05/03/2017

Le monde se réarme et se prépare à la guerre… mais à laquelle ?

*Pour le Conseil national du renseignement américain (NIC), les conflits changent de nature.

Ah-64_ground_with_weapons.jpgPlusieurs faits passent inaperçus. Regroupés, ils suscitent des interrogations cruciales. Le nouveau locataire de la Maison Blanche demande au Congrès d’augmenter de 9% les dépenses militaires et de sécurité nationale. Soit une hausse historique de 54 milliards de dollars. « Ce qui avec plus de 600 milliards de dollars par an font que les Etats-Unis dépensent autant que les neuf pays suivants cumulés », précise Frédéric Autran, correspondant à New York, pour le quotidien « Libération.» De son côté, Pékin annonce augmenter son budget de la défense de quelques sept pour cent – à 192 milliards - pour 2017. Et sa porte-parole de l’Assemblée nationale populaire, Madame Fu Ying, de rappeler que la Chine n’a jamais nui à aucun pays. « Les budgets de la défense dans le monde ont déjà nettement gonflé en 2016 pour s’élever à 1570 milliards de dollars» nous apprend le média « Sputnik France» Et de préciser que depuis 2014, les achats d’équipements militaires dans les pays baltes ont doublé et qu’ils devraient atteindre 2,1 milliards de dollars en 2020. Comme pour l’Asie, la région invoque une hypothétique menace russe. Pourtant, la Russie quant à elle communique une baisse de son budget. C’est une première, depuis les années 1990. Celui-ci passe de 51,8 à 48,4 milliards de dollars. La patrie de Poutine passe ainsi du quatrième rang au sixième rang mondial. Elle est devancée par l’Arabie saoudite – et oui la principale bailleuse de fonds de l’islam radical – et par l’Inde. A noter que la France, malgré son gouvernement socialiste, dépensera dans le domaine autant, en 2017, que la Russie. Le budget de l’Hexagone est également en augmentation. Autre fait marquant, c’est le rétablissement de la conscription – le service militaire obligatoire – dans des pays qui l’avait pourtant abandonnée. Tel est le cas pour la Lituanie qui a fait marche arrière en 2015. Mais aussi pour la Suède qui vient de rétablir le service obligatoire pour 2018. Après l’avoir abandonné en 2010. Demain, ce sera probablement le tour de la Pologne. Pour rappel : les Suisses se sont encore massivement prononcés, le 22 septembre 2013, par le biais des urnes, en faveur de son maintien. Manifestement c’est à juste raison.

Mais qu’en est-il de la menace réelle ? Beaucoup mettent à l’index une Russie expansionniste. Elle viole les espaces aériens de la Suède et de la Finlande qui songent adhérer à l’OTAN. Une même Russie, qui après avoir annexé la Crimée en 2014, multiplie ses déploiements militaires en mer Baltique. Toutefois, ils sont autant dans l’entourage du président Trump à se méfier de la Chine. En effet, la recrudescence des tensions en mer de Chine méridionale – point de passage de la moitié du commerce mondial et de l’approvisionnement en pétrole - ont déjà poussé des pays d’Asie-Pacifique comme le Japon et l’Australie à se réarmer en 2016.

Un des tout premiers rapports que Donald Trump a trouvé sur son bureau en prenant ses fonctions est celui rédigé par le Conseil national du renseignement américain (NIC) : « Global trends : Paradox of progress », janvier 2017. Celui-ci imagine le monde de demain. Il prend en compte les études et avis de quelques 2500 analystes et consultants de trente-six pays. Trois scénarios sont retenus par la synthèse : un monde en proie au protectionnisme et à l’isolationnisme, un monde dominé par quelques grandes sphères d’influence et blocs régionaux, ou finalement un scénario mettant en avant la naissance d’un monde dans lequel les Etats auront moins de pouvoir contrairement aux entreprises, réseaux sociaux, obédiences religieuses et autres. Autant dire que dans ce cas des fascismes tels que le néolibéralisme ou le fondamentalisme religieux l’auront emporté. Ce qui expliquerait également le sentiment de vulnérabilité exprimé, par le biais de la course aux armements. Toujours pour le NIC, la diminution des conflits, en nombre et en intensité au cours des vingt dernières années devrait s’inverser : « D’avantage d’acteurs seront en mesure d’employer un éventail plus vaste de moyens militaires et non militaires, brouillant les limites entre la guerre et la paix, et bouleversant les anciens critères d’escalade et de dissuasion. Les affrontements à venir s’appuieront sur la déstabilisation des infrastructures critiques, de la cohésion sociale et du fonctionnement du gouvernement, visant la domination psychologique et géopolitique plutôt que la défaite des forces ennemies sur le champ de bataille par des moyens militaires traditionnels. » Plus intrigant encore, il est fait mention que les populations pourront être prises pour cibles pour dresser les uns contre les autres des groupes ethniques, religieux et politiques. Perturber les liens sociétaux et la coexistence intérieure propres aux Etats. Nous voilà prévenus d’une telle dérive. L’objectif final étant toujours d’assoir sur l’autre une logique de pouvoir.

