17/09/2018

Police en Catalogne : Anges et Ripoux !


police politique; catalogne; françois meylan; police catalane; mUNE POLICE POLITIQUE VOIT LE JOUR AU SEIN DE L'UNION EUROPEENNE (UE)

*Traduction : Rosa García et Pedro Visiedo 

Préambule 

La Catalogne, à l’instar des seize autres autonomies espagnoles ou même des cantons suisses, a sa propre police... los Mossos d’Esquadra. Ils sont au nombre de 17000 policiers pour une population de 7,5 millions d’habitants. Armés de pouvoirs judiciaires étendus, ce corps de police souffre de la polémique depuis le référendum  illégal du 1er octobre 2017. On estime que la moitié des effectifs a versé dans le camp indépendantiste. Autant dire que cette situation est préoccupante. Le résultat en est une police à deux vitesses. Des policiers ayant rompu leur serment et s’adonnant à des tâches de police politique. Celle-ci étant la colonne vertébrale de tout régime totalitaire. Pour en savoir plus, j’ai invité Ángel Gomez, président de l’association des policiers qui sont restés policiers et non ripoux. Il s'agit de l'Unio de Mossos per la Constitucio U.M.C.

François Meylan : De qui dépend hiérarchiquement et administrativement le corps de police régional, Mossos dEsquadra?

Ángel Gomez : Larticle 149.1.29 de la Constitution espagnole stipule que la sécurité publique relève de la compétence exclusive de lEtat, sans porter préjudice aux Communautés autonomes qui ont la possibilité de créer des corps de police selon leurs statuts.

Les statuts dautonomie ont force de Loi Organique et sont donc complémentaires à la Constitution.

La loi qui régit les forces de police et les corps de sécurité de lEtat est la loi organique 2/86. Cette loi contient les dispositions permettant aux communautés autonomes de créer leurs propres corps de police et dassumer le commandement fonctionnel des unités de police à l’échelle nationale, comme le corps national de la police (Policía Nacional), si la communauté autonome et lEtat le décident ainsi. Néanmoins, la sécurité publique relève de la seule compétence de lEtat, du Ministère de lIntérieur concrètement. Ainsi, le budget du corps des Mossos dEsquadra fait partie du budget du Ministère de lIntérieur, le gouvernement autonome (régional) se limitant à gérer les paiements.

LEtat, en vertu de la loi 2/86, peut déléguer sa responsabilité en matière de sécurité publique sans pour autant perdre sa titularité dans cette matière; cest le cas en Catalogne. Sur le corps des Mossos dEsquadra, la Generalitat de Catalogne exerce une compétence que lEtat lui a confiée.

En conséquence, et en raison de cette cession de responsabilités, le corps des Mossos dEsquadra dépend organiquement de ses commandants naturels, administrativement de ladministration autonome (régionale)  et fonctionnellement du responsable politique du gouvernement autonome. Ce corps de sécurité doit exercer ses fonctions en coordination avec le reste des forces de police et de sécurité de lensemble de lEtat. Cette coordination ne signifie pas une subordination des Mossos à la Policía Nacional ou à la Guardia Civil (gendarmerie), mais à une collaboration basée sur la loyauté institutionnelle et destinée à poursuivre des objectifs communs.

Les unités assignées aux Tribunaux de Justice et ayant comme mission lenquête des délits dépendront fonctionnellement de lautorité judiciaire.

6E48AA37-F6AC-4267-8464-70D1D1BB311B.pngFM : On entend parler souvent de discrimination à l’égard des Mossos de la part de leurs collègues, de quoi sagit-il ?

Ángel Gomez : Il nexiste pas de discrimination mais une répartition des compétences en fonction de la géographie ou de la division administrative. Des frictions peuvent surgir ce fut déjà le cas - au moment où ladministration centrale ou à linverse la régionale empiète sur les compétences de lautre administration. Il sagit dun conflit qui doit être résolu dans une ambiance de bonne volonté selon la loi LO 2/86 déjà mentionnée.

