16/05/2018

Catalogne : visite chez les « indépendantistes ! »

6EFAA837-B109-4DC8-BBC8-48D615427F0E.jpegBarcelone, le 2 mai 2018, visite au stand indépendantiste de la Plaça de Catalunya. C’est cette superbe place en amont de La Rambla. Quand j’y suis allé, quatre quidams tiennent ce qui ressemble à un point d’information. 

Mon attention est, en premier lieu, attirée par la présence du drapeau suisse et je m’adresse aussitôt au personnel du stand :
- Bonjour, pourquoi le drapeau suisse ? Je suis moi-même suisse.
Mes interlocuteurs sont très vite embarrassés. Finalement, le plus loquace se lance et me dit que c’est parce la Suisse protège Anna Gabriel et Marta Rovira (indépendantistes anarchistes et anti-système). Il ajoute que c’est aussi parce que notre pays reconnaît le référendum.
- Et vous voulez être indépendants. Mais pourquoi faire ?
C’est toujours le même qui enchaîne : « On veut une république. »
- Vos flyers m’ont l’air intéressants. Mais pourquoi je peine à trouver une traduction allemande ni même anglaise alors que vous mettez en évidence celui traduit en russe ?
... silence ... personne ne semble pouvoir me répondre.
- Et vous avez sur votre stand aussi les tracts des Comités de Défense de la République (CDR). Ce ne sont pas ces gens vêtus en foncé et cagoulés qui en plus de casser des vitrines et de tagger les édifices publics, passent aussi à baston ceux qui ne pensent pas comme eux ?
... silence très mais très embarrassé pour finalement me répondre qu’ils ne savent pas d’où viennent ces flyers.
Je les remercie alors pour le temps consenti à répondre au touriste suisse que je suis. Cela se voit que ce ne sont pas les « lumières » qui sont de faction sur ce stand et on imagine aisément que les « architectes » agissent dans les coulisses des médias, des institutions, des lobbys et à l’étranger. Les personnes rencontrées qui ont compris que je comprenais à la fois l’espagnol et le catalan sont tout-de-même bien naïves d’arborer le drapeau à l’étoile qui n’est pas celui de la Catalogne historique mais celui de la révolution. De surcroît, d’imaginer que dans une dictature on les laisserait exposer ainsi sur la voie publique.

François Meylan, Barcelone

19/03/2018

Manifestation du 18 mars 2018 à Barcelone contre les indépendantistes !

2D45AE50-70E4-4455-8082-3A058C79D9DE.jpegCette manifestation a eu lieu aujourd’hui dimanche 18 mars 2018. Comme pour celle du 4 mars dernier, nos médias n’en parleront pas ! Pourquoi ?

1) Il est question de la majorité catalane qui n’est pas indépendantiste et qui pèse selon les derniers sondages (février 2018) 60 % du corp électoral contre 52 % lors des législatives du 21 décembre 2017;

2) Cela se passe à Barcelone. Mince alors, nos médias occultent volontairement ou par inculture que comme sa voisine Tarragone la capitale catalane ne vote pas Indépendantiste. Pourtant, on s’applique à nous décrire un « match » Barcelone - Madrid;

3) L’autre ennui pour nos médias et leur culture binaire et réductrice voulant toujours opposer un camp clairement défini (celui prétendument du bien) contre l’autre (celui prétendument du mal). Et ils ont récemment consacré de pleines pages aux leaders de l’un des camps, au détriment de l’autre. En pensant, à tort, que le camp élu était représentatif de la majorité et du BIEN. Par ailleurs, deux des individus protagonistes se trouvent aujourd’hui invités à Genève;

4) L’autre biais constaté est celui d’un double fantasme. Comme si, sclérosés dans nos soucis de gosses de riches, nous devions attiser de nouveaux conflits pour gagner de nouvelles sources d’excitations. Le premier fantasme est que Carl Puigdemont et Anna Gabriel sont des révolutionnaires des temps modernes luttant contre un méchant oppresseur monarchiste et fasciste. Cependant, il est sain d’en douter. C’est bien la population catalane que leurs formations politiques respectives ont réussi à diviser ces trente dernières années, par le biais de la victimisation et de la stigmatisation. C’est un problème Catalans vs Catalans. Madrid n’étant que le siège d’un parlement réunissant et représentant les dix-sept autonomies espagnoles. La Catalogne en étant une et indivisible. Le second fantasme est d’alimenter la thèse partagée par le financier et spéculateur George Soros que l’Europe des régions dites républicaines est la solution contre l’oppresseur technocrate centralisateur que serait Bruxelles. Là, une fois encore, dans les faits, il n’en est rien.

50AB16CC-623C-4FF7-9454-387D72488BF7.jpegFinalement, que vont faire nos médias ? Rééquilibrer leur traitement de l’actualité ? Revenir dans l’esprit de la charte de Munich - pierre angulaire du journalisme - encourageant la recherche de la vérité ? Ou poursuivre dans le déni des faits comme c’est encore le cas avec l’élection de Donald Trump en novembre 2016. À force de constructions mentales, trouver mille et une circonstances pour éviter de reconnaître qu’on s’est trompé. Il est notoire, la capacité de remise en question est une force. L’auront-ils ?
Fantasme, quand tu nous tiens...