*Texte initialement dédié à "la méduse", Journal suisse en ligne, fondé et conduit par Christian Campiche.

22/01/2017

L’impôt bafoué, l’impôt piétiné !

l-histoire-avait-grand-bruit-et-l-inscription-casse-toi_541162.jpgLa RIE III… une boîte à outils non seulement désuète mais d’un autre temps.

La campagne de votations fédérales sur la troisième réforme fiscale des entreprises – appelée RIE III - sent le soufre. Une fois de plus, nous sommes pris en otages. D’un côté, une droite politique bourgeoise et nantie qui joue sur les peurs du bon peuple. Elle monte, comme elle s’en gargarise si souvent, les emplois contre l’Etat. Elle se livre au chantage. Elle commande des études avec des chiffres plus effrayants les uns que les autres. Par le biais de quelques organisations faîtières qui ont la prétention de représenter toute l’économie du pays elle s’amuse même à déformer et à dévoyer les propos comme les supports de campagne de la partie adverse. Et de l’autre, des arguments gratuits et détestables vociférés par quelques individus de gauche qui profitent pourtant du système qu’ils dénoncent tout au long de l’année plus qu’autre chose. Les mêmes slogans pitoyables reviennent à chaque fois :

« C’est la faute aux riches, aux gros patrons et aux méchants actionnaires !»

Pourtant, actionnaire on l’est tous ! Ne serait-ce que par le biais de la caisse de compensation AVS. C’est déplorable. Nos appareils de parti ont l’art de monter une partie de la population contre l’autre. Dans le cas d’espèce, on monte ceux qui ont moins contre ceux qui ont plus. Sans même se demander qui crée la valeur et qui permet au système de tourner. Le plus inquiétant est que le débat de fond est à nouveau occulté. Posons-nous les bonnes questions. Celles qui fâchent. Mais celles aussi qui permettent de se renforcer et de s’armer face aux multiples changements de paradigmes qui nous attentent. Il est vraiment dommage de mettre sous le tapis le vrai débat de société. Est-ce une tare de payer normalement des impôts ? Nos acteurs de la promotion économique sont-ils « si nuls » pour ne pas avoir d’autres arguments que la quasi gratuité fiscale à offrir aux multinationales étrangères ? Et un manager qui installe son entreprise dans notre pays sur ce seul critère est-il un partenaire fiable et durable ? Quels sont les lobbys qui ont été pareillement efficaces sous notre coupole fédérale pour parvenir à un texte permettant autant d’injustices fiscales que la RIE III ? Encore combien de temps allons-nous – en tant que peuple libre et digne – accepter que des politiciens et des organisations faîtières conditionnent nos votes par la peur et avec la menace ? Comment pouvons-nous accepter que les mêmes qui ont milité, l’an dernier, contre une économie verte et résolument orientée vers le futur se positionnent à présent en faveur d’une RIE III qui permettra à quelques copains de déduire 150 % de leurs frais de recherche sur l’autel d’une hypothétique innovation ? Si payer des impôts est si laid, pourquoi ne pas bannir totalement l’imposition de toutes les entreprises du pays ? Que font encore en Suisse des sociétés étrangères qui n’y exercent aucune activité en propre si ce n’est de tirer profit d’un laxisme juridique et judiciaire notoire et de ne pas payer les impôts qu’elles devraient ? Est-ce bien ça l’image que nous comptons donner à notre économie de demain ? Une économie pour laquelle on se bouche le nez ? Pourquoi les entreprises qui rechignent devant l’impôt n’utiliseraient-elles pas que partiellement nos infrastructures ? Rappelons-le, celles-ci mettent plus de vingt ans à être amorties, nos écoles, nos crèches, notre espace aérien, nos hôpitaux, notre police, notre administration, notre service de voirie, nos espaces verts, etc et etc. Qu’est-ce que c’est finalement laid et si peu patriote de ne pas payer ses impôts ! Et, il n’y a aucune Economie prospère et durable sans un « Etat fort. »

