03/01/2017

Comment le tyran a échoué sur tous les fronts.

erdogan-turkey-israel.jpg*Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre devenu président à l'été 2014, après avoir modifié la constitution, est aujourd'hui dictateur de la Turquie "moderne." C'est flanqué de son fidèle ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, qu'il répond, dans un premier temps, à la demande d'une majorité de la population d'Anatolie pour plus de conservatisme religieux. Leur parti islamo-conservateur AKP (le Parti pour la justice et le développement) fondé en 2001 est alors plébiscité. Il est même reconduit aux affaires de manière démocratique. Rappelons qu'en Allemagne Hitler, aussi, est parvenu au pouvoir, de façon démocratique. 

Cependant, le président Erdogan va initier une nouvelle diplomatie post-kémaliste et se dépêchera de "décapiter" la tête de l'armée - seule garante dans le pays de la laïcité et ce depuis des décennies. Avant même de museler toute forme d'opposition. 

Ses objectifs très ambitieux sont : 

1) Se maintenir au pouvoir coûte que coûte. Jusqu'à vouloir établir, dans son pays, une dictature constitutionnelle.

2) Établir un nouveau rayonnement régional de la Turquie avec une nostalgie toute néo-ottomane.

Prendre le leadership dans le monde arabe - sunnite, en particulier. Soit, réactiver le mythe d'une nation turque dispersée sur quantité d'États allant du Bosphore au Turkestan oriental en passant par le Caucase et l'Asie centrale. Inutile de préciser que ce n'est pas du goût de Vladimir Poutine qui réprime toute manifestation de l'islam politique. Le dirigeant russe a, entre autres, le souci de contenir une population russophone et musulmane de quelque 20 millions d'âmes. Il n'acceptera aucune revendication d'identité islamiste et certainement à juste titre. L'illusion d'Erdogan d'une possible influence dans les six anciennes républiques musulmanes de l'ex URSS sera également douchée froid. Comme partout ailleurs, ces peuples ne veulent pas entendre parler du rigorisme dogmatique religieux. La Russie voire les Etats-Unis sont clairement préférés à la Turquie.

Erdogan a échoué dans son dessein de reconstituer une zone d'influence arabe sous son égide ultraconservatrice. C'est peut-être là sa plus grosse erreur. Miser sur l'obscurantisme et soutenir ainsi des mouvements tels que celui des Frères musulmans que personne de veut ni en Egypte ni ailleurs. Ensuite, il a soutenu le dictateur alaouite nationaliste laïc Bachar Assad - non son irriter l'Arabie Saoudite - pour après retourner sa veste et le trahir.

Il a certes tenté un rapprochement avec le dogme chiite - via l'Iran - mais en accueillant le bouclier antimissile américain, il a saboté tout espoir de séduction de Téhéran et une nouvelle fois s'est mis Moscou à dos.

Sous d'autres latitudes, le tyran d'Ankara ira jusqu'à défier Israël - pourtant allié militairement de longue date - sans anticiper de nouvelles conséquences fâcheuses pour son environnement géostratégique. A savoir, la constitution d'un nouvel axe comprenant Chypre, la Grèce et l'Etat hébreux.

D'autre part, sa gestion du dossier épineux sur le "génocide" arménien, à l'approche de la centième commémoration, l'an dernier, fut calamiteuse. Et toutes les parties prenantes, depuis 2009, en charge de la commission internationale d'historiens chargée de statuer ont compris l'enfumage du dictateur. Au point, que des pays aussi puissants que l'Allemagne ont fini par conclure unilatéralement à la légitimité du terme de génocide.

Et quand il s'agit d'empêcher toute victoire militaire des combattants et des combattantes kurdes face au monstre de l'organisation criminelle que l'on appelle Etat islamique (EI), Erdogan ne se limite pas à mettre les battons dans les roues mais commerce et protège les criminels.

Quant au dossier européen, bien qu'une première demande d'adhésion à l'Union européenne fut déposée en 1964 déjà et que les négociations se poursuivent à un rythme des plus lents, la perspective de l'entrée de la Turquie au sein de l'UE n'a jamais été aussi éloignée.

