17/09/2021

Catalogne, quand le fantasme remplace l’information de qualité !

L'Invitée : Rosa García, suisse et espagnole domiciliée dans le canton du Valais. 

34C90554-FB86-4110-BD1E-837FF13BAF10.jpegAprès une période d’accalmie coïncidant avec la durée de la mise sous tutelle de l’autonomie catalane par l’Etat espagnol suite à la déclaration unilatérale d’indépendance proclamée par le parlement catalan le 27 octobre 2017, les articles de propagande concernant l’Espagne, son soi- disant déficit de démocratie, le soit-disant manque d’indépendance de son pouvoir judiciaire, la supposée omniprésence de l’esprit franquiste dans ses institutions, sont de retour dans nos médias romands. Par exemple, le journal 24 heures a publié le 21.06.2018 Le chemin vers la sagesse s’ouvrira-t-il en Espagne? de Joan Costa, psychologue et le 22.06.2018 S’il était resté au pouvoir, Pétain s’appellerait Franco de Xavier Alonso, rédacteur en chef adjoint Tamedia. Ces deux articles de pure propagande anti-espagnole, visant à créer un état d’opinion favorable aux postulats indépendantistes catalans, ont été repris dans le compte Twitter de l’assotiation ANC Suisse.
Assemblea Nacional Catalana (ANC) est une association fondée en 2012 dont le premier objectif est “de promouvoir la création des conditions politiques et sociales nécessaires à la construction et la constitution de l’Etat Catalan propre, indépendant, de droit, social et démocratique “ (Article 2 a) des statuts de ANC). Pour se rendre compte de la puissance et de l’agressivité de cette organisation, il suffit de rappeler les faits qui se sont produits à Barcelone les 20 et 21 septembre 2017 devant le bâtiment de la Consejería de Economía de la Generalitat de Cataluña. Une foule d’environ 2000 personnes a bloqué les accès au bâtiment qui se trouvait être l’objet d’une perquisition judiciaire ordonnée par le Tribunal numéro 13 de Barcelone, et ce pendant environ 19 heures. Le siège avait contraint la Comision judiciaire, agents et fonctionnaires juridiques, à fuir par le toit. M. Sànchez est accusé, en tant que président de l’ANC, d’avoir dirigé cette attaque contre les représentants des forces démocratiques, raison pour laquelle il se trouve aujourd’hui en prison préventive.
La constitution espagnole protège l’unité nationale, tout comme le fait celle des autres pays européens. Il en va de même de celle de la Suisse. Quel pays de notre entourage accepterait-il une scission de son territoire suite à une déclaration unilatérale d’indépendance d’une de ses régions? Nos lois, émanant de parlements démocratiquement élus, ne permettent pas de telles pratiques. Quelles sont alors ces conditions politiques et sociales, dont parle ANC, nécessaires à la construction et constitution de l’Etat catalan? Le professeur N. Levrat, Global Studies Institute- UNIGE, dans son document Le droit légitime de la Catalogne à décider. Chemins vers l’auto- determination nous éclaire à ce sujet: “...le cadre national sera inévitablement inadapté car les processus démocratiques existants n’ont pas réussi à permettre à une solution ou un processus d’émerger. Un changement d’échelle semble alors nécessaire...”. Prof. N. Levrat, Prof. S. Antunes, Prof. G. Tusseau, Prof. P. Williams. Il faudra donc convaincre l’opinion publique internationale de la pertinence des thèses indépendantistes catalanes, puisque les processus démocratiques existants ne permettent pas une solution satisfaisante à l’échelle nationale. La presse romande a largement contribué à faire connaître le conflit catalan en Suisse par le biais de nombreux articles durant l’automne dernier, ce qui est légitime; ce qui ne l’est pas, c’est d’avoir cherché à créer un état d’opinion en Suisse romande favorable aux thèses indépendantistes, en contribuant à créer ces conditions sociales recherchés par ANC.
Les deux articles mentionnés dans le premier paragraphe ne devraient pas avoir leur place dans la presse d’un pays comme la Suisse, ni dans un journal comme le 24 heures qui se déclare sans orientation politique marquée. En effet, il n’est pas légitime que la presse d’un pays démocratique, neutre et, qui plus est, n’appartenant pas à l’EU comme la Suisse, soit utilisée comme vecteur de propagande par des associations visant à la séparation territoriale d’un pays membre de l’EU, pays pleinement reconnu par toutes les démocraties de son entourage, et ce même si cette presse traverse des difficultés économiques graves. Ceci n’est favorable à long terme ni à la Suisse, ni à ses relations déjà si difficiles avec l’EU, ni à l’avenir de la presse romande. En effet, c’est l’absolu manque de respect au code de Munich de certains journalistes qui choque le plus les esprits et qui finit de discréditer de manière définitive ce qui reste de notre presse.

