24/10/2017

L'attentat de Malte à la voiture piégée porte atteinte à la liberté de la presse ici en Europe !

IMG_4904.JPG*Lundi après-midi 16 octobre 2017, à Malte, l’attentat à la voiture piégée qui a coûté la vie à la journaliste Daphne Caruana Galizia est révélateur à plus d’un titre.

En premier lieu, l’importance des charges explosives placées sous le véhicule que conduisait la journaliste démontrent que l’objectif était double. Premièrement, ne laisser aucune chance à sa conductrice. Ensuite, en faire un exemple. C’est un acte d’intimidation destiné à l’ensemble des médias de l’île comme au journalisme d’investigation en Europe occidentale. C’est un précédent. Ce n’est pas anodin.

Malte, membre de l’Union européenne (UE) depuis 2004, est, entre autres, connue pour l’opacité de ses ressorts économiques. Les revenus de l’archipel sont principalement générés par son pavillon de complaisance et par le biais de plus de 60000 entités offshore. Par exemple, on y trouve les sièges de toutes les sociétés de jeux de hasard. On attribue également à cette petite république de moins de 440000 âmes des activités illicites. En mai dernier, le quotidien italien “L’Espresso” désignait ce nouveau “Panama” de la Méditerranée comme haut lieu de blanchiment de l’argent de la drogue.

Exacerbée par les limites des médias traditionnels, Daphne Caruana Galizia, conservatrice et femme de droite, avait ouvert son blog “Running Commentary” en 2008. Elle y a dénoncé notamment l’implication dans le scandale des “Panama Papers” de politiciens au plus haut niveau du gouvernement et plus récemment une affaire de blanchiment au profit d’entreprises criminelles situées en Azerbaïdjan. Des ennemis, elle en avait tant dans les rangs du pouvoir – les travaillistes, centre gauche – que dans l’opposition – les nationalistes, centre droite.

Tragiquement, tout était réuni pour que cette mort annoncée se produise. La corruption est monnaie courante à La Valette comme dans l’ensemble de l’archipel. Et tout le monde s’y connaît. On y lave le linge sale en famille. Celle que l’on qualifiait de “Wikileaks à elle toute seule” était l’empêcheuse de tourner rond. La journaliste et mère de famille de 53 ans était régulièrement menacée. Elle ne cachait ni sa peur ni la nature des intimidations qui l’affectaient. Comme le rappelle Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes : “Elle faisait l’objet de menaces de mort. Celles-ci avaient été portées à la connaissance du Conseil de l’Europe, en février dernier. D’autre part, elle subissait un harcèlement judiciaire permanent.”

Les politiques comme les privés de l’archipel s’étaient ligués contre elle. Faute de protection, son “exécution” n’était plus qu’une question de temps. Que le doigt appuyant sur la gâchette vienne de La Valette, d’Azerbaïdjan ou d’ailleurs ne change rien à cette réalité brûlante: le journalisme d’investigation est devenu indésirable. À présent, il sera difficile de fermer les yeux sur la "Malta Nostra."

*Publié le 24 octobre 2017 dans "La Méduse."

18/10/2017

La Côte d'Almeria en Espagne est toujours affectée par le plutonium !

IMG_3777.JPG**Reportage exclusif – Palomares, ce plutonium qui active une mémoire que l’on ne saurait perdre

on 17 OCTOBRE 2017 in ENVIRONNEMENT - FRANCOIS MEYLAN

Lundi 17 janvier 1966, l’un des plus graves accidents nucléaires de tous les temps s’est produit à Palomares, en Espagne.

*PAR FRANÇOIS MEYLAN, retour de Palomares

Pendant trois jours, j’ai parcouru de long en large cette station balnéaire andalouse. Interrogeant les habitants et photographiant les lieux pour comprendre. Que reste-t-il de cette tragique et incroyable histoire, plus de cinquante ans après? En ce jour fatidique, à 9400 mètres au-dessus de la Méditerranée et des côtes espagnoles, un Boeing B-52 du Strategic Air Command entre en collision avec son avion ravitailleur un KC-135 Stratotanker. Les deux avions explosent, tuant huit membres d’équipage. Les autres doivent la vie à leur parachute.

Des quatre bombes H de type Mk 28 – chacune ayant 70 fois la puissance de celle larguée sur Hiroshima – que le bombardier parti de Caroline du Nord transportait, deux dont les parachutes ne se déploient pas, s’écrasent près du village de Palomares. Leurs explosifs conventionnels explosent et dispersent plus de quatre kilos de plutonium sur 250 hectares. La troisième n’est quasiment pas endommagée. La quatrième s’abîme en mer. Elle est récupérée intacte après deux mois et demi de recherches, grâce à un pêcheur espagnol qui la localise. Un habitant de Cuevas del Almanzora qui avait onze ans lors des faits m’explique comment soudainement les fenêtres de son école ont été soufflées par une explosion incroyable. Il s’en souvient comme si c’était hier. Tout le monde était dans la rue pour voir les deux épaves tomber du ciel comme deux feuilles de papier consumées. Cuevas se trouve à onze kilomètres de Palomares.

