08/01/2015

Entreprises : elles ne peuvent survivre sans une vision

Qu’est-ce qui fait la différence entre Kodak et Apple ?*

photo (21).JPGLe champion de la photo argentique, terrassé par la photo numérique, s’est déclaréED presse.jpg en faillite en 2012. Pourtant, c’est Kodak qui a inventé en 1975 déjà le numérique. Son tort a été de ne pas l’exploiter. Pire, l’entreprise américaine a refusé longtemps de regarder les choses telles qu’elles sont et s’est entêtée à poursuivre dans l’erreur. C’est une erreur fréquente  de se concentrer sur le produit que l’on vend au lieu de se focaliser sur le service que l’on veut rendre. L’autre principe, largement enseigné dans les business schools, que Kodak n’a pas observé est celui de la remise en question. Et, c’est quand tout va encore bien qu’il est judicieux de revisiter l’organisation. Pour sa part, le génie de Steve Jobs fut bien de ne pas se focaliser sur le produit mais d’imaginer comment sa firme Apple pouvait changer le quotidien des consommateurs. IBM a méprisé l’ordinateur personnel et a finalement vendu sa division au chinois Lenovo. Longtemps leader des PC pour entreprises et pour les collectivités, Dell Computer, fort de son « Modèle Direct » a finit par négliger l’avènement d’Apple et le changement de goût de l’utilisateur final. Celui-ci ayant tout loisir d’essayer et de personnaliser son ordinateur dans les circuits habituels de la grande distribution. Comme les ailes d’Icare façonnent à la fois sa liberté et sa perte, le succès devient le principal obstacle au changement. Celui-ci étant vital pour la pérennité de l’organisation. Pour illustrer l’ascension et la chute des entreprises, on évoque souvent le « paradoxe d’Icare. » Les ailes de ce héros de la mythologie grecque ont été à la fois sa puissance et la cause de sa perte. Dans leur ouvrage "Shaping the Coming Age of Religious Life", les sociologues religieux Lawrence Cada, Raymond Briggs et Fritz Wenger ont défini des étapes prédictives clé pour déterminer le cycle de vie d’une entreprise. A l’époque, ils étudièrent les organisations monastiques occidentales dans le temps et dans l'espace. De leurs observations, ils ont défini la première étape qui n’est autre que la création par le fondateur, avec pour socle une vision. Dans un second temps, la vision est partagée par la collectivité – collaborateurs comme clients – et c’est l’expansion. L’étape trois c’est la stabilisation. La maturité amène la stabilité financière. L’entreprise est rentable. Le secret du succès est que les valeurs de fondateur se sont transformées en produits et en services. Puis, avec l’étape quatre vient le déclin. Avec son lot, on y vit la crise comme la perte de créativité et si le changement ne vient pas ou même si il n’est pas assez rapide c’est la perte de loyauté tant de la part des acteurs de l’organisation que de celle des clients. Pour rebondir, voire survivre, le sursis passe pas une cinquième étape. C’est la période critique. Le moment de prendre les décisions difficiles – de restructurer au bon moment. C’est le temps qui déterminera la viabilité. Les dirigeants doivent alors être capables de communiquer la nécessité du changement. Voire même de créer un sentiment d’urgence. Ce qui nous amène à la sixième étape, avec la période de réorganisation. Le cycle de vie peut reprendre si la ou les visions de départ sont adaptées à l’époque et à la demande. A ce stade, c’est le géant finlandais du téléphone mobile Nokia qui n’a pas su tirer profit de la période critique.

 

Ceci dit, on s’accorde aujourd’hui à admettre – sur l’autel du débat de la croissance-décroissance – qu’une entreprise doit comme tout sur terre pouvoir mourir et disparaître également. Mais mieux vaut que cela arrive chez le voisin. Alors comment ne pas succomber au paradoxe d’Icare ? La solution réside dans la recherche de technologie de rupture (par opposition aux technologies de continuité), qui permettent de mieux répondre aux problèmes des clients. Une technologie de rupture est une innovation qui finit par remplacer une technologie dominante sur un marché. Souvent, c’est l’usage stratégique de la technologie qui a un effet de rupture. Notons, que technologie peut aisément être remplacé, suivant le cas précis, par offre. Parce qu’en fin de compte, ce qui est primordial c’est la demande. C’est comment, combien et pour quoi le client va solliciter l’entreprise. Pour cela, il n’y a pas de miracle. Il faut savoir être le plus proche possible de celui-ci et ne pas hésiter à revoir l’organisation à 360 degrés.

