18/08/2017

Attentat de Barcelone, nous sommes avant toute chose victimes de notre inculture !

IMG_6679.JPG*Attentat de Barcelone, il ne s’agit pas d’un choc des civilisations mais du choc de l’inculture !!C’est le criminologue français renommé Alain Bauer qui le dit : « Le choc des civilisations tout comme le mythe du méchant califat qui en veut à notre population occidentale consumériste et décadente relèvent plus du fantasme que de solides fondements.

« Nous sommes plutôt otages de notre propre inculture. » L’attaque à la « camionnette-bélier » survenue sur la principale artère de l’universelle Cité de Barcelone Las Ramblas nous apprend, pour le moins, un élément clé. Le ou les auteurs ont tenté la fuite. Ils n’avaient, à l’instar des auteurs présumés des attentats de Berlin et de Stockholm, aucune intention suicidaire. Le motif est crapuleux. Aucune idéologie ne semble les animer suffisamment pour mourir. Il est grand temps que les médias, dans leur ensemble, creusent d’autres hypothèses que celles totalement stériles diffusées en « copier-coller » depuis le 11 septembre 2001. Le phénomène mute et il évolue. Tout comme le fait la société et ses modes. Faut-il le rappeler ?

La recherche de la vérité semble avoir été balayée par des impératifs économiques ou encore par l’adoption d’une pensée unique aseptisée et confortable pour le plus grand nombre. Notons que les professionnels de l’information ont de qui tenir. Le politique, dans son ensemble, ne fait qu’agir de la sorte. Comme si le terrorisme ou ce qu’il serait plus juste d’appeler des violences politiques et de la criminalité comme l’a sanctionnée n’importe quel code pénal servaient de programme électoraliste. Rapidement, nous allons aussi apprendre pour l’attaque de Barcelone, comme pour les scènes du crime de Paris, de Londres, de Stockholm ou de Berlin, que le malfrat était défavorablement connu des services de police. Peut-être même qu’il a déjà été condamné. C’était le cas pour tous les autres.

IMG_6680.JPGÀ ce stade, force est de reconnaître qu’il s’agit bien de crime de droit commun et que la réponse la plus adaptée est la police de proximité. Celle-ci agissant au niveau du voisinage et de la détection. Comme le précise un autre criminologue qui fait autorité dans l’hexagone : « L’opération sentinelle et le plan vigipirate n’ont, à ce jour, déjoué ni empêché aucun attentat. » Ce que nous traitons comme une guerre n’en serait en fait pas une ?

Aussi, si ce n’est ni l’islam ni une autre idéologie qui motivent ces criminels qui ne semblent n’être que la pointe de l’iceberg, c’est quoi ? Peut-être tout bonnement l’argent, des motifs crapuleux, la recherche de célébrité, une opération de diversion, la production d’une destinée, la vengeance, la démence? Bref, il est urgent d’explorer d’autres pistes que celles idéologiques ou religieuses.

Pour cela, il faut faire de l’information et non plus de la communication. Quant à l’organisation criminelle et auto-proclamée « État islamique » qui vit ses dernières heures – comme d’autres mouvances criminelles avant elle – préparons-nous à subir son ou ses successeurs. Puisque la même idéologie d’appel à la terreur anime à la fois ceux avec qui nous marchandons – armes, matières premières, immobilier, clubs sportifs etc., etc., – en se bouchant le nez, et ceux qui posent les bombes ! En résumé, nous avons à appréhender deux problématiques meurtrières et non une seule.

Primo, une politique occidentale au Moyen-Orient calamiteuse.

Secundo, une recrudescence du crime et du crime organisé.

Et aux phénomènes nous ne semblons pas apporter les réponses adéquates. Autant dire qu’il est alors aisé aux deux de se côtoyer quand elles y trouvent intérêt commun.

*Publié dans "La Méduse", le 18 août 2017.

10/08/2017

Prémices d'un nouveau massacre ethnique en Turquie...

« Il est difficile pour un dictateur d’asseoir durablement son régime totalitaire sans la désignation d’un ennemi de la nation. »

Et pour Ankara il est tout désigné. Il n’a jamais cessé de l’être. Bien sûr, nous parlons du ou plutôt du peuple kurde. Dans un premier temps, les médias critiques ont été muselés. Tout comme les intellectuels libres dans leur tête et les leaders des ONG telles que Amnesty. Pour ne mentionner que celle-ci.

