04/08/2019

À nouveau, un haut cadre de l’Université de Genève (UNIGE) en soutien aux putschistes !

B7C86453-4CB0-41E7-9FF7-7C6AE992FABB.jpegOn a encore en mémoire l’implication, contre généreuse rétribution, au profit de l’appareil séparatiste catalan du professeur Nicolas Levrat, de l’Université de Genève (UNIGE).  À présent, c’est son collègue le professeur Mathieu Crettenand qui sort  du bois. Combien a-t-il été payé pour établir un rapport orienté et partisan ? Nous ne le savons pas encore. Un e-mail lui a été adressé, dans ce sens, en date du 12 juillet 2019, à 17:02. Nous attendons toujours sa réponse. Vous trouverez copie de cette missive à la fin de cet écrit. 

21A99CBA-B3C7-4DCF-9C8C-530D143A3F8A.jpegMais revenons sur quelques points du rapport Crettenand, repris ce jour, sur le blog en
ligne « L’1DEX » que l’avocat et notaire Stéphane Riand - une particularité valaisanne. Il l’a fondé en 2011 pour son épouse catalane séparatiste Béatrice Riand dont la relation avec l’appareil séparatiste catalan - en particulier avec l’ANC de Gérone (E) - n’est plus à plus à démontrer. Les Twits pullulent sur les réseaux.

En aparté, la question posée au sein de la communauté Twitter, avec de plus en plus d’insistances, est quels sont les liens entre le couple Riand et l’alias suprémaciste « Gabriel Laflèche » ? Celui-ci qui n’a pas le courage d’assumer avec sa véritable identité ses propos haineux et ses appels à l’affrontement. L’alias « Gabriel Laflèche » est publié et encouragé sur le chemin de la provocation par le « rédacteur » Riand dans « L’1DEX ».

 

Ci-après, nos premiers commentaires du rapport Crettenand : 

1) Monsieur Crettenand mentionne d’emblée et à deux reprises avec le terme « référendum ». Hors nous savons qu’il n’y a pas eu référendum en bonne et due forme mais mise en scène dans le cadre d’une opération de guerre de la communication. Il est à déplorer qu’elle a plutôt bien réussi; 

2) Selon le professeur, tout a commencé en octobre 2017 avec des urnes arrivées de Perpignan et des violences policières. Il ne se pose pas même sur la légitimité que les urnes arrivent de l’Occitane voisine. Ni ne fait cas des violences organisées par les leaders séparatistes qui furent bien réelles. Par ailleurs, tout à commencé au minimum par la tentative de coup d’État des 6 et 7 septembre de la même année;

http://leblogdefrancoismeylan.blog.24heures.ch/archive/2019/07/29/comprendre-la-tentative-de-coup-d-etat-en-catalogne-867758.html

3) Dans son analyse, Crettenand invoque l’application de l’article 155 de la Constitution - l’équivalent de l’art. 37 de la Constitution allemande est le me - comme une volonté de vouloir reprendre le contrôle politique de la Catalogne. Ce n’est que peu connaître la réalité du terrain que d’écrire cela. Le contrôle de l’autonomie catalane n’a jamais été perdu. Pour preuve, la majorité sociale est toujours restée non indépendantiste; 

4) On lit dans son rapport : « Jusqu’à présent, lors des auditions des prévenus et premiers témoins, tout montre que les intérêts de Barcelone et Madrid sont inconciliables. » C’est affligeant ! Premièrement, Barcelone n’est pas indépendantiste. Madrid n’est que la ville où siège le gouvernement espagnol mais l’Espagne est composée de 17 autonomies. Toutes avec un degré d’autonomie propre et renégociable périodiquement. On le voit l’Espagne est un ensemble et on ne parle pas, dans le cas d’espèce, d’un Clasico de foot Réal Madrid - FC Barcelona. On est en droit d’attendre une analyse plus fine de la part d’un professeur de l’Université de Genève (UNIGE);

