12/05/2017

Sans un Etat fort, le libéralisme ne survivrait pas !

IMG_4924.JPG*Pour les néolibéraux qui placent le marché au-dessus de tout, le politique est également une marchandise qui s’achète.

Du moins, c’est le cas en Sicile. A Palerme, sur les traces de Cosa Nostra, des femmes et des hommes de l’anti-mafia, j’ai eu l’occasion, une fois de plus, de constater que l’Etat que l’on considère, trop souvent, comme l’empêcheur de tourner en rond, qui de plus coûte cher, est au contraire celui qui peut rendre le marché fluide et surtout éthique.

Alors que l’idéologie néolibérale se diffuse sournoisement. Mettant à mal l’équilibre fragile du système actuel. Comme si cela avait toujours été ainsi. Il est bon de rappeler quelques vérités.

Le coût de la folie de quelques banquiers

Question dettes publiques, la crise financière de 2008 a généré un stock de dettes supplémentaires de quelque 30%. La folie de quelques banquiers a fait plus de mal aux finances publiques que le poids de l’institution. La distribution de l’augmentation des gains de productivité, sans précédent, générée au cours de ces deux dernières décennies a été très inéquitable.

Ne nous voilons pas la face. Le principal problème que nous avons est une très injuste répartition des richesses. Certes, l’impôt est un moyen pour y remédier. Pourtant, ceux qui peuvent le faire éludent l’impôt. Pire, sous les assauts de quelques lobbys et politiques, on a quasi institutionnalisé la soustraction fiscale. Bien sûr, pour quelques-uns seulement. La mondialisation aidant. Et de citer Jacques Attali: «Les flux financiers sont mondialisés et sans limites. Alors que la démocratie rencontre les limites de sa souveraineté.»

Eradiquer la mafia

Aussi, affaiblir constamment l’Etat, dans le discours comme dans les faits, c’est se tromper de cible. Et ce n’est pas le président de la Région Sicile – plus de 5 millions d’habitants – Rosario Crocetta qui me contredira. Dans son bureau, sous une protection toute blindée, au Palais d’Orléans, ce haut magistrat m’a expliqué comment, pour moderniser la Sicile et attirer des investisseurs, il avait dû éradiquer des systèmes maffieux.

Rosario Crocetta, maire de Gela, avant d’être élu président de toute la région, en novembre 2012, ne le sait que trop bien: le système libéral ne survivrait pas sans un Etat fort. Et pour preuve, il a œuvré à la fluidité comme à la transparence du marché.

Entre autres, en prenant deux mesures. Premièrement, son intervention auprès des collectivités rurales de l’île qui bradaient du terrain agricole au prix de 30 euros l’hectare aux mafiosos qui le revendaient aussitôt 350 euros l’hectare. Sans rien faire, une mise multipliée par plus de onze. Les intérêts particuliers piétinant à pieds joints l’intérêt du plus grand nombre. Parce qu’un marché sans régulation ni contrôle de l’Etat perd rapidement toute notion de valeur morale. Rosario Crocetta, homme à la fois le plus puissant et le plus menacé de Sicile – sa tête a été mise à prix par Cosa Nostra, en 2009 –, a, comme autre mesure, promulgué une loi qui assure un emploi au sein de l’administration à tout citoyen qui dénonce un système maffieux. Il faut le savoir, le «délateur», en Sicile, en plus de risquer sa vie et l’intégrité de ses proches perd tout espoir de retrouver du travail.

Quelque 60 personnes ont déjà bénéficié des dispositions de Rosario Crocetta. La mafia est sans pitié, la mafia pense à ses propres affaires. Les tenants du dogme néolibéral également. Et affaiblir sans cesse l’institution, c’est monter les uns contre les autres. c’est tenter de s’accaparer de nouveaux espaces pour son profit personnel. C’est privatiser un maximum de biens et de liens. Parce qu’après tout, tout s’achète. Les deux prédécesseurs de Rosario Crocetta n’ont-ils pas été tous deux démissionnés et inculpés pour corruption ?

