03/07/2018

Ma rencontre avec Géraldine C.

68BCF59A-F4EB-4DD0-BAE6-70523DAE9799.jpeg*« 14 ans en Catalogne »

Mon fils est sorti de l'école en pleurant ets'est jeté dans mes bras. Il avait 6 ans et c'était en 2014. Je lui ai demandé ce qui s'était passé. Et il a répondu :
- Maman, c’est vrai que nous devrons quitter la Catalogne ?
- Pourquoi tu dis ça, M?
- C'est ce que les enfants de la classe m'ont dit. Que si je ne veux pas l'indépendance, je devrais partir de la Catalogne.
Ça, c'est la Révolution des Sourires… Ça, c’est la face cachée de la Révolution des Sourires, que les séparatistes ne montrent pas au monde. Ils ne la montrent pas, non. Beaucoup de plaintes, beaucoup de victimisation, beaucoup de théâtre, beaucoup de marketing et beaucoup de propagande avec l'arme du mensonge, beaucoup de provocation, beaucoup de poker, et beaucoup de manque de respect envers l'humanité.

J'ai eu l'occasion de partager cet incident avec d'autres mères de l'école, elles-mêmes indépendantistes. Une de leurs réactions a été de me dire que les enfants sont cruels, que ce n’est pas grave et que mon fils doit se défendre. Et c'est ainsi que les gens pensent, et c'est ainsi que le monde va. J’ai répondu oui, que j’avais rempli mon rôle en tant que mère, et expliqué à mon fils que malheureusement il devait se renforcer pour faire face à un monde où la diversité des opinions est parfois valorisée et parfois non respectée. On peut même être attaqué pour ça. Mais il faut apprendre à vivre avec ça et savoir comment le gérer. J'ai aussi répondu à cette mère que j’avais fait ma part du travail éducatif, mais que maintenant il lui restait à faire la sienne, l'autre 50% de l'éducation, et qu’elle devrait expliquer à son enfant que la diversité des opinions doit être respectée et ne peut en aucune façon conduire à l'exclusion, et encore moins à l'exclusion de la terre de naissance, et dans ce cas d'un enfant. Les enfants expriment hors de chez eux l'éducation qu'ils reçoivent à la maison. S'ils reçoivent une solide éducation, avec des valeurs et un sens de la critique et du libre arbitre, alors ils ont les armes pour ne pas être autant influencés par la société.

1595B93C-1981-4D94-8A53-633C7CAEB06A.jpegFrançois Meylan : Vous êtes française, mère et cadre dans une multinationale. Qu'est-ce qui vous a amené à Barcelone ?

Géraldine C : Je suis arrivée en Catalogne en 2004. Lorsqu'on me demande comment j'ai atterri ici, avant que je puisse répondre, les gens anticipent et croient que c'est parce que j’étais amoureuse d’un homme ou pour le travail. Je suis venue par amour oui, mais pas d’un homme, mais de Barcelone, de la Catalogne et de l’Espagne. Il y avait un air de liberté, de bien-être, de pouvoir être soi-même, de non jugement, de vie. J'ai aimé l'atmosphère, et l'atmosphère est faite par les gens. Chaque fois que je venais à Barcelone pour le travail, je me sentais comme un poisson dans l'eau. C'était ma place, je devais vivre ici. Et c'était ainsi. Depuis Paris, j’ai cherché un travail, je l'ai trouvé, j'ai déménagé. C'est aussi simple que ça. J'ai commencé ma nouvelle vie, où j'aurais dû naître peut-être. Mais la chose importante est que j'avais trouvé mon endroit et c'était ici. C'est un grand bonheur de pouvoir vivre là où l'on veut et de se sentir en harmonie avec sa façon d'être et de voir la vie.

FM : On parlait déjà de séparatisme il y a 15 ans?

GC : Un peu, mais pas tellement. On entendait principalement « Moi Catalan, je suis différent des Espagnols. » Et à moi, Française, ils me disaient que "je ne pouvais pas comprendre" (un de ces arguments répétitifs et désobligeants des combattants de l'indépendance) ... Le séparatisme a augmenté au fil des ans. Je te raconte mon vécu.

