15/05/2017

Le journaliste qui n'est plus !

IMG_2980.JPGCandidat au Grand Conseil lors de ces dernières élections cantonales vaudoises, j’ai été particulièrement zappé par le monde des médias. On m’a tout bonnement passé sous silence.
Pourtant, mon affiche électorale, déclinée en trois variantes couleur et sur laquelle je figurais à l’envers avec le slogan de campagne « Renversons la tendance ! » n’est pas passée inaperçue. A cela, s’ajoutait un programme solide et la promotion d’un nouveau mouvement humaniste, libéral et social, co-fondé en 2015.
Alors, je me suis intéressé de près à l’évolution de notre presse. J’ai déjà réagi à l’article « Ce que promettent les partis », rédigé par Philippe Kottelat, de Lausanne Cités. Texte se voulant exhaustif – ne serait-ce que par son énoncé - mais qui, une fois de plus, a « oublié » quelques petits partis dont le mien. J’ai obtenu, après quelques emails restés sans réponse et deux téléphones quelque peu animé de ma part, d’être publié dans la rubrique « L’invité » du Lausanne Cités. Certes, un peu tard soit après le week-end de Pâques.
Bon prince, j’en ai profité pour rappeler ce qu’est « La Charte de déontologie de Munich » – appelée aussi Déclaration des devoirs et des droits des journalistes. Ce texte énonce les règles éthiques qui sont celles que toute personne qui, se prévalant du titre de journaliste se doit de suivre et de respecter. Cette charte idéologique n’est pas sans rappeler, dans un autre domaine, le Serment d'Hippocrate. C'est un acte de foi, un peu une entrée en sacerdoce que la marchandisation du monde et la course aux profits rendent de plus en plus difficile à respecter. Aussi peut-on se demander si nombre d’acteurs ne devraient pas se présenter sous l’étiquette de communicateur au lieu de journaliste. Celle d'un facilitateur ou d'un "go-between" dont l'objectif est de faire passer un message ou encore d'établir un lien. Dans cette perspective, le journal devient un outil de communication.
Le journaliste, en principe, a pour mission première de reporter des faits sans donc les modifier. La Charte de Munich insiste sur ce point. La mission première du professionnel est de rechercher la vérité, non de faire le propagandiste. Toutefois, en période électorale, une certaine presse tend à imposer à ses lecteurs des prises de positions toutes faites ne reposant sur aucune analyse digne de ce nom.
De plus, ce n'est pas vraiment du plagiat mais simplement le fait de se référer aux mêmes sources, aux mêmes communiqués que l'on reproduit sans vraiment vérifier. Les journalistes en viennent à diffuser presque tous les mêmes nouvelles. Aujourd’hui, force est de constater qu’ils sont rares les vrais journalistes qui peuvent s'offrir le luxe de suivre les préceptes de la Charte de 1971. Il n'y a plus beaucoup de vrais indépendants de pensée dans la profession.
D’autre part, l’exemple de la presse spécialisée dans le domaine de la finance est utile. Elle a déjà fait le changement de cap, passant du journalisme au rôle de communiquant. On voit même le quotidien romand Le Temps – qui n’est plus romand mais plutôt zurichois – s'orienter toujours davantage vers la communication, catégorie économique et financière. Elle devient ainsi payante. Ou encore, le quotidien en question fait de plus en plus appel à des professionnels, mais sans les rémunérer, pour animer ses rubriques financières mais pas seulement.
Notons que de son côté L'Agefi pratique cette approche depuis de longues années. Pour preuve, son supplément mensuel « INDICES » lie souvent la rédaction d'un article dit professionnel à l'insertion, directe ou différée d'un visuel publicitaire. La seule indépendance demeure alors celle vis-à-vis de toute institution ou groupe de presse extérieur.
Ainsi, la marchandisation du monde entrainant cet état de fait, nous avons de plus en plus affaire à des communicateurs, des créateurs d'histoires d'entreprise. Le "Story Telling" est désormais un produit de mode.
On rejoint ainsi l’épineux problème qui est celui de la transparence. Comme pour le politique – autre formateur d’opinion – nous nous trouvons face à deux possibilités : celle de revendiquer plus de transparence ou celle d’établir des contre-pouvoirs. Des médias clairement indépendants mais quasi sans aucune contrainte financière tels que « Domaine Public » ou encore « La Méduse » de Christian Campiche. Ce sont des exemples.
La question en suspens est alors… quel avenir pour le métier de journaliste ?

