08/04/2018

Jusqu’où la Suisse peut-elle accepter la propagande des indépendantistes catalans ? 

  • E6801E41-E470-4B52-A8C6-884126E6464D.jpeg*Nous avons tous été marqués par l’emploi de la force par la police espagnole lors du référendum anti constitutionnel et illégal du dimanche 1er octobre 2017, en Catalogne. Les images de matraques contre des bulletins de vote ont fait le tour du monde. L’engagement de la Guardia Civil – la gendarmerie espagnole qui rappelle encore aujourd’hui les années sombres du franquisme – n’était probablement pas judicieux non plus. La posture légaliste de Madrid a, encore aujourd’hui, de la peine à passer tant dans les milieux intellectuels que politiques européens. Et dans notre pays en particulier. Il suffit de comptabiliser le nombre d’articles publiés par nos médias avec le président déchu Carles Puigdemont ou encore avec l’anarchiste Anna Gabriel qui a trouvé refuge à Genève par rapport à la rareté des papiers publiés au profit de la majorité catalane dite silencieuse mais qui manifeste régulièrement et pacifiquement dans les rues de Barcelone. Notons que cette même majorité a voté à hauteur de 52% pour des formations politiques opposées à l’indépendance de l’autonomie, lors des élections officielles du 21 décembre dernier. Ce traitement médiatique partial qui couve sous nos latitudes trouve son point d’exergue le 21 mars 2017, toujours dans la Cité de Calvin, quandCarles Puigdemont est convié en grande pompe à la soirée de clôture Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains. C’est-à-dire que quelques milieux associatifs genevois ont, semble-t-il, estimé que Carles Puigdemont, ses acolytes et leurs électeurs souffrent une oppression à la hauteur des femmes victimes « d’accidents de cuisine », en Inde, ou encore des victimes d’exactions en Syrie. Des questions s’imposent. Pas à pas, la lumière se fait. Que s’est-il véritablement passé le 1er octobre 2017, dans les rues catalanes ? L’Espagne est-elle encore considérée comme une démocratie moderne européenne et est-elle encore un partenaire fiable et crédible pour notre pays ? Cas échéant, est-il bienveillant de la part de nos autorités de laisser ce conflit intérieur à un Etat souverain, démocratique et ami être récupéré sur notre territoire ? Les indépendantistes catalans sont-ils foncièrement pacifistes ? Pour répondre à ces interrogations pour lesquelles nombre d’acteurs en Suisse paraissent avoir répondu, sans même y réfléchir, je me suis rendu à Barcelone, jeudi 7 décembre 2017. J’y ai rencontré autant de gens en faveur de l’indépendance que de gens opposés à celle-ci. Il en est de même pour les drapeaux et couleurs pendues en balcons et fenêtre de la ville de Gaudi. Intéressants sont les témoignages recueillis auprès de commerçants qui m’ont expliqué que
    s’opposer ouvertement à l’indépendance étaient pour eux contre-productifs, commercialement parlant. En date du 25 janvier 2018, j’ai écrit à notre Conseil fédéral, au Palais fédéral ouest, à Berne. Mon courrier interpelle sur l’activisme sur notre territoire de l’Assemblée nationale catalane (ANC), sise à Zurich, et Omnium Cultural – appelé en Catalogne, le gouvernement de l’ombre. J’interroge également sur la pertinence de la manifestation sur la voie publique à Lausanne, le 23 septembre 2017, par le premier lobbyiste nommé. Quelques jours plus tard, je recevais de la Chancellerie fédérale (ChF) un accusé de réception. Fin février, j’interpellais l’Office fédéral de la police, par le biais de leur site Internet. Celui-ci m’a répondu que mon interpellation était du ressort des autorités cantonales. L’Office ne s’occupant que de banditisme. Le 1er février 2018, je me suis