24/10/2019

C’est le chaos qui attend la Catalogne, selon le professeur catalan et espagnol Joan López Alegre

0E0C1ABE-7D19-464C-B402-4EDB660E4C66.jpegJoan López Alegre, connu aussi médiatiquement comme le « Català Tranquil » enseigne l'économie numérique, dans l’autonomie catalane. Chroniqueur, journaliste, enseignant, Joan López, que j’ai moi-même eu la chance de rencontrer, est une personnalité que l’on ne présente plus tant à Barcelone qu’à Madrid. 

Pour le célèbre blog « Dolça Catalunya », il nous explique ce qui se passe en Catalogne :

« Ce que nous vivons en Catalogne de nos jours est absolument planifié depuis longtemps. Le contenu du jugement n'a aucune influence sur le vandalisme violent qui s'est produit en Catalogne.

Les dirigeants indépendantistes (...) l'ont annoncé et travaillent depuis longtemps à sa planification, tout comme ils ont prévu la tentative de sédition unilatérale en 2017.

Quelle que soit la peine imposée aux politiciens séditieux, au moment où la sentence a été rendue publique, le haut commandement séparatiste avait décidé que c'était le bon moment pour créer un climat de terreur qui obligerait l'État à s'asseoir à une table et à céder à son faux référendum qui ne peut aboutir qu'à une sédition.

1D52F20C-AFDA-4297-810B-9E26ACF4DF95.jpegDès le début des événements, si l'on revoit les déclarations des dirigeants séparatistes, tant de Junts per Catalunya (JxCat), d'ERC, ou de la CUP, l'objectif est de créer un Maidan catalan. Une occupation du Paseo de Gracia qui kyste la situation et crée une tension insoutenable. (…) L'objectif de l'indépendance est que la population catalane elle-même, ainsi que les forums internationaux, finissent par demander à l'État espagnol de céder en échange d'un prétendu apaisement de la situation qui, en réalité, conduirait bientôt à la création d'un nouvel État non démocratique, la République catalane rêvée.

Ce à quoi ressemblerait l'avenir au cas où la violence obtiendrait le bénéfice de la cession n'est pas une opinion, les lois de la déconnexion et de l'éphémère dessinent cet État non démocratique d'une manière non déguisée : une nouvelle constitution promue par des assemblées populaires et des magistrats nommés par le pouvoir politique. Encore une fois, à la soviétique. (…)

Depuis très longtemps, pendant des décennies, et de façon croissante, une histoire s'est créée à partir de toutes les instances nationalistes, en particulier les médias et la sphère éducative, qui présente l'Espagne comme hostile aux Catalans. (…) Le gouvernement de la Nation ne peut abandonner ses fonctions en abandonnant à son sort des millions d'Espagnols résidant en Catalogne ou sur une grande partie de son territoire.

Ils ne vont pas s'arrêter tant qu'ils ne l'auront pas atteint ou qu'ils n'auront pas détruit la Catalogne dans cette tentative, parce qu'ils sont fanatiques. »

*Extraits recueillis sur le site de Dolça Catalunya 

22/10/2019

À l’intention des policiers espagnols blessés lors de la contre guérilla urbaine à Barcelone.

4F836373-362A-4BA2-9122-A55D355C0254.jpegÀ l’intention des policiers espagnols blessés lors des opérations contre la guérilla urbaine dans l’autonomie catalane, en Espagne,

(Envoyé à leur hôpital, via e-mail)

Chères policières, Chers policiers,

Depuis la Suisse, où nous-mêmes luttons contre le laxisme de nos propres autorités quand ce n’est pas de la complicité, contre la manipulation des masses et contre les intérêts particuliers, nous sommes de tout cœur à vos côtés.

AEABF138-7BEC-4072-A6A7-4171556F56F4.jpegTous ensemble, nous menons une lutte pour la démocratie, pour les valeurs du vivre ensemble, pour nos libertés fondamentales, pour l’État de droit et pour la justice.