12/05/2017

Sans un Etat fort, le libéralisme ne survivrait pas !

IMG_4924.JPG*Pour les néolibéraux qui placent le marché au-dessus de tout, le politique est également une marchandise qui s’achète.

Du moins, c’est le cas en Sicile. A Palerme, sur les traces de Cosa Nostra, des femmes et des hommes de l’anti-mafia, j’ai eu l’occasion, une fois de plus, de constater que l’Etat que l’on considère, trop souvent, comme l’empêcheur de tourner en rond, qui de plus coûte cher, est au contraire celui qui peut rendre le marché fluide et surtout éthique.

Alors que l’idéologie néolibérale se diffuse sournoisement. Mettant à mal l’équilibre fragile du système actuel. Comme si cela avait toujours été ainsi. Il est bon de rappeler quelques vérités.

Le coût de la folie de quelques banquiers

Question dettes publiques, la crise financière de 2008 a généré un stock de dettes supplémentaires de quelque 30%. La folie de quelques banquiers a fait plus de mal aux finances publiques que le poids de l’institution. La distribution de l’augmentation des gains de productivité, sans précédent, générée au cours de ces deux dernières décennies a été très inéquitable.

Ne nous voilons pas la face. Le principal problème que nous avons est une très injuste répartition des richesses. Certes, l’impôt est un moyen pour y remédier. Pourtant, ceux qui peuvent le faire éludent l’impôt. Pire, sous les assauts de quelques lobbys et politiques, on a quasi institutionnalisé la soustraction fiscale. Bien sûr, pour quelques-uns seulement. La mondialisation aidant. Et de citer Jacques Attali: «Les flux financiers sont mondialisés et sans limites. Alors que la démocratie rencontre les limites de sa souveraineté.»

Eradiquer la mafia

Aussi, affaiblir constamment l’Etat, dans le discours comme dans les faits, c’est se tromper de cible. Et ce n’est pas le président de la Région Sicile – plus de 5 millions d’habitants – Rosario Crocetta qui me contredira. Dans son bureau, sous une protection toute blindée, au Palais d’Orléans, ce haut magistrat m’a expliqué comment, pour moderniser la Sicile et attirer des investisseurs, il avait dû éradiquer des systèmes maffieux.

Rosario Crocetta, maire de Gela, avant d’être élu président de toute la région, en novembre 2012, ne le sait que trop bien: le système libéral ne survivrait pas sans un Etat fort. Et pour preuve, il a œuvré à la fluidité comme à la transparence du marché.

Entre autres, en prenant deux mesures. Premièrement, son intervention auprès des collectivités rurales de l’île qui bradaient du terrain agricole au prix de 30 euros l’hectare aux mafiosos qui le revendaient aussitôt 350 euros l’hectare. Sans rien faire, une mise multipliée par plus de onze. Les intérêts particuliers piétinant à pieds joints l’intérêt du plus grand nombre. Parce qu’un marché sans régulation ni contrôle de l’Etat perd rapidement toute notion de valeur morale. Rosario Crocetta, homme à la fois le plus puissant et le plus menacé de Sicile – sa tête a été mise à prix par Cosa Nostra, en 2009 –, a, comme autre mesure, promulgué une loi qui assure un emploi au sein de l’administration à tout citoyen qui dénonce un système maffieux. Il faut le savoir, le «délateur», en Sicile, en plus de risquer sa vie et l’intégrité de ses proches perd tout espoir de retrouver du travail.

Quelque 60 personnes ont déjà bénéficié des dispositions de Rosario Crocetta. La mafia est sans pitié, la mafia pense à ses propres affaires. Les tenants du dogme néolibéral également. Et affaiblir sans cesse l’institution, c’est monter les uns contre les autres. c’est tenter de s’accaparer de nouveaux espaces pour son profit personnel. C’est privatiser un maximum de biens et de liens. Parce qu’après tout, tout s’achète. Les deux prédécesseurs de Rosario Crocetta n’ont-ils pas été tous deux démissionnés et inculpés pour corruption ?

La négation du libéralisme des Lumières

Pour les néolibéraux qui placent le marché au-dessus de tout, le politique est également une marchandise qui s’achète. A contrario du libéralisme qui dans sa pensée hautement humaniste – lire pour cela De l’esprit des lois, le traité de la théorie politique publié par Montesquieu à Genève en 1748 – institue au sommet de l’édifice libéral le Droit avec un «D» majuscule.