E6F14164-0903-41BF-9968-37E73A6EEC7C.jpegJ'ai travaillé dans une entreprise française, située près de Gérone. Je me suis rapidement rendue compte que le catalan était la langue la plus établie en tout, donc je me suis inscrite à des cours de catalan. Je suis une personne de langues, je parle anglais, japonais et espagnol, donc le catalan pour moi ne représentait aucun obstacle particulier, car en plus c'est une langue qui est entre l'espagnol et le français. Aussi, après avoir vécu au Japon pendant un certain temps en 1997 et 1998, j'ai réalisé que la qualité de l'apprentissage d'une langue est directement liée à la façon dont vous absorbez la culture et à la façon dont vous vous sentez à l'aise avec elle.
Alors que je commençais les cours de catalan, je me suis retrouvée au bureau avec une attitude étrange de certains collègues, qui ne voulaient écrire aucun document en castillan. Ça devait être en catalan, ils n'allaient pas changer, et on parlait simplement de rapports de réunion, par exemple. Cette attitude a compliqué mon travail, du moins au début, car je ne maîtrisais pas encore le catalan et j'avais besoin de partager des informations avec la France. Mais surtout, je ne comprenais pas comment c’était possible que des hispanophones refusent d’écrire en espagnol avec une étrangère qui elle faisait l'effort d'apprendre la langue nationale. Je ne pouvais pas comprendre cette attitude quand l'important était de communiquer et de travailler ensemble, eux-mêmes étant bilingues. Si j'avais moi-même utilisé une telle attitude, j'aurais pu imposer le français, puisqu'ils travaillaient dans une entreprise française qui leur donnait du travail et un salaire.
Du coup, j’ai abandonné les cours de catalan. En voulant m'imposer quelque chose, ils ont obtenu l'effet inverse. Comme je l'ai déjà dit, une langue, vous avez envie de l’apprendre quand sa culture vous séduit. Et la culture est faite par les gens. Si les gens se comportent de cette façon, vous n'avez pas envie de faire l'effort d’apprendre ni de parler leur langue.
Il faut dire que le séparatisme est largement installé dans les villages, les zones intérieures, loin des villes. À Barcelone, pas tellement, ni à Tarragone. Et les séparatistes obtiennent leurs sièges majoritaires au Parlement de Catalogne par le vote des campagnes. Nous devons savoir que la majorité sociale de la Catalogne vote contre l'indépendance. Mais comme il existe une loi injuste des sièges qui donne plus de poids aux campagnes, c'est pour cela qu'ils sont majoritaires au Parlament de Catalunya. Mais ceci, ils ne le reconnaissent jamais. Ça leur va bien de parler des sièges uniquement.

E00A376D-80F9-4D5C-9200-2E92C0605AC0.jpegFM : Vous avez été témoin de l’expansion du mouvement indépendantiste et en première ligne. Comment l'expliquez-vous ?