 

*Article paru dans "Le Temps" du 6 janvier 2015.

Co-signé avec Eric Décosterd, responsable de la formation postgrade - cursus MBA - à la Haute Ecole de gestion de Fribourg.

 

 

 

09/12/2014

Demain, ce sera mieux !

formation.pngLe monde est devenu incontrôlable. Un monde qui va trop vite. Le manque de leadership se fait ressentir, avec une absence de direction claire. Nous constatons également une absence de détermination politique. Bref, nous vivons un monde effrayant d’instabilité. La mondialisation nous invite dans un jeu à somme nulle de redistribution des richesses. Les gagnants ancrent leur prospérité sur la récession des perdants. Le plus grand lésé dans l’histoire est encore le climat ou l’environnement… simplement notre capital nature. En l’absence de vision globale, nous avançons avec deux cadences distinctes. Nous marchons dans le brouillard géopolitique, à petits pas. Nous progressons vers la croissance démentielle, à grand pas. Comme si nos ressources étaient inépuisables. L’ex ministre socialiste français Michel Rocard illustrait la croissance comme un individu à vélo… S’il arrête de pédaler, il tombe. Et malheur au politique qui oserait aborder la décroissance. Il ne serait pas réélu. Pour autant, le cycliste est-il obligé de s’emballer ? De pédaler toujours plus vite ? Ainsi, nous  trouvons aspirés dans une fuite vertigineuse. En admettant que le seul garant du bien commun reste encore l’Etat, celui-ci s’est dramatiquement affaibli sous la pression des flux des capitaux et des flux migratoires. Des premiers, il tente de capter un maximum de substances ne serait-ce que pour financer les bouleversements occasionnés par les seconds. Comme évoqué plus haut, pénalisé par un déficit de leadership flagrant, l’Etat ne fait que réagir aux crises successives tant financières que sociales. Il semble impuissant face à l’inégale et criante répartition des richesses. Il est devenu stérile devant l’amoralité du système. A force d’épuiser la principale classe contributive qui est la classe moyenne – la colonne vertébrale, il court le risque de mettre à terre et pour longtemps des économies nationales entières. Ce fut le cas en Argentine, en 2002. La Grèce, entre autres, le vit depuis 2010. Pire encore, nous peinons à regarder ce qui est. Nous préférons ne pas voir. Les solutions et les voies d’amélioration se trouvent à plusieurs niveaux. Sur le plan éducatif, c’est certain. Sur le plan politique aussi, c’est évident. Entre une droite qui suit aveuglément « le capital prédateur » et une gauche qui pour exister multiplie les initiatives extrêmes, le citoyen se désintéresse de l’hémicycle. La droite a des œillères. La gauche est animée par une hargne d’impuissance et stigmatise « le riche. » L’une comme l’autre se rejoignent dans leurs extrêmes. Elles nous amènent à ce que décrit l’essayiste Jacques Attali : « Il y a des gens qui sont résignés à accepter leur aliénation, qui pensent n’avoir aucune chance de trouver les moyens de se développer eux-mêmes et qui se contentent de réclamer le maximum de l’Etat, de la collectivité, des entreprises, etc. C’est l’attitude masquée dans l’idéologie de la consommation et dans celle de l’assistance. »

 

Force est de constater que tant la droite politique que la gauche ne sont pas étrangères à ce résultat angoissant. La première croit assurer son électorat et sa pérennité, en augmentant le nombre de fonctionnaires – autant d’électeurs acquis. En suscitant les besoins d’assistanat. Quant à la droite elle est devenue le sbire d’un système qui réussit à protéger à la fois des intérêts particuliers et des situations de position dominante. Dans le but d’asservir toujours plus le « citoyen – consommateur. » De cannibaliser le monde du travail. De monter les uns contre les autres.

 

Le constat semble sans appel. Nos concepts politiques actuels sont obsolètes. Ils ne répondent plus aux problèmes éducatifs et globaux d’aujourd’hui.