5) Il ne précise pas non plus qui est l’International Trial Watch (ITW) derrière qui on trouve le lobbyiste de la Carrer de la Diputació 276 de Barcelone Òmnium Cultural qu’il écrit dans son rapport : Omnium Cultura;

6) Crettenand explique que le fait que le jugement se fasse à Madrid - Tribunal suprême - et non à Barcelone démontre également la nature politique du procès. Quel argument farfelu... Doit-on rappeler que la plus haute cour de justice en Suisse se trouve à Lausanne ? Est-ce que cela voudrait dire qu’un cas survenu à Bâle deviendrait automatiquement politique parce qu’il est jugé par le Tribunal fédéral de Lausanne, en dernière instance ?

7) Le professeur écrit aussi : « Sceptique par rapport au développement du modèle fédéraliste, le pouvoir central s’arrime fermement à la Constitution pour maintenir unie les identités nationales composant l’Espagne. » Monsieur Crettenand semble ignorer que la décentralisation de l’Espagne n’a rien à envier à la Suisse. Que l’éducation est même plus décentralisée en Espagne qu’en Suisse. Que le premier accepte des formations politiques qui seraient interdites partout en Europe.

François Meylan

——

CATALOGNE. L’OPINION D’UN OBSERVATEUR SUISSE AU SUJET DU PROCES DES PRISONNIERS POLITIQUES A MADRID

 

(PAR DR. MATHIEU CRETTENAND, UNIVERSITE DE GENEVE)

 

Rapport d’observation du procès

3 JOURS D’OBSERVATIONS : 26, 27 ET 28 FÉVRIER 2019

Titre : Le procès sur le référendum marque les limites pour l’indépendantisme catalan

Tout a commencé en octobre 2017 avec l’entrée d’urnes de vote depuis Perpignan pour le referendum
sur l’indépendance de la Catalogne. Le jour du referendum, on se rappellera des scènes de violences
proches des locaux de vote, où la police espagnole a tenté par la force d’empêcher la tenue de la
consultation catalane. On se remémora également, l’application de l’article 155 de la Constitution
espagnole par le gouvernement de Madrid pour reprendre le contrôle politique de la Catalogne.
Depuis le 12 février, à Madrid, le Tribunal suprême est le théâtre d’un huis clos haletant sur les libertés
politiques et civiles en Espagne. En effet, la plus haute institution judiciaire du pays accueille le « procès
du siècle » contre des leaders indépendantistes catalans, qui revient sur ces événements qui ont
changé la Catalogne. Il devrait durer trois mois.

Ayant eu l’opportunité de suivre ce moment historique en intégrant la délégation d’observateurs
internationaux organisée par International Trial Watch, ce procès constitue l’épilogue de l’organisation,
en 2017, d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Il démontre de manière explicite et très
détaillée, la difficulté des autorités espagnoles à mener des discussions institutionnelles sur la question
de l’autodétermination des régions. Même si la troisième semaine du procès, avec les auditions de
l’ancien président du gouvernement, Mariano Rajoy et de plusieurs de ses ministres, ont permis de
relativiser le délit de rébellion, l’avenir politique de l’indépendantisme se joue indubitablement ces
prochaines semaines à Madrid.

Placés en détention depuis plus d’un an pour la majorité, les accusés doivent faire face à des demandes
de peines sévères du parquet – entre 7 et 25 ans de prison – pour des délits de rébellion, de sédition
et de malversation financière. Confronté aux faits reprochés, plus proche de la désobéissance civile
que de la rébellion, nombre de voix s’indignent de la tenue d’un procès hautement politique. En effet,
tous les ingrédients sont présents pour donner à ce procès un caractère exceptionnel. Premièrement,
le fait que les accusés soient des hommes et femmes bénéficiant d’une grande notoriété en Catalogne,
pour la plupart d’anciens membres de l’exécutif régional. Ensuite, par le fait que ce procès se joue à
Madrid et non en Catalogne, avec la présence surprenante du parti populiste émergent de Vox dans
l’accusation populaire. Enfin, par le contenu des auditions, où se confrontent des éléments éminemment
politiques relatifs aux négociations sur le droit à décider de la Catalogne.

