04/09/2018

Catalogne : La priorité doit être de protéger la liberté et la démocratie.

FAC77F25-F528-4CF0-B36F-7A20A5D814C7.jpegInterview à Barcelone de Juan Milián*

François Meylan: Vous êtes un élu de l'opposition au nationalisme catalan, subissez-vous des menaces ?

Juan Milian: Depuis que le processus d'indépendance a débuté en 2012, la société catalane s'est polarisée de plus en plus jusqu'à ce qu'elle atteigne la situation actuelle où il existe deux communautés distinctes en Catalogne. Tous ceux qui ont exprimé une opposition au séparatisme ont souffert de la haine des plus radicaux, sous la forme de menaces ou d’insultes, dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Cependant, j'ai la chance de vivre à Barcelone où le séparatisme n’est pas aussi fort. Cela exerce une plus grande pression sociale à l'intérieur de la Catalogne, dans les plus petites municipalités où tout le monde se connaît. Vous devez être très courageux pour vous exposez publiquement au séparatisme qui se veut totalitaire. 

FM: La Guardia Civil - la gendarmerie - a reçu des instructions pour accroître sa présence en Catalogne. Pensez-vous que c'est justifié?

JM: Oui, le gouvernement du Parti Populaire (PP) a empêché la tentative de coup d’État que les séparatistes du Parlement catalan ont tenté les 6 et 7 septembre 2017, lorsque les partis nationalistes ont cherché à abolir la Constitution espagnole et le Statut d'autonomie sans respecter les droits des députés de l'opposition. Ils ont été jusqu’à la déclaration unilatérale d'indépendance. L’État a gagné cette bataille, mais le mouvement indépendantiste concentre désormais sa frustration et sa colère à l’égard de la partie la plus faible, celle des Catalans non indépendantistes. Nous sommes une majorité sociale en Catalogne, mais nous ne disposons pas des ressources publiques immenses avec lesquelles les séparatistes comptent. Donc, je pense qu'il est nécessaire que, face à un automne qui s’annonce chaud, le gouvernement espagnol, le PSOE, mette tous les moyens de protection possibles pour défendre les libertés et les droits de tous les Catalans.

E93DC004-523C-4D6F-92E0-4B83072E5918.jpegFM: Vous, comme moi, savons que personne ne laissera la Catalogne se séparer de l'Espagne, sur l’autel d'un fantasme. Mais comment déradicaliser ces milliers de personnes devenues fanatiques ?

JM: C'est vraiment compliqué, car c'est une révolution spéciale. C'est une révolution qui se fait d'en haut, avec les ressources d'une partie de l'État comme la Generalitat, qui dispose de puissants moyens de communication publics et subventionne la grande majorité des médias privés en Catalogne. Le niveau de radicalisation est si élevé qu'ils sont devenus imperméables à la réalité, aux dommages qu'ils causent à la Catalogne. Ils nient la fuite des entreprises ou la fracture sociale. C'est qu'ils ne le voient pas. Donc, beaucoup de communication est nécessaire. Nous devons veiller à ce que les Catalans qui ont rejoint le mouvement indépendantiste pour des raisons économiques, mais pas nationalistes, voient la réalité, que le processus séparatiste est une mauvaise affaire pour les Catalans, qu'il nous divise et nous appauvrit. D'autre part, nous devons comprendre que nous sommes dans une phase émotionnelle énorme. Nous ne nous occupons pas des raisons. Ils ne craignent pas de briser des familles ou des amitiés. Par conséquent, nous devons savoir comment traiter le problème de l'affect. Nous ne devons pas, par exemple, laisser le nationalisme prendre le relais de la langue ou de la culture catalane.

FM: Que pensez-vous quand je vous dis que la Suisse permet aux fauteurs de trouble d’agir sans contrôle sur son territoire tels que Anna Gabriel, Marta Rovira et l’ANC ?