Mes interrogations sont alors: à qui les bombes étaient-elles destinées? Quel est encore le niveau de radioactivité sur la zone? Comment gère l’administration américaine les conséquences de cet accident aujourd’hui? Comment la population locale vit-elle avec ce passé de victime de l’atome? Pour répondre à la première question, il faut revenir à l’opération “Chrome Dome.” Un programme militaire de l’United States Air Force pendant la “Guerre froide” initié par le président américain Lyndon Johnson. Il impliquait des bombardiers Boeing B-52 chargés d’armes thermonucléaires, assignés à des objectifs en ex-URSS en cas de déclenchement d’un conflit. Jusqu’à une douzaine d’appareils étaient en vol en permanence, chargés de missions de plus de vingt heures au-dessus du cercle Arctique et de la Méditerranée. Démarrée initialement en 1958 sous le nom de couverture de Head Start puis Round Robin, l’opération “Dome Chrome” a commencé en 1962 et pris fin le 22 janvier 1968, à la suite d’un autre accident à proximité de la base aérienne américaine de Thulé, sur le territoire danois du Groenland. Là aussi, contamination de l’environnement et victimes humaines furent minimisées tant par les autorités danoises que par Washington.

La dangerosité de “Chrome Dome” et l’inconscience des dirigeants occidentaux de l’époque ont de quoi interpeller encore aujourd’hui. Comment avoir permis que de tels arsenaux de destructions massives volent au-dessus de nos têtes 24 heures sur 24 ? Cela a duré plus de dix ans! Autre interrogation: il y a-t-il aujourd’hui encore d’autres opérations d’une telle potentialité de destruction que l’on nous cacherait? Quant au niveau de radioactivité actuel, il est officieusement admis être plus important qu’ailleurs en Espagne. Des promoteurs immobiliers poussés par la frénésie spéculative de 2008 en savent quelque chose, qui virent cette partie de la côte d’Almeria déclarée zone inconstructible en raison d’un taux d’américium – un métal classé radioélément dangereux – très largement supérieur au maximum autorisé.

Je me rends sur le lieu de l’une des deux explosions présumées. L’accès y est interdit par le CIEMAT (Centro de Investigaciones Energéticas, Medioambientales y Tecnológicas). Ce qui n’empêche pas de vastes exploitations maraîchères – les pastèques y sont, par ailleurs, goûteuses – ainsi que le cimetière de Palomares de se juxtaposer à la zone interdite. À croire que la radioactivité s’arrête à une clôture de taillis! Notons que cette même agence – qui continue à nier les liens de cause à effet avec les cancers de la région – estimait en 2016 qu’il subsistait l’équivalent d’un demi-kilo de plutonium disséminé sur soixante hectares, soit 50000 mètres carrés de terres contaminées.

Interrogés, les bordiers m’expliquent qu’ici rien ne prouve que le taux de cancers soit plus important qu’ailleurs. Notons qu’en 1971, cinq ans après la catastrophe, seuls cent villageois (6 % de la population d’alors) furent examinés. Vingt-neuf tests de contamination positifs furent écartés car jugés «statistiquement insignifiants». En 1975, la Defense Nuclear Agency (DNA) mentionnait dans un rapport: «Palomares demeure l’un des quelques sites dans le monde servant de laboratoire expérimental, probablement le seul offrant un regard sur une zone agricole.» Interviewé par le “Courrier international” du 21 février 2011, suite à la visite d’une délégation américaine venue mesurer l’innocuité de la zone, le maire de la localité, Juan José Pérez, exprime le raz-le-bol de ses habitants : “Palomares est stigmatisé, socialement et économiquement.” En janvier 2016, le média “Sputnik France” relaie les données du département d’État américain, révélées par Wikileaks. Celles-ci indiquent que la seule surveillance du site contaminé de Palomares coûte 300000 dollars par an! Washington a dépensé des millions pour traiter des conséquences de cet accident nucléaire.

En 2015, les États-Unis et l’Espagne ont décidé de poursuivre leur collaboration dans cette affaire. Le secrétaire d’État américain John Kerry et le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel García-Margallo ont signé un accord le 19 octobre 2016 grâce auquel les États-Unis s’engagent à prélever quelque 50000 mères cubes de terres contaminées et à les expédier sur sol américain par voie maritime. Pour autant, l’accord n’est pas contraignant et ne stipule aucun délai. On sait seulement que durant la première phase de décontamination, 1400 tonnes d’éléments terreux ont été expédiés vers le centre de retraitement de Savannah River Site à Aiken en Caroline du Sud. Des plants de tomates ont été enterrés ou brûlés. Madrid n’ayant pas édicté de mesures en cas d’accident nucléaire, les protagonistes appliquent les recommandations utilisées par le centre d’essais du Nevada concernant le plutonium et les autres substances radioactives.

Des pressions de toutes sortes pourraient resurgir dans un futur proche. De l’autre côté de l’Atlantique, le cas est déclassifié. Le public a accès aux archives. Des 1600 soldats américains engagés pour nettoyer les lieux de la catastrophe, beaucoup ont été atteints de cancer. Ils parlent. Ils saisissent la justice et demandent des comptes. Pourtant ils étaient protégés par des tenues spéciales et des masques de protection. A contrario des habitants ou encore des 126 Guardia Civil mobilisés pour la même opération. En juin 2016, le journaliste du quotidien “El Mundo” Leyre Iglesias questionne un survivant, le Guardia Civil José Ortiz Hernández. Malade, ce dernier évoque ses collègues décédés de cancer. Ils étaient tous occupés, entre 1972 et 1974, au même poste de surveillance de Llano de Blanquizares, entre Palomares et sa voisine Villaricos. “Nous n’avions ni instructions en la matière ni détecteur de radiation.”

Cette sombre histoire de plus à charge de la dictature franquiste, ne serait-ce que par son opacité et le déni face au risque encouru pas les habitants de la côte d’Almeria, demeure jalousement classifiée par les autorités espagnoles. Quant aux gens de la région, ils veulent tourner la page. Le manque à gagner dans le foncier est considérable. Le tourisme a également souffert. Propos recueillis: “Que l’on vienne dorénavant à Palomares pour ses plages!… Une fois toute la