rendu au Parlement européen à Bruxelles. Je m’y suis entretenu avec les eurodéputés Jean-Marie Cavada et Thierry Cornillet (France), Frank Engel (Luxembourg), Enrique Calvet Chambon, espagnol et catalan unioniste et Gérard Deprez(Belgique). Il en ressort, principalement, que l’antagonisme catalan demeure un problème interne à l’Espagne et que son gouvernement central sis à Madrid est le seul interlocuteur valable pour les 28 membres – bientôt 27 – de l’Union européenne (UE). Les leaders indépendantistes catalans ne sauraient revendiquer les valeurs de la construction européenne qui s’établissent sur la solidarité, par l’entremise des fonds de cohésion, et non l’égoïsme fiscal. L’union est le maître mot et non la division. Par ailleurs, pour les eurodéputés Gérard Deprez et Jean-Marie Cavada, une tentative de déstabilisation de l’UE venant de l’étranger n’est pas à exclure. Et pour Jean-Marie Cavada d’ajouter : « Il semble que certains indépendantistes n’aient pas refusé l’aide de puissances étrangères, sous des formes diverses. On parle de matériel électoral sécessionniste imprimé dans un pays voisin de la Catalogne, on parle de réseaux d’influence venus de l’Est, certains avancent même un coup de main financier reçu de pays qui n’ont pas intérêt à l’homogénéité de l’union européenne : tout cela reste maintenant à prouver et si c’était le cas, il faudrait porter ces informations sur la sur la place publique. »
    Concernant la mise en scène du fatidique 1er octobre 2017, il est indéniable qu’il ait eu des dérapages policiers. Il est vrai aussi que les forces de l’ordre ont été provoquées plus d’une fois et qu’elles comptabilisent également blessés et multiples dégâts sur véhicules. Hélios Privat le décrit avec ses termes, dans son blog sur Huffingtonpost : Ce que l’Espagne devrait faire pour sortir de la crise catalane. Certes, les indépendantistes ont gagné cette guerre des images. C’était manifestement leur objectif. Consolider leur communication sur leur posture de victimes, à tort ou à raison. Adrien Sénécat du quotidien « Le Monde » explique dans l’édition du 2 octobre 2017 les images trompeuses. C’est-à-dire, comment des images sans lien avec les
    évènements du 1er octobre ont été recyclées : « Violences policières en Catalogne : attention aux images trompeuses. » Quant au pseudo pacifisme de la mouvance indépendantiste catalane, elle ne semble n’être que de façade. L’économiste Laura Quijano témoigne de la stigmatisation vécue sur son blog sur Huffingtonpost: « Ma vie en Catalogne, comment l’indignation a remplacé l’illusion. » De leurs côtés, les reporters de France 2, dans l’émission « Envoyé spécial », relèvent comment les indépendantistes exercent la stigmatisation et toutes sortes de pressions psychologiques à l’endroit de leurs voisins qui refusent d’abonder dans leur sens. Que cela soit au sujet de l’enseignement scolaire ou lors des débats TV. Pour sa part, John Laughland, directeur des Etudes à l’Institut de la Démocratie et de la Coopération à Paris, rappelle comment Omnium Cultural, déjà mentionné, inonde les réseaux sociaux de vidéos expliquant que le peuple catalan doit être sauvé de l’oppresseur Espagnol. Le tout étant comparé aux conflits en Ukraine comme dans les Balkans. Le climat est devenu détestable. Des familles unionistes doivent changer d’écoles et même de quartier. Mes conclusions : nos autorités devraient être prudentes face au risque d’internationalisation du conflit catalan. Ne pas permettre d’activisme politique sur cette question depuis notre territoire. Pour l’heure, aucun coup de feu n’a encore été tiré en Catalogne. Quand ce sera le cas, il sera trop tard. Ne soyons pas complices.

