06/04/2021

Le marché de la dernière demeure est encore méconnu sous nos latitudes

service corporation international,sci,marchés funéraires*Il y a près d’une quinzaine d’années, alors que je travaillais dans une grande banque de la place, un client, patron de pompes funèbres, avait répondu à mon collègue spécialiste des crédits qui semblait faire la fine bouche : « Cher Monsieur qui étudiez mon bilan, je peux vous assurer que demain j’aurais encore des clients. On ne peut pas en dire autant en ce qui vous concerne ! » Il avait raison. Pourtant, qui va investir dans le marché au combien rentable des services funéraires, à part les initiés ? **La mort fait partie intégrante de la vie. Et elle représente la dimension la plus démocratique de notre société. Nous sommes tous égaux face à elle et elle constitue bien la seule certitude de notre existence. A présent, dans une société occidentale et consumériste qui la cache il ne vient à l’idée de personne – ou presque – de dire à son banquier : « Monsieur le Banquier, j’aimerai investir sur le funéraire.»  Pourtant, c’est un marché comme un autre. Autrefois pris en charge en France par des acteurs publics et notamment la Société des Pompes funèbres générales au 19ème siècle, le secteur est libéralisé depuis 1993. C’est le cas dans la majorité ses pays développés. Si on y rencontre une multitude de petits et moyens acteurs privés avec un ancrage territorial fort, le marché tend à se concentrer autour d’acteurs nationaux majeurs tels que Funécap et OGF. Si en Suisse nous ne connaissons pas d’acteur majeur qui soit coté à la bourse, en Angleterre (Dignity), en Espagne (Funespana), en Australie (InvoCare) ou encore en Chine (Fu Shou Yuan International) des sociétés de pompes funèbres sont listées. Une fois de plus, c’est aux Etats-Unis où le marché est le plus rentable. Si on ose parler ainsi. Le cours boursier de l’entreprise Carriage Services s’est apprécié de 100 %, au cours de la dernière décennie. Les accidents boursiers de 2013 ; de 2015 ; de 2018 ou encore le krach pandémique n’ont pas altéré l’action.
867AC913-E51B-4F07-A43E-391C4F0F95E7.jpeg**La palme revient, à n’en pas douter, à Service Corporation International (SCI), ISIN : US8175651046, qui a vu son cours s’apprécier, sur la même période, de plus de 400 %. Le cours de l’action passant de 10 dollars à 53 dollars ! De quoi rivaliser avec les GAFAM (Google – Apple – Facebook – Amazon – Microsoft), avec l’intelligence artificielle ou tout autres domaine à forte croissance. Par ailleurs, l’histoire boursière est parsemée d’une grande quantité d’anges déchus tant dans les domaines liés à la haute technologie qu’aux modes. En effet, rien ne nous assure que Facebook sera encore leader demain. Ni qu’une nouvelle technologie ne viendra pas détrôner Apple. Pour ça, il suffit de constater le nombre d’entreprises high tech qui ont disparu depuis 1990. A contrario, l’intemporalité de la clientèle des décédés tranche avec l’éphémère des modes de consommation. Ce qui fait dire à François Normandin, chargé de cours, formateur et professionnel de recherche à HEC Montréal que les services funéraires sont une industrie vigoureuse. Comme pour tout secteur commercial, cette industrie traverse des phases de concentration et doit continuellement évoluer. Côté concentration, ’un des acteurs majeurs des rachats effectués ces dernières décennies tant aux Etats-Unis qu’en Europe – Suisse incluse – est Service Corporation International (SCI) qui a près de 20% du marché nord-américain. SCI a été fondée en 1962.  Depuis on siège, à Houston au Texas,  le géant emploie plus de 20'000 collaborateurs, pour un chiffre d’affaires de plus de 3,4 milliards de dollars et un résultat net de 456 millions de dollars.

service corporation international,sci,marchés funéraires**Côté adaptation, les mœurs évoluent. Les familles endeuillées préfèrent de plus en plus la crémation comme méthode de disposition des défunts. Le service funéraire commun au sens catholique romain n’est plus la norme. Ce qui pourrait laisser penser à une érosion des revenus. Hors, il n’en est rien. La cérémonie funéraire, à notre époque laïque et multiculturelle, s’est ouverte à la personnalisation. Et celle-ci a un prix. La journaliste Perianne Boring, dans son article « Death Of The Death Care Industry And Eternal Life Online » nous apprend qu’aux Etats-Unis une cérémonie qui pouvait coûter en moyenne 700 dollars en 1960 coûtera aujourd’hui entre 8000 et 10000 dollars. Soit une augmentation de 1300 % ! Des urnes et cercueils biodégradables à la numérisation du souvenir du défunt, les exigences de la clientèle augmentent.  Pour y faire face, les fusions et acquisitions sont de mise comme une grande souplesse. Le marché s’adapte. Il rencontre aussi ses défis et ses opportunités. De plus, il est caractérisé par une visibilité à court, à moyen et à long terme. Tout le monde ne peut pas en dire autant. 