JM: C'est triste qu'il y ait des Suisses trompés par un faux romantisme. Quelque chose de curieux se produit avec des journalistes étrangers qui écrivent sur la Catalogne.. Au début, quand ils ne connaissent pas très bien la complexité sociale catalane, ils ressentent une certaine sympathie pour le séparatisme. Il ressemble à une lutte de certains révolutionnaires rêveurs contre un État non démocratique. Plus tard, quand ils approfondissent, leur perception change complètement. Ils se rendent compte que l'Espagne est l'un des pays les plus décentralisés du monde et que la Catalogne jouit d'une grande autonomie avec des pouvoirs en matière d'éducation, de santé, d'infrastructures, de sécurité ... les politiciens en détention préventive sur ordre d'un juge se trouvent dans les prisons de la Generalitat de Catalogne. Les journalistes réalisent également que ce n'est pas un problème de la Catalogne contre l'Espagne, mais un problème parmi les Catalans. Le nationalisme veut exercer un pouvoir illimité contre les non-nationalistes. Bien qu’il n’ait pas de majorité sociale, il peut gouverner parce que la loi électorale profite aux provinces moins peuplées et plus nationalistes. Les indépendantistes ne s'en privent pas depuis des décennies avec des abus tel que le piétinement la langue espagnole - la langue de la plupart des familles catalanes - en tant que langue étrangère dans les écoles publiques ou en utilisant la police autonome pour espionner et intimider l'opposition.

CF17948A-BBEB-4058-9BBD-93ECC929DC7B.jpegFM: On entend qu'un automne chaud se prépare en Catalogne. Que faut-il comprendre ?

JM: Le séparatisme est divisé, mais pris au piège par la stratégie de la tension attisée par Puigdemont et le président actuel Quim Torra, une personne qui a écrit des articles antisémites, appelant « bêtes sous forme humaine » ceux qui ne pensent pas comme lui. Il y a plus de deux ans, ces deux individu ont promis l'indépendance en 18 mois. Ce qui n'était bien entendu pas possible. A présent, ils tentent de cacher la tromperie avec de plus en plus de tension contre les Catalans non nationalistes. Ce sera un automne très difficile. Il y a déjà eu des agressions. L'appareil nationaliste les a niées ou elle s'en n’est moquées. Des collaborateurs de la télévision publique catalane ont déchaîné une campagne de haine, même en utilisant l'homophobie, contre l'opposition démocratique. Nous ne sommes pas confrontés à un mouvement démocratique. C'est un mouvement nationaliste radical basé sur la xénophobie fiscale et le suprémacisme. Et que, comme tout populisme, il utilise un langage démocratique simplement pour obtenir un soutien sur la scène internationale. Mais dans les faits, ne respecte aucun des principes des démocraties libérales.

juan milián,catalogne,catalunya,françois meylanFM: Quel est votre message d'apaisement ?

JM: Je pense que dans les années à venir, un discours de réconciliation nationale sera nécessaire en Espagne, mais dans les prochaines semaines, la priorité doit être de protéger la liberté et la démocratie en Catalogne contre les attaques des séparatistes. La coexistence ne sera possible que si l’on respecte la primauté du droit (État de droit). Si le nationalisme est empêché d'utiliser des ressources publiques contre une partie de la population, un grand pas en avant vers la paix sociale aura eu lieu. Et, en l’absence de coercition, il faudra s’engager dans une voie réformiste garantissant que la diversité soit une force sans le risque de devenir une division. En Catalogne, il existe des conditions objectives pour bien vivre. Barcelone est l'une des villes avec la meilleure qualité de vie au monde. C'est dommage que le séparatisme brise tout. Nous devons traduire le message auquel nous sommes confrontés : nous sommes tous perdants. Ce n’est qu’en travaillant ensemble que nous aurons un avenir serein.

 

*Juan Milián était membre du Parlement autonome catalan pendant le dernier mandat et occupe le poste de secrétaire adjoint aux études et programmes du Parti populaire (PP) de Catalogne. Auteur également de «L'accord du seny» - Surmonter le nationalisme dès la liberté.

21/09/2017

Terrorisme : on ne le vaincra pas en s’enfermant dans le fantasme.

IMG_0649.JPGIl est temps de passer du mode communiquer au mode informer !


*Depuis les attentats du 11 septembre 2001 qui marquèrent, résolument, un avant et un après, on nous sert toujours la même soupe. Avec les résultats que l’on connaît. Et ils sont insuffisants. On n’a pas su voir venir. Ou on n’a pas voulu voir les choses telles qu’elles sont. Faute à qui ? Probablement à une multitude de facteurs et d’acteurs.