GC : Je l'explique très facilement.
1. Quelques-uns (le dôme) ont cette folie dans la tête depuis des décennies. Pourquoi ? Personnellement, je vois la soif de pouvoir, l'ego surdimensionné comme de nombreux hommes politiques en général, d'endoctrinement pendant l'enfance (Puigdemont a été indépendantiste toute sa vie), mais surtout des restes du franquisme transmis de génération en génération parce qu'ils se sentent très à l'aise dans le rôle de victime. Vous pouvez leur répéter sans cesse que le régime de Franco est terminé, que cet argument n'est plus valable, ils y reviennent toujours. C'est un disque rayé.
2. Une base de 2 millions d’endoctrinés par des mensonges construits et pensés qui ont convaincu les masses. C'est très facile, ils jouent avec les émotions - les souvenirs du franquisme, ils cultivent la victimisation. Cultiver la victimisation est exponentiellement plus facile que d’encourager la responsabilité individuelle. Être victime ne nécessite aucun effort, être responsable oui.
3. Le troisième point est qu'ils ont concentré leur stratégie sur les campagnes, une proie très facile pour alimenter ce sentiment de séparatisme. Les campagnes sont très marquées par le régime de Franco et leurs votes fournissent plus de sièges que les villes. Une bonne affaire…
4. En parallèle, ils ont gagné plus d'autonomie au cours des 15 dernières années. Par exemple, le système d'éducation est entre les mains du gouvernement local à 100% maintenant, c'est-à-dire entre les mains des indépendantistes. Tel quel, ni plus ni moins. De toute évidence, ils font ce qu'ils veulent et nous avons beaucoup d'images qui démontrent cela. L'éducation forme les générations futures, et c'est pourquoi nous avons maintenant une jeunesse très indépendantiste. Au niveau de la langue, l'Union européenne (UE) prévoit que lorsque les langues locales sont enseignées dans les écoles, il faut préserver la langue nationale avec un minimum de 25% dans l’agenda scolaire. En Catalogne, ce n'est pas du tout respecté et personne ne fait rien pour restaurer cette directive. Le gouvernement central ignore cela. Dans l'école de mon fils, ils ont moins de 25% d'espagnol par semaine. Et ensuite nous devons les écouter parler de l'oppression de l’espagnol ... et ils le vendent comme ça à l'extérieur de l'Espagne dans leur propagande victimiste.
5. Ensuite, le gouvernement central est très laxiste face à l'autonomie catalane. Quand l'autonomie ne remplit pas ses devoirs, le gouvernement central ne dit rien. Imaginez que vous soyez une personne dont le but est de briser l'Espagne et que personne ne vous dise quoi que ce soit lorsque vous passez les feux au rouge, c'est une porte ouverte à tout. Et ils en ont profité. Le silence du gouvernement les a renforcé, et maintenant qu'ils ont procédé à un coup d'Etat, c’est très compliqué pour récupérer la situation. Ils passent aux feux rouges et quand le gouvernement leur met l'amende, ils crient au scandale et à l'oppression espagnole. Les séparatistes ont eu beaucoup de temps pour tisser leur toile, monter leur stratégie, mettre en place leurs équipes de marketing et de propagande, s’organiser en réseaux, et profiter de leurs représentations à l'étranger pour internationaliser leurs intérêts locaux. Et cela a été exécuté l'année dernière. Tout est pensé, tout est organisé, en tendant des pièges à un gouvernement plus que maladroit.

FD1DFA35-836F-447F-9F7D-95556C16B4C4.jpegMon vécu avec le séparatisme...

Après mes débuts à Gérone, les années ont passé et j'ai continué à rencontrer une multitude de situations de ce genre, surtout dans le monde éducatif. De la garderie où la maîtresse n’était pas autorisée à m'écrire en espagnol, jusqu'à l'école primaire où demander à recevoir des informations en espagnol nécessite un processus complexe d'autorisations et de procédures formelles. Il m'est aussi arrivé de partir d’un restaurant car la carte était en catalan et en anglais, et pas en espagnol. Il me semblait que c’était un manque de respect déclaré. Il arrive aussi que peu importe si tu t’adresses en espagnol, les gens te répondent toujours en catalan. Il arrive aussi que certains amis indépendantistes me demandent pourquoi après 14 ans en Espagne je ne parle toujours pas le catalan, et je dois leur expliquer que leurs collègues et un certain environnement m’ont enlevé l’envie. Il arrive aussi que, si vous voulez voir une pièce de théatre en espagnol, vous ne pouvez pas le faire parce que le secteur a imposé le catalan, progressivement au fil des ans, mais très consciemment. Quand cela arrive, qui attaque qui ? Qui impose à qui ? La pseudo-victime ne devient-elle pas le bourreau ? La révolution des sourires disent-ils. Ils se plaignent toujours du régime franquiste et des dommages qu'il a causé - je ne le conteste pas - mais l'ironie du sort a fait du catalan une langue imposée telle une dictature.

Personnellement je ne comprends pas les frontières, ni géographiques, ni humaines. Je me sens française, aussi espagnole et asiatique, comme une âme de plus sur cette planète. Une identité ne devrait pas être construite sur l'appartenance à un pays, et une carte d’identité ne devrait pas être nécessaire pour savoir qui on est. Chacun sait qui il est grâce à ce qu'il a dans son cœur et dans son âme. On se construit avec la diversité planétaire qui nous enrichit, avec des expériences, des échecs et des victoires, de l'apprentissage et de l'amour.