La négation du libéralisme des Lumières

Pour les néolibéraux qui placent le marché au-dessus de tout, le politique est également une marchandise qui s’achète. A contrario du libéralisme qui dans sa pensée hautement humaniste – lire pour cela De l’esprit des lois, le traité de la théorie politique publié par Montesquieu à Genève en 1748 – institue au sommet de l’édifice libéral le Droit avec un «D» majuscule.

Le Droit, garanti par l’Etat, est valable et est applicable à tous. Néo – nouveau en grec – employé pour définir cette «loi» du marché est la négation du libéralisme des Lumières. Le néolibéralisme est un nouveau courant. Récupéré par certaines formations politiques. On tape sur l’Etat. Mais on lui demande d’intervenir quand il s’agit de défendre son pré carré avec des mesures de protectionnisme telles que les droits de douane ou encore les contingents et autres quotas. Il n’y a aucune cohérence dans le néolibéralisme. C’est de l’égoïsme et du narcissisme. Pace que le marché n’est, par essence, ni éthique ni juste. Bill Clinton, ancien président américain, a eu l’occasion de le rappeler: «Si on laisse faire le marché, c’est le far west! Le gros mange le petit. Le rapide tue le lent.»

*Article publié dans le quotidien "Le Temps", mardi 9 mai 2017

20/01/2017

Il n'est jamais trop tard pour revisiter ses dogmes.

thLKGS76JV.jpgPour des questions politiques, culturelles, éducatives voire économiques, beaucoup ont porté le philosophe suisse Jean-Jacques Rousseau sur un podium. Celles et ceux qui alimentent la pensée unique continuent à le faire, encore aujourd'hui.
Pourtant, ce père médiocre qui abandonna ses cinq enfants, qui prônait que l'individu n'était pas responsable mais que c'était toujours la faute de son environnement, écrivit des choses... lourdes de conséquences pour le destin de l'humanité. Et aucun libéral humaniste conséquent ne peut accepter les thèses de Rousseau. Celui qui écrivit aussi : "Je fais l'hypothèse de l'homme à l'état de nature"... Et à la page suivante, son hypothèse devient vérité et encore à la suivante il sacralise son hypothèse initiale au rang de certitude universelle.
À la lecture de ses textes, on rejoint aisément le philosophe Michel Onfray qui ne se gêne aucunement d'affirmer : "Jean-Jacques Rousseau dit n'importe quoi." À commencer quand le Suisse écrit : "Commençons par écarter les faits."
Cette malheureuse phrase a permis la justification du régime de la terreur avec Robespierre, la légitimité historique des Jacobins, l'émergence de la période la plus noire de la Révolution française et les Marxistes et les Bolcheviques, entre autres, s'en sont gargarisés pour minimiser et nier l'existence du goulag. Le concept "Il faut réaliser un homme nouveau" de Rousseau a "autorisé" quantité de fascismes de tolérer voire d'encourager les assassinats de masse. En argumentant qu'il n'était question que d'épisodes nécessaires dans la dialectique de la révolution pour arriver à la réalisation de l'homme nouveau. Les Nazis, entre autres, s'en sont inspirés. Et suivant les préceptes de Rousseau qui écrivait - rappelons-le encore tellement c'est d'une stupidité crasse - "Commençons par écarter les faits", toutes les exactions étaient systématiquement niées. Les intellectuels et philosophes qui écartent les faits deviennent des génocidaires en puissance. Ils finissent par nous vendre des fictions. Le mythe de Che Guevara en est une. Un récent exemple est celui du décès du tyran Fidel Castro, à Cuba. Des intellectuels et non des moindres ont réussi publiquement à nous dresser un portrait plus que flatteur du dictateur sanguinaire. Il est évident qu'en écartant les faits, on peut dire, croire, faire croire et vendre n'importe quoi, avec le plus grand mépris pour l'intégrité et pour la dignité humaines.