Ensuite, le régime d’Erdogan s’en est pris aux chaînes de télévision kurdes. Des pressions avec des menaces de rétorsions commerciales ont été exercées sur le plus grand groupe européen de satellites Eutelsat, de l’aveu même de son PDG Rodolphe Belmer devant le Sénat, en octobre dernier. Même le groupe dont les parts sont détenues pour la majorité par l’État français a plié. Il a interrompu la diffusion des chaînes kurdes Med-Nûçe, Newroz TV, Ronahî TV, Stêrk TV et News Channel. « La Turquie représente un marché économique juteux qui justifierait qu’on réduise au silence les chaînes de télévision qui dérangent cet Etat », dénonce le Conseil démocratique kurde en France (CDKF). Et d’ajouter : « Eutelsat se rend ainsi complice de la répression inouïe exercée par le régime d’Erdogan contre l’opposition et les Kurdes. »

Une fois la future scène du crime cachée aux yeux de tous et même de sa propre population, le tyran d’Ankara va pouvoir mener sa salle guerre. Ceci même après avoir activement soutenu les rebelles de tous poils contre le régime de Damas, y compris les moins fréquentables comme le Front al-Nosra, Nourredine Al-Zinki ou encore Daesh. C’est ainsi qu’il a habilement négocié, à l’automne dernier, avec les Russes pour évacuer d’Alep-Est plusieurs milliers de pseudos combattants de la liberté et autres criminels de droit commun avec leurs armes. Sur place, des évacuations surréalistes ont été commentées par le grand reporter du « Figaro » Georges Malbrunot. Son tweet : « Ils ont réussi à emporter des armes lourdes dissimulées dans des camions qu’ils conduisaient eux-mêmes. Accord russe. Damas pas content. »

Le deal passé, à la barbe de l’Iran, de l’Europe et même des États-Unis comme de l’ONU, étant : Les autorités turques s’engagent à ne plus rien tenter contre Bachar el-Assad et en échange elles récupèrent des milliers de mercenaires que le rouleau compresseur de Poutine épargne au lieu d’écraser. L’accord a été conclu le 13 décembre 2016, à Ankara, entre les services de renseignement turcs, l’armée russe et les représentants de la rébellion. Soit le terme de cinq ans d’une horrible guerre civile qui a fait plus de 300’000 morts… pour rien ! Aujourd’hui , ces combattants logent dans des camps-containers parmi 27000 réfugiés à Kahramanmaras, sud-est de la Turquie. Leur nombre est difficile à définir. Selon les sources, on évoque de quelques milliers à plus d’une dizaine de milliers de « djihadistes. »

« Nous savons que les membres de Daesh sont également hébergés dans ces camps », déclare, en substance, Mehmet Çarman, avocat des villageois de la région, principalement membres d’une importante communauté kurde alévie. De nouvelles exactions à l’endroit des Kurdes sont-elles à craindre ? Malheureusement, c’est plus que possible et comme aucune ONG ni organisation de la société civile n’ont accès à ces camps, le monde n’en saura rien.

30/07/2017

Une femme philosophe vient de nous quitter et ce n'est pas anodin !

IMG_5197.PNGUne récente mort tragique à la plage qui pour la plupart d’entre nous est un fait divers est probablement plus qu’une énigme. 

Loin de moi l’intention de hiérarchiser les disparitions et les décès qui sont tous douloureux et qui surviennent, dans la majorité des cas, trop tôt. Vendredi 21 juillet, sur une plage de la festive Ramatuelle, dans le département du Var et non loin de la populaire Saint-Tropez, la mer est déchaînée. Le pavillon d’autorisation à la baignade est jaune. Il passe soudainement au rouge. Mais voilà un enfant est encore dans l’eau et il se trouve en grande difficulté. Une femme se lance alors à son secours. Elle réussit à le rapprocher décisivement du bord. Les maîtres-nageurs le prennent aussitôt en charge. Il est sauvé. La courageuse femme quant à elle – fauchée par un arrêt cardiaque – ne pourra être réanimée. Ce n’est autre que Anne Dufourmantelle, belle de ses 53 printemps, philosophe et essayiste française de renom. Elle qui en 2015 posait en ces termes : « Quand il y a réellement un danger auquel il faut faire face (…), il y a une initiative à l’action très forte, au dévouement, au surpassement de soi. » Mère et compagne de l’écrivain Frédéric Boyer, Anne ne pensait probablement pas si bien dire. « Grande philosophe, psychanalyste, elle nous aidait à vivre, à penser le monde d’aujourd’hui », a aussitôt tweeté Françoise Nyssen, ministre française de la culture.