Bref, Recep Tayyip Erdogan suscite non seulement la méfiance de tous ses voisins mais aussi d'une majeure partie de la communauté internationale. Si ses exactions à l'endroit de la presse, de l'opposition, des femmes et des minorités ne datent pas d'hier, elles se sont accélérées.

On voit difficilement le tyran terminer sa course autrement que par et dans la violence qui gangrène aujourd'hui sa grande nation.

A suivre...

*Source : Petites leçons de diplomatie, Frédéric Encel

07/11/2016

Voyage pour la mémoire…

IMG_0526.JPG*C’est sous une pluie battante que je me suis rendu à Cracovie, en Pologne. Ce qui devait être une visite culturelle se transforma, non sans douleur, en un voyage pour la mémoire. Avec plus de 750'000 habitants, cette ville de lumières - Krakov en polonais - a pourtant de quoi enchanter tout visiteur. Sur le fleuve Vistule, son centre-ville d’exception Podgorze, plus grande zone piétonne d’Europe, est inscrit au patrimoine mondial par l’UNESCO. Cracovie c’est également la cité du défunt pape Jean-Paul II. De son nom de baptême Karol Józef Wojtyła, né à proximité de Cracovie, il en fut l’archevêque. Avant de devenir le pape que l’on sait, lors du conclave d’octobre 1978. Sur place, on comprend mieux d’où vient sa célèbre adjonction « N’ayez pas peur ! » La population polonaise a payé un lourd tribut non seulement à la seconde guerre mondiale mais aussi au communisme. Dans un premier temps, partagée entre Hitler et Staline, les Polonais ont eu à subir les pires exactions. Les trop nombreux drames qui ont alors frappé la région Voïvodie de Petite-Polgne ne se confinèrent malheureusement pas au tristement célèbre ghetto juif de Cracovie., Magistralement revisité par le réalisateur Steven Spielberg dans son film « La liste de Schindler ».

IMG_0527.JPGLe comble de l’horreur se trouve à une heure et demie de bus de là. Ou à deux heures de train, c’estIMG_0528.JPG selon. Les camps de la mort Auschwitz I et deux kilomètres plus loin Auschwitz Birkenau, appelé également Auschwitz II nous attendent pour une communion avec le diable. Une véritable remise en question de la nature humaine. Comme si l’humanité s’était arrêtée là. Pourtant rien ne prédestinait la petite ville d’Oświęcim** à devenir le plus grand cimetière de l'humanité, avec plus d'un million et demie d'âmes sans même la moindre sépulture. Leurs assassins les nazis – il n’y a pas d’autre terme – allait remployer une caserne désaffectée de l’armée polonaise pour y faire les pires expérimentations morbides sur le genre humain. Ils y ont commencé par gazer mortellement des centaines de prisonniers de guerres polonais et soviétiques à l’aide des gaz d’échappement d’un char d’assaut. Avant de trouver une utilité toute industrielle au pesticide Zyklon B. Enrichissant macabrement le consortium allemand « IG Farben », composé des sociétés chimiques - toujours cotées en bourse aujourd’hui - BASF, Bayer et Agfa.

La majorité des historiens s'accordent sur des chiffres effroyables. Entre 1940 et 1945, les nazis ont déporté à Auschwitz plus de 1100 000 Juifs, 150 000 Polonais, 23000 Tziganes, 15000 prisonniers de guerre russes et 25000 ressortissants d'autres nations, pour un total de 28 nationalités différentes.

Tout le site, musée nationale polonais depuis 1947, est inscrit par l’UNESCO au patrimoine universel.

IMG_0530.JPGAssurément, la génération de nos grands-parents qui a vécu ce cataclysme d’inhumanité nous a transmisIMG_0529.JPG l’émotion et la douleur. Nous trainons un lourd héritage dans nos gênes. Ce que l’on fait de nos actes tout comme ce qu’on laisse faire résonnent pour l’éternité. Aussi il est utile de visiter ce lieu de l’Holocauste. Non seulement pour y rendre hommage à toutes ces victimes – des gens comme vous et moi – qui ont été martyrisées sur l’autel d’une bestiale criminalité- et parce que la vie est une loterie.

