03/06/2013

Un cheval de Troie à l’assaut de notre place financière

XeQj5tFTQxGTKfEAFwug_cheval_de_troie.jpgL’annonce, il y a une dizaine de jours, de la démission de Michael keyimg20080712_9324793_0.jpgAmbühl,secrétaire d’Etat auxquestions financières, annonçait un nouveau coup dur pour l’équilibre déjà précaire de notre souveraineté juridique.

En mauvaise entente avec notre ministre des Finances, Evelyne Widmer-Schlumpf, il refusait de partir au casse-pipe sans l’assurance que les politiques le soutiennent. Le secrétaire d’Etat de haut vol et connu pour avoir traité des dossiers très sensibles pour la place financière. Il n’a jamais caché qu’il était fermement opposé à l’échange automatique des données bancaires. Tout le contraire de Widmer-Schlumpf, proche d’Axel Weber – président du Conseil d’administration de l’UBS, banque par qui tous les désastres sont arrivés – et de Martin Landolt, lobbyiste et ex-conseiller politique de l’UBS, récemment débarqué (source : Die Nordwestschweiz).

topelement.jpgL’hôtel aux trois clés lui reprochant son peu de résultat et son échec à axel-weber.jpgcontrer, l’hiver dernier, l’initiative populaire contre les rémunérations abusives (initiative Minder). Celle-ci qui visait, entre autres, les rémunérations « stratosphériques » de son ex-employeur. Notre ministre des Finances – ils sont de plus en plus nombreux à s’interroger aujourd’hui pour qui elle roule – va encore plus loin en souhaitent introduire des dispositions pénales à l’encontre des citoyennes et des citoyens du pays, dans les cas soustraction fiscale (« l’oubli » de déclarer ou de tout déclarer). Cas de figure qui se limite, aujourd’hui, à une sanction administrative une contravention. En clair elle propose de supprimer totalement le secret bancaire en Suisse qui n’est autre que ce que l’on appelle dans d’autres activités le secret des affaires.

Mais l’autre « bombe » que Madame Widmer-Schlumpf vient d’armer est sans conteste la procédure 220px-Eveline_Widmer-Schlumpf_2011.jpgd’urgence qu’elle demande au Parlement de valider au plus vite. Ce texte permettra à nos banques – celles qui sont concernées* - de régler leurs litiges avec le Département américain de la justice (DoJ). Elles auront ainsi une année pour s’amender et pour livrer les données sur leurs clients et leurs collaborateurs sans enfreindre la législation topique. Précisons que cela ne devrait se faire que par le canal officiel de l’entraide administrative.

Ce qui ne manquera pas d’agacer le « petit peuple » est que les futures amendes seront entièrement déductibles fiscalement pour les établissements incriminés.

- Vous imaginez vous pouvoir déduire vos contredanses pour mauvais stationnement ?

L’autre anicroche est l’absence totale de garantie de la part des Etats-Unis d’un arrangement global et définitif pour solde de tous comptes.

Et on ne parle même pas de  l’insécurité juridique qui frappe les employés de notre place financière. A ce sujet, Marie-Hélène Miauton questionnait à juste titre, dans Le Temps du 31 mai 2013 : « Pourquoi livrer les noms des collaborateurs au lieu de désigner à la justice américaine les noms des dix plus hauts directeurs des banques incriminées, qui sont en toute logique responsables des activités de leurs employés et, accessoirement, payés pour cela ? »

Pour sa part, le Credit Suisse a salué le fait que les autorités suisses proposent un cadre légal pour résoudre le différend fiscal avec l’Oncle Sam. Il est rejoint par la tête de Julius Baer qui collabore déjà avec Washington. Les deux grandes banques cantonales de Bâle (BCB) et de Zurich (BCZ) qui sont, depuis peu, dans l’œil du cyclone sont beaucoup plus prudentes.

De son côté, Alexandre Zeller, fraîchement élu président de la bourse suisse – groupe SIX – ne s’est pas réjoui et a déclaré « que la confiance à long terme des clients de la place financière s’étiole en raison des nombreux changements réglementaires et juridiques », comme il l’a observé lors de ses nombreux voyages.