L’appareil séparatiste catalan que vous affrontez dans les rues catalanes n’a jamais été pacifique. Il manipule l’histoire comme les individus. Il ment, il vole, il endoctrine, il soudoie. Il est nationaliste et suprémaciste. Il cultive une idéologie d’exclusion et la haine de l’autre.

Surtout, il ne repose sur aucune réalité historique, ni scientifique, ni raciale et encore moins morale. Il impose des différences là où il n’y en a pas. C’est un poison non seulement pour la majorité sociale catalane qui le souffre au quotidien mais aussi et vous l’avez compris pour l’unité de l’Espagne, pour la stabilité de la construction européenne qui est la meilleure garante contre la résurgence de la guerre sur le continent.

FB21E0E2-2495-4FD9-AE52-EAFFEB2CCCC7.jpegEn Suisse, il a contaminé jusqu’à nos institutions et le monde des médias. Il est le reflet d’une partie des maux d’une société occidentale qui est décadente sur plus d’un plan. Où une minorité violente l’emporte aux yeux des mass médias parce que cela paraît tendance... plus cool.

Dans tous les cas, c’est une honte à l’endroit des gens qui dans le monde subissent réellement des atteintes à leurs libertés fondamentales et des agressions dans leur chair.

J’ai eu moi-même l’occasion de côtoyer des manifestations indépendantistes. J’ai vu ces manifestants, qui avec leurs Nikes aux pieds et leurs iPhones, ne savent même pas pourquoi ils manifestent ! Ni pourquoi ni même pour qui ils insultent, ils cassent. Nous baignons dans des caprices d’enfants de riches. Néanmoins, les dégâts eux sont bien réels et pour beaucoup seront durables. En aucun cas, nous ne pouvons laisser à nos enfants le nationalisme, le suprémacisme et le crime organisé comme héritage. Vous l’aurez aussi compris. Des individus s’enrichissent sur le dos de tout ça.

79C12D69-2DA1-4B8E-990E-222A7B11F477.jpegEn plus d’être confrontés à un cas de perversion narcissique collective sans précédent depuis les tristes nazis, nous affrontons également une organisation criminelle qui voit ses divers protagonistes agir tant depuis l’autonomie catalane que depuis l’extérieur.

Vous saisissez ainsi la gloire, la fierté et toute la gratitude que l’on vous porte. Vous qui, en première ligne, avez pris les coups, au périple de votre vie, qui étaient destinés à la convivialité et à nos propres libertés.
Avec notre infinie gratitude, nous vous souhaitons un prompt rétablissement.

François Meylan
Pour le Comité
Catalunya peuple d’Espagne CPDE
Lausanne

13/10/2019

Le destin de l’Espagne suspendu aux sentences de la Cour suprême.

1C86F10C-5582-4A7F-8BB0-F46418452CEE.jpegInterview exclusive du professeur Nicolas Klein !

FM : On attend dans les prochaines heures la sentence de la Cour suprême de Madrid à l’intention des putschistes catalans de 2017. Pourquoi maintenant et non plus tôt ou plus tard?

Nicolas Klein : Il faudrait demander cela aux juges de la Cour suprême mais j’imagine qu’un dossier aussi complexe et lourd de conséquences n’est pas aisé à traiter. Le procès des anciens dirigeants séparatistes a formellement commencé en février 2019 mais l’instruction dure depuis au moins un an et demi. La reconstitution des faits, le recueil des témoignages, la prise en compte de la parole des accusés et des accusateurs, tout cela prend nécessairement du temps.

Il faut ajouter que les faits reprochés aux prévenus sont assez inédits dans l’histoire récente de l’Espagne. Jamais des dirigeants ou anciens dirigeants régionaux n’avaient été inculpés pour de telles charges depuis 1975. Les membres de la Cour suprême, dont le désormais célèbre Manuel Marchena, ont donc forcément dû se montrer prudents.

Quoi qu’il en soit, nous devrions être bientôt fixés (probablement dans la semaine du 14 au 20 octobre).