Franchement, en venant en Espagne il y a 14 ans, je ne pensais pas trouver une telle situation en 2017.

Jusqu'en août 2017, j'ai toujours écouté les discours indépendantistes comme une source de diversité et d'opinions différentes. Je voulais comprendre ce qui se passait ici, moi qui venais de l'extérieur. Ce qui est différent vous enrichit, non pas parce que vous allez nécessairement adopter l'autre point de vue, mais parce que cela vous aide aussi à vous remettre en question et peut-être à reconfirmer et à renforcer même vos propres arguments. Pendant 14 ans j'ai écouté toutes sortes d'arguments indépendantistes : historiques, financiers, économiques, culturels, sociaux, etc. Je pense, ceux de tout le monde. Chaque personne avait le sien et parfois tous répétaient des slogans communs à tous du type "L'Espagne nous vole". Parfois, je pouvais être d'accord avec la critique au système, parfois non. Même si parfois je suis un peu d'accord, la différence entre un indépendantiste et moi est que, pour moi, ces raisons ne sont pas suffisantes pour générer une sécession. Les motifs de séparation qui viennent de la pensée individualiste, de la pensée différente, du sentiment de supériorité, ne correspondent pas à la valeur de l'humanité et sont plus des attitudes d'involution que d'évolution.

Les 6 et 7 septembre 2017 sont les dates qui ont marqué un changement dans ma vie en Espagne. Depuis lors, je vis dans un malaise permanent, avec des hauts et des bas rythmés par les événements politiques de Puigdemont et de son équipe de casseurs de la démocratie, avec l'invasion du jaune partout, occupant les espaces publics et les institutions qui soi-disant doivent représenter la neutralité. Avec le coup à l'État et même à l’Estatut Catalan au Parlement de la Catalogne, j'ai réalisé que l’on était passé des opinions aux actions, et ce, en dehors du cadre juridique. Lorsque les pensées extrémistes passent de la simple expression de l'idée à l'action, le problème n'est plus le même. Il a pris la forme d'un danger réel. C'était un assaut, une agression contre les citoyens, avec une froideur monstrueuse, annulant la population et niant son existence. Le pouvoir de quelques-uns imposant au monde et écrasant les gens, sans plus. Cela se vit comme une agression personnelle, parce que l’on sent dans l'âme que les droits universels vous sont enlevés.
Sans détailler tous les événements qui ont suivi en Octobre, ce fut une image désastreuse qu’a laissé le 1er Octobre dans les mémoires, le gouvernement étant tombé dans le piège provoqué par des séparatistes. Il est si facile de provoquer un Rajoy et qu’il fonce droit dedans. La proie est parfaite pour eux et s'intègre parfaitement dans leur stratégie. Le dôme de l'indépendance est un mécanisme machiavélique qui a endoctriné des gens pendant des années pour obtenir aujourd'hui le chiffre de 2 millions. Ils les ont utilisés le 1er Octobre comme un bouclier humain où ils voulaient que les coups tombent pour les montrer au monde entier en moins de 24 heures, et surtout après avoir organisé que les mossos d'escuadra – la police locale - n'obéissent pas aux instructions de l’État de droit. Comment Rajoy ne pouvait-il pas voir le piège ? Je ne sais pas. C'est inexplicable pour moi. C'était si évident que ça allait arriver s'il entrait dans ce piège.

Puis vint le jour de la déclaration unilatérale d'indépendance. J'étais à l'aéroport de Barcelone en même temps, attendant un vol pour Madrid. J'ai commencé à pleurer et j'ai vu d'autres personnes au même moment commencer à pleurer. C'était surréaliste. J'avais des images d'il y a 14 ans dans la tête et je ne pouvais pas reconnaître la Catalogne.

