16/09/2021

Auschwitz - Birkenau discuté en classe...

2E5BFD86-08F3-4BCA-8D9A-C6CEF8A1DCF0.jpegQuelle bonne idée a eue le prof d’histoire Vincent Barbey d’inviter dans sa classe de l’ECG Henry-Dunant, à Genève, un intervenant s’étant plusieurs fois déplacé à Auschwitz - Birkenau... votre serviteur. En guise de clôture de l’une des matières qu’il enseigne en histoire contemporaine. Ce fut l’occasion d’expliquer à une classe de jeunes adultes intéressés et participatifs le fonctionnement des sinistres camps de la mort. De rappeler certains enseignements. L’échange fut riche. En plus d’être le vaisseau amiral de l’holocauste, Auschwitz - Birkenau incarne l’anéantissement de l’autre. De celui qu’on jalouse. Les nazis considéraient certes les Polonais comme une sous-race, ils désignaient les Juifs comme un danger pour leur lignée. En réalité, c’est leur propre absence d’intériorité qui les menaçait. Il fallait alors effacer de la surface de la terre celui qui nous renvoyait à notre petitesse. On commence par le viol de A0F83CAC-5D07-4C8C-B78E-47C9187A46BF.jpegson âme pour finir avec sa suppression physique. De la phase concentrationnaire à l’étape d’extermination, ce fut une organisation criminelle. Les nazis sur ordre de Himmler avaient interdiction de filmer et de photographier. Ils savaient très bien ce qu’ils faisaient. Peu avant la libération des camps par l’armée rouge, l’ordre a été donné de dynamiter les chambres à gaz comme les fours crématoires. Effacer les traces de l’abomination. J’ai rappelé que ce fut pour beaucoup une fructueuse affaire commerciale. Du pillage des trop nombreuses victimes à l’esclavagisme au profit de l’industrie allemande mais aussi étrangère. L’évolution dans le temps comme dans l’espace est également soulignée. Comment cette bourgade polonaise du nom Oswięcim devient Auschwitz pour, dans un premier temps, mater les intellectuels et l’élite polonais. Devenir ensuite Birkenau l’industrie du crime. Comment ne pas générer un conflit. On sait comment débute l’antagonisme mais jamais quand et dans quelles dimensions il 1E3D14AE-8810-4EBD-A76A-CC38B18088F3.jpegprendra fin. L’occasion aussi de recommander la lecture des classiques que sont « Si c’est un homme » de Primo Levi et « Le journal d’Anne Frank. » De conclure que tout projet basé sur des perceptions raciales devient funeste. Septante ans plus tard, qu’en reste-t-il ? On a tous quelque chose d’Auschwitz-Bitekenau. Un grand merci à ce prof audacieux et à ces élèves sur qui reposent tant d’espoirs.

  1. François Meylan, Genève

Publié sur « Les Libéraux »

14/09/2021

Les mythes et fantasmes entretenus par l’appareil séparatiste catalan...

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Entretien exclusif avec Nicolas Klein, professeur, auteur et spécialiste de l’Espagne.
 
FM : L’indépendantisme catalan alimente des mythes comme celui d’un ennemi héréditaire ou encore celui d’être volé économiquement ce qui a été invalidé à maintes reprises. Il utilise la victimisation dans sa propagande. Il aime ressusciter Franco. Pourtant, il apparaît que la Catalogne n’a pas plus souffert du franquisme que les autres régions d’Espagne. Qu’en-est-il ?

Nicolas Klein  : L’indépendantisme catalan aime en effet mettre l’accent sur la victimisation dont il aurait particulièrement fait l’objet, selon ses défenseurs, au cours de l’histoire espagnole, surtout en comparaison des autres régions du pays. Tantôt, ce sont la Castille et Madrid, dépeints comme d’horribles monstresfroids et centralisateurs, qui occupent le devant de la scène dans ce discours schématique ; tantôt, ce sont l’Andalousie et l’Estrémadure, terres méprisées car « arriérées » et plus pauvres mais aussi plus « généreusement arrosées » d’argent par l’État central, qui reviennent au premier plan.

AEB50C96-D41B-4C48-B636-A78E6D8EEF2A.jpegEn réalité, d’un point de vue économique, la Catalogne et le Pays basque ont été les deux grands gagnants de la période franquiste car la dictature n’a fait que poursuivre une politique menée depuis deux siècles au moins (politique dont lesinitiateurs sont les Bourbons). La bourgeoisie catalane a été l’un des piliers matériels et financiers fondamentaux du camp nationaliste durant la Guerre civile (1936-1939) car elle était effrayée par les « rouges » et ne voulait surtout pas d’une victoire de l’extrême gauche républicaine. Elle s’est donc montrée très proche de Francisco Franco, l’exemple le plus frappant en étant sans doute l’entrepreneur Francesc Cambó, grande figure de la Ligue régionaliste dont les descendants idéologiques actuels sont Carles Puigdemont et Quim Torra.