122_r-adjectives.jpgRelevons que contrairement au bon vin, le dossier ne se bonifie pas sur la durée. La responsabilité en revient, sans ambages, à nos autorités qui ont manqué de courage et de vision durant la crise. Pour protéger les intérêts particuliers de quelques banquiers (Ospel, Kürer, Rohner et consort), elles ont livré des milliers de familles de clients américains qui faisaient confiance à notre Swiss Made avec tout ce qu’il comprend en matière de discrétion (2009-2010). Les médias étrangers ont appelé cela l’accord de la honte – texte voté par notre parlement avec effet rétroactif en juin 2010 - ou encore le déshonneur suisse. Plus près de nous (2012), ces mêmes autorités ont fermé les yeux quand quelques banques peu délicates livraient leurs propres collaborateurs à la justice américaine.

Plus que notre sécurité juridique, c’est notre moralité qui vacille quand on est prêt à vendre père et mère.  

Quoi qu’il en coûte, le cheval de Troie poursuit ses ravages. Le business et les grands comptes de nos deux grandes banques se développent à Singapour (protection de la Chine) et aux Etats-Unis. Leurs hauts dirigeants, domiciliés officiellement à Zurich, bénéficient à la fois de revenus confortables tout en étant protégés de toute poursuite. On connaît la puissance de leurs lobbyistes et la complaisance de nos autorités à leurs égards. La loi « too big to fail » votée par le même parlement à l’automne 2011 nous engage – nous la collectivité – à les secourir lors de la prochaine casse. Ces mêmes dirigeants de banques, si bien épargnés, conservent toute la latitude de continuer à jouer dans la cour des grands… celle des financiers de casino.  

*Les autorités américaines ont ouvert des enquêtes contre 14 banques suisses. Celles qui sont désignées « banques refuges d’UBS ». C’est-à-dire les établissements auprès desquels se sont réfugiés les clients américains traqués mais malheureux puisque dans tous les cas dénoncés par l’UBS. Les transferts de banques à banques laissant des traces.

17/04/2013

Quand la grande banque possède son propre parti politique…

Les propos recueillis par Bernard Wuthrich dans Le Temps du mercredi 17 avril 2013 sont édifiants à plus d’un titre. Le journaliste accrédité au Palais fédéral interviewe photo1.JPGMartin Landolt, président du parti suisse du Parti bourgeois-démocratique (PBD) et surtout conseiller politique chez UBS. Pour rappel, la grande banque assura un soutien financier important à la campagne contre l’initiative populaire contre les rémunérations abusives (initiative Minder). Martin Landolt, remercié à l’époque par la banque cantonale de Glaris, prit, avec le PBD, le lead de la campagne contre Minder. Il faut dire que la grande banque qui a pris l’habitude de récompenser à coups de millions ses hauts cadres sous toutes formes dephoto.JPG parachutes dorés et autres bonis – même les incompétents et ceux qui couvrent des comportements criminels – était particulièrement visée par l’initiative Minder qui a pour but de mettre un terme à ces agissements. Faut-il le rappeler que ceux-ci n’ont plus rien à voir avec le libéralisme mais sont de la spoliation au service d’un « club. »  

220px-Eveline_Widmer-Schlumpf_2011.jpgLa conseillère fédérale, issue du PBD, Madame Eveline Widmer-Schlumpf, a au cours de ces six derniers mois couvert la livraison de coordonnées d’employés de banque suisses à des administrations étrangères et entreprend depuis quelque temps un travaille de sape à l’encontre de la place financière suisse. Elle peut bien entendu compter sur le soutien de Martin Landolt qui sabre le secret bancaire au même titre que l’UBS l’a annoncé en janvier dernier. « L’hôtel aux trois » clés a intimé à tous ses clients de se déclarer fiscalement. Quoi de plus louable si ce n’est pour déménager les grands comptes à Singapour. N’oublions pas que nous sommes au milieu d’une guerre économique. Et nos deux grandes banques ne sont plus suisses depuis longtemps. Il suffit de regarder de près l’origine des principaux actionnaires et de nombre de ses dirigeants.

Mais attention, si nos deux grandes banques entendent développer leurs juteuses affaires sur des places comme l’île Etat, la City ou New-York, en cas de casse type « subprimes » ce sera à la Suisse de les renflouer à grands frais. Notre parlement a en effet lié nos destins par le biais du renforcement de la Loi fédérale sur les banques et les caisses d’épargnes (LB) avec les dispositions additionnelles « too big too fail.» Ou quand nos Politiques offrent l’avenir du peuple aux oligarques de la finance.