Cette interruption brutale d’une belle et réussie trajectoire n’est pas anodin. En premier lieu il met en lumière une femme philosophe accomplie et à succès. Jusqu’à présent, les médias grand public ne sollicitaient principalement que des hommes philosophes. Moi le premier, je me gargarisais de Luc Ferry, de Michel Onfray ou encore de Montaigne. Je vais personnellement m’ouvrir. Il y a dans notre environnement francophone des femmes philosophes apportant de puissantes réponses de joie et de vie. Je pense, par exemple, à Elsa Godart.

On trouve, dans cette noyade, une symbolique aux dimensions profondes. C’est une femme qui a donné la vie et qui vient la sauver. À une époque désenchantée où à défaut de trouver les réponses à nos questions existentielles dans les clergés, dans le politique et encore moins dans le marché, il appert que la philosophie sera notre salut. Et dans tout philosophe la part de féminité est forte. C’est la vie. Alors que l’on réhabilite les sorcières d’autrefois, celles qui avaient le secret tant de la vie que de l’écologie, on va indéniablement vers une féminisation de la pensée. Une posture et un état d’esprit bienveillant, de joie et de créativité. À ne pas confondre avec un féminisme exacerbé, à l’ère du temps consumériste. Ce détestable dogme alimenté et récupéré à des fins de recherche de pouvoir et même de politique électoraliste dont les principales victime sont encore les femmes.

Le bon et légitime féminisme ne saurait être la poubelle du narcissisme, du mal-être et des névroses de quelques unes. Anne, avec toute la féminité et la sensualité qu’on lui connaissait, a sauvé la vie. Il est utile, à ce titre, de rappeler Michel Onfray, dans « L’Express » : « Car le bonheur des autres n’est pensable qui si on a réalisé le sien. La tâche de la philosophie consiste à trouver l’esprit des sagesses antiques qui font du bonheur le souverain puis de continuer ensuite avec une politique qui soit la continuation de cette éthique et sa réalisation communautaire. »

Autre symbole : son destin hors du commun va en faire un personnage illustre. Sa bibliographie est riche. Elle est imprégnée, comme l’a été son dernier instant de bravoure, de courage et d’une vision. Son enseignement comme l’héritage intellectuel qu’elle nous transmet est une œuvre d’art. C’est un dépassement de soi pour un résultat supérieur. Elle a publié de nombreux essais, dont « Éloge du risque », en 2011, « Intelligence du rêve » en 2012, « Puissance de la douceur » en 2013 et « Défense du secret » en 2015. Son premier ouvrage, « De l’hospitalité » en 1997 a été cosigné avec l’intellectuel franco-algérien Jacques Derrida qui nous a quittés en 2004. Là aussi la symbolique est forte. Derrida a souvent été controversé pour sa théorie de la déconstruction qui consiste à faire surgir le non-dit sous les textes.

Comment ne pas commencer par là ? Du féminin, de la féminité à la philosophie, Anne de par son départ prématuré mais au combien héroïque et ultime nous invite – un peu malgré elle – à embrasser à grands bras l’introspection, la joie de vivre et le rêve. Avital Ronell, philosophe américaine et grande amie de Anne : « Alors que j’avais tendance à pencher vers des conclusions désastreuses, Anne, elle, était porteuse de lumière. Elle faisait montre de cette forme de joie qui donne de la cohésion au monde, sans compromis pourtant, ni affirmation superficielle. »

On peut dire que celle qui était aussi chroniqueuse au journal « Libération » a été ses actes et ceux-ci résonnent à présent pour l’éternité.

Bon vent Anne Dufourmantelle !