20/10/2018

Quel rôle joue Perpignan dans l’entreprise séparatiste catalane ?

 
B963DD3B-837E-4E40-AC15-40FA6DC59D94.jpegEXCLUSIF ! Entretien avec Nicolas Klein, professeur, auteur et spécialiste de l’Espagne.
 
François Meylan : L’Occitane française est considérée par les séparatistes catalans espagnols comme la « Catalogne Nord ». Qu’en est-il ?

Nicolas Klein : Il existe plusieurs courants à ce sujet parmi les séparatistes catalans. La plupart revendiquent l’intégration à d’hypothétiques « pays catalans »(invention récente qui repose sur une base historique plus que douteuse) de la Communauté de Valence, des îles Baléares, de quelques zones du Nord de la Région de Murcie, de la « Frange du Ponant » (Est de l’Aragon) et des Pyrénées-Orientales. C’est l’opinion la plus répandue et celle qui est officiellement défendue par les responsables indépendantistes.

Les plus radicaux des indépendantistes vont jusqu’à réclamer l’annexion des régions bien plus larges dans une sorte de confédération occitane qui irait d’Elche (dans le Sud de la Communauté de Valence) à Limoges et de Bordeaux à Marseille. Les défenseurs d’un tel projet sont minoritaires au sein de la mouvance sécessionniste mais n’en sont pas résiduels pour autant.

En réalité, sans même parler du fait que toutes ces thèses politiques sont fumeuses (pour ne pas dire délirantes), elles révèlent que les séparatistes catalans, qui accusent l’Espagne d’avoir fait preuve d’impérialisme à l’égard de leur région en l’« annexant » au début du xviiie siècle, ont recours à cet impérialisme qu’ils dénoncent. Mais la cohérence n’a jamais été leur fort…

FM :Pour autant, on ne relève pas une volonté de sécession d’avec la République française de ce côté de la frontière. Alors pourquoi les séparatistes y trouvent-ils un sanctuaire comme jadis l’ETA au Pays basque français ?

Nicolas Klein : Il existe quelques groupes sécessionnistes minoritaires dans les Pyrénées-Orientales mais la France a une tradition centraliste qui l’a préservée de tendances centrifuges trop marquées jusqu’à présent.

Les évolutions les plus récentes dans notre pays, toutefois, laissent entrevoir un essor de tels mouvements et il existe, de la part de certains citoyens et certains élus, une connivence réelle avec les sécessionnistes de la « Catalogne espagnole ». Les populations locales sont susceptibles d’être séduites par la propagande venue de Barcelone, par les slogans censés émouvoir et révolter (mais jamais susciter la réflexion réelle ou s’adresser à la raison), etc.

Même si un tel courant d’opinion est loin d’être majoritaire dans le département, on a vu des maires des Pyrénées-Orientales afficher des banderoles sur le fronton de leur mairie afin de soutenir les prétendus « prisonniers politiques » catalans, par exemple. Je crois que la France devrait observer de près ce qui se passe dans ce département historiquement pauvre et excentré. Barcelone y arrose les associations et fondations séparatistes depuis des années maintenant et les choses pourraient évoluer plus vite qu’on ne le pense.

FM : Qu’en est-il de la position du gouvernement d’Emmanuel Macron sur la question ?

493B1BD5-A924-434A-8F8F-96B6E858A2A3.jpegNicolas Klein : Officiellement, Emmanuel Macron et son gouvernement (tout comme les autorités européennes et les dirigeants d’autres pays du continent) sont favorables à un règlement de la question catalane par Madrid et dans le cadre de la légalité espagnole. C’est d’ailleurs le grand échec (et le grand mensonge) des responsables séparatistes : avoir affirmé (et continuer de le faire, dans certains cas) qu’une partie des capitales européennes et mondiales se positionnerait en faveur d’une sécession de la Catalogne, de l’organisation d’un référendum régional ou, à défaut, d’une médiation extérieure.