Aux côtés des observateurs internationaux et de la presse, on remarque également la présence de
politiciens dans le public, notamment des députés nationaux, régionaux et européens, et la présence,
parfois, du président de la Catalogne, Quim Torra.

Jusqu’à présent, lors des auditions des prévenus et des premiers témoins, tout montre que les intérêts
de Barcelone et de Madrid sont irréconciliables. Le parquet s’efforce à construire le portrait de femmes
et hommes politiques déterminés à déstabiliser l’Espagne, et qui ont utilisé l’organisation du
Referendum, pour mobiliser la foule contre le pouvoir central et les forces de l’ordre. Si l’on peut avoir
des doutes sur la pouvoir de conviction de l’accusation sur ces points, elle a réussi à renforcer la figure
de leader pour la liberté, à l’image de Jordi Cuixart, ancien président de Omnium Cultura, qui a déclarer
que son « premier objectif n’est plus de sortir de prison, mai de défendre la liberté d’expression, la
liberté et la démocratie. » Il a terminé son interrogatoire, en réitérant le « No pasarán !», poème
d’Apel·les Mestres , qu’il avait utilisé dans une manifestation peu avant le jour du Referendum.
Par sa déclaration, il a réussi à inscrire, dans ce procès, la revendication du droit fondamental à
manifester.

Durant le procès, le juge Manuel Marchena Gómez s’efforce de garantir un équilibre entre les droits de
l’accusation et de la défense. Plutôt bienveillant avec les accusés (dans ce cas Jordi Cuixart et Carmen
Forcadell), il se montre, par contre, très stricte avec les témoignages qui visent à revenir à l’essence
politique du procès sur le droit à l’autodétermination. A l’approche des élections générales en Espagne,
le juge Marchena essaie à tout prix de ne pas faire de ce procès une vitrine politique pour
l’indépendantisme.

Pourtant, force est de constater la nature politique du procès contre les dirigeants indépendantistes. La
« bulle juridique » que représente la scène du Tribunal suprême ne doit pas faire oublier la question la
culture politique sur la question de l’autodétermination des régions en Espagne, en mettant en exergue
le paradoxe que la Monarchie espagnole reconnait dans sa constitution l’existence de « nationalités
historiques » mais nie leur droit à l’autodétermination. En effet, les gouvernements espagnols successifs
se sont opposés à la mise en place de schémas de consultation permettant aux citoyens basques et
catalans de décider de leur avenir politique. Ces interdictions légales (Plan Ibarretxe/modication du
statut d’autonomie catalan) et par la force amènent de nombreuses tensions identitaires et politiques. Il
s’agit, à priori, de politiques antidémocratiques où la force empêchent la tenue de consultations
d’autodétermination.

Historiquement, les gouvernements espagnols, dans sa lutte contre les séparatismes, l’Espagne s’est
évertuée à délégitimer le conflit des Basques pour l’autodétermination en vertu de la lutte contre le
terrorisme. Le Pays Basque a ainsi, constitué, une sorte de laboratoire répressif, au niveau policier et
de la justice, dont les nationalistes catalans en font actuellement l’expérience. Ainsi, au début des
années 2000, il faut se rappeler que plusieurs organisations politiques et sociales ainsi que certains
médias basques ont été accusés et régulièrement condamnés pour des liens avec l’ETA.
La législation antiterroriste espagnole a amené des restrictions aux droits démocratiques. En effet,
depuis 1998, la lutte contre le terrorisme de l’organisation ETA a conduit la justice espagnole à
entreprendre des procédures pénales à l’encontre de nombreuses organisations partisanes du projet
nationaliste en vue de les interdire.