Quelques jours plus tard, c'était le jour de la grève en Catalogne en réponse aux charges du 1er octobre. J'ai une amie qui a un centre de beauté et les grévistes indépendants ont rempli les serrures de tous les magasins du quartier avec de la colle, de sorte que les gens ne pouvaient pas ouvrir leur entreprise. Ici, vous n'êtes pas libre de penser différemment d'eux. Si vous l'exprimez, ils vous regardent mal, ils vous intimident et tout peut arriver en fonction de qui vous avez devant. Elle s'est rendue à son magasin pour ouvrir et voulait appeler un technicien pour réparer la serrure, mais les grévistes l'ont menacée de détruire son commerce en dénonçant sa position non-indépendantiste, et elle a dû rentrer chez elle. Mon amie est une femme de caractère fort qui ne mâche pas ses mots. Eh bien ce jour-là, elle ne pouvait rien dire, effrayée et pleurant. C'est la Révolution des Sourires ... qui attaque qui ?

Enfin, avec autant de tensions, j'avais convenu avec mon ex-mari de quitter la Catalogne si nous voyions que ces fous allaient imposer leur dictature à tout prix. J'ai tellement aimé la Catalogne.

A0C35515-52AA-4A88-8392-56A6CE20061F.pngFM : Avez-vous peur pour la communauté étrangère qui travaille ici ?

GC : Étrangère, voulez-vous dire Espagnole ? (rires)
Je n'ai pas peur d'une xénophobie directement exprimée à l’endroit des étrangers pour le moment. Car ceux qui les dérangent avant tout ce sont les "Espagnols". Je vois plus de haine vis-à-vis de l'espagnol que de l’étranger. Cela dit, quand je me suis rendue à la mairie de ma ville pour savoir si mon nom figurait dans le registre électoral pour les prochaines élections municipales, la personne le fonctionnaire qui m’a reçu s'est raidi et m'a regardé avec méfiance. On sent qu'il y a un malaise avec le fait que les étrangers puissent voter localement parce qu'ils savent que 90% d'entre eux ne sont pas favorables à la rupture avec l'Espagne. Nous avons une vision qui vient de l'extérieur, avec de la distance et nous savons que cette affaire est ridicule et halluciante. Maintenant, si une indépendance de la Catalogne devait avoir lieu, je pense que dans quelques années, elle deviendrait un pays sectaire, avec une mentalité hautaine, qui, par sa nature suprémaciste deviendrait excluante pour tous ceux qui ne sont pas Catalans. Ils en auraient terminé avec les Espagnols et maintenant leur nature profonde viendrait à la lumière et pourrait être exprimée par le "nous sommes une souche pure, nous sommes des Catalans, nous sommes, nous sommes, nous sommes ...". Le côté le plus pauvre et le plus douloureux est leur égo.

FM : Quelle serait la sortie de cette crise pour vous?

GC : D’abord il était urgent que parte Rajoy qui n'a rien fait de plus que d'augmenter et de nourrir la haine des séparatistes envers l’Espagne pendant ses deux mandats. Ça, c’est fait.
Il s'agit maintenant de trouver un terrain de dialogue avec les indépendantistes pour apaiser les tensions, mais avec une grande fermeté constitutionnaliste et l'application de la loi. Dans la loi, il y a chacune des personnes qui vivent ici et ne pas respecter cela, c’est ne pas respecter chacun de nous, c’est violent. C'est un chemin difficile qui, de mon point de vue, exige de grands négociateurs, forts, courageux, de haut niveau humain, intelligents et surtout très fermes. Les séparatistes ont beaucoup, beaucoup trop gagné dans l’autonomie de la Catalogne, des droits acquis tels que l'éducation - fondamentale – et ce sera très difficile de les récupérer un niveau central. On peut s'attendre à de nouvelles périodes de rébellion et de manifestations si le gouvernement prend des décisions en faveur d’une recentralisation. Mais l'éducation ne peut pas non plus être laissée entre les mains de personnes destructrices. C'est un suicide pour l'avenir d'une Espagne unie. Je suis désolé que les enfants soient éduqués dans le conflit et les valeurs du séparatisme parce que cela ne sera jamais bon pour l'humanité, jamais. Et ils sont innocents.