 

A l’écart du collectivisme comme de l’individualisme, il est temps d’explorer des pistes plus sensées, plus durables… simplement plus humaines.

 

05/12/2014

Luttons contre les cartels !

 

imagesHX05JFFE.jpg« L’obstacle majeur à la croissance économique du pays est le manque d’entrepreneuriat »

 

S’exprimait il y a peu le célèbre financier suisse Marc Faber au sujet du Japon.

 

C’est malheureusement le cas également en Suisse. Il n’y a pas que les contraintes administratives qui sont responsables aux difficultés que surmontent aujourd’hui tant bien que mal les repreneurs d’entreprises et entrepreneurs en herbe.. Mais également les situations d’entente illicite, le travail de sape de quelques lobbys et certainement un manque de courage évident de part et d’autre. Des cartels on en a aussi dans notre pays. Quelques exemples : nos deux grandes banques qui sont aujourd’hui protégées institutionnellement de la faillite – modification à l’automne 2011 de la Loi fédérale sur les banques et les caisses d’épargne, avec la clause « too big to faill ». Mais aussi la société Bilag, dans le domaine de la redevance, exerce un monopole. Dans celui des transports publics, on sait que la régie fédérale des CFF et ses appuis politiques qui lui permettent d’augmenter sans cesse les tarifs ne voyaient pas d’un bon œil l’émergence du projet Swiss Métro. Un peu plus proche de nous, nous nous rappelons encore de la débâcle Swissair, en 2001… que même le ministre socialiste des transports d’alors n’a pas pu éviter en mettant freins et entraves à l’endroit de son jeune, nouveau et dynamique concurrent de l’époque easyJet. Parce qu’on le sait. Les positions de monopole laissent, à terme, tout le monde sur le carreau. Non sans avoir, entre temps, été préjudiciable à la compétitivité d’une économie. Dans certains cas, on parlera même de « discrimination en fonction du pouvoir d’achat », comme l’a maintes fois dénoncé Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (FRC). Pour illustrer la thématique, mentionnons des cas de prix surfaits, en rapport, avec la France voisine. Nous payons, en moyenne, nos cosmétiques 24% plus cher. Pour les vêtements, c’est 25% de plus et 57% pour les magazines ! La différence évidente des niveaux de salaires n’expliquent pas tout… Les ententes illicites sont actives et au détriment de notre portemonnaie. A l’étranger, des entreprises proposent leurs produits aux revendeurs helvétiques à des prix plus élevés au motif que la destination finale est la Suisse.

 

C’est pour contrer ces anomalies à un commerce transparent avec des ajustements de prix en fonction de l’offre et de la demande – bon vieux principe économique mais souvent bafoué à l’aire de la mondialisation et des intérêts particuliers de quelques multinationales, entre autres, que la révision de la Loi fédérale sur les cartels (LCart) est nécessaire. Pourtant, à la stupéfaction des associations de consommateurs, elle fut refusée par le Conseil National (CN), en date du 6 mars dernier. Si pour le journaliste Pierre Bessard du quotidien l’agefi, ce rejet est bienvenu parce que, selon lui, nous baignons à tort dans le « mythe » de la nécessité d’une nouvelle révision de la sur les cartels pour faire baisser le niveau des prix en Suisse, pour le Centre Patronal vaudois, c’est le spectre d’un durcissement des sanctions avec même la possibilité d’ouverture de « class action » - actions civiles à l’américaine – qu’il fallait absolument éviter.

 

De son côté, le Conseil des Etats qui avait également refusé, plus avant, la révision a préféré continuer de miser sur une professionnalisation de la Commission de la concurrence (Comco). Paradoxalement, en réduisant son effectif de douze à cinq membres !

 

Décidément, quand on laisse des intérêts particuliers primer sur l’ensemble même des théories économiques fondamentales qui prônent pour une transparence et une juste efficience des mécanismes de marchés, l’esprit libéral en devient sclérosé et finalement toute l’économie d’un pays se fragilise durablement. On trouve difficilement plus anti libéral que l’entente illicite. Pas plus tard qu’en octobre dernier, à Bruxelles, la Commission européenne a sanctionné, par la voie de l’amende financière, UBS, Crédit Suisse l’américaine JP Morgan pour une entente illicite.

 

A bon entendeur…