FM : Peut-on supputer que d’autres liens qu’idéologiques (tels qu’économiques) voire des affinités et des intérêts particuliers lient les Catalans radicaux des deux côtés des Pyrénées ?

Nicolas Klein : En effet, c’est ce que je commençais à développer plus haut. Il existe de toute façon toute une constellation européenne qui a soutenu et continue de soutenir les séparatistes catalans, au moins d’un point de vue moral.

L’on retrouve dans cette nébuleuse d’autres partis sécessionnistes en Europe (ce qui est somme toute logique) : les indépendantistes écossais, corses, flamands, etc.

Notons aussi que Carles Puigdemont, Quim Torra et les leurs aiment aussi s’afficher avec des soutiens d’extrême droite de plusieurs pays (ou ne protestent pas quand ils reçoivent des appuis de leur part) : Vlaams Belang, certains éléments très réactionnaires de la Ligue italienne, Parti libéral-démocrate de Russie, etc. Rien de très étonnant à tout cela au vu des déclarations xénophobes de nombreux responsables catalans, depuis Quim Torra jusqu’à Artur Mas en passant par Jordi Pujol, Oriol Junqueras et même certains éléments de la Candidature d’Unité populaire (CUP).

 

18/10/2018

Endoctrinement dans les écoles catalanes !

E342396A-1152-4899-974E-B0D7DC6BD7F0.jpegTémoignage de Sonia, mère de famille vivant dans l’autonomie catalane.*