44B25E9A-2C3C-45EA-A286-2078A0B892A8.pngD'un autre côté, ce serait un espoir de dialoguer avec certains dirigeants et de parvenir à des accords raisonnables et constitutionnels. Si cela se fait, une partie des 2 millions se calmera également, et un nombre inférieur de radicaux restera. Parce que nous ne pouvons pas ignorer et ne pas vouloir voir qu'il y a 2 millions de personnes qui sont la chair à canon de quelques incendiaires. Ces 2 millions* doivent également être écoutés, en comprenant bien leurs plaintes (il faut de la psychologie et du cœur) et en leur donnant des réponses, ce qui ne signifie pas céder, mais écouter, trouver des moyens d'accord et d'apaisement. Nous avons vraiment besoin d’hommes politiques talentueux pour s'en sortir. Il faut savoir que des gens comme Torra sont prêts à tout, ils vont tout faire pour obtenir ce qu'ils veulent, représentant en fait que 47% de la population éligible et ignorant les 53% qui ne sont pas indépendantistes. C'est un hold-up pur et en France ce cirque ne durerait pas 5 minutes. Donc, ici, la tâche n'est pas facile, et rien n'est gagné.

Aussi au niveau international, il me semble fondamental de rétablir la réalité que l'Espagne n'est pas une démocratie en déclin, bien au contraire, et d'exposer l'horreur des mensonges que les indépendantistes ont réussi à vendre en dehors de l'Espagne, parce qu'ici, ils n'y sont pas parvenus. De la même manière que vous pouvez juger une personne pour diffamation à une autre, je considère que le mouvement indépendantiste est coupable de diffamation face au gouvernement espagnol. De mon point de vue, c'est un crime et chacun des responsables doit payer pour ses actes.
Et maintenant, en pensant à la société fracturée - parce qu’elle l’est - des familles en colère, des amitiés brisées, ce sera tout le monde qui devra faire ce qu'il peut pour peut-être récupérer ces relations. Ici chacun est responsable de ses pas, dans un environnement plus calme, je l'espère. Ce n'est pas sûr, vu Torra, qui est un pyromane et ne remplit aucun de ses rôles en tant que Président de la Generalitat. Je ne comprends pas non plus comment aucune mesure n'est prise contre les responsables de fonction publique qui ne respectent pas leurs mandats. En France, cela ne se produirait certainement pas non plus. C'est inadmissible. Si cela dépendait de moi, aujourd'hui cet homme serait dans la rue, démis de ses fonctions et sans aucune compensation financière.

Il faudra de l'intelligence pour démonter les mensonges et le cœur pour apaiser la société. Ceux qui luttent contre le nationalisme et la haine ne peuvent pas s'abaisser à leur niveau.

*Publié sur la page Facebook « Les Libéraux »

*La Catalogne compte 7,5 millions d’habitants.

30/06/2018

Le séparatisme catalan a déjà perdu !

5C492EEF-600A-40BB-98A8-FC8B2F65BB36.jpeg*Le séparatisme catalan ne saurait encore faire peur longtemps. Il a déjà perdu ! Il ne propose aucun projet de société. Il n’offre aucune perspective. Surtout, il n’est pas animé par l’essentiel : l’intelligence du coeur. Sans cette énergie bienveillante et créatrice à profusion on n’est limité dans l’espace comme dans le temps. Toute forme d’intelligence n’est utile que si elle est habitée par le coeur. On a pas encore vu un indépendantiste nous dire : « Viens. Accompagne-moi. J’ai un monde meilleur à te proposer. Plus juste et emprunt de valeurs humanistes. On va améliorer voire même changer des choses au profit du plus grand nombre et des générations suivantes. » Rien de tout cela ne sort de la bouche du séparatisme. Sa posture est résolument immature. Elle frise même la pathologie. Ses républiques se résument à : « L’Espagne nous vole » - « Nous sommes incompris » - «Nous sommes des victimes » - « C’est la faute des autres » - « Nous sommes différents» - « Nous subissons l’oppression depuis 300 ans » - « Vous êtes méchants avec nous » etc et etc. Que d’infantilisme. Pourtant, la remise en question et le courage de reconnaître ses propres erreurs constituent non seulement une force mais aussi une expression de maturité. Alors quand on lui demande quel est son projet de société ? La réponse est nada. On lui demande de quelle oppression se plaint-il ? La réponse est que ses ancêtres en auraient vécue une... Ah, certes... comme tellement d’autres peuples avant lui et dans tellement de lieux sur cette terre. Mais à présent ? Laquelle ? Là aussi, il lui est impossible de répondre. Et au sujet de l’Espagne qui le vole ? Là aussi, il est à cours d’argument. Parce que les villes riches de Barcelone et de Tarragone où le vote Indépendantiste est minoritaire peuvent ressentir la même chose vis-à-vis du reste de région plus pauvre : « La Catalogne nous vole ! » Ailleurs, on parle de solidarité, de fonds de cohésion pour ce qui est de l’Union européenne (UE) ou même de péréquation financière en Suisse. Mais lui ne veut pas être solidaire. Au lieu de cela, il élabore des mythes de nature raciale. Avec les conséquences que l’on connaît. Il se livre à l’intimidation et aux actes illégaux. Comment, à ce prix, lui faire confiance ? Comment adhérer à ses thèses suprémacistes quand l’ADN contemporain européen porte encore les stigmates du nazisme ? Certes, il sait manipuler, il sait mentir, il sait falsifier, il sait endoctriner. Il faut être intelligent pour savoir faire ça. C’est indéniable. Mais ce n’est pas la bonne intelligence. Elle n’est que mécaniste. Elle n’est que calcul et stratégie. Elle n’est pas synonyme d’avenir. Elle finit par se consumer d’elle-même. Les médecins SS qui s’occupaient de la sélection à l’entrée des camps de la mort étaient eux-aussi intelligents. Mais n’étaient pas dotés de la bonne intelligence celle du coeur. On connaît la suite. Alors oui le séparatisme catalan a déjà perdu. Tout comme le nationalisme et le racisme, il fera des dégâts. Il en fait déjà mais il n’a pas de futur.