La déloyauté des administrations locales ou autonomes, qui sapproprient des compétences qui ne leur sont pas attribuées, dans le but dobtenir, par des voies non légales, de plus grandes parts dautonomie, peut poser des problèmes de non respect à la Constitution. Ces problèmes devront être arbitrés par le Tribunal Constitutionnel, le tribunal espagnol garantissant le respect à la Constitution. Ce recours au Tribunal Constitutionnel peut occasionner des problèmes dans un pays comme lEspagne, secoué par des campagnes démagogiques et populistes, visant à discréditer les hautes instances de lEtat et les Tribunaux, qui sont les garants du régime des droits et des libertés assurés par la Constitution espagnole, inspirée par la Charte Fondamentale de Bonn (Constitution de lancienne République Fédérale dAllemagne). Le chapitre VIII de la Constitution espagnole définit de manière méticuleuse la liste de compétences que les communautés autonomes doivent assumer. Dans dautres pays, cette liste serait inscrite dans le cadre dune loi organique; en Espagne, elle se trouve dans la Constitution elle-même.

3E376738-7C64-4343-A82C-E2A720811A5D.pngFM : On parle aussi de police à deux vitesses, de quoi sagit-il ?

Ángel Gomez : Selon le degré de politisation ou de manipulation des responsables politiques, la police autonomique, Mossos dEsquadra, peut être plus ou moins efficace dans lexécution de ses fonctions.

Les informations et les images apparues dans la presse montrant des actes malheureux de participation et de complicité de Mossos avec la tentative de coup dEtat de l'automne 2017 en Catalogne menée par les élus indépendantistes, ont eu comme conséquence une dramatique altération de l'image de cette police dans le public. Pour deux raisons : dun côté la méfiance du gouvernement central, de lautre le refus volontaire des responsables politiques catalans de se coordonner et de collaborer plus efficacement avec le Ministère de lIntérieur et les corps de police nationaux.

Finalement, le résultat de ces mésententes entre administrations est un grave dommage à lintérêt public sous forme dune gestion moins efficace de la sécurité du citoyen qui en fait les frais.

A0DCC3C8-0E74-4B7F-B0E7-A9F1DF1B926E.jpegFM : Sur des photos et des vidéos, on voit des Mossos en civil ou en uniforme saffrontant avec la Policía Nacional et la Guardia Civil durant le référendum ilégal du 1er octobre 2017. Est-ce que cela fut sanctionné ?

Ángel Gomez : Non, aucune enquête disciplinaire na été ouverte pour des faits pourtant très graves. Il est question de déloyauté tant à l'Etat que vis-à-vis de l'ensemble de la population et du vivre ensemble. Ces policiers ont participé à une tentative de coup d'Etat.

Les situations ponctuelles montrées par la presse, obéissant à des actes de type personnel, viscéral, passionnel et violent, sont un reflet dun sentiment incité par les pouvoirs publics et autonomes. A travers quelques médias devenus instruments de propagandes et des ordres internes on a fait lapologie de la désobéissance. On discrédite les pouvoirs de lEtat. Un travail méticuleux ayant été accompli pour inciter le citoyen à mépriser et à désobéir aux lois, aux procureurs et aux tribunaux. Il est normal et compréhensible quil y ait des agents et des citoyens qui se sentent victimes de lEtat. Ces derniers réagissent par conséquent de façon violente et passionnée dans la croyance que ces soi-disant droits ont été enfreints de façon flagrante. Ces citoyens, face à la contradiction entre les textes de lois et les ordres judiciaires dun côté et les directives et instructions de lexécutif autonome, à courte majorité indépendantiste, choisissent de bonne foi de croire aux consignes proclamées depuis ledit exécutif. C'est-à-dire, depuis l'échelon de conduite le plus proche. Qui aurait pu croire quune administration autonome, dont la légitimité provient dune loi organique, allait provoquer un coup dEtat contre la constitution espagnole ?

Malgré quil ny ait pas de mesures disciplinaires prises à lencontre des protagonistes de ces troubles, les faits montrés sur ces images sont des délits publics commis par des fonctionnaires publics qui peuvent être poursuivis doffice par le Ministère Public. Les peines peuvent être lourdes. Quil sagisse de peines de prison ou dinhabilitation à exercer des fonctions publiques.