*Éditorial du journal en ligne Wealth Gram, avril 2021, auteur François Meylan

** Photos prises à Barcelone, auteur François Meylan 

21/03/2021

Les budgets de la défense ont encore de beaux jours

437EDC61-CD61-40D1-9BF3-EB7C9A54FC48.jpeg(1) Retour en force des États. Comme dans toute crise sécuritaire - conflit armé, violence politique, pandémie -, les États voient leur rôle renforcé, y compris dans les démocraties les plus libérales.
À court et moyen terme (1-2 ans), tous les gouvernements, qu’ils soient autoritaires ou non, chercheront à assurer la sécurité de leurs populations, y compris par des mesures susceptibles de remettre en cause certaines libertés individuelles. Comme le succès actuels proposés par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) le montre bien, un accroissement du rôle de l’Etat dans l’économie ne signifie pas la défaite des grands acteurs privés, en premier lieu ceux du numérique qui ont tiré profit du confinement et de la généralisation du télétravail, de la télé médecine ou de la télé éducation. Il est probable que, comme à la suite des attentats du 11 septembre, les populations acceptent dans leur majorité des atteintes significatives à leurs libertés . Et dans l’éventualité d’une résurgence du djihadisme, une sorte « d’état d’urgence permanent » pourrait même s’installer et s’inspirer du cas israélien.

Politique de puissance et risques de dérapage

62426A7D-93D0-4937-A1B4-4611DF72898F.jpegTous les États ont dû faire appel à leurs forces de sécurité et en particulier à leurs forces armées pour faire face à une situation d’urgence. Partout, les militaires ont dû se protéger contre le virus et continuer à s’entraîner pour, le cas échéant, démontrer à n’importe quel adversaire leurs capacités. Au plus fort de la pandémie, cela s’est traduit par une augmentation du nombre d’exercices et de démonstrations de force.
Certains acteurs ont ainsi profité de la concentration de la Communauté internationale sur la pandémie et de la réduction de la capacité d’intervention des grands États pour avancer leurs pions, que ce soit en Méditerranée orientale, en Libye ou encore en mer de Chine méridionale. Fin avril 2020 et en pleine pandémie, les dernières données sur les dépenses militaires mondiales ont été publiées (2).
Leur total s’élevait pour 2019 à 1917 milliards de dollars ! Soit une augmentation annuelle de 3,6% par rapport à l’année précédente. C’est la plus forte augmentation depuis 2010. Cinq États à eux-seuls concentrent 62% des dépenses : les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie et l’Arabie saoudite. Pour la première fois, deux États asiatiques figurent dans le tiercé de tête. Ce qui peut également être significatif d’une certaine vigueur économique. En Europe et contrairement aux idées reçues, les dépenses militaires de l’Allemagne ont augmenté de 10%, pour atteindre plus de 49 milliards de dollars. Notons qu’il est question de la première puissance économique de l’Union européenne (UE).


1) Reproduction partielle et adaptation d’un texte du Service de renseignement militaire (SRM) de l’Armée suisse publié dans la Revue Militaire Suisse (RMS), Numéro 06, 2020

2) SIPRI, Military Expenditure Database : https://www.sipri.org/databases/milex (lien actuel)

09/03/2021

Investir dans l’économie du savoir !