20/02/2018

La crise catalane présente une grande fragilité pour les marchés financiers.

64D02DA4-760F-49AD-A1AF-EBEB815213AD.jpeg*Évoquée comme surréaliste, par une banque zurichoise, encore ce début d’année, la crise catalane semble avoir atteint un point de non retour. C’est du moins l’avis de l’eurodéputé luxembourgeois Frank Engel que je viens de rencontrer, avec quelques-uns de ses collègues, à Bruxelles, au sein du Parlement européen. Pour lui, le premier ministre espagnol Mariano Rajoy a singulièrement manqué de créativité.

POSITIONS CRISPÉES
Les positions sont crispées. Il y a, aujourd’hui, dans cette autonomie – l’Espagne en compte dix-sept – deux camps: Le premier est celui de l’indépendance. Le second est unioniste. Toutefois, Frank Angel, pour qui l’État nation n’est pas fait pour l’éternité, estime que les séparatistes devraient aussi mettre de l’eau dans leur vin. Leur catalanité est pesante. Elle devient un problème objectif. Elle est synonyme d’isolement et de fermeture. Alors que cinquante-cinq pour cent de la population catalane a l’espagnol comme langue maternelle, les séparatistes exercent toutes sortes de pressions pour empêcher l’enseignement de l’espagnol dans région. Ils réécrivent l’histoire. Ils se plaignent d’oppressions. Ils cultivent le sentiment de victimisation. Ils font miroiter le rêve de plus de prospérité en cas d’indépendance. Ils scandent, comme à l’époque, Mme Tatcher: «L’argent que nous produisons ici il est pour nous!»

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Pourtant, les grandes entreprises catalanes délocalisent leur siège, les unes après les autres. L’instabilité juridique n’est pas propice aux affaires. L’autonomie s’appauvrit. À cela s’ajoutent les combines. Une quantité importante des deniers publics ont été détournés. Notamment, pour financer la TV3, principale chaîne de télévision de l’autonomie. Aussi, pour produire des spots vidéo de propagande. Sentiment partagé par l’eurodéputé belge Gérard Deprez qui déplore: «On bâtit l’Europe pour dépasser les nationalismes et vous les réalimentez à la racine.» Son collègue français Thierry Cornillet, est catégorique: «Ni la France ni l’Union européenne ne sauraient engager une quelconque discussion avec le gouvernement régional de Catalogne. Nous resterons au niveau de l’État nation. Nous assistons à une crise intestine à l’Espagne qui ne doit être réglée que par cette dernière.» Si il y a bien un domaine dans lequel l’Union européenne n’entend pas même mettre un petit doigt c’est celui des affaires politiques internes de ses membres. Pour sa part, Enrique Calvet Chambon, eurodéputé espagnol et catalan, la situation ne peut se normaliser qu’une fois l’État de droit rétabli. La justice doit passer par là. Le cadre légal doit être restauré et respecté.

4FB0726E-0591-48C3-BF7C-AF709F8693FD.jpegRISQUE DE CONTAGION
Rappelons que nous avons eu affaire à une tentative de sédition. Le risque de contagion angoisse. «L’UE c’est déjà petit en rapport avec ce qui se prépare dans le monde. On ne va pas encore se diviser.» Renchérit Gérard Deprez. Pire encore, des échos de part et d’autres avancent qu’après le Brexit du 23 juin 2016 qui marqua le début de la procédure de divorce entre la Grande- Bretagne et UE, c’est la construction européenne qui serait à nouveau testée. Autant dire qu’un enlisement au milieu de l’Europe aurait un impact autrement plus prolongé pour les marchés financiers que ne l’a eu le Brexit. Il ne serait pas seulement question de la sortie d’un membre faisant passer le nombre de partenaires de 28 à 27 mais d’une profonde déstabilisation au sein même de l’institution. L’élu européen Jean-Marie Cavada est lui aussi inquiet: «Il semble que des indépendantistes n’aient pas refusé l’aide de puissances étrangères, sous des formes diverses (…), certains avancent même un coup de main financier reçu de pays qui n’ont pas intérêt à l’homogénéité de l’UE: tout cela reste maintenant à prouver et si c’était le cas, il faudrait porter ces informations sur la place publique.»

Cela ne manque pas de renvoyer à la lecture de «Global trends: Paradox of Progress». Le rapport du Conseil national du renseignement américain remis à Donald Trump, lors de son entrée en fonctions. Ce document prospectif décline trois scénarios possibles, pour les vingt prochaines années:

Un monde en proie au protectionnisme et à l’isolationnisme;
Un monde dominé par quelques grandes sphères d’influence et blocs régionaux;
Un monde dans lequel les États nations auront moins de pouvoir contrairement aux multinationales, à la société civile, aux dogmes religieux, etc.
A ce titre, Bruxelles vient de voter les budgets, certes modestes, pour contrer les tentatives de déstabilisation. Qu’elles viennent de l’Est comme de partout ailleurs.

*Publié dans le média en ligne allnews, le 20 février 2018