En Espagne, la tête du Ministère Public correspond au Fiscal General de lEtat qui est nommé sur décision politique. Dans la situation actuelle dinstabilité politique, il est difficile pour que le Ministère Public puisse s’ériger efficacement comme "Partie civile." Pourtant, il le devrait. Il faut se rappeler que Pedro Sánchez, l'actuel chef du gouvernement espagnol, n'est soutenu que par la plus petite représentation parlementaire de lhistoire récente de son parti politique et quil a accédé au pouvoir par motion de censure. Pour la gagner, il a additionné ses votes à ceux des partis néocommunistes anti-système. Ceux-ci souhaitent pour lEspagne une sorte de régime staliniste totalitaire. Il s'est aussi a aussi sollicité ceux des partis régionalistes démocrates chrétiens du PNV (indépendantistes basques), avec des relations non claires avec le nationalisme basque et finalement avec ceux de PdCat (indépendantistes catalans). Ce dernier, appelé auparavant CIU, a changé de nom suite au scandale de corruption appelé du 3%, pourcentage encaissé de façon illégale à toute société exerçant ses activités en Catalogne, et dont les dirigeants sont accusés de trafic dinfluences, détournement de fonds publics, prévarication et corruption en plus de la tentative de coup dEtat et de sédition.

 

 

21/09/2017

Terrorisme : on ne le vaincra pas en s’enfermant dans le fantasme.

IMG_0649.JPGIl est temps de passer du mode communiquer au mode informer !


*Depuis les attentats du 11 septembre 2001 qui marquèrent, résolument, un avant et un après, on nous sert toujours la même soupe. Avec les résultats que l’on connaît. Et ils sont insuffisants. On n’a pas su voir venir. Ou on n’a pas voulu voir les choses telles qu’elles sont. Faute à qui ? Probablement à une multitude de facteurs et d’acteurs.