Ce n’est de loin pas le moment de l’affaiblir. S’acquitter normalement de sa contribution est un acte libéral et humaniste. Il n’y a pas de réussite seule qui soit durable. La RIE III tente nous faire oublier une douloureuse réalité. Trop longtemps on a attiré dans notre pays avec la gratuité quelques business peu reluisants. La qualité de vie et les conditions cadres propices à l’activité économique qui sont les nôtres ont un coût. Il est juste que tous les acteurs économiques du pays y contribuent selon leurs moyens réels. Aussi, il faudra se dépêcher de rejeter cette troisième RIE III qui ressemble trop à une boîte à outils non seulement désuète mais d’un autre temps. Pas même entrée en application qu’une RIE IV sera nécessaire. Alors que nous voulons toutes et tous aller vers un monde plus éthique, plus juste et socialement responsable !

Remettons l’ouvrage sur l’établi. Elaborons un véritable projet d’avenir. Un texte solide et soigneusement élaboré. Non du sur mesure dédié à quelques multinationales à « des néolibéraux » pour qui l’Etat et l’humain – réduit comme facteur de production – ne sont que des empêcheurs de tourner en rond. Mais par de vrais libéraux, avec les différents partenaires sociaux et les portes parole de la société civile. Parce que si l’impôt nous concerne tous, force est de constater, qu’aujourd’hui encore, nous ne sommes pas tous égaux devant lui.

20/01/2017

Il n'est jamais trop tard pour revisiter ses dogmes.

thLKGS76JV.jpgPour des questions politiques, culturelles, éducatives voire économiques, beaucoup ont porté le philosophe suisse Jean-Jacques Rousseau sur un podium. Celles et ceux qui alimentent la pensée unique continuent à le faire, encore aujourd'hui.
Pourtant, ce père médiocre qui abandonna ses cinq enfants, qui prônait que l'individu n'était pas responsable mais que c'était toujours la faute de son environnement, écrivit des choses... lourdes de conséquences pour le destin de l'humanité. Et aucun libéral humaniste conséquent ne peut accepter les thèses de Rousseau. Celui qui écrivit aussi : "Je fais l'hypothèse de l'homme à l'état de nature"... Et à la page suivante, son hypothèse devient vérité et encore à la suivante il sacralise son hypothèse initiale au rang de certitude universelle.
À la lecture de ses textes, on rejoint aisément le philosophe Michel Onfray qui ne se gêne aucunement d'affirmer : "Jean-Jacques Rousseau dit n'importe quoi." À commencer quand le Suisse écrit : "Commençons par écarter les faits."
Cette malheureuse phrase a permis la justification du régime de la terreur avec Robespierre, la légitimité historique des Jacobins, l'émergence de la période la plus noire de la Révolution française et les Marxistes et les Bolcheviques, entre autres, s'en sont gargarisés pour minimiser et nier l'existence du goulag. Le concept "Il faut réaliser un homme nouveau" de Rousseau a "autorisé" quantité de fascismes de tolérer voire d'encourager les assassinats de masse. En argumentant qu'il n'était question que d'épisodes nécessaires dans la dialectique de la révolution pour arriver à la réalisation de l'homme nouveau. Les Nazis, entre autres, s'en sont inspirés. Et suivant les préceptes de Rousseau qui écrivait - rappelons-le encore tellement c'est d'une stupidité crasse - "Commençons par écarter les faits", toutes les exactions étaient systématiquement niées. Les intellectuels et philosophes qui écartent les faits deviennent des génocidaires en puissance. Ils finissent par nous vendre des fictions. Le mythe de Che Guevara en est une. Un récent exemple est celui du décès du tyran Fidel Castro, à Cuba. Des intellectuels et non des moindres ont réussi publiquement à nous dresser un portrait plus que flatteur du dictateur sanguinaire. Il est évident qu'en écartant les faits, on peut dire, croire, faire croire et vendre n'importe quoi, avec le plus grand mépris pour l'intégrité et pour la dignité humaines.