A9D17493-7E0B-4AC7-9A34-310DC6CB9089.jpegLa santé démocratique de l’Etat espagnol n’est remise en question par aucune institution indépendante. Au contraire, les études Freedom in the Word de l’ONG Freedom House, The Democracy Index de The Economist, le Freedom Human Index élaboré par Cato Institute (EEUU), Fraser Institute (Canada) et Liberales Institut (Allemagne) et The Legatum Properity Index élaboré par le Legatum Institut (Royaume Uni) contredisent de manière objective les idées que véhiculent Messieurs Costa et Alonso à travers leurs articles. L’Espagne obtient des excellentes qualifications et se place parmi les pays les plus démocratiques et respectueux des libertés dans le monde.
L’indépendance des pourvoirs en Espagne n’est pas à démontrer, elle non plus. En effet, les propos de M. Costa et de la presse romande en général, cherchant à faire croire au lecteur que le pouvoir judiciaire serait soumis à l’exécutif, sont contredits de manière éclatante par la sentence prononcée par l’Audiencia Nacional, le même Tribunal qui poursuit M. Puigdemont et ses conseillers, le 25 mai 2018 suite à l’affaire Gürtel, où le parti du M. Rajoy a été condamné pour avoir tiré bénéfice d’un système de corruption institutionnalisé, et où 29 personnes, parmi lesquelles plusieurs dirigeants du parti populaire, ont été condamnées à des peines très élevées, 33 ans pour M. Bárcenas, trésorier du parti. Suite à ces condamnations, M. Rajoy a été renversé par M. Sánchez. Si M. Rajoy avait eu une réelle influence sur le pouvoir judiciaire, une telle sentence aurait-elle été prononcée?
Quant à M. Costa, il ne manque en rien au respect de la Charte de déontologie du journaliste de Munich il n'est que psychologue.

 

 

 

07/04/2021

Gottlieb Duttweiler un vrai libéral

Gottlieb.jpgA l'heure où la notion de libéralisme est trop souvent galvaudée par une poignée de "managers mercenaires" qui pensent avant toute chose à leurs bonus et autres doctrinaires, il est de bon ton de se rappeler qui était le fondateur de l'une des plus grandes et prospères entreprises du pays... la Migros.

Le libéral suisse Gottlieb Duttweiler - un vrai constructeur de ponts - vit le jour à Zurich, le 15 août 1888. Il fonda la Migros, avec cinq camions de vente Ford T, le 25 août 1925. Ses véhicules transportaient dans les quartiers les produits de base tels que le café, le riz, le sucre, les pâtes, la graisse de coco et le savon. Pionnier et visionnaire, Gottlieb "Dutti" Duttweiler avait décidé de révolutionner le commerce des denrées alimentaires. Témoin de la faillite de son père, en mal avec les banques, Dutti avait décidé de se passer de ces dernières et reçu l'appui financier des Femmes radicales de Zurich. Il ne cessa de développer son entreprise Migros et si au départ il fut la bête noire des partis politiques, des industriels et des syndicalistes, il pu rapidement s'appuyer sur les ménagères qui intuitivement ont reconnu la Migros comme leur alliée. Cette entreprise accessible qui proposait simplement des produits de bonne qualité à bon marché.

"Dans le monde moderne, le succès appartiendra à ceux qui sauront construire un univers d'idées autour de leur entreprise"

L'homme entrepreneur, libéral et humaniste est régulièrement honoré pour son génie commercial, sa persévérance, sa combativité, son audace et son sens aigu de la responsabilité sociale. C'est ainsi qu'en 1940, Duttweiler fait cadeau de l'oeuvre de sa vie au peuple suisse en faisant de la Migros une coopérative.

Sur le plan politique, Dutti crée le journal Die Tat, met sur pied le parti Alliance des Indépendants et est élu au Conseil national (1935). Homme de conviction ne souffrant pas le compromis, il s'en retire en 1940 en réaction à un discours du Conseiller fédéral Marcel Pilet-Golaz qui souhaitait se rapprocher de l'Allemagne nazie. Mais, Dutti sera réélu en 1943.

Le 8 juin 1962, Gottlieb Duttweiler décède. Ses funérailles, qui ont lieu à l'église Fraumünster à Zurich, sont retransmises dans trois autres églises.

On lui attribue également la création de l'hebdomadaire "Brückenbauer" - aujourd'hui Migros Magazine - le premier magasin libre-service de Suisse, le pourcentage culturel de la Migros, en 1957, une première mondiale, le refus de la vente d'alcool et de tabac et la formation pour tous.

MERCI Dutti !

Faut-il subventionner la presse ?

8AAFC795-232C-42A2-8141-97FDB367A50D.jpeg*La question est revenue cette semaine, suite aux nouvelles manœuvres de rachats de médias par d’autres. La réponse est bien entendu non. À contrario de l’agriculture - secteur stratégique par excellence - et de l’autonomie de notre pays à nourrir sa population en cas de crise, la presse est un produit de consommation comme un autre. Qui doit entreprendre et vivre ses remises en question et ses restructurations. Comme l’ensemble des activités économiques, par ailleurs. La subventionner avec les deniers publics directement ou indirectement ce serait abuser du contribuable mais aussi assoir certains de nos rédacteurs en chef et journalistes dans un oreiller de paresse. À se scléroser et pour certains à continuer à ne pas vouloir entendre. Ne pas vouloir entendre que comme faiseurs d’opinions ils doivent être à l’écoute et au service du lecteur et non le contraire. Que des journalistes moralistes ou qui s’autorisent à penser ce que la masse devrait penser on en veut pas. Que des placeurs de produit ou des rédacteurs en chef en quête de vedettariat encore moins. De la presse qui noircit du papier sur de la polémique, du scoop, en communiquant des émotions au lieu d’informer... très peu pour nous. Quand aux cris d’alarme du principal syndicat des médias qu’est Syndicom sur l’atteinte à la diversité de la presse qui serait le préalable à une information riche, utile et objective... que ni ni. Dix journaux qui utilisent les mêmes sources, qui font du copier / coller et qui pour rester dans la meute traitent de la même actualité et avec les mêmes angles offrent moins que deux seuls journaux qui font du vrai travail d’investigation et qui ne se sont pas éloignés de la Charte de Munich - pierre angulaire du journalisme - à savoir la recherche de la vérité !

*Publié le 20 avril 2018 dans « Les Libéraux. »