Franco, qui savait pertinemment qu’il devait en partie sa victoire à cette bourgeoisie farouchement anticommuniste, lui a bien rendu la pareille à partir des années 50-60. C’est la Catalogne qui a été la mieux dotée en termes d’infrastructures lourdes (autoroutes, ports, pôle pétrochimique de Tarragone) dans tout le pays et elle a également bénéficié de nombreux avantages (Madrid, par exemple, n’a reçu l’autorisation d’organiser une foire internationale que des décennies après Barcelone et c’est la jeune démocratie espagnole qui lui a octroyé ce droit, pas Franco).

De fait, ce sont les Catalans et les Basques qui ont accueilli avec le plus de ferveur populaire le caudillo lors de ses déplacements en province (les images sont à ce sujet éloquentes), notamment dans les zones les plus indépendantistes à l’heure actuelle, comme Berga ou Manresa. Il faut comprendre qu’il s’agit en fait des héritières du carlisme (idéologie absolutiste, réactionnaire et traditionaliste qui s’oppose au libéralisme de Madrid à partir du xixe siècle) qui ne font que reproduire depuis lors, ce rejet de l’égalité et du projet démocratique porté par le centre du pays.

Si l’on s’en tient à la répression des nationalistes contre les républicains, selon les estimations du juge Baltasar Garzón (que l’on ne peut guère tenir pour un nostalgique du caudillo), entre 1936 et 1939, la Catalogne a été moins touchée que la région de Valence, la Nouvelle-Castille, l’Estrémadure, le León et la Vieille-Castille, la Galice ou même les Asturies, autant de provinces moins peuplées.

Après 1939, la province de Cordoue a connu des exactions bien plus importantes que celle de Barcelone, pour ne citer qu’un autre exemple frappant.

Reste la problématique du catalan, qui n’a en effet pas été promu au même titre que le castillan durant la dictature. Il n’en reste pas moins que cette langue régionale n’a pas été bannie de l’espace public : les foules passionnées qui recevaient Franco en Catalogne l’accueillaient avec des calicots en catalan. Par ailleurs, même si l’enseignement du catalan n’étaient alors pas aussi répandu qu’aujourd’hui, nombre de livres étaient officiellement publiés dans cette langue et il existait même des concours littéraires qui la mettaient à l’honneur et n’avaient rien de clandestin.

Par conséquent, la société catalane n’a ni plus, ni moins souffert du franquisme que celle du reste du pays.

9161D306-8370-41C0-A2D3-6FE80B8DD852.jpegFM À contrario, l’indépendantisme catalan semble taire les années noires d’un certain Lluís Companys. Qui était-il ?

Nicolas Klein  : Lluís Companys est en effet une figure-clé de l’histoire contemporaine catalane (et, partant, espagnole). Né en 1882, il est avocat de formation et occupe brièvement le poste de ministre de la Marine de l’Espagne en 1933. Il préside par la suite la Généralité de Catalogne, de 1934 à 1940.

Il s’agit de l’un des principaux chefs de file de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), parti qui existe toujours aujourd’hui et défend l’indépendance de la communauté autonome. Exilé en France après la défaite des républicains à l’issue de la Guerre civile, il est arrêté par la Gestapo, remis aux autorités franquistes et fusillé à Barcelone en 1940. Cette fin tragique lui confère bien entendu une aura considérable dans l’univers séparatiste actuel.

FM : Quels sont les faits qu’on peut lui reprocher ?

Nicolas Klein  : L’exécution de Companys par les autorités franquistes est parvenue à éclipser dans l’esprit de beaucoup son action somme toute contestable (pour le dire gentiment) en tant que président de la Généralité de Catalogne.

Le dernier président de la Seconde République espagnole, Manuel Azaña, rapporte dans ses mémoires que Companys était partisan d’une « démocratie expéditive » (democracia expeditiva), expression qui en dit déjà long sur les convictions de ce dirigeant.

Outre le fait qu’il a proclamé l’indépendance de la Catalogne en octobre 1934 (trahissant ainsi la République), il a surtout ordonné des exécutions massives et aveugles à l’encontre de tous ceux qui avaient le malheur de ne pas communier avec ses idées. Ses massacres d’ecclésiastiques sont restés tristement célèbres, même s’il ne s’agit pas du seul secteur qui a eu à souffrir de la répression qu’il a orchestrée.

B3CF6E7E-43FC-44A4-B7AE-65F2E4E0736C.jpegFM : Pourtant, de Lérida à Barcelone en passant par Blanes et Manresa pour ne mentionner que ces villes –, des rues portent son nom. Comment est-ce possible ?

Nicolas Klein  : Toutes les nations ont besoin de références mythiques et de légendes fondatrices. Au même titre que Rafael Casanova, Francesc Cambó ou Enric Prat de la Riba, Lluís Companys figure dans le panthéon des « héros » qui ont lutté pour l’indépendance et la « liberté » de la Catalogne, tout du moins si l’on considère les choses avec le regard des séparatistes.