Force est de constater que la suspension de l’autonomie de la Catalogne par le Gouvernement,
conformément à l’article 155 de la Constitution espagnole et le procès contre les dirigeants
indépendantistes catalans, n’est qu’un exemple supplémentaire de la judiciarisation de la politique dans
le pays. Cet élan criminalisant est renforcé dans l’arène médiatique dans laquelle s’opposent les
différents agents politiques et sociaux. D’une manière générale en Espagne, sur les questions
identitaires, la presse a plutôt tendance à jeter de l’huile sur le feu. L’exemple du conflit basque –
confirmé aujourd’hui par la crise catalane -, montre que le discours politique contamine fortement celui
de la presse. Ainsi, nombre de journaux «espagnolistes» contribue à criminaliser les mouvements
nationalistes. Placer les dirigeants en prison et organiser des procès contribuent à la « criminalisation »
de ces mouvements aux yeux de l’opinion public. Les médias accentuent cette perception.
En Espagne, ce qui surprend, ce n’est pas tant la ferveur indépendantiste en Catalogne ou au Pays
Basque, mais bien le manque de pragmatisme du gouvernement espagnol face au défi séparatiste.
Sceptique par rapport au développement du modèle fédéraliste, le pouvoir central s’arrime fermement
à la Constitution comme unique formule pour maintenir unie les identités nationales composant
l’Espagne. L’argument est identique lors de chaque nouvel emballement nationaliste : le risque de
morcellement de l’Espagne. S’ensuit une stérilité du débat politico-médiatique sur cette question,
opposant des rhétoriques déjà amplement connues.

Ainsi, sur les questions identitaires, l’Espagne a beaucoup de mal à mener des débats institutionnels,
ouverts et pacifiques. Même si le juge Marchena tente désespérément de limiter la portée politique du
procés, cette fragilité démocratique caractéristique de l’Espagne remplit de sa présence le Tribunal
suprême. Pourtant, d’autres perspectives politiques telles que l’approche britannique avec les questions
écossaise ou irlandaise, ou encore le Brexit montrent différentes manières dont les Etats peuvent gérer
les demandes indépendantistes. Quel que soit l’issue du procès, étant donné les rapports de force
politiques actuels en Catalogne et au Pays Basque, l’Espagne semble condamner à faire face aux
mêmes défis.

—-

Mon e-mail du 12 juillet 2019

Monsieur Crettenand,

Nous avons appris que vous êtes impliqués au profit de l’InterTrialWatch (ITW) - lobby derrière lequel on trouve l’appareil séparatiste Òmnium Cultural.

Pour notre part, enregistré en Suisse avec siège à Lausanne, nous enquêtons, avec le concours de la majorité sociale catalane, sur la tentative de coup d’État des 6 et 7 septembre 2017.

Sur les événements qui l’ont précédée et sur les conséquences aujourd’hui notables pour la population de l’autonomie catalane qui semble être durablement déchirée.

Aussi votre engagement auprès de l’appareil séparatiste catalan dont certaines de ses composantes agissent en dehors des lois et des règlements nous a surpris.

Nous prenons la liberté de vous questionner, à la fois, sur vos motivations que sur l’ampleur de votre rémunération pour ce mandat, le cas échéant.

Nous tenons également à vous informer que le présent échange ainsi que vos éléments de réponse seront à disposition du public.

Dans l’attente de votre retour, nous vous prions de croire, Monsieur Crettenand, en l’expression de notre plus parfaite considération.


François Meylan
Pour le Comité
Catalunya peuple d’Espagne (CPDE)
Lausanne
Suisse

02/06/2019

Autonomie catalane, des luttes politiques aux conséquences économiques incertaines !