Pour la majorité d’entre nous, on ne comprend pas d’où vient une telle violence. Comme elle s’estIMG_0636.JPG encore exprimée ce 17 août 2017 à Barcelone et à Cambrils, en Catalogne, en Espagne. Soudain, l’incompréhension du phénomène paraît totale. Pour le moins, nous souffrons d’une pensée dominante bien confortable. Celle d’un méchant califat qui nous en veut. Ce fantasme est repris par l’ensemble des médias grand public. C’est une guerre entre le Bien et le Mal. Elle est couplée avec l’échec du communautariste et des banlieues ghetto. Celle d’un choc des civilisations.
« Pourtant, c’est d’inculture que « Pourtant, c’est d’inculture que nous souffrons plus que d’une nouvelle guerre de religion », comme le relève le criminologue français, de renommée internationale, Alain Bauer. A la technologie des satellites, des drones et des frappes « chirurgicales » se succèdent « al qaeda », « aqmi »,« daesh » et « boko haram. » Pour autant, rien ne s’arrange. Mais comment les choses pourraient-elles aller mieux ? Notre principal partenaire commercial en matières fossiles l’Arabie Saoudite n’exporte pas seulement du pétrole mais également le salafisme. De ce salafisme belliqueux – plus de nonante milliards de dollars investis dans cette idéologie guerrière, selon James Woolsey, ancien directeur de la CIA – ont été attisés des conflits tels que l’Afghanistan – dans ce cas précis, avec la complaisance et même l’impulsion des Etats-Unis et de l’Occident -, de l’Algérie, de la Bosnie, de la Somalie, de la Tchétchénie, du Sahel, du Nigéria, de la Lybie, du Yémen et de l’Irak comme de la Syrie. C’est bien une idéologie que nous devons combattre. IMG_0652 (1).JPGLe juge anti-terroriste Marc Trevedic, en poste au Tribunal de grande instance de Paris de 2000 à 2015 et auteur de l’ouvrage « Terroristes - les 7 piliers de la déraison», l’affirme, sans ambiguïté aucune : « Nous sommes otages d’une grande hypocrisie. C’est exactement la même idéologie qui anime tant ceux qui posent des bombes que ceux qui nous achètent des armes et financent notre parc immobilier et nos clubs de foot. » Et d’ajouter que rien n’a jamais été entrepris pour lutter contre le fanatisme religieux. Il n’est pas contredit par l’ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls : « Aujourd’hui, nous payons cher cette alliance avec le diable qui vient de loin. Soit du temps où il était question de faire tomber l’URSS». Vu ce qui précède, il y a de quoi se retrousser les manches pour mettre un terme à ses prêches sur l’autel de la violence. Ne nous leurrons pas. Dans les mosquées, de Riyad à Prizren au Kosovo, en passant par Casablanca et Vitrolles, en France, le discours haineux perdure. Il est peut-être temps de mettre un terme à l’hypocrisie. Certes, des contrats juteux en pétrole, en fournitures militaires, etc. sont en jeu. Mais alors pesons le pour et le contre. Dans cette constellation, il est temps également que nos médias et nos élus fassent enfin de l’information et non plus de la communication et de la récupération politique sur chaque attentat. Parce que les impostures autour du terrorisme sont nombreuses. Par exemple, le pseudo-chef de l’organisation criminelle que l’on nomme Etat islamique (EI) et auto-proclamé calife de tous les Musulmans qui se fait appeler Abou Bakr Al-Husseini Al-Qurashi Al-Baghdadi n’est autre qu’un simple irakien du nom de Ibrahim Al-Badri, né en 1971 à Samarra et non à Bagdad – capitale historique du califat islamique – comme le signifie son pseudo « Al-Baghdadi».terrorisme,terreur,terroristes,meylan,françois,françois meylan Il n’est pas non plus le premier successeur du prophète Mahomet, à contrario du pseudo« Abou Bakr », ni appartenant à sa tribu comme pourrait l’indiquer « Al-Qurashi. » Et, encore moins descendant du second petit fils du prophète, ce qu’aurait signifié « Al-Husseini. » Par ailleurs, arrêtons d’appeler terrorisme ce qui ressemble plus à des violences politiques et à de la criminalité organisée. Faut-il encore le rappeler ? Il n’existe, à l’heure actuelle, aucune définition universelle pour décrire ce qu’est le terrorisme. Rien que dans les pays anglo-saxons nous relevons plus de deux-cents interprétations ! Pour sa part, la définition retenue par notre Administration fédérale demeure incomplète. Elle ne prend pas en compte les cibles quand celles-ci sont militaires.
IMG_0641.JPGHors, comment lutter face à un ennemi que nous peinons à décrire ? D’où la nécessité d’informer et d’informer encore. Qui ? Nous ! Le public, autant de victimes que de cibles potentielles. A ce titre, il est préférable d’écouter l’analyse des criminologues, entre autres, Xavier Raufer et reporters réellement avisés aux vas-t-en guerre et pseudos spécialistes abonnés à nos plateaux de télévision. Le prisme des premiers nous éclairent d’avantage que les seconds. Entre autres, ils nous encouragent à passer de la résilience à la prise de position. « Il est urgent de remonter aux commanditaires et jusqu’au plus haut niveau », relève, à juste titre, le journaliste Joseph Macé-Scaron dans l’hebdomadaire « Marianne ». Activons, à notre tour, les relais diplomatiques et contre la fin de notre ingérence calamiteuse au Moyen-Orient, stoppons toute cette singerie sanguinaire !

