17/04/2013

Quand la grande banque possède son propre parti politique…

Les propos recueillis par Bernard Wuthrich dans Le Temps du mercredi 17 avril 2013 sont édifiants à plus d’un titre. Le journaliste accrédité au Palais fédéral interviewe photo1.JPGMartin Landolt, président du parti suisse du Parti bourgeois-démocratique (PBD) et surtout conseiller politique chez UBS. Pour rappel, la grande banque assura un soutien financier important à la campagne contre l’initiative populaire contre les rémunérations abusives (initiative Minder). Martin Landolt, remercié à l’époque par la banque cantonale de Glaris, prit, avec le PBD, le lead de la campagne contre Minder. Il faut dire que la grande banque qui a pris l’habitude de récompenser à coups de millions ses hauts cadres sous toutes formes dephoto.JPG parachutes dorés et autres bonis – même les incompétents et ceux qui couvrent des comportements criminels – était particulièrement visée par l’initiative Minder qui a pour but de mettre un terme à ces agissements. Faut-il le rappeler que ceux-ci n’ont plus rien à voir avec le libéralisme mais sont de la spoliation au service d’un « club. »  

220px-Eveline_Widmer-Schlumpf_2011.jpgLa conseillère fédérale, issue du PBD, Madame Eveline Widmer-Schlumpf, a au cours de ces six derniers mois couvert la livraison de coordonnées d’employés de banque suisses à des administrations étrangères et entreprend depuis quelque temps un travaille de sape à l’encontre de la place financière suisse. Elle peut bien entendu compter sur le soutien de Martin Landolt qui sabre le secret bancaire au même titre que l’UBS l’a annoncé en janvier dernier. « L’hôtel aux trois » clés a intimé à tous ses clients de se déclarer fiscalement. Quoi de plus louable si ce n’est pour déménager les grands comptes à Singapour. N’oublions pas que nous sommes au milieu d’une guerre économique. Et nos deux grandes banques ne sont plus suisses depuis longtemps. Il suffit de regarder de près l’origine des principaux actionnaires et de nombre de ses dirigeants.

Mais attention, si nos deux grandes banques entendent développer leurs juteuses affaires sur des places comme l’île Etat, la City ou New-York, en cas de casse type « subprimes » ce sera à la Suisse de les renflouer à grands frais. Notre parlement a en effet lié nos destins par le biais du renforcement de la Loi fédérale sur les banques et les caisses d’épargnes (LB) avec les dispositions additionnelles « too big too fail.» Ou quand nos Politiques offrent l’avenir du peuple aux oligarques de la finance.

Pour revenir à Martin Landolt,

-       Etes-vous d’accord de donner aux autorités fiscales cantonales les mêmes droits qu’aux fiscs étrangers ?

-       Oui. C’est vrai que l’origine de toute cette affaire se situe à l’étranger. Mais il est légitime que les directeurs cantonaux des Finances demandent les mêmes droits que les autorités fiscales étrangères.

Le président du PBD se réclame, comme sa conseillère fédérale, de « la stratégie de l’argent propre. »

Mais à quel tarif ? Les gros comptes partent à Singapour où UBS est devenue la plus grande banque et les « petits » clients se font pincer. Les suppressions d’emplois ont lieu en Suisse, les embauches à l’étranger et bientôt les contrats des CEO et autres administrateurs seront également domiciliés à l’étranger. Le démantèlement de notre place financière a débuté…

17/03/2013

Rendez-vous à Zurich le 2 mai 2013

UBS SA aura son Assemblée générale des actionnaires le jeudi 2 mai au Hallenstadion de Zurich. 

L'évènement est très médiatisé.

UBS.jpgAprès avoir perdu 2,5 milliards de francs en 2012 (dont une amende de 1,4 milliards), la rémunération des onze membres de la direction est restée la même à 70,4 millions de francs. Son CEO Sergio Ermotti a obtenu 8,9 millions contre 6,4 en 2011. Pour une banque qui fait de telles pertes c’est récompenser l’incompétence. 

La présidente du comité de rémunération Ann Godbehere nuance en louant l’accélération de la réorganisation (suppressions d’emplois) et par l’évènement heureux de la hausse de 28% de l’action à la bourse (elle cote ce jour à CHF 15.50). 
Merci pour celles et ceux qui l’ont achetée à 30, 40, 50 voire même à 75 francs avant la crise ! Nos caisses de pension et le fonds AVS y ont laissé des plumes… nos plumes. 


D’autre part, la banque a offert 25 millions de francs à l’Américain Andrea Orcel pour qu’il vienne diriger la banque d’investissement (c’est cette division qui a manipulé le taux Libor durant dix ans, qui a planté la banque dans les subprimes occasionnant plus de 60 milliards de dollars de perte ou qui a encore perdu plus de deux milliards de dollars en septembre 2011 en spéculant contre l’euro). Monsieur Orcel vient de la Bank of America Merrill Lynch. L’entité est le résultat d’une fusion-sauvetage survenue en 2008 et sauvée par la banque centrale américaine (Fed).

Il est clairement question d’un « golden hello » ou prime de bienvenue. Ce sera heureusement interdit avec l’entrée en force de l’initiative contre les rémunérations abusives (initiative Minder). La direction de la banque tente de camoufler la manœuvre avec le terme « replacement award » soit « prime de transfert.»

Mais au fait la banque est une société privée… pourquoi s’interroger sur ses méthodes ?