240FB9DA-3356-4335-9991-3AC7165F5626.jpegExclusif, avec le professeur Nicolas Klein, comprendre les dernières élections catalanes.
 
FM : Les 28 avril et le 26 mai, il y a eu des élections en Espagne et en particulier dans l’autonomie catalane. Pour nombre d’observateurs, elles ont été importantes pour mesurer le sentiment vis-à-vis du courant séparatiste dans la péninsule. Qu’en pensez-vous ?

Nicolas Klein : Ces élections ont en effet eu leur importance dans le domaine car elles sont les premières à se dérouler depuis le début du procès d’une dizaine d’anciens dirigeants indépendantistes, en février 2019, et doivent également permettre d’établir les soutiens au futur gouvernement socialiste de Pedro Sánchez au niveau national. Or, un tel soutien passera (malheureusement) peut-être par les deux principales formations sécessionnistes catalanes, la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) et le Parti démocrate européen de Catalogne (PDeCAT).

Il faut toutefois se garder de faire du dernier scrutin (celui du 26 mai) un indicateur trop clair. Les Espagnols en général et les Catalans en particulier ont tendance à voter différemment selon la nature et le périmètre des enjeux. En Catalogne, il me semble que le scrutin national et le scrutin régional sont les deux événements majeurs à vraiment prendre en compte (plus que les municipales ou les européennes). Et dans ces deux premiers cas, le sentiment « unioniste » ou l’idée que c’est à Madrid que la politique se joue dominent largement.

D59E031C-95FA-4D78-AEA0-93384EE32D31.jpegFM : Votre état des lieux ?

Nicolas Klein : Les élections municipales et européennes du 26 mai dernier devaient, pour l’essentiel, mesurer l’état des forces au sein même du monde séparatiste catalan. En d’autres termes, elles devaient permettre de répondre à la question suivante : qui, d’Oriol Junqueras ou de Carles Puigdemont, dominera l’univers indépendantiste ? Quelle formation (l’ERC ou le PDeCAT) l’emportera sur l’autre ?

Une fois de plus, le choix des électeurs n’a pas été univoque. D’un côté, la Gauche républicaine de Catalogne semble l’avoir emporté au niveau municipal avec 23,5 % des suffrages exprimés environ sur toute la communauté autonome. Toutefois, le parti de Carles Puigdemont et Quim Torra est parvenu à se maintenir dans un certain nombre de ses fiefs. De plus, ce sont surtout les socialistes catalans qui ont réussi à se renforcer dans différentes municipalités.

De l’autre côté, aux élections européennes, la coalition Ahora Repúblicas (qui regroupe l’ERC et diverses formations indépendantistes basques et galiciennes, notamment) est arrivée devant Libres pour l’Europe (alliance dont le noyau dur est le PDeCAT). La première a ainsi emporté 1,2 million de voix environ (soit 3 sièges sur les 54 dont l’Espagne dispose au Parlement européen) tandis que la seconde a obtenu 1 million de bulletins approximativement (soit 2 élus).

Il semble donc que la guerre que se livrent Junqueras et Puigdemont à distance ne soit pas terminée.

533CF2D3-A235-4492-97DC-3BF76197EA39.jpegFM : Comment expliquer que la mairie de Barcelone échappe, une nouvelle fois, aux formations clairement affichées pour l’unité de l’Espagne ?

Nicolas Klein : Comme dans beaucoup d’autres municipalités, la mairie de Barcelone affiche une forte fragmentation électorale. La coalition menée par Ernest Maragall, de l’ERC, arrive en tête de très peu (environ 5 000 voix) devant Barcelone en Commun, la plateforme de la maire sortante, Ada Colau, soutenue par Podemos. Toutes deux ont obtenu 10 sièges sur les 42 que comptent le Conseil municipal de la capitale catalane.

