22/01/2016

Veut-on vraiment arrêter Daech ?

*C'est incontestablement plus un état d'esprit crapuleux et mercantile qui motive les activités deIMG_1346.JPG l’Etat islamique (EI) qu’une quelconque doctrine religieuse. Ce n'est pas seulement les consciences qu'il s'agit de mobiliser pour vaincre ce cancer mais les réseaux et les relais financiers qu'il faut neutraliser. Circonscrire les flux sanguins qui alimentent la tumeur. Comme pour toute organisation criminelle, le terrorisme vit de la terreur et d'un climat de non droit. C’est pareil pour les structures mafieuses. Les crimes de droits communs tels que le racket, l'extorsion, l'enlèvement, la contrebande, le vol ou encore l'assassinat sont justifiés par les bandits. Ils en vivent. Pour cela, ils inventent une cause. Un but imaginaire est nécessaire pour soutenir la mécanique. Une « Cosa nostra » ou encore une lutte de libération. Toutefois, la motivation reste toujours la même… l’appât du gain. L’argent et le pouvoir sont leurs religions.

Les individus qui commandent Daech sont autant des repris de justice, d'anciens officiers déchus de Saddam Hussein que d'autres malfaiteurs rencontrés en prison. Animés par l'appât de l'argent facile et par le pouvoir, on sait leurs jours déjà comptés. Plus l’étau se resserrera sur la ville de Racca – ville syrienne et fief des criminels, plus la terreur qu’ils exporteront en Occident risque d’être d’une brutalité inouïe. Il faut faire vite. Une fois de plus, ce sont les flux financiers qu’il s’agit de surveiller. Les bandits ont déjà prévu un plan « B », voire même un plan « C ». Ils savent qu’ils devront se déloger, pour ne pas être pris ou tués. Aussi, l’argent se doit d’être en lieu sûr. Il y a moins d’un siècle, le célèbre gangster de Chicago aux Etats-Unis Al Capone se fit finalement coincer par l’entremise de son comptable. Pour l’EI, ce sera pareil. Son talon d’Achille est l’argent. Sans le nerf de la guerre, il ne peut rien faire. En attendant, ses commanditaires ont mis sur pied une véritable multinationale du crime. Ils en vivent confortablement. Tout un petit monde en tire aussi profit. D'Ankara à Ryad en passant par Londres et Karachi, des hommes d'affaires prospèrent. Ils occupent de belles villas et sont invités aux évènements mondains. Le pétrole irakien volé par l'EI est revendu entre 12 et 18 dollars le baril contre 48 sur le marché légal à des tribus sunnites locales et directement aux Turcs et aux Jordaniens. Le racket – appelé aussi l’impôt révolutionnaire - représente lui aussi une source de revenus considérable. Les enlèvements contre demande de rançons constituent un pactole. Les personnalités à séquestrer sont sans cesse scrutées, tels que les cadres d'entreprises étrangères, commerçants ou membres de grandes familles. Dans la région occupée par le crime organisé, on taxe également le coton comme les devises. Lors de la prise de la grande ville irakienne Mossoul, c'est pour plus d'un milliard de dollars de véhicules et d'équipements militaires de pointe qui sont tombés dans les mains des bandits. L'État islamique – autoproclamé, dramatiquement et médiatisé à grands regrets par nous Occidentaux - est également un employeur. Ses snipers d'origine tchétchène sont salariés quelques 7000 dollars par mois. Des artificiers comme d'anciens militaires travaillent pour la terreur. Une autre source de financement, révélée récemment par le procureur italien anti-terroriste Franco Roberti n’est autre que le trafic des migrants. Le contrôle des territoires de deux pays de provenance des migrants tels que l’Irak et la Syrie, ainsi que des régions de transit comme en trouve en Libye favorisent indéniablement cet autre business.

FullSizeRender (7).jpgD’autre part, la protection ou plutôt la non agression de la part l'organisation est soudoyée très généreusement par d'influents Saoudiens et Qataris. Ces derniers qui font affaires tout azimuts sous nos latitudes, semblent vouloir se racheter. Ils financent, via la quête, les plus rigoristes et les plus totalitaires de leur religion. Les relations commerciales étroites des émirs et autres princes avec les carnets d’adresses occidentaux ne peuvent se faire qu’en achetant la bienveillance des radicaux de l'EI. Les circuits financiers qui alimentent la pieuvre sont ainsi connus. Les banques qui travaillent avec l'argent du crime le sont aussi. Il est illusoire de vouloir vaincre la criminalité de Deach avec des bombardements de haute technologie. Nous ne faisons que d’enrichir l’industrie de l’armement, autre bénéficiaire du jeu de rôles qui se jouent au Moyen-Orient. On l'a fait depuis les attentats du 11 septembre 2001 en Afghanistan, en Irak, en Libye puis en Syrie et pour quel résultat? Ce sont plus que jamais les transactions financières qu'il s'agit de traquer. La destruction de la tumeur est à ce prix. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Peut-être enfin une esquisse de réelle volonté politique. Reste à voir en pratique. Les enjeux financiers primant sur les idéaux.