*Publié le 8 mars 2018 dans l’1dex 

19/03/2018

Manifestation du 18 mars 2018 à Barcelone contre les indépendantistes !

2D45AE50-70E4-4455-8082-3A058C79D9DE.jpegCette manifestation a eu lieu aujourd’hui dimanche 18 mars 2018. Comme pour celle du 4 mars dernier, nos médias n’en parleront pas ! Pourquoi ?

1) Il est question de la majorité catalane qui n’est pas indépendantiste et qui pèse selon les derniers sondages (février 2018) 60 % du corp électoral contre 52 % lors des législatives du 21 décembre 2017;

2) Cela se passe à Barcelone. Mince alors, nos médias occultent volontairement ou par inculture que comme sa voisine Tarragone la capitale catalane ne vote pas Indépendantiste. Pourtant, on s’applique à nous décrire un « match » Barcelone - Madrid;

3) L’autre ennui pour nos médias et leur culture binaire et réductrice voulant toujours opposer un camp clairement défini (celui prétendument du bien) contre l’autre (celui prétendument du mal). Et ils ont récemment consacré de pleines pages aux leaders de l’un des camps, au détriment de l’autre. En pensant, à tort, que le camp élu était représentatif de la majorité et du BIEN. Par ailleurs, deux des individus protagonistes se trouvent aujourd’hui invités à Genève;

4) L’autre biais constaté est celui d’un double fantasme. Comme si, sclérosés dans nos soucis de gosses de riches, nous devions attiser de nouveaux conflits pour gagner de nouvelles sources d’excitations. Le premier fantasme est que Carl Puigdemont et Anna Gabriel sont des révolutionnaires des temps modernes luttant contre un méchant oppresseur monarchiste et fasciste. Cependant, il est sain d’en douter. C’est bien la population catalane que leurs formations politiques respectives ont réussi à diviser ces trente dernières années, par le biais de la victimisation et de la stigmatisation. C’est un problème Catalans vs Catalans. Madrid n’étant que le siège d’un parlement réunissant et représentant les dix-sept autonomies espagnoles. La Catalogne en étant une et indivisible. Le second fantasme est d’alimenter la thèse partagée par le financier et spéculateur George Soros que l’Europe des régions dites républicaines est la solution contre l’oppresseur technocrate centralisateur que serait Bruxelles. Là, une fois encore, dans les faits, il n’en est rien.

50AB16CC-623C-4FF7-9454-387D72488BF7.jpegFinalement, que vont faire nos médias ? Rééquilibrer leur traitement de l’actualité ? Revenir dans l’esprit de la charte de Munich - pierre angulaire du journalisme - encourageant la recherche de la vérité ? Ou poursuivre dans le déni des faits comme c’est encore le cas avec l’élection de Donald Trump en novembre 2016. À force de constructions mentales, trouver mille et une circonstances pour éviter de reconnaître qu’on s’est trompé. Il est notoire, la capacité de remise en question est une force. L’auront-ils ?
Fantasme, quand tu nous tiens...

20/02/2018

La crise catalane présente une grande fragilité pour les marchés financiers.

64D02DA4-760F-49AD-A1AF-EBEB815213AD.jpeg*Évoquée comme surréaliste, par une banque zurichoise, encore ce début d’année, la crise catalane semble avoir atteint un point de non retour. C’est du moins l’avis de l’eurodéputé luxembourgeois Frank Engel que je viens de rencontrer, avec quelques-uns de ses collègues, à Bruxelles, au sein du Parlement européen. Pour lui, le premier ministre espagnol Mariano Rajoy a singulièrement manqué de créativité.

POSITIONS CRISPÉES
Les positions sont crispées. Il y a, aujourd’hui, dans cette autonomie – l’Espagne en compte dix-sept – deux camps: Le premier est celui de l’indépendance. Le second est unioniste. Toutefois, Frank Angel, pour qui l’État nation n’est pas fait pour l’éternité, estime que les séparatistes devraient aussi mettre de l’eau dans leur vin. Leur catalanité est pesante. Elle devient un problème objectif. Elle est synonyme d’isolement et de fermeture. Alors que cinquante-cinq pour cent de la population catalane a l’espagnol comme langue maternelle, les séparatistes exercent toutes sortes de pressions pour empêcher l’enseignement de l’espagnol dans région. Ils réécrivent l’histoire. Ils se plaignent d’oppressions. Ils cultivent le sentiment de victimisation. Ils font miroiter le rêve de plus de prospérité en cas d’indépendance. Ils scandent, comme à l’époque, Mme Tatcher: «L’argent que nous produisons ici il est pour nous!»