Derrière eux, l’on retrouve le Parti des Socialistes catalans (PSC) de Jaume Collboni, qui multiplie son nombre d’élus par deux (de 4 à 8 sièges). Suivent Manuel Valls (soutenu par Citoyens) avec 6 sièges, le PDeCAT (qui s’effondre en passant de 10 à 5 sièges) et le Parti populaire, qui limite la casse avec 2 représentants contre 3 aux élections municipales de 2015.

Une question se pose désormais : comment parvenir à la majorité absolue (21 sièges) ? Comme dans toutes les autres municipalités espagnoles, si un accord n’est pas trouvé d’ici à la mi-juin, la liste arrivée en tête (celle de l’ERC, donc), gouvernera automatiquement… mais en minorité. De nombreux enjeux (la lutte entre indépendantisme et « unionisme », la lutte entre gauche et droite, la lutte au sein de la gauche et de la droite, la lutte au sein même du sécessionnisme) se croisent et s’enchevêtrent à Barcelone.

Va-t-on vers une alliance tripartite « de gauche » entre l’ERC, Barcelone en Commun et les socialistes ? Ou vers une coalition menée par Ada Colau et Jaume Collboni avec le soutien ponctuel de Manuel Valls ?

Les indépendantistes pourraient gouverner la plus grande ville de Catalogne même si ce n’est pas certain du tout. Par ailleurs, quand bien même ils y parviendraient, ils ont encore perdu des plumes dans ce scrutin. En 2015, ils représentaient 18 sièges sur 41. Aujourd’hui, ils n’en sont plus qu’à 15 élus. Et dans la ceinture métropolitaine de Barcelone (traditionnellement « unioniste »), la situation est encore plus catastrophique pour eux puisque le PDeCAT y a beaucoup souffert, notamment au profit du PSC.

9C91E217-3700-430C-89C1-522CD9565C9F.jpegFM : Votre vision pour l’autonomie catalane ?

Nicolas Klein : Il est difficile, à ce stade, de faire des prévisions fiables et solides. Notons cependant qu’en ce début de mois de juin se tenait dans la station balnéaire de Sitges la réunion annuelle du Cercle de l’Économie, organisation patronale catalane qui invite tous les ans les dirigeants régionaux et nationaux à exprimer en public leur vision de l’économie à court, moyen et long terme.

D’un côté, les grands patrons réunis sur place ont demandé au président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, de s’orienter vers plus d’autonomie pour la Catalogne – un désir auquel il n’a pas formellement répondu, préférant pour le moment se montrer prudent pour des raisons électorales. De l’autre, ces mêmes entrepreneurs n’ont pas caché leur pessimisme concernant l’évolution économique de la Catalogne et ont mis en scène leur rupture totale avec le président de la Généralité, Quim Torra.

Affaire à suivre, donc…

28/04/2019

Endoctrinement scolaire dans l’autonomie catalane, un professeur s’insurge... il est mis à pied !

2B6D2D93-F095-414A-B5B6-FF421891236A.jpegEntretien exclusif avec le professeur et spécialiste de l’Espagne Nicolas Klein : 

FM :Vous évoquez, sur le très suivi blog « Actualité et réflexions sur l’Espagne », que la Cour constitutionnelle espagnole vient d’apporter des garanties supplémentaires à la Loi catalane sur l’Éducation. Qu’en est-il ?

Nicolas Klein : En effet, une sentence a été rendue par la Cour constitutionnelle à la fin du mois d’avril 2019 à ce sujet. Cette décision apparaît un peu contradictoire car, d’un côté, les promoteurs du recours sur lequel la Cour a eu à se prononcer ont vu l’un des points les plus polémiques de la Loi catalane sur l’Éducation validé – à savoir celui concernant la place de l’espagnol et du catalan dans l’enseignement public régional.

La langue de Cervantes est en effet largement marginalisée dans ce domaine (à peine deux heures d’enseignement en espagnol dans le système secondaire catalan) alors que la majeure partie des Catalans sont hispanophones de naissance et que les parents d’élèves (ou même certains professeurs) se plaignent amèrement de ces dispositions. Or, la Cour constitutionnelle n’a retoqué aucune législation de la Généralité de Catalogne à ce sujet.