 

 

* Texte publié initialement dans Orbis Terrae, www.orbisterrae.ch

**Auschwitz est le nom que les populations allemandes, présentes dans la région depuis 1000 ans, ont donné à l'agglomération (comme: Berne/Bern, Genève/Genf). La Silésie, province où se situe Oswiecim, est passée de la souveraineté polonaise à celle du roi (de Bohème et de Hongrie), un Habsbourg, suite au partage du royaume de Pologne, à la fin du XVIIIe siècle. Or la langue officielle de l'empire des Habsbourg était l'allemand. 

23/08/2016

Il est minuit moins cinq pour rappeler ce que c'est le libéralisme !

IMG_5620.JPGEn premier lieu, le néo libéralisme est un réel poison pour l'économie. Mais qu'est-ce que l'économie ?

Ou plutôt qu'est-ce que la croissance économique qui est censée apporter emplois et prospérité ?

C'est le résultat de la combinaison entre la stabilité juridique et les initiatives individuelles. On dit bien stabilité juridique. Hors cette stabilité salutaire ne peut être garantie que par le droit avec D majuscule. Le Droit valable pour tous. Les néo libéraux et malheureusement une certaine "droite" de notre pays qui réfléchit plus dans le dogme et le spectre de l'inculture ne cessent de taper sur l'Etat. Il est grand temps de revisiter la pensée libérale. Non pas qu'elle ait besoin d'être critiquée voire vilipendée mais au contraire d'être remise au goût du jour. Notre système libéral est le moins mauvais que l'humanité ait connu. Justement tant qu'il demeure humaniste. Pourtant, le ver est dans le fruit. Ce n'est pas même la "gauche toute" voire "la gauche caviar" ou plus communément la "gauche bobo" qui mettent à mal notre système. Celui-ci tombe bien malade sous les actions de sape de la doctrine néo libérale. Néo comme nouveau en grec certes mais avec plus grand chose de libéral.
Simplement et en quelques mots, rappelons ce qu'est le libéralisme. Il y a plusieurs courants de pensée. Les adeptes britanniques de la pensée libérale classique sont pour le moins possible d'interventions de l'État dans l'économie. On y trouve le très célèbre économiste et philosophe écossais Adam Smith dont les néo libéraux ne retiennent - par paresse ou pire par mauvaise foi - que le concept de la fameuse main invisible.
Ensuite, l'école autrichienne postule pour un subtile équilibre entre la marché et l'État. Ils en arrivent même être en désaccord avec les adeptes de l'enseignement britannique et ne voient pas pourquoi l'État devrait se garder d'intervenir à chaque fois qu'il s'agit du bien commun. Comme l'évoque si bien l'énarque Jacques Attali, un gouvernement libéral et responsable a le courage de prendre des décisions qui seront bonnes pour les générations suivantes. A contrario, les néo libéraux sont dénués de notions morales quand ils abordent le marché. Plus préoccupant, ils ne sont pas seulement utilitaristes mais sont aussi schizophrènes par rapport à l'État. Il est à déplorer, entre autres, la crise de la dette et les problèmes environnementaux. Leur vue est à court terme. Leur vision est égoïste. De leur logique de prédation est absente toute considération sociale.

Pourtant, étudier les phénomènes économiques n'implique pas que les autres phénomènes n'existent pas. Pas plus que choisir d'étudier les insectes n'implique que l'on nie l'existence des autres espèces. Là aussi, les libéraux de l'école autrichienne soutiennent eux également qu'il est impossible de distinguer une sphère "économique" d'une sphère "sociale".

Rappelons deux principes fondamentaux :

Il n'y a pas d'économie durable sans un régulateur... l'Etat.

Quand la démocratie ne répond plus aux besoins du plus grand nombre, la dictature revient.