Pour la majorité d’entre nous, on ne comprend pas d’où vient une telle violence. Comme elle s’estIMG_0636.JPG encore exprimée ce 17 août 2017 à Barcelone et à Cambrils, en Catalogne, en Espagne. Soudain, l’incompréhension du phénomène paraît totale. Pour le moins, nous souffrons d’une pensée dominante bien confortable. Celle d’un méchant califat qui nous en veut. Ce fantasme est repris par l’ensemble des médias grand public. C’est une guerre entre le Bien et le Mal. Elle est couplée avec l’échec du communautariste et des banlieues ghetto. Celle d’un choc des civilisations.
« Pourtant, c’est d’inculture que « Pourtant, c’est d’inculture que nous souffrons plus que d’une nouvelle guerre de religion », comme le relève le criminologue français, de renommée internationale, Alain Bauer. A la technologie des satellites, des drones et des frappes « chirurgicales » se succèdent « al qaeda », « aqmi »,« daesh » et « boko haram. » Pour autant, rien ne s’arrange. Mais comment les choses pourraient-elles aller mieux ? Notre principal partenaire commercial en matières fossiles l’Arabie Saoudite n’exporte pas seulement du pétrole mais également le salafisme. De ce salafisme belliqueux – plus de nonante milliards de dollars investis dans cette idéologie guerrière, selon James Woolsey, ancien directeur de la CIA – ont été attisés des conflits tels que l’Afghanistan – dans ce cas précis, avec la complaisance et même l’impulsion des Etats-Unis et de l’Occident -, de l’Algérie, de la Bosnie, de la Somalie, de la Tchétchénie, du Sahel, du Nigéria, de la Lybie, du Yémen et de l’Irak comme de la Syrie. C’est bien une idéologie que nous devons combattre. IMG_0652 (1).JPGLe juge anti-terroriste Marc Trevedic, en poste au Tribunal de grande instance de Paris de 2000 à 2015 et auteur de l’ouvrage « Terroristes - les 7 piliers de la déraison», l’affirme, sans ambiguïté aucune : « Nous sommes otages d’une grande hypocrisie. C’est exactement la même idéologie qui anime tant ceux qui posent des bombes que ceux qui nous achètent des armes et financent notre parc immobilier et nos clubs de foot. » Et d’ajouter que rien n’a jamais été entrepris pour lutter contre le fanatisme religieux. Il n’est pas contredit par l’ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls : « Aujourd’hui, nous payons cher cette alliance avec le diable qui vient de loin. Soit du temps où il était question de faire tomber l’URSS». Vu ce qui précède, il y a de quoi se retrousser les manches pour mettre un terme à ses prêches sur l’autel de la violence. Ne nous leurrons pas. Dans les mosquées, de Riyad à Prizren au Kosovo, en passant par Casablanca et Vitrolles, en France, le discours haineux perdure. Il est peut-être temps de mettre un terme à l’hypocrisie. Certes, des contrats juteux en pétrole, en fournitures militaires, etc. sont en jeu. Mais alors pesons le pour et le contre. Dans cette constellation, il est temps également que nos médias et nos élus fassent enfin de l’information et non plus de la communication et de la récupération politique sur chaque attentat. Parce que les impostures autour du terrorisme sont nombreuses. Par exemple, le pseudo-chef de l’organisation criminelle que l’on nomme Etat islamique (EI) et auto-proclamé calife de tous les Musulmans qui se fait appeler Abou Bakr Al-Husseini Al-Qurashi Al-Baghdadi n’est autre qu’un simple irakien du nom de Ibrahim Al-Badri, né en 1971 à Samarra et non à Bagdad – capitale historique du califat islamique – comme le signifie son pseudo « Al-Baghdadi».terrorisme,terreur,terroristes,meylan,françois,françois meylan Il n’est pas non plus le premier successeur du prophète Mahomet, à contrario du pseudo« Abou Bakr », ni appartenant à sa tribu comme pourrait l’indiquer « Al-Qurashi. » Et, encore moins descendant du second petit fils du prophète, ce qu’aurait signifié « Al-Husseini. » Par ailleurs, arrêtons d’appeler terrorisme ce qui ressemble plus à des violences politiques et à de la criminalité organisée. Faut-il encore le rappeler ? Il n’existe, à l’heure actuelle, aucune définition universelle pour décrire ce qu’est le terrorisme. Rien que dans les pays anglo-saxons nous relevons plus de deux-cents interprétations ! Pour sa part, la définition retenue par notre Administration fédérale demeure incomplète. Elle ne prend pas en compte les cibles quand celles-ci sont militaires.
IMG_0641.JPGHors, comment lutter face à un ennemi que nous peinons à décrire ? D’où la nécessité d’informer et d’informer encore. Qui ? Nous ! Le public, autant de victimes que de cibles potentielles. A ce titre, il est préférable d’écouter l’analyse des criminologues, entre autres, Xavier Raufer et reporters réellement avisés aux vas-t-en guerre et pseudos spécialistes abonnés à nos plateaux de télévision. Le prisme des premiers nous éclairent d’avantage que les seconds. Entre autres, ils nous encouragent à passer de la résilience à la prise de position. « Il est urgent de remonter aux commanditaires et jusqu’au plus haut niveau », relève, à juste titre, le journaliste Joseph Macé-Scaron dans l’hebdomadaire « Marianne ». Activons, à notre tour, les relais diplomatiques et contre la fin de notre ingérence calamiteuse au Moyen-Orient, stoppons toute cette singerie sanguinaire !

*Publié dans "Point de Mire" No 70 - Automne 2017

30/07/2017

Une femme philosophe vient de nous quitter et ce n'est pas anodin !

IMG_5197.PNGUne récente mort tragique à la plage qui pour la plupart d’entre nous est un fait divers est probablement plus qu’une énigme. 

Loin de moi l’intention de hiérarchiser les disparitions et les décès qui sont tous douloureux et qui surviennent, dans la majorité des cas, trop tôt. Vendredi 21 juillet, sur une plage de la festive Ramatuelle, dans le département du Var et non loin de la populaire Saint-Tropez, la mer est déchaînée. Le pavillon d’autorisation à la baignade est jaune. Il passe soudainement au rouge. Mais voilà un enfant est encore dans l’eau et il se trouve en grande difficulté. Une femme se lance alors à son secours. Elle réussit à le rapprocher décisivement du bord. Les maîtres-nageurs le prennent aussitôt en charge. Il est sauvé. La courageuse femme quant à elle – fauchée par un arrêt cardiaque – ne pourra être réanimée. Ce n’est autre que Anne Dufourmantelle, belle de ses 53 printemps, philosophe et essayiste française de renom. Elle qui en 2015 posait en ces termes : « Quand il y a réellement un danger auquel il faut faire face (…), il y a une initiative à l’action très forte, au dévouement, au surpassement de soi. » Mère et compagne de l’écrivain Frédéric Boyer, Anne ne pensait probablement pas si bien dire. « Grande philosophe, psychanalyste, elle nous aidait à vivre, à penser le monde d’aujourd’hui », a aussitôt tweeté Françoise Nyssen, ministre française de la culture.