Nous nous sommes installés dans un village au sud de la Catalogne, d’où ma mère est originaire, au début des années 2000. Mon mari, Carlos est né en Suisse de parents espagnols, mon fils Vincent est né en Suisse également et moi-même je suis de père suisse et de mère espagnole. Ayant beaucoup de famille dans cette région, elle nous était très proche.
Mon fils avait trois ans, et très vite, il a fallu faire les démarches nécessaires pour son éducation scolaire. Une anecdote familiale qui m’avait particulièrement choquée, me rendait très réticente à inscrire Vincent à une école publique, car j’avais peur qu’il apprenne mal l’espagnol et ne sache que le catalan. En effet, lors de la visite d’un cousin en Suisse quand j’avais quinze ans, les propos de ce dernier m’avaient profondément heurtés. Pourtant, titulaire d’un professorat en « physique », il affirmait qu’on parlait catalan en Californie de manière tout à fait courante et moi, je me demandais quel type d’enseignement pouvait-on donner dans cette partie du pays avec de telles obsessions linguistiques. J’ai compris, ces dernières années, que mes craintes étaient malheureusement sous-estimées.
Pour finir, mon fils a commencé sa scolarité à l’école publique du village et tout s’est passé normalement durant les années de petite école. Les ennuis ont commencé en primaire.
Le gros problème n’était pas, dans un premier temps, l’enseignement, mais l’obscurantisme encouragé par l’école elle-même. Il n’y avait aucune information venant de l’institution, nous n’étions au courant que quelque chose n’allait pas que quand nous recevions les notes de fin de trimestre. Il n’était pas autorisé de sortir de l’école les travaux écrits ou contrôles. Même le propre élève n’avait le droit de voir son travail corrigé que cinq minutes et le seul moyen pour les parents d’y avoir accès était de prendre rendez-vous avec le professeur qui n’avait qu’une heure à consacrer par semaine. Je ne sais pas si quelqu’un pourrait le croire, mais je n’ai jamais vu un seul contrôle de mon fils de toute sa scolarité. Certains livres ne quittaient pas la classe. Quasiment toutes les fêtes ou spectacles, y compris les célébrations de fin d’année n’étaient pas autorisés aux parents. Il n’y avait aucun dialogue avec l’école et le peu de fois que nous sommes allés pour parler de la situation de notre fils on nous a pris de haut et fait bien comprendre que notre démarche était très mal venue. Rongée par mon scepticisme, j’ai toujours demandé à mon fils de me dire si on lui apprenait quelque chose qui lui semblait étrange. Je savais que, bénéficiant de notre double culture générale et de notre dialogue, il s’en rendrait compte. Un beau jour, il est venu vers nous en nous demandant si c’était vrai qu’on parlait catalan dans un quart de la France et en Californie. Mon sang n’a fait qu’un tour quand il nous a dit qu’on lui apprenait ça à l’école. C’est à ce moment là que nous avons vraiment compris sa profonde détresse et la mise à l’écart dont il souffrait en silence. Furieuse, je voulais aller m’expliquer avec le professeur dès le lendemain et, là, mon fils s’est effondré devant moi à genou, en pleurs, me suppliant de ne pas y aller. Je l’entends encore me dire: « Maman, ne me fais pas ça, je t’en supplie ! Ils me le feront payer ».
A ce moment-là, nous étions bien conscients que la quasi totalité du corps enseignant et de la direction étaient radicalement indépendantiste, critère de sélection, qui d’ailleurs primait sur les compétences. Il ne faisait aucun doute que Vincent payerait le prix de nos remises en question. Nous avons choisit, comme beaucoup, de le protéger et de veiller à sa formation en silence.
En résumé, en fin de scolarité, sa culture géographique s’arrêtait à l’exclusive connaissance de la Catalogne, avec des fantaisies totalement erronées comme le fait que l’Ebre prend sa source dans cette autonomie, par exemple. Il n’a aucune connaissance de l’histoire d’Espagne, mais uniquement de la Catalogne, de plus totalement farfelue, mégalomane et littéralement fausse sur bien des points, sans compter la tendance sans équivoque à présenter l’Espagne comme un ennemi. L’enseignement de la langue espagnole ne prenait que deux heures par semaines et bien souvent les classes étaient données en catalan, car les professeurs disaient ouvertement à leur élèves qu’ils refusaient de parler espagnol.
4F6D9ADF-96F9-40DC-AEDA-5F0AABF578E8.jpegEn secondaire, l’enseignement est passé en mode informatique et nous n’avions plus aucun contrôle sans l’aide de Vincent qui se gardait bien de nous montrer ses cours de peur que nous prenions l’envie d’aller nous plaindre. Nous avons quand-même réussit à savoir certains points totalement scandaleux, comme, par exemple, que Mussolini était présenté comme un bienfaiteur pour son pays socialement parlant.

Enfin, cet enfer était fini pour lui. Toutes ces années à être mis de côté, à être dans le collimateur des professeurs, à se faire traiter de fasciste par ses camarades, car il ne cachait pas vouloir être espagnol, et à vivre dans la terreur qu’un jour notre patience prenne fin et que l’on exprime notre désaccord n’auraient jamais dû atteindre un enfant. On ne pardonnera jamais à l’appare indépendantiste d’avoir fait subir ça à notre fils et à tant d’autres.
Un jour, nous avons fait une escapade à Madrid pour montrer la capitale à Vincent et, ce jour là, en quelques mots, il a résumé l’injustice profonde qu’il ressentait et qu’on ressent tous. Quand il est sorti de la voiture, il a regardé le ciel avec un long soupir de soulagement et a dit : « Mon Dieu, merci ! j’ai enfin le droit d’être espagnol... »

*Identité connue par votre serviteur 

10/10/2018

Barcelone, l’hispanité sera un jalon de cohésion sociale.

F2F70879-597D-4F3E-AAF8-D174D27ADC95.jpegFM : Javier Megino, vous êtes en charge de la communication pour la fête de l’Hispanida - fête nationale espagnole - à Barcelone ce vendredi 12 octobre. On nous annonce un événement national grandiose. Comment est-il financé ?
 