En revanche, elle a réaffirmé la nécessité d’une évaluation objective des compétences des élèves en langue espagnole (l’on sait que les tests menés à bien par les autorités catalanes sont souvent manipulés) afin que les savoirs de base soient acquis de façon uniforme sur l’ensemble du territoire espagnol.

Il s’agit d’une garantie au moins théorique dans le domaine. Pourtant, il n’est pas certain qu’elle suffise à faire respecter dans la pratique les droits linguistiques de la majeure partie des citoyens et élèves catalans. De fait, les promoteurs d’un bilinguisme strict à l’école publique catalane (50 % des cours en catalan, 50 % en espagnol) se sont dits déçus et inquiets après la révélation de la dernière sentence de la Cour constitutionnelle. Ils ne peuvent pour le moment compter que sur leurs propres forces et sur le soutien de la Cour supérieurede Justice de Catalogne (TSJC), qui a régulièrement statué en leur faveur.

FM : D’autre part, nous venons d’apprendre les déboires du professeur Francisco Oya. Qu’en-est-il exactement ?

Nicolas Klein : L’affaire Francisco Oya a en effet beaucoup fait parler d’elle et renforce le sentiment d’abandon d’une partie substantielle de la population catalane. Professeur d’histoire au lycée Joan-Boscà de Barcelone, Francisco Oya a été mis à pied en avril dernier pour une durée de dix mois, avec suspension de salaire.

Il s’était en effet ouvertement opposé à l’endoctrinement des élèves de Catalogne (qui est un vrai problème très inquiétant) et à la manipulation des programmes d’histoire dans la communauté autonome (qui est là aussi scandaleuse).

Il fait partie de ces citoyens catalans, de plus en plus nombreux, qui prennent la parole en public et s’organisent pour faire face à un processus totalitaire de réécriture de l’histoire et de manipulation de la conscience des élèves et étudiants. La sanction qui le frappe est aussi l’un des exemples les plus flagrants de la persécution que subissent tous les Catalans (et en particulier les fonctionnaires) qui osent protester un peu trop fort contre l’autoritarisme de la Généralité. Un autre ancien professeur catalan, Dolores Agenjo, pourrait elle aussi en témoigner…

FM : Quelles sont ses possibilités de recours tant sur le plan national que supranational ? On touche là au droit fondamental à l’éducation ?

Nicolas Klein : En effet, il s’agit de respect du droit, de la Constitution et des libertés individuelles – un dernier point dont se targue pourtant sans cesse la Généralité de Catalogne… Comme je le disais plus haut, la Cour constitutionnelle espagnole reste un recours important, de même que le TSJC.

Par ailleurs, la Cour européenne des Droits de l’Homme et l’Union européenne (qui s’intéresse dernièrement à la marginalisation de l’espagnol dans le système scolaire catalan) sont peut-être des points d’appui pour les citoyens concernés (qui sont nombreux, je le répète).

FM : Peut-on affirmer, sans risque de se tromper, que l’appareil séparatiste catalan procède à une discrimination linguistique ?

Nicolas Klein : C’est l’évidence même. Les Catalans hispanophones et anti-indépendantistes sont discriminés depuis des années, pour ne pas dire des décennies, par la Généralité de Catalogne, quand ils ne sont pas tout simplement mis au pilori et persécutés.

C’est l’un des éléments qui démontrent la dérive autoritaire croissante du séparatisme catalan, dont les partisans considèrent que la Catalogne est leur apanage (« La rue nous appartient » ou « La télévision sera toujours à nous » sont des slogans récurrents dans leurs rangs) et que les « unionistes » sont des colons, un corps étranger illégitime à expulser ou à faire taire de toute urgence.