Cette interruption brutale d’une belle et réussie trajectoire n’est pas anodin. En premier lieu il met en lumière une femme philosophe accomplie et à succès. Jusqu’à présent, les médias grand public ne sollicitaient principalement que des hommes philosophes. Moi le premier, je me gargarisais de Luc Ferry, de Michel Onfray ou encore de Montaigne. Je vais personnellement m’ouvrir. Il y a dans notre environnement francophone des femmes philosophes apportant de puissantes réponses de joie et de vie. Je pense, par exemple, à Elsa Godart.

On trouve, dans cette noyade, une symbolique aux dimensions profondes. C’est une femme qui a donné la vie et qui vient la sauver. À une époque désenchantée où à défaut de trouver les réponses à nos questions existentielles dans les clergés, dans le politique et encore moins dans le marché, il appert que la philosophie sera notre salut. Et dans tout philosophe la part de féminité est forte. C’est la vie. Alors que l’on réhabilite les sorcières d’autrefois, celles qui avaient le secret tant de la vie que de l’écologie, on va indéniablement vers une féminisation de la pensée. Une posture et un état d’esprit bienveillant, de joie et de créativité. À ne pas confondre avec un féminisme exacerbé, à l’ère du temps consumériste. Ce détestable dogme alimenté et récupéré à des fins de recherche de pouvoir et même de politique électoraliste dont les principales victime sont encore les femmes.

Le bon et légitime féminisme ne saurait être la poubelle du narcissisme, du mal-être et des névroses de quelques unes. Anne, avec toute la féminité et la sensualité qu’on lui connaissait, a sauvé la vie. Il est utile, à ce titre, de rappeler Michel Onfray, dans « L’Express » : « Car le bonheur des autres n’est pensable qui si on a réalisé le sien. La tâche de la philosophie consiste à trouver l’esprit des sagesses antiques qui font du bonheur le souverain puis de continuer ensuite avec une politique qui soit la continuation de cette éthique et sa réalisation communautaire. »

Autre symbole : son destin hors du commun va en faire un personnage illustre. Sa bibliographie est riche. Elle est imprégnée, comme l’a été son dernier instant de bravoure, de courage et d’une vision. Son enseignement comme l’héritage intellectuel qu’elle nous transmet est une œuvre d’art. C’est un dépassement de soi pour un résultat supérieur. Elle a publié de nombreux essais, dont « Éloge du risque », en 2011, « Intelligence du rêve » en 2012, « Puissance de la douceur » en 2013 et « Défense du secret » en 2015. Son premier ouvrage, « De l’hospitalité » en 1997 a été cosigné avec l’intellectuel franco-algérien Jacques Derrida qui nous a quittés en 2004. Là aussi la symbolique est forte. Derrida a souvent été controversé pour sa théorie de la déconstruction qui consiste à faire surgir le non-dit sous les textes.

Comment ne pas commencer par là ? Du féminin, de la féminité à la philosophie, Anne de par son départ prématuré mais au combien héroïque et ultime nous invite – un peu malgré elle – à embrasser à grands bras l’introspection, la joie de vivre et le rêve. Avital Ronell, philosophe américaine et grande amie de Anne : « Alors que j’avais tendance à pencher vers des conclusions désastreuses, Anne, elle, était porteuse de lumière. Elle faisait montre de cette forme de joie qui donne de la cohésion au monde, sans compromis pourtant, ni affirmation superficielle. »

On peut dire que celle qui était aussi chroniqueuse au journal « Libération » a été ses actes et ceux-ci résonnent à présent pour l’éternité.

Bon vent Anne Dufourmantelle !