DC3A7242-C9BB-4371-9B32-5E98780258D4.jpegDÉLOCALISATION
Pourtant, les grandes entreprises catalanes délocalisent leur siège, les unes après les autres. L’instabilité juridique n’est pas propice aux affaires. L’autonomie s’appauvrit. À cela s’ajoutent les combines. Une quantité importante des deniers publics ont été détournés. Notamment, pour financer la TV3, principale chaîne de télévision de l’autonomie. Aussi, pour produire des spots vidéo de propagande. Sentiment partagé par l’eurodéputé belge Gérard Deprez qui déplore: «On bâtit l’Europe pour dépasser les nationalismes et vous les réalimentez à la racine.» Son collègue français Thierry Cornillet, est catégorique: «Ni la France ni l’Union européenne ne sauraient engager une quelconque discussion avec le gouvernement régional de Catalogne. Nous resterons au niveau de l’État nation. Nous assistons à une crise intestine à l’Espagne qui ne doit être réglée que par cette dernière.» Si il y a bien un domaine dans lequel l’Union européenne n’entend pas même mettre un petit doigt c’est celui des affaires politiques internes de ses membres. Pour sa part, Enrique Calvet Chambon, eurodéputé espagnol et catalan, la situation ne peut se normaliser qu’une fois l’État de droit rétabli. La justice doit passer par là. Le cadre légal doit être restauré et respecté.

4FB0726E-0591-48C3-BF7C-AF709F8693FD.jpegRISQUE DE CONTAGION
Rappelons que nous avons eu affaire à une tentative de sédition. Le risque de contagion angoisse. «L’UE c’est déjà petit en rapport avec ce qui se prépare dans le monde. On ne va pas encore se diviser.» Renchérit Gérard Deprez. Pire encore, des échos de part et d’autres avancent qu’après le Brexit du 23 juin 2016 qui marqua le début de la procédure de divorce entre la Grande- Bretagne et UE, c’est la construction européenne qui serait à nouveau testée. Autant dire qu’un enlisement au milieu de l’Europe aurait un impact autrement plus prolongé pour les marchés financiers que ne l’a eu le Brexit. Il ne serait pas seulement question de la sortie d’un membre faisant passer le nombre de partenaires de 28 à 27 mais d’une profonde déstabilisation au sein même de l’institution. L’élu européen Jean-Marie Cavada est lui aussi inquiet: «Il semble que des indépendantistes n’aient pas refusé l’aide de puissances étrangères, sous des formes diverses (…), certains avancent même un coup de main financier reçu de pays qui n’ont pas intérêt à l’homogénéité de l’UE: tout cela reste maintenant à prouver et si c’était le cas, il faudrait porter ces informations sur la place publique.»

Cela ne manque pas de renvoyer à la lecture de «Global trends: Paradox of Progress». Le rapport du Conseil national du renseignement américain remis à Donald Trump, lors de son entrée en fonctions. Ce document prospectif décline trois scénarios possibles, pour les vingt prochaines années:

Un monde en proie au protectionnisme et à l’isolationnisme;
Un monde dominé par quelques grandes sphères d’influence et blocs régionaux;
Un monde dans lequel les États nations auront moins de pouvoir contrairement aux multinationales, à la société civile, aux dogmes religieux, etc.
A ce titre, Bruxelles vient de voter les budgets, certes modestes, pour contrer les tentatives de déstabilisation. Qu’elles viennent de l’Est comme de partout ailleurs.

*Publié dans le média en ligne allnews, le 20 février 2018