Il convient, dans ce contexte, d’éviter de souiller leur nom et leur réputation. La Généralité a donc mis sous le tapis tout ce qui pouvait la gêner chez de tels personnages au nom du combat pour la construction d’une réalité nationale catalane qui se veut radicalement opposée à la réalité nationale espagnole (ou à ce que les sécessionnistes en perçoivent). Elle n’en est de toute façon pas à une manipulation près…

04/08/2021

5G, un effet rebond impossible à appréhender !

A5689E8D-48FC-48AD-B396-4DAFECF298CF.jpegLa crise pandémique qui s’éternise nous éloigne non seulement d’une vie dite «normale» mais également de débats de société cruciaux. Celui de la 5G en est un. C’est la cinquième génération des standards pour téléphonie mobile. Elle a comme finalité l’augmentation et la rapidité de transmissions des données. Si dans certaines régions du monde la 5G est déjà bien implémentée (Chine, Inde), en Suisse, entre moratoires imposés par les villes ou les cantons et les lourdeurs administratives, la situation évolue officiellement lentement. Sur le terrain, la réalité est autre.
L’opérateur téléphonique historique Swisscom fait des pieds et des mains pour ne pas perdre de temps, mais la seule vraie résistance vient des associations de consommateurs, voire des voisins. Pour le parlementaire Peter Stuckmann, en charge du dossier à la Commission européenne, la 5G est un élément essentiel à la reprise économique post-Covid19 en Europe. Alors que pour Caroline Zorn, déléguée à la ville numérique, à Strasbourg, on ne devrait pas parler de progrès mais d’évolution technologique, qui doit être encadrée tant par le politique que par la population. Encore faudra-t-il consulter cette dernière. Toujours selon Caroline Zorn, la 5G ne devrait pas pouvoir s’appuyer sur les nombreuses carences du territoire en matière de haut débit et de couverture. Interrogée dernièrement, la spécialiste évoque la nécessité d’une profonde réflexion sur quelle société souhaitons-nous: celle où le réfrigérateur communiquera directement avec le service de ventes à domicile ou celle où la voiture n’aura plus besoin de son utilisateur? Quant au plan écologique, elle rappelle que le data-center d’Amazon fonctionne encore au charbon dans les montages des Appalaches.
Les plus fortes oppositions s’inscrivent dans le domaine des risques pour la santé. Depuis 2011, les champs de fréquences électromagnétiques sont classés dans la catégorie des phénomènes pouvant être cancérigènes (OMS). C’est dans ce sens que va le «5G Appeal», un mémorandum signé par près de 200 scientifiques prédisant une exposition massive des ondes imposée et nuisible à la santé. Cependant, tant du côté des pro-5G que des anti-5G, le ‘cherry picking’
est omniprésent, soit de ne considérer que des études scientifiques et autres sources qui s’avèrent en adéquation avec notre prise de position.
Il nous reste alors l’argument climat. Les pro-5G anticipent une baisse drastique de l’empreinte carbone. En octobre 2020, l’Université de Zürich et l’Empa ont publié un rapport intitulé «Next generation mobile networks: Problem or opportunity for climate protection?». Cette étude, financée par Swisscom, se montre plutôt positive en terme d’émissions de gaz à effet de serre (GES), à l’horizon 2030, de par le biais de la construction et de l’exploitation du réseau 5G en Suisse. À volume égal de données transmises, la 5G semble plus performante sur le plan énergétique que ses prédécesseurs. Ce qui est nuancé par la climatologue de renom Corinne Le Quéré: «À l’heure actuelle, nous ne disposons pas d’évaluations adéquates qui permettraient d’affirmer que la 5G peut jouer un rôle bénéfique pour le climat. Le déploiement de la cinquième génération doit être compatible avec les engagements nationaux en termes de neutralité carbone. Et il est démontré que la 5G est capable d’augmenter, en France comme à l’étranger, les émissions importées à travers la fabrication des équipements.»
Le 19 décembre 2020, le Haut conseil pour le climat français a remis, après en avoir été saisi par le Sénat, un rapport de prospective consacrée à l’impact carbone de la 5G, qui s’est révélé moins tendre avec la nouvelle génération de téléphonie mobile. Il appréhende, en cas d’utilisation de la 5G, une empreinte carbone équivalente en 2030, voire supérieure. Pourquoi cette différence de posture? La principale différence vient du fait que l’étude financée par l’opérateur helvétique ne considère que la question du point de vue de l’opérateur et de son périmètre d’équipements permettant la construction de son réseau, alors que l’investigation française tient compte des terminaux mobiles, dont la fabrication serait responsable d’environ 64% de l’impact carbone total calculé pour la 5G. Madame Le Quéré rappelle que les usages finaux des nouvelles technologies ne sont jamais entièrement anticipés, alors que les possibilités techniques finissent toujours par être utilisées à leur maximum. L’effet rebond annulerait ainsi toute espérance de gain pour le climat.