07/11/2016

Voyage pour la mémoire…

IMG_0526.JPG*C’est sous une pluie battante que je me suis rendu à Cracovie, en Pologne. Ce qui devait être une visite culturelle se transforma, non sans douleur, en un voyage pour la mémoire. Avec plus de 750'000 habitants, cette ville de lumières - Krakov en polonais - a pourtant de quoi enchanter tout visiteur. Sur le fleuve Vistule, son centre-ville d’exception Podgorze, plus grande zone piétonne d’Europe, est inscrit au patrimoine mondial par l’UNESCO. Cracovie c’est également la cité du défunt pape Jean-Paul II. De son nom de baptême Karol Józef Wojtyła, né à proximité de Cracovie, il en fut l’archevêque. Avant de devenir le pape que l’on sait, lors du conclave d’octobre 1978. Sur place, on comprend mieux d’où vient sa célèbre adjonction « N’ayez pas peur ! » La population polonaise a payé un lourd tribut non seulement à la seconde guerre mondiale mais aussi au communisme. Dans un premier temps, partagée entre Hitler et Staline, les Polonais ont eu à subir les pires exactions. Les trop nombreux drames qui ont alors frappé la région Voïvodie de Petite-Polgne ne se confinèrent malheureusement pas au tristement célèbre ghetto juif de Cracovie., Magistralement revisité par le réalisateur Steven Spielberg dans son film « La liste de Schindler ».

IMG_0527.JPGLe comble de l’horreur se trouve à une heure et demie de bus de là. Ou à deux heures de train, c’estIMG_0528.JPG selon. Les camps de la mort Auschwitz I et deux kilomètres plus loin Auschwitz Birkenau, appelé également Auschwitz II nous attendent pour une communion avec le diable. Une véritable remise en question de la nature humaine. Comme si l’humanité s’était arrêtée là. Pourtant rien ne prédestinait la petite ville d’Oświęcim** à devenir le plus grand cimetière de l'humanité, avec plus d'un million et demie d'âmes sans même la moindre sépulture. Leurs assassins les nazis – il n’y a pas d’autre terme – allait remployer une caserne désaffectée de l’armée polonaise pour y faire les pires expérimentations morbides sur le genre humain. Ils y ont commencé par gazer mortellement des centaines de prisonniers de guerres polonais et soviétiques à l’aide des gaz d’échappement d’un char d’assaut. Avant de trouver une utilité toute industrielle au pesticide Zyklon B. Enrichissant macabrement le consortium allemand « IG Farben », composé des sociétés chimiques - toujours cotées en bourse aujourd’hui - BASF, Bayer et Agfa.

La majorité des historiens s'accordent sur des chiffres effroyables. Entre 1940 et 1945, les nazis ont déporté à Auschwitz plus de 1100 000 Juifs, 150 000 Polonais, 23000 Tziganes, 15000 prisonniers de guerre russes et 25000 ressortissants d'autres nations, pour un total de 28 nationalités différentes.

Tout le site, musée nationale polonais depuis 1947, est inscrit par l’UNESCO au patrimoine universel.

IMG_0530.JPGAssurément, la génération de nos grands-parents qui a vécu ce cataclysme d’inhumanité nous a transmisIMG_0529.JPG l’émotion et la douleur. Nous trainons un lourd héritage dans nos gênes. Ce que l’on fait de nos actes tout comme ce qu’on laisse faire résonnent pour l’éternité. Aussi il est utile de visiter ce lieu de l’Holocauste. Non seulement pour y rendre hommage à toutes ces victimes – des gens comme vous et moi – qui ont été martyrisées sur l’autel d’une bestiale criminalité- et parce que la vie est une loterie.

 

 

* Texte publié initialement dans Orbis Terrae, www.orbisterrae.ch

**Auschwitz est le nom que les populations allemandes, présentes dans la région depuis 1000 ans, ont donné à l'agglomération (comme: Berne/Bern, Genève/Genf). La Silésie, province où se situe Oswiecim, est passée de la souveraineté polonaise à celle du roi (de Bohème et de Hongrie), un Habsbourg, suite au partage du royaume de Pologne, à la fin du XVIIIe siècle. Or la langue officielle de l'empire des Habsbourg était l'allemand.