palantir,thales,meylan finance,Économie du savoirSi le marketing a bien régné sur ces deux dernières décennies économiques, l’économie du savoir est en passe de prendre le dessus. Demain, l’intelligence économique produira le renseignement clé qui fera gagner. Pour Alain Juillet, ancien patron de la DGSE - les services de renseignements extérieurs français, l’intelligence économique sera incontournable pour les succès entrepreneuriaux de demain. Ladite intelligence se développe en trois phases : la constitution du dossier; la veille stratégique et le dessous des cartes. La dernière étape est animée par les signaux faibles. Ce qu’on ne nous dit pas. Ce qui permet de décider à temps et pour gagner. L’intelligence économique permettant, selon les experts, de réduire le risque d’erreur lors de la prise de décision à 20%. Sans cela, ce serait du 50 - 50. Les leaders les plus brillants ayant fait la différence jusqu’alors grâce à leur intuition. Celle-ci étant le fruit de l’expérience. Le passage de l’ère du « marketing roi » à « l’intelligence économique » ou à la l’économie du savoir s’accompagne par un changement de paradigme majeur : avant, il fallait chercher l’information alors qu’aujourd’hui elle nous submerge. C’est tout le défi. La trier; la stocker; la laisser coïncider et l’exploiter à temps. C’est là qu’intervient le besoin de grandes quantités de stockage. Le cloud, le Customer Relationship Management (CRM) - avec des entreprises telles que SAP; Oracle ou Salesforces - l’édition logicielle spécialisée dans l’analyse et la science des données, communément appelé « Big data » ou métadonnée font déjà partie de notre environnement quotidien. Pourtant, nombreux sont ceux qui ne l’ont pas encore réalisé. L’automne dernier, l’entrée en bourse réussie, avec une hausse de 500%, du champion de l’analyse de la métadonnée l’américain Palantir a bouleversé les consciences. Une fois de plus, la « vieille »  Europe a été prise de vitesse. L’économie du savoir apparaît de plus en plus comme le nouvel eldorado. La connaissance est une chose. Le savoir en une autre. Savoir ce que vont faire nos concurrents, dans l’espace comme dans le temps est une activité systématique et très dynamique. Des entreprises comme Palantir permettent de traquer les terroristes; de prévenir la criminalité à l’image du film hollywoodien « Minority Report »; déceler l’apparition et la localisation des souches de coronavirus ou encore faire économiser des millions de dollars au Programme alimentaire mondial (PAM). Les services de renseignement français ont eu recours au spécialiste américain dans le traitement et l’analyse de grandes quantités de données, à la suite des attentats du 13 novembre 2015 (Bataclan et les terrasses de Saint-Denis qui ont fait 130 morts). Le contrat d’une durée initiale de trois ans a été sans autre renouvelé. Et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) d’expliquer qu’en absence d’alternative française, Palantir - entité elle-même fondée à la suite des attentats du 11 septembre, avec le soutien de la CIA - demeure privilégié. Ce qui n’est pas sans poser des questions cruciales pour la sécurité nationale de chacun et pour la bonne santé de nos entreprises. Va-t-on laisser nos métadonnées et leurs exploitations dans les mains d’entreprises si proches d’intelligences qui se livrent sans compter à l’espionnage économique ? Pour le PDG de Thales, leader français de l’aérospatial et de la défense, Patrice Caine, une version française de l’outil développé par Palantir est possible dans un horizon de deux ans. Mais pas sans le soutien de l’État. En effet, Caine estime que l’enjeu économique est très faible. Le contrat signé avec la DGSI ne porterait que sur quelques millions d’euros. Notons que dans l’Hexagone, des acteurs tels que Dassault Systemes et Soprano Steria sont à même eux-aussi d’entrer dans le jeu. Tout comme l’italien Leonardo. Ou encore le britannique BAE Systems pour ne citer que ceux-ci. Il est fort possible que Patrice Caine sous-estime le potentiel du marché de l’analyse de la métadonnée. Tant celui-ci parait infini. Comme pour internet, une application qui semble en premier lieu réservée à des fins militaires et de sécurité peut bouleverser durablement l’économie et nos vies. Notons que Palantir n’a pas attendu pour transposer sa maîtrise de l’économie du savoir de l’institution au secteur privé : Airbus; Fiat; Credit Suisse; Sanofi; Merck, entre autres, sont clients. Ensuite, il y a l’enjeu de la souveraineté et de l’autonomie de l’État. Il est certain que l’époque du désarmement moral; de l’exhibition; du narcissisme et du voyeurisme va laisser place à une période plus triviale. Celle de l’exploitation et de la commercialisation des métadonnées que nous avons nous-mêmes produites. L’économie du savoir laisse entrevoir des domaines d’applications qui paraissent déjà infinis. Après Palantir, ce sera Thales puis d’autres et encore d’autres. Aucun État ni aucune grande organisation ne pourront rester à l’écart de ce nouveau monde.