Barcelone, le 29 juin 2018

*Publié dans « Les Libéraux », page Facebook 

27/06/2018

Catalogne, quand le fantasme remplace l’information de qualité !

Intervention de mon invitée Rosa García :

34C90554-FB86-4110-BD1E-837FF13BAF10.jpegAprès une période d’accalmie coïncidant avec la durée de la mise sous tutelle de l’autonomie catalane par l’Etat espagnol suite à la déclaration unilatérale d’indépendance proclamée par le parlement catalan le 27 octobre 2017, les articles de propagande concernant l’Espagne, son soi- disant déficit de démocratie, le soit-disant manque d’indépendance de son pouvoir judiciaire, la supposée omniprésence de l’esprit franquiste dans ses institutions, sont de retour dans nos médias romands. Par exemple, le journal 24 heures a publié le 21.06.2018 Le chemin vers la sagesse s’ouvrira-t-il en Espagne? de Joan Costa, psychologue et le 22.06.2018 S’il était resté au pouvoir, Pétain s’appellerait Franco de Xavier Alonso, rédacteur en chef adjoint Tamedia. Ces deux articles de pure propagande anti-espagnole, visant à créer un état d’opinion favorable aux postulats indépendantistes catalans, ont été repris dans le compte Twitter de l’assotiation ANC Suisse.
Assemblea Nacional Catalana (ANC) est une association fondée en 2012 dont le premier objectif est “de promouvoir la création des conditions politiques et sociales nécessaires à la construction et la constitution de l’Etat Catalan propre, indépendant, de droit, social et démocratique “ (Article 2 a) des statuts de ANC). Pour se rendre compte de la puissance et de l’agressivité de cette organisation, il suffit de rappeler les faits qui se sont produits à Barcelone les 20 et 21 septembre 2017 devant le bâtiment de la Consejería de Economía de la Generalitat de Cataluña. Une foule d’environ 2000 personnes a bloqué les accès au bâtiment qui se trouvait être l’objet d’une perquisition judiciaire ordonnée par le Tribunal numéro 13 de Barcelone, et ce pendant environ 19 heures. Le siège avait contraint la Comision judiciaire, agents et fonctionnaires juridiques, à fuir par le toit. M. Sànchez est accusé, en tant que président de l’ANC, d’avoir dirigé cette attaque contre les représentants des forces démocratiques, raison pour laquelle il se trouve aujourd’hui en prison préventive.
La constitution espagnole protège l’unité nationale, tout comme le fait celle des autres pays européens. Il en va de même de celle de la Suisse. Quel pays de notre entourage accepterait-il une scission de son territoire suite à une déclaration unilatérale d’indépendance d’une de ses régions? Nos lois, émanant de parlements démocratiquement élus, ne permettent pas de telles pratiques. Quelles sont alors ces conditions politiques et sociales, dont parle ANC, nécessaires à la construction et constitution de l’Etat catalan? Le professeur N. Levrat, Global Studies Institute- UNIGE, dans son document Le droit légitime de la Catalogne à décider. Chemins vers l’auto- determination nous éclaire à ce sujet: “...le cadre national sera inévitablement inadapté car les processus démocratiques existants n’ont pas réussi à permettre à une solution ou un processus d’émerger. Un changement d’échelle semble alors nécessaire...”. Prof. N. Levrat, Prof. S. Antunes, Prof. G. Tusseau, Prof. P. Williams. Il faudra donc convaincre l’opinion publique internationale de la pertinence des thèses indépendantistes catalanes, puisque les processus démocratiques existants ne permettent pas une solution satisfaisante à l’échelle nationale. La presse romande a largement contribué à faire connaître le conflit catalan en Suisse par le biais de nombreux articles durant l’automne dernier, ce qui est légitime; ce qui ne l’est pas, c’est d’avoir cherché à créer un état d’opinion en Suisse romande favorable aux thèses indépendantistes, en contribuant à créer ces conditions sociales recherchés par ANC.
Les deux articles mentionnés dans le premier paragraphe ne devraient pas avoir leur place dans la presse d’un pays comme la Suisse, ni dans un journal comme le 24 heures qui se déclare sans orientation politique marquée. En effet, il n’est pas légitime que la presse d’un pays démocratique, neutre et, qui plus est, n’appartenant pas à l’EU comme la Suisse, soit utilisée comme vecteur de propagande par des associations visant à la séparation territoriale d’un pays membre de l’EU, pays pleinement reconnu par toutes les démocraties de son entourage, et ce même si cette presse traverse des difficultés économiques graves. Ceci n’est favorable à long terme ni à la Suisse, ni à ses relations déjà si difficiles avec l’EU, ni à l’avenir de la presse romande. En effet, c’est l’absolu manque de respect au code de Munich de certains journalistes qui choque le plus les esprits et qui finit de discréditer de manière définitive ce qui reste de notre presse.