Pour revenir à Martin Landolt,

-       Etes-vous d’accord de donner aux autorités fiscales cantonales les mêmes droits qu’aux fiscs étrangers ?

-       Oui. C’est vrai que l’origine de toute cette affaire se situe à l’étranger. Mais il est légitime que les directeurs cantonaux des Finances demandent les mêmes droits que les autorités fiscales étrangères.

Le président du PBD se réclame, comme sa conseillère fédérale, de « la stratégie de l’argent propre. »

Mais à quel tarif ? Les gros comptes partent à Singapour où UBS est devenue la plus grande banque et les « petits » clients se font pincer. Les suppressions d’emplois ont lieu en Suisse, les embauches à l’étranger et bientôt les contrats des CEO et autres administrateurs seront également domiciliés à l’étranger. Le démantèlement de notre place financière a débuté…

11/01/2013

L’initiative Minder laissera des traces dans les partis politiques dits du centre !

Au départ, on aurait pu imaginer que l’initiative populaire contre les rémunérations abusives, déposée en février 2008, allait séduire les formations du pays qui se prétendent au centre de l’échiquier politique.

1001 raisons de soutenir l'initiative Minder.jpgD’une part la nature du texte constitutionnel proposé. Emprunt de bon sens et protégeant à la fois nos retraités, nos assurés, nos actionnaires et nos emplois. D’autre part, les caractéristiques mêmes de l’initiant. Un entrepreneur, patron d’une entreprise familiale et créateur d’emplois. Un libéral épris d’un besoin de justice légitime et animé par quelque chose qui ne s’achète pas, au grand dam des corrupteurs du pays, la CONVICTION !

Thomas Minder, PLR d’origine et indépendant par la suite – siégeant en tant que tel au sein du  groupe UDC, le seul qui l’a accepté – n’a pas la prétention d’être Dieu.  Seulement, il développe depuis des années une force et un courage plus qu’exemplaires. Il le fait contre l’arrogance, contre les coups bas et contre la médiocrité. Pour préserver le bien commun et l’équilibre du pacte social. Celui-ci conjugue libéralisme économique avec solidarité sociale. Récemment, l’ancien procureur anti-mafia Paolo Bernasconi m’écrivait : « l’initiative contre les rémunérations abusives  est le dernier rempart contre le féodalisme financier. »

Cette poignée minoritaire de pseudo top-managers qui se grattent mutuellement le dos et que l’illustre Cornelio Sommaruga vient de qualifier de parasites. Parce qu’on le sait toutes et tous… l’économie libérale s’appuie sur la liberté d’entreprendre. Et dans liberté on trouve avant toute chose la notion d’assumer ses choix. Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux les fossoyeurs du capitalisme à conduire nos entreprises à la débâcle sur l’autel de l’enrichissement personnel immédiat.  En Suisse, ils n’ont pas à répondre de leurs actes. Arrivés les poches pleines de dollars – nos dollars – ils partent presqu’aussitôt en parachutes faits d’or – notre or.

Face aux nombreux abus qui ont rythmé l’actualité économique de notre pays au cours de ces quinze dernières années, il paraissait logique que les partis politiques « dits » du centre – garants du bien commun, de l’équilibre et représentant la principale classe contributive qu’est la classe moyenne - se retrouvent dans le texte proposé par Minder. Stupéfaction, il n’en est rien. A l’image de cette section du parti démocrate-chrétien de la Cité de Calvin qui réussit à faire venir en son sein un fervent opposant à l’initiative débattre… mais SANS contradicteur ! A l’instar de cette section romande des verts’libéraux qui sous le joug d’une « individualité dominatrice » en fait de même. Est-ce la nouvelle forme de démocratie ? Un Maître tout puissant qui maintient dans la trouille une meute de canidés espérant quelques restes du festin. Le verdict du peuple ne tardera pas à sanctionner les suppôts de la peur et de la magouille. Après cette campagne bouillonnante, on fera les comptes. On verra alors émerger les centristes survivants, humanistes et garants du bien commun. Le bras de fer va se jouer entre la peur et l’indignation. Le débat sera virulent. Une fois le 3 mars 2013 passé, il sera question d’apaiser et de reconstruire un vrai centre politique qui non seulement vivra ses valeurs humanistes mais aussi les respirera.