Javier Megino : À la différence des événements organisés par les indépendantistes qui bénéficient d’un large soutien financier avec l’argent public de la part de la Generalitat - le gouvernement régional - nous sommes obligés de nous financer par le biais de particuliers et d’entreprises privées. On peut dire, dans ce cas, que le privé se substitue à l’autorité locale devenue trop politisée.
 
D5F45E84-7094-4FC0-A2DD-F685D8087889.jpegFM : Le climat depuis la tentative de référendum illégal du 1er octobre 2017 s’est dégradé. Qu’est-ce qu’on attend d’un tel événement ? Une incitation touristique ? Une invitation à l’unité ?
 
Javier Megino : C’est certain. L’ambiance n’a pas cessé de se péjorer depuis une année. Il y a eu une montée manifeste de la violence dans nos rues qui sont le faits d’individus qui se prétendent séparatistes et bouleversent l’ordre juridique. Pour autant, cette fête nationale de l’Hispanidad devrait resserrer les liens entre tous les acteurs de la ville et de la région qui sont soucieux du bien vivre ensemble. Si nous n’attendons pas de répercussions positives sur le tourisme qui souffre cette année en raison de l’instabilité que nous connaissons, nous espérons un fort mouvement d’unité nationale. Il ne peut être que propice au milieu des affaires qui lui aussi a été secoué. Nous attendons également beaucoup de visiteurs d’autres régions d’Espagne et d’autres régions du monde notamment de toute l’Amérique latine. Autant de bonnes perspectives pour l’économie locale qui a souffert de beaucoup de départs d’entreprises. 
 
255380EA-6BE9-4B8B-9E53-943C71E2EEE8.jpegFM : Par votre fonction, vous êtes en contact avec le milieu économique de Barcelone. À ce propos, nous recevons des indications contradictoires selon la source d’information qu’elle soit issue de la presse généraliste, spécialisée ou de statistiques. Comment a évolué l’économie à Barcelone au cours de cette année d’instabilité politique et sécuritaire ?
 
Javier Megino : Barcelone est une grande capitale espagnole, européenne et mondiale.  Malheureusement, avec une municipalité trop complaisante avec les mouvements séparatistes dont certains sont mêmes insurrectionnels notre ville a vu son aura être déclassé au niveau régional.  L’échelon politique est totalement irresponsable. La sécurité du droit et la stabilité juridique sont, tout le monde le sait, obligatoires pour l’attrait économique d’une grande ville comme Barcelone. Là aussi c’est l’économie privée et la société civile qui doivent se mobiliser et œuvrer pour corriger les manquements et le clientélisme d’un appareil séparatiste qui a gangrené nos institutions. Plus que jamais, le dialogue continu entre société civile et économie privée est primordial pour sauver ce qui peut l’être. Dans cette constellation, une fête nationale qui est organisée cette année de manière que cela soit la plus belle et la plus réussie depuis longtemps est un jalon significatif et explicite pour les milieux économiques.
 
B42CC547-3C9B-40EC-B95D-3CFAAD7A5900.jpegFM : Vu ce qui précède, quelles sont, selon vous les perspectives de l’autonomie catalane pour les mois venir ? 
 
Javier Megino : Nous sommes condamnés à reprendre les choses en mains. C’est-à-dire, à défendre d’État de droit. L’application d’un nouvel article 155 comme le prévoit notre Constitution qui du reste est largement inspirée de la Constitution suisse de manière plus énergique et plus profonde est souhaitable. L'Espagne est un pays sérieux. Et je comprends la perplexité qui peut naître chez nos voisins et nous partenaires européens. Nous payons le prix aujourd’hui d’un non respect constitutionnel. C’est un cas qui ne manquera pas de rester dans anales en Europe. Quand on devient laxiste dans l’application du droit et que l’émotionnel prime sur le légalisme on va droit dans le mur. Sans un État fort, il est peu probable que nos perspectives économiques s’améliorent ces prochains mois. Plus que jamais, cette fête nationale du 12 octobre 2018, à Barcelone, sera belle et un phare dans la nuit.