A9D17493-7E0B-4AC7-9A34-310DC6CB9089.jpegLa santé démocratique de l’Etat espagnol n’est remise en question par aucune institution indépendante. Au contraire, les études Freedom in the Word de l’ONG Freedom House, The Democracy Index de The Economist, le Freedom Human Index élaboré par Cato Institute (EEUU), Fraser Institute (Canada) et Liberales Institut (Allemagne) et The Legatum Properity Index élaboré par le Legatum Institut (Royaume Uni) contredisent de manière objective les idées que véhiculent Messieurs Costa et Alonso à travers leurs articles. L’Espagne obtient des excellentes qualifications et se place parmi les pays les plus démocratiques et respectueux des libertés dans le monde.
L’indépendance des pourvoirs en Espagne n’est pas à démontrer, elle non plus. En effet, les propos de M. Costa et de la presse romande en général, cherchant à faire croire au lecteur que le pouvoir judiciaire serait soumis à l’exécutif, sont contredits de manière éclatante par la sentence prononcée par l’Audiencia Nacional, le même Tribunal qui poursuit M. Puigdemont et ses conseillers, le 25 mai 2018 suite à l’affaire Gürtel, où le parti du M. Rajoy a été condamné pour avoir tiré bénéfice d’un système de corruption institutionnalisé, et où 29 personnes, parmi lesquelles plusieurs dirigeants du parti populaire, ont été condamnées à des peines très élevées, 33 ans pour M. Bárcenas, trésorier du parti. Suite à ces condamnations, M. Rajoy a été renversé par M. Sánchez. Si M. Rajoy avait eu une réelle influence sur le pouvoir judiciaire, une telle sentence aurait-elle été prononcée?
Quant à M. Costa, il ne manque en rien au respect du code de Munich; il est psychologue.

*Publié sur les pages Facebook :

Catalunya peuple d’Espagne

Tabarnia les amis suisses 

Tabarnia amici sella Svizzera italiana 

Les Libéraux