*Publié dans "Point de Mire" No 70 - Automne 2017

18/08/2017

Attentat de Barcelone, nous sommes avant toute chose victimes de notre inculture !

IMG_6679.JPG*Attentat de Barcelone, il ne s’agit pas d’un choc des civilisations mais du choc de l’inculture !!C’est le criminologue français renommé Alain Bauer qui le dit : « Le choc des civilisations tout comme le mythe du méchant califat qui en veut à notre population occidentale consumériste et décadente relèvent plus du fantasme que de solides fondements.

« Nous sommes plutôt otages de notre propre inculture. » L’attaque à la « camionnette-bélier » survenue sur la principale artère de l’universelle Cité de Barcelone Las Ramblas nous apprend, pour le moins, un élément clé. Le ou les auteurs ont tenté la fuite. Ils n’avaient, à l’instar des auteurs présumés des attentats de Berlin et de Stockholm, aucune intention suicidaire. Le motif est crapuleux. Aucune idéologie ne semble les animer suffisamment pour mourir. Il est grand temps que les médias, dans leur ensemble, creusent d’autres hypothèses que celles totalement stériles diffusées en « copier-coller » depuis le 11 septembre 2001. Le phénomène mute et il évolue. Tout comme le fait la société et ses modes. Faut-il le rappeler ?

La recherche de la vérité semble avoir été balayée par des impératifs économiques ou encore par l’adoption d’une pensée unique aseptisée et confortable pour le plus grand nombre. Notons que les professionnels de l’information ont de qui tenir. Le politique, dans son ensemble, ne fait qu’agir de la sorte. Comme si le terrorisme ou ce qu’il serait plus juste d’appeler des violences politiques et de la criminalité comme l’a sanctionnée n’importe quel code pénal servaient de programme électoraliste. Rapidement, nous allons aussi apprendre pour l’attaque de Barcelone, comme pour les scènes du crime de Paris, de Londres, de Stockholm ou de Berlin, que le malfrat était défavorablement connu des services de police. Peut-être même qu’il a déjà été condamné. C’était le cas pour tous les autres.

IMG_6680.JPGÀ ce stade, force est de reconnaître qu’il s’agit bien de crime de droit commun et que la réponse la plus adaptée est la police de proximité. Celle-ci agissant au niveau du voisinage et de la détection. Comme le précise un autre criminologue qui fait autorité dans l’hexagone : « L’opération sentinelle et le plan vigipirate n’ont, à ce jour, déjoué ni empêché aucun attentat. » Ce que nous traitons comme une guerre n’en serait en fait pas une ?

Aussi, si ce n’est ni l’islam ni une autre idéologie qui motivent ces criminels qui ne semblent n’être que la pointe de l’iceberg, c’est quoi ? Peut-être tout bonnement l’argent, des motifs crapuleux, la recherche de célébrité, une opération de diversion, la production d’une destinée, la vengeance, la démence? Bref, il est urgent d’explorer d’autres pistes que celles idéologiques ou religieuses.

Pour cela, il faut faire de l’information et non plus de la communication. Quant à l’organisation criminelle et auto-proclamée « État islamique » qui vit ses dernières heures – comme d’autres mouvances criminelles avant elle – préparons-nous à subir son ou ses successeurs. Puisque la même idéologie d’appel à la terreur anime à la fois ceux avec qui nous marchandons – armes, matières premières, immobilier, clubs sportifs etc., etc., – en se bouchant le nez, et ceux qui posent les bombes ! En résumé, nous avons à appréhender deux problématiques meurtrières et non une seule.

Primo, une politique occidentale au Moyen-Orient calamiteuse.

Secundo, une recrudescence du crime et du crime organisé.

Et aux phénomènes nous ne semblons pas apporter les réponses adéquates. Autant dire qu’il est alors aisé aux deux de se côtoyer quand elles y trouvent intérêt commun.

*Publié dans "La Méduse", le 18 août 2017.