Parce que son bilan pèse cinq fois le produit intérieur brut (PIB) suisse et fait peser un risque budgétaire majeur pour notre pays. A titre de comparaison, la plus grande banque française BNP Paribas arrive à une fois le PIB français. Parce qu’en catimini le Parlement suisse a voté une loi « too big too fail » - trop gros pour faire faillite – qui nous oblige (le pays et la collectivité) à sauver une nouvelle fois la banque si nécessaire. Et ce jour arrivera. 

Et encore ? En plus du risque de réputation national et d’avoir trempé dans plus d’une dizaine d’affaires délictueuses et même criminelles de part le monde, aucun de ses dirigeants n’a eu à rendre des comptes. Seulement, quelques rares « seconds couteaux » ont été inculpés. On ne parlera pas des milliers de clients américains livrés en pâture ni même des nombreux collaborateurs dénoncés à l’administration américaine. L’irréversible atteinte au secret bancaire on le doit en particulier à l'hôtel aux trois clés. 

Le plus inquiétant est que la banque a placé de ses anciens cadres au sein de la Banque nationale suisse (BNS) et de la Finma (l’organisme chargé de la contrôler). Elle l’avait déjà fait efficacement auprès de l’ancienne Commission fédérale des banques (CFB).

La campagne pour l'initiative contre les rémunérations abusives nous à confronté aux deux premiers paravents du féodalisme financier cinique. A savoir quelques Politiques sous influence (maillon faible) et des organisations faîtières (entre autres Economiesuisse). L’assemblée générale du 2 mai permettra de mettre en garde directement le « cerveau. » Celui qui tire les ficelles. 

Au minimum, demander le refus de la décharge du Conseil d’administration dont le président n’est autre que l’Allemand Axel Weber (lui a touché 3,6 millions de francs après avoir également perçut une jolie prime de bienvenue). 

Il faut y rappeler que le texte constitutionnel contre les rémunérations abusives met un terme à ces méthodes arrogantes de rémunérations (spoliation de la société sur le dos de ses employés, de ses clients et de ses actionnaires). 

L’autre objectif de se retrouver le 2 mai à Zurich est de mettre la pression sur le Parlement pour leur montrer que le vote du 3 mars n’était pas un vote contestataire sans lendemain. La nouvelle loi doit à présent entrer en force et au plus vite !

Toute le monde peut y participer moyennant l'achat d'une action nominative UBS.


11/01/2013

L’initiative Minder laissera des traces dans les partis politiques dits du centre !

Au départ, on aurait pu imaginer que l’initiative populaire contre les rémunérations abusives, déposée en février 2008, allait séduire les formations du pays qui se prétendent au centre de l’échiquier politique.

1001 raisons de soutenir l'initiative Minder.jpgD’une part la nature du texte constitutionnel proposé. Emprunt de bon sens et protégeant à la fois nos retraités, nos assurés, nos actionnaires et nos emplois. D’autre part, les caractéristiques mêmes de l’initiant. Un entrepreneur, patron d’une entreprise familiale et créateur d’emplois. Un libéral épris d’un besoin de justice légitime et animé par quelque chose qui ne s’achète pas, au grand dam des corrupteurs du pays, la CONVICTION !

Thomas Minder, PLR d’origine et indépendant par la suite – siégeant en tant que tel au sein du  groupe UDC, le seul qui l’a accepté – n’a pas la prétention d’être Dieu.  Seulement, il développe depuis des années une force et un courage plus qu’exemplaires. Il le fait contre l’arrogance, contre les coups bas et contre la médiocrité. Pour préserver le bien commun et l’équilibre du pacte social. Celui-ci conjugue libéralisme économique avec solidarité sociale. Récemment, l’ancien procureur anti-mafia Paolo Bernasconi m’écrivait : « l’initiative contre les rémunérations abusives  est le dernier rempart contre le féodalisme financier. »

Cette poignée minoritaire de pseudo top-managers qui se grattent mutuellement le dos et que l’illustre Cornelio Sommaruga vient de qualifier de parasites. Parce qu’on le sait toutes et tous… l’économie libérale s’appuie sur la liberté d’entreprendre. Et dans liberté on trouve avant toute chose la notion d’assumer ses choix. Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux les fossoyeurs du capitalisme à conduire nos entreprises à la débâcle sur l’autel de l’enrichissement personnel immédiat.  En Suisse, ils n’ont pas à répondre de leurs actes. Arrivés les poches pleines de dollars – nos dollars – ils partent presqu’aussitôt en parachutes faits d’or – notre or.

Face aux nombreux abus qui ont rythmé l’actualité économique de notre pays au cours de ces quinze dernières années, il paraissait logique que les partis politiques « dits » du centre – garants du bien commun, de l’équilibre et représentant la principale classe contributive qu’est la classe moyenne - se retrouvent dans le texte proposé par Minder. Stupéfaction, il n’en est rien. A l’image de cette section du parti démocrate-chrétien de la Cité de Calvin qui réussit à faire venir en son sein un fervent opposant à l’initiative débattre… mais SANS contradicteur ! A l’instar de cette section romande des verts’libéraux qui sous le joug d’une « individualité dominatrice » en fait de même. Est-ce la nouvelle forme de démocratie ? Un Maître tout puissant qui maintient dans la trouille une meute de canidés espérant quelques restes du festin. Le verdict du peuple ne tardera pas à sanctionner les suppôts de la peur et de la magouille. Après cette campagne bouillonnante, on fera les comptes. On verra alors émerger les centristes survivants, humanistes et garants du bien commun. Le bras de fer va se jouer entre la peur et l’indignation. Le débat sera virulent. Une fois le 3 mars 2013 passé, il sera question d’apaiser et de reconstruire un vrai centre politique qui non seulement vivra ses valeurs humanistes mais aussi les respirera.