FM : Les sp
éculations ainsi que les pseudo-fuites ont rythmé la semaine écoulée. Le secret des délibérations a-t-il été assuré ?

Nicolas Klein : De deux choses l’une : soit il a été assuré et la sentence surprendra tout le monde lors de son annonce, soit cela n’a pas été le cas et il faudra que la justice ou les forces de l’ordre découvrent qui a fait fuiter ces informations.

Il serait dommage qu’un procès mené aussi rigoureusement (quoi qu’en disent les séparatistes et leurs affidés) soit entaché par un viol du secret des délibérations.

 
FM : À quelles peines (et pour quels chefs d’accusation) doit-on s’attendre ?

Nicolas Klein : Si l’on s’en tient aux fuites des derniers jours dans les médias, les prévenus seront condamnés par la Cour suprême pour malversation (utilisation indue de l’argent public pour financer un processus indépendantiste illégal) et sédition (délit qui consiste à empêcher par des moyens illégaux, qu’ils soient violents ou pas, l’application de la loi). La sédition est punie en Espagne par des peines de prison allant de dix à quinze ans si ceux qui s’en sont rendus coupables constituent une forme d’autorité publique (ce qui était le cas des prévenus au moment des faits qui leurs sont reprochés).

Au cas où ce scénario se confirmerait, le chef d’accusation de rébellion ne serait pas retenu par la Cour suprême. Les principaux médias espagnols estiment que la peine prononcée pourrait donc tourner autour de 12 ans de prison pour l’ancien vice-président régional catalan, Oriol Junqueras, et de 11 ans et demi pour les anciens conseillers régionaux catalans Joaquim Forn, Jordi Turull, Josep Rull, Raül Romeva et Dolors Bassa. Pour l’ancienne présidente du Parlement régional, Carme Forcadell, la condamnation pourrait être de 10 ans de réclusion, tandis qu’elle s’élèverait à 8 ans pour les anciens responsables Jordi Sànchez et Jordi Cuixart ainsi qu’à 7 ans pour les anciens conseillers régionaux Santi Vila, Meritxell Borràs et Carles Mundó.

Il existe une différence de degré entre la sédition et la rébellion, puisque la première est punie moins sévèrement (de dix à quinze ans de moins, selon les cas). Cette différence, cependant, est aussi de nature : là où la sédition est considérée par le code pénal espagnol comme un « simple » trouble à l’ordre public, la rébellion est un délit contre l’État espagnol, contre ses institutions et contre sa Constitution.

Il existe depuis plusieurs années d’importants débats au sein de la société espagnole sur la qualification à donner aux faits reprochés aux prévenus que je viens d’évoquer mais la Cour suprême sera forcée de trancher.

 
FM : Encore très récemment, des élus français se sont mobilisés en faveur des inculpés. Comment expliquer que tant de responsableset de journalistes de part et d’autre nient la gravité des faits et semblent soutenir des politiques qui ont monté, à l’aide de détournements de fonds publics, un pan de population contre un autre au sein de la Catalogne ? Doux romantisme ? Influence, compromission ou effet d’une mode qui veut que l’on accepte tout tant que cela se passe chez le voisin et non chez soi ?

Nicolas Klein : Un peu de tout cela, je pense. J’ai déjà dit à plusieurs reprises, aussi bien sur ce blog que dans d’autres médias, que ceux qui, à l’étranger, soutiennent le séparatisme catalan appartiennent à diverses catégories : les gens mal intentionnés ; ceux qui sont tout simplement peu ou mal renseignés (quoi qu’ils en pensent par ailleurs); ceux qui se prennent de passion pour une lutte apparemment romantique en faveur de la « libération d’un peuple » ; ceux qui ont accepté, pour des raisons plus ou moins obscures, le récit délivré par les autorités séparatistes et ferment les yeux sur tout ce qui pourrait troubler ce récit.

Il faut s’attendre à de nouvelles déclarations de ce type venues de responsables politiques français (ou d’autres pays) à l’annonce de la sentence de la Cour suprême… sans oublier qu’ils représentent toujours une minorité.