Le Droit, garanti par l’Etat, est valable et est applicable à tous. Néo – nouveau en grec – employé pour définir cette «loi» du marché est la négation du libéralisme des Lumières. Le néolibéralisme est un nouveau courant. Récupéré par certaines formations politiques. On tape sur l’Etat. Mais on lui demande d’intervenir quand il s’agit de défendre son pré carré avec des mesures de protectionnisme telles que les droits de douane ou encore les contingents et autres quotas. Il n’y a aucune cohérence dans le néolibéralisme. C’est de l’égoïsme et du narcissisme. Pace que le marché n’est, par essence, ni éthique ni juste. Bill Clinton, ancien président américain, a eu l’occasion de le rappeler: «Si on laisse faire le marché, c’est le far west! Le gros mange le petit. Le rapide tue le lent.»

*Article publié dans le quotidien "Le Temps", mardi 9 mai 2017

24/04/2017

Attentats sur les Champs Élysees... À quand les bonnes questions ?

IMG_0044.JPGAttentats sur les Champs Elysées, les bonnes questions à poser !

Le soir-même de la tuerie des Champs Elysées qui a coûté la vie au policier Xavier Jugelé, âgé de 37 ans, et à son agresseur, les avis sont unanimes : l’élection présidentielle va se dérouler sous une menace terroriste de très haute intensité. Une fois la nouvelle tombée et l’émotion absorbée, les questions légitimes demeurent. Qui sont ces terroristes ? Quel est leur objectif stratégique ? A qui profite le crime ? En effet, on nous dit que l’organisation criminelle que l’on nomme Etat Islamique (EI) menace... Mais qui finance ces bandits ? Qui a permis leur déploiement ? Et, dans quel but ? Force est de constater que ces questions on se les posait déjà l’an dernier. Et, il y a deux ans aussi. Il y a trois ans également et ainsi de suite. Rappelons que depuis mars 2012, neuf policiers et militaires français sont déjà tombés dans le même contexte. Dans le cas précis, il est à déplorer que l’assassin avait déjà été arrêté le 23 février, avant d’être relaxé. Puisque ces questions demeurent toujours sans réponse, malgré l’augmentation du nombre des victimes, ne faudrait-il pas examiner le phénomène sous un autre angle ? Les médias endossent une responsabilité bien réelle dans le statu quo de la compréhension actuelle de la violence politique. Depuis le 11 septembre 2001, ils ne cessent de traiter l’information de manière binaire, au premier degré. Ils font le lit de deux fantasmes clé. Le premier étant celui d’une guerre des civilisations. Le second étant celui de l’instauration d’un nouveau califat mondial. De Al-Qaïda à Daech, on ne sort pas de cette croyance stérile. On tourne en rond. On ne sort pas non plus d’une information qui baigne dans le sensationnalisme et le simplisme. Alors que la recherche de la vérité devrait déjà écarter l’hypothèse farfelue de l’instauration d’un califat. L’immense majorité de l’Oumma – la communauté des musulmans – a comme préoccupation : l’emploi, le pouvoir d’achat et répondre aux besoins de sa famille, dans la dignité. Le moindre que l’on puisse dire est que ces attentats éludent à chaque fois et pour quelques temps les vrais problèmes existentiels. L’autre élément à écarter et celui d’imaginer que quelques électrons libres, au lieu de s’adonner à une partie de bowling ou encore d'aller au cinéma, décident spontanément d’aller faire un carnage sur une terrasse de bistrot, dans une salle de spectacle ou encore dans une rame de métro. Ces attaques nécessitent, à chaque fois, des armes, des caches, des planques des véhicules, de la planification et de l’argent… d’où complot. Nous sommes confrontés à de la criminalité organisée. Elle doit être traitée comme telle. Celle-ci a des mandants, des mandataires et elle profite à quelques-uns. Sinon, elle ne se déroulerait pas. Personne n’a envie de perdre du temps, de l’énergie, de l’argent en même la vie pour rien. Et comme le rappelle très bien le philosophe Luc Ferry : aujourd’hui, on ne meurt plus pour la religion. Pour la plupart, elle ne fait plus partie du sacré. Il n’y a qu’à constater le très faible degré voire même l’absence d'une réelle culture religieuse chez les assassins. Par contre, l’instauration d’un climat infra guerrier permet l’enrichissement illégitime comme la prise du pouvoir.
Posons-nous les bonnes questions !