*Texte initialement publié dans quotidien "Le Temps" sous le titre

L’Etat islamique cette industrie du crime.

Un second texte remanié encore plus actualisé vient d'être publié dans l'Agefi.

14/01/2016

Terrorisme - Préparons-nous au pire !

12369147_923240661091548_8544780385606984538_n.jpgEn Suisse, à l'époque encore récente de l'Armée 61, le dicton : "Si tu veux la paix, prépare la guerre" était non seulement populaire mais qualifié de patriotique. Aujourd'hui, le prononcer vous expose à vous faire taxer de facho. Certes, principalement par un pseudo courant de pensée "gauche-bobo" se trouvant plus dans l'apparence que dans l'être.
Quoi qu'il en soit, le juge français Trévidic a probablement raison. Nous devons nous attendre au pire, en matière de terreur. Comme technicien, éprouvé, reconnu et renommé, il le martèle depuis des années. Et dans l'Hexagone voisin ce n'est pas, dans l'immédiat, le Front National (FN) le péril de la nation mais bien ce terrorisme lâche, gratuit et diffus qui a pris l'islam en otage.
On ne le répétera jamais assez. Le terrorisme est une industrie. Il utilise souvent les mêmes réseaux et filières que le grand banditisme. Les individus qui en vivent ne sont pas ceux qui se sont faits exploser au Bataclan ni ceux qui ont détourné les avions à New York.
Lancer des avions de civils contre des immeubles remplis d'autres civils est assez symbolique et assez symptomatique de la période que l'on vit. Celle du capitalisme sauvage et du consumérisme névrotique. Une part de la population assouvi ses névroses diverses - jusqu'au voyeurisme - au détriment de l'autre part qui est alliénée, pour des raisons économiques. Comme pour le crime organisé, les valeurs morales cardinales ont disparues sur l'autel du marketing et de la chose. On peut alors parler du Mal. De l'intelligence sans amour.
Dans cette logique, les attentats du mardi 11 septembre 2001 risquent d'être un record du sensationnalisme de la terreur à battre. Du moins, à égaler. L'organisation terroriste / criminelle que nos médias simplificateurs et paresseux de la pensée unique nomment l'État Islamique (EI) en a les moyens. Responsabilité peut être attribuée à nos politiques de droite comme de gauche qui demeurent si bienveillants fasse à la manne de pétrodollars qui se déversent régulièrement dans nos capitales européennes. L'argent n'a pas d'odeur. Ces mécènes si "généreux", qu'ils soient saoudiens, qataris, algériens, marocains, égyptiens, soudanais, pakistanais ou londoniens manifestent les mêmes largesses au profit des islamistes auto-proclamés - dans le but de s'acheter une bonne conduite "pieuse" et d'être épargnés - qu'auprès de nos clubs de foot, fondations, collectivités, sociétés actives dans le luxe et de notre sytème financier malade de la gangrène.
Un autre échec cuisant de l'Occident est d'avoir démissionné dans sa lutte contre les criminels - les leaders de l'EI sont des repris de justice et des criminels de droit commun dans leur pays d'origine - qu'il a lui-même armé et financé. Il a laissé la place au "dictateur sanglant" Vladimir Poutine qui s'inscrit alors comme sauveur de la chrétienté et de nos valeurs occidentales ! Quelle mascarade ! Force est de reconnaître que l'armée "impériale" poutinienne obtient des résultats. Au prix d'exactions humaines dont nous n'allons pas tarder à découvrir l'ampleur. Les Russes ne font pas dand la dentelle. Distinction n'est pas faite entre les "rebelles" terroristes et ceux que nos élus occidentaux cataloguent de modérés ou même de fréquentables. Qui a tort ? Nous avons décidément perdu le contrôle du monstre ou plutôt des monstres.
Et nous aurions tort de nous assoir sur le vaillant combat au sol des armées kurdes de Syrie et d'Irak. Parce que les Kurdes, à juste raison, roulent à présent pour eux. Comment peuvent-ils faire encore confiance aux diplomaties occidentales qui les ont si souvent lâchées, déjà depuis les accords de Lausanne de 1930, avec la Turquie moderne ? Que pensez de cette dernière ? Les islamistes corrompue au pouvoir à Ankara achètent sous cape leur pétrole à l'EI. Ils commercent aisément toutes quantités de choses du cotons, des armes, des devises. Parce qu'on l'oublie mais ceux qui vivent et s'enrichissent du "terrorisme" le font grâce à des zones de non droit - Syrie, Irak, Libye, une partie du Liban et les territoires palestiniens occupés. Aussi en utilisant nos réseaux financiers et commerciaux.
Pour ça, il faut encore une doctrine et une pensée unique dominante. Elle doit être dualiste. Elle doit offrir une raison d'être. Le bien contre le mal ou une religion contre une autre. Un climat infra guerrier est nécessaire pour embrigader, recruter et rendre légitime tout les crimes de droits communs tels que le rapt, le chantage, le vol, le meurtre etc et etc. Le tout étant validé par la "noble cause". Ce que d'autres appellent la Raison d'État. Bref, tout ce qui permet de vivre sans devoir aller au bureau, à la mine ou sur un chantier. Que l'on ne s'y méprenne guère. Nous n'avons pas à faire à des travailleurs. À l'ère de la toute puissance de la communication, nous nous rendons complices du crime en utilisant les mêmes chemins que depuis septembre 2001. En restant prisonnier de l'image du méchant "djihadiste-islamiste" qui veut s'en prendre au mode de vie d'Occidental décadent, comme par simple vue de l'esprit. Rien n'est gratuit. La terreur permet de financer d'autres activités. La réalité est plus complexe. Les Saoudiens sont à l'origine de la doctrine belliqueuse ayant servi de moteur aux assassins de Paris mais les politiques et industriels français vendent pourtant des avions de combat au Royaume. Ce dernier les utilise alors contre son petit et isolé voisin le Yémen. Autre guerre sale qui permet d'enrichir et de gagner du temps contre l'irréversible faillite des Saoud. Les acteurs sont nombreux. Les intérêts le sont aussi. Bien entendu, nous arriverons à bout de la pieuvre. Toutefois, dans ses derniers retranchements, elle nous frappera encore de plus en plus fort. Elle est perverse et hautement narcissique. Et au final, si nous continuons à fonctionner de la même manière que depuis la chute des tours, elle sera remplacée par une autre pieuvre.

04/01/2016

Soyons ambassadeurs de la durabilité !

FullSizeRender (3).jpgLe sommet de la COP21, à Paris, et la sortie en salle de l’excellent film « Demain » de Mélanie Laurent et de Cyril Dion sont des nouvelles piqures de rappel. Le système a atteint ses limites. Nous ne faisons que de gagner du temps. En corollaire des ressources naturelles qui s’amenuisent, pour beaucoup d’entre nous, c’est également la taille des patrimoines à gérer qui se rétrécissent comme peau de chagrin. Les causes sont nombreuses. Nous les connaissons et nous les subissons. L’impossibilité de travailler avec les ressortissants de nombre de clients de la communauté européenne et au-delà. Un flot ininterrompu de paperasse et de mesures réglementaires pour ne pas dire sur réglementaires. La génération des babys boomers qui arrivent dans le cycle de la consommation du capital. Et ils n’ont que trop bien raison. Des marchés financiers de plus en plus difficiles, dans un environnement de taux négatifs, sont à ajouter à toutes nos difficultés. Comme le rappelle, dans son essai « La finance verte », le professeur Beat Bürgenmeier : « L’importance croissante des intermédiaires financiers en tant que gestionnaires, alors que le nombre de propriétaires assurant des risques inhérents à toute activité économique diminue. »

Voici non moins de deux tendances de fond qui présentent autant de risques que d’opportunités pour notre corporation.

Premièrement, nous avons nos atouts à faire valoir dans les domaines liés à la durabilité. Soyons ambassadeurs de la durabilité. Soyons ambassadeurs du changement. L’épargnant devient responsable et actif quand il achète son logement ou lors de la création de son entreprise. Alors que quand il est question de ses relations bancaires, il devient passif et irresponsable. A coup sûr, beaucoup sont exposés, dans leurs portefeuilles, à des titres qu’ils n’auraient eux-mêmes pas choisis tels des entreprises en lien avec les énergies fossiles, avec l’armement ou encore les OGM. Pour ne citer que ces secteurs à hauts risques. En tant que bon libéral. Remettons au goût du jour l’entreprenariat local, le réseau, le consommé local… l’humain. Abordons ces thématiques avec nos clients. Accompagnons-les vers une affectation éthique et environnementale de leurs actifs financiers. Cultivons avec eux le goût d’entreprendre. Nous sommes très bien placés pour ça. Notre proximité avec le client final est une force indéniable que les plus grands acteurs financiers de type mécanistes ont perdu depuis longtemps. L’outil informatique de la segmentation n’a jusqu’à ce jour pas pu remplacer la connaissance du client dont nous bénéficions.

Secondement, plus que jamais, nous devons valoriser le service et l’expertise. Le business modèle qui repose essentiellement sur les commissions est en passe d’être obsolète. Encore faut-il que le client soit disposé à payer ledit service. D’où réside l’ampleur du défi, dans un monde déflationniste sur l’autel d’une pseudo gratuité. Les conseils à haute valeur ajoutée ne manquent pour autant pas. De la gestion des liquidités à l’exécution testamentaire, en passant par la prévoyance et l’analyse du risque, les pistes et besoins sont encore nombreux. Néanmoins, nous avons bel et bien changé de paradigme. Comme pour tant d’autres corps de métier, nous évoluons dans un monde connaissant l’érosion des marges et un ratio revenu / effort qui se complexifie. Nommons les choses telles qu’elles sont. Mais c’est peut-être bien là que réside la beauté et l’attrait de notre profession.

Texte destiné à l'Editorial du No 48 du Wealth Gram, Janvier 2016.