire un maximum de profit dans le délai le plus court possible.

On forme des vendeurs et on établit des systématiques de ventes. Le slogan «le client est au centre de nos préoccupations» ressort plus du marketing que de la réalité. On dicte aux collaborateurs ce qu’ils doivent imposer au client sans leur donner les outils ni le temps d'apprendre à le connaître.

Un rythme de conduite des affaires dicté par les bonus et les résultats mensuels voire hebdomadaires ne permet pas de générer une réelle satisfaction réciproque dans l’espace comme dans la durée. Une quantité de choses ne s’apprennent ni dans les fiches produit ni dans la théorie moderne de portefeuille (MPT). Beaucoup de facteurs-clé de succès ne se trouvent ni dans les livres de cours ni dans les classeurs.

Dans cette constellation d’affaiblissement sans retour du secret bancaire helvétique, il y a un domaine dans lequel nous pouvons garder notre compétitivité c’est celui du savoir. Plutôt, du savoir-faire. Il s’acquiert avec le client. La dimension humaine dans laquelle les gérants indépendants excellent, en général, est primordiale.

photo 2 (43).JPGEn l’absence de préparation de la relève, puisque les banques universelles se bornent à former des "vendeurs", il est temps d’explorer d’autres pistes.

De faire reconnaître et de certifier la profession de conseiller financier et d'élever le standard.

Cette vocation a encore de beaux de jours devant elle. Elle représente aussi un atout déterminant pour l’avenir de notre place financière. Ne serait-ce que par la durée moyenne de la relation avec le client et de son accompagnement dans tous les cycles de vie, le gérant indépendant en sait beaucoup. Son lien permanent avec la réalité l'invite à une remise en question permanente. "Voir les choses telles qu'elles sont et non comme on s'illusionne qu'elles soient".

25/08/2014

Les passeurs de la Vallée de Joux…

B.jpgNombreux sont les faits et les évènements de la seconde guerre mondiale qui ont affecté de près ou de loin notre pays la Suisse. Le décor exceptionnel de La Vallée de Joux fut le théâtre d’opérations d’une poignée de femmes et d’hommes qui prirent sur eux et leurs familles pour sauver des gens d’autres nationalités et d’autres confessions (juive en particulier) que tout semblait condamner à l’insoutenable extermination nazie.

Dès juin 1940, l’Armée allemande occupe toute la moitié Nord de la France, la côte atlantique jusqu’à la frontière avec l’Espagne comprise. La France « libre » de Pétin – soit le reste de l’hexagone et particulièrement le sud le restera encore deux ans.

A.pngL’une des principales frontières que nous avons alors avec cette France occupée est le Massif du Jura et tout particulièrement les 300 km qui comprennent les bois du Risoux. Les villages français les plus proches sont Chapelle-des-Bois et Mouthe. Il leur est imposé le stationnement de deux garnisons allemandes dont une unité de la Grenzschutz appuyée de soldats russes. Rappelons-le, à cette époque, les Russes de Staline sont des envahisseurs qui non sans avoir partagé la Pologne avec Hitler attaquent, entre autres, la Finlande.

Le Risoux sera alors et jusqu’en 1944 le théâtre des contrebandiers, des espions mais aussi des passeurs. Si l’emplacement de l’ambassade britannique à Lausanne explique les activités d’espionnages, ce sont des cœurs vaillants et des êtres d’exception – demeurés discrets et modestes – qui motivent les opérations des passeurs. Des Enfants de la Hille – colonie établie au pied des Pyrénées – aux familles juives, en passant par d’autres réfugiés menacés de déportation, les « passeurs » de la Vallée sauvèrent des vies.

Avec pudeur et refusant toute publicité, certains diront plus tard :

« Nous n’avons fait que notre devoir. »

Pourtant, les dénonciations ont été courantes, tant du côté suisse que du côté français. EnC.jpg décembre 1942, Georgette Meylan et un autre compatriote sont arrêtés dans la ferme de Sous-le-Risoux, à Chapelle des Bois (F).

Le 30 juillet 1943, Bernard Bouveret et Achille Griffon qui sont arrêtés par les douaniers lors de leur arrivée de notre côté de la frontière. Les douaniers du pays, à l’instar de nos autorités de l’époque, sont sans complaisance. L’atteinte à la neutralité suisse est un délit. Un contrebandier des Charbonnière sera même abattu.

Le 20 décembre suivant, Achille Griffon est arrêté par les gendarmes français – sévit alors la France de la collaboration. Remis aux Allemands parce qu’il était en possession d’une arme, il est déporté au camp concentration français de Struthof (Alsace).  Il ne reviendra qu'en 1945.

Le 17 janvier 1944, André Bochy, le fiancé de Georgette Meylan, est arrêté à son tour dans son moulin à Champagnole. De nationalité helvétique, il n’a pas été mobilisé; mais il s’est engagé dans la résistance. Déporté, il ne reviendra jamais !

Printemps 1944, c’est au tour de Bernard Bouveret d’être arrêté, à la suite de son père, la Gestapo les ayant confondus. Tous deux sont déportés au camp de Dachau, jusqu'à leur libération en avril 1945.

La guerre terminée, l’Europe libérée, il a fallu attendre la fin des années huitante pour que la contribution héroïque des passeurs soit reconnue. Parmi les anciens passeurs du Risoux, c’est la contribution d’Anne-Marie Im Hof-Piguet qui est reconnue en premier. Grâce surtout au témoignage des enfants Juifs rescapés de la Hille. S’y ajoute le travail de mémoire effectué par Yad Vashem, le mémorial de la Shoah.

« Cette reconnaissance sera, comme ailleurs dans le monde, d’abord internationale puis locale. Dès lors, la porte sera ouverte à la reconnaissance de ses compagnons de l’époque. Simultanément, notre pays reconnaîtra enfin, par la voix de son président Kaspar Villiger en 1995, avoir négligé son devoir d’assistance et d’accueil au profit d’une conception trop étroite de sa neutralité. La réhabilitation définitive des passeurs suisses, de Genève jusqu'à la Thurgovie, sera achevée par une commission parlementaire en 2011. »

http://www.lespasseursdememoire.ch/

les passeurs.pngPeut-être encore, le meilleur moyen de leur rendre hommage est de participer à la cérémonie officielle autour du monument des passeurs, samedi 13 septembre 2014, à 11 :00, sur la rade du Pont (VD). Ou encore prendre part à la prochaine et huitième marche « Rando des Paseurs » qui relie via deux parcours de 17 et respectivement 25 km la Vallée de Joux à Chapelle-des-Bois (F).

 

Ce dernier évènement qui a le mérite d’associer effort, nature et souvenir se déroule chaque année au mois de juin.

 

www.randodespasseurs.com

 

16/08/2014

Des politiques sous influence

2.pngDemandons plus de transparence de la part de nos élus. C’est nous qui payons !

 

Comme le révèle Jean-Philippe Buchs, dans le magazine « Bilan » du 25 juin 2014, le Parlement refuse toute transparence. A ce jour, il existe 400 personnes non élues qui bénéficient d’un badge spécial, d’un accès libre au Palais fédéral et à tous les lieux non public. Ils sont plus nombreux que nos élus fédéraux – conseillers nationaux et conseillers aux Etats réunis. La liste des accrédités peut être obtenues sur ce lien www.parlament.ch/f/organe-mitglieder/nationalrat/Pages/default.aspx.

 

Exemples : la conseillère nationale genevoise UDC Céline Amaudruz a accrédité Raphaël Tschanz de l’UBS, Fathi Derder, PLR Les Libéraux- Radicaux/VD a, pour sa part, accédité Cristina Gaggini, directrice romande d’economiesuisse. Toutefois, les intérêts ne sont pas exclusivement économiques. De son côté, le doyen de la Coupole, Jacques Neirynck a accrédité son fils Julien.

 

Néanmoins, quand les électeurs élisent Céline Amaudruz ils doivent savoir qu’ils font rentrer l’UBS au sein de nos plus hautes instances politiques même si ce n’est plus vraiment nécessaire.

 

1459255_380363868764816_1298271255_n.pngFort de ce constat, notons la judicieuse idée du parti politique morgien « Morges Libre » qui a lancé ce printemps une pétition sur le plan fédéral pour demander aux Parlementaires d’afficher publiquement les noms de leur(s) accrédité(s) lors de chaque prise de position lors des campagnes de votations fédérales. Histoire que le grand public sache pour qui roulent nos élus !

 

Ce formulaire de pétition peut être commandé sans engagement via morgeslibre@gmail.com.

 

Certains élus se sont bien battus pour restreindre l’accès au gouvernement mais sans succès. Et, comme l’a démontré encore récemment la Neue Zürcher Zeitung, ces « invités » n’indiquent pas toujours correctement leurs activités professionnelles. Plus surprenant, on trouve encore dans les pas perdus de notre Palais fédéral l’influence d’anciens élus sans savoir pour qui ils roulent à présent.

 

Et au journaliste de Bilan d’ajouter :

 

« Beaucoup de parlementaires sont de véritables lobbyistes. Ils tirent une partie de leurs revenus de imagesCALD3R2K.jpgleur présence dans des conseils d’administration d’entreprises privées ou représentent des associations économiques. Ils n’hésitent pas non plus à monter à la tribune avec des interventions préparées par ceux qu’ils défendent. Ils votent pour faire triompher leurs propres intérêts. Or la Constitution interdit les mandats impératifs en ces termes : Les membres de l’assemblée fédérale doivent voter sans instruction ! »

 

Par ailleurs, on se rappelle encore de l’intervention du sénateur indépendant Thomas Minder qui était intervenu, en avril 2012, excédé qu’il était de dénombrer plus de lobbyistes dans les couloirs du gouvernement que de parlementaires. Il avait lui aussi tenté de restreindre leurs accès. Urs Schwaller, Parti démocrate-chrétien (PDC), avait alors rétorqué que les dossiers sont toujours plus complexes que les interventions régulières des « femmes et des hommes de l’ombre » étaient nécessaires.

 

1.pngAu nombre des « agences » de communication et de conseils stratégiques du pays, on compte l’influente Dynamics Group, www.dynamicsgroup.ch, que le président du PDC Christophe Darbellay compte parmi ses accrédités ou encore Furrer Hugi & Partner, www.furrerhugi.ch. Cette dernière, fondée en 2006, fut très utile à Glencore, géant du trading de matières premières pour redorer son image auprès de nos décideurs. Elle compte des clients tels que Swisscom, Mc Donald’s et Google. Cette firme montante est gentiment en train de s’imposer comme incontournable dans les « public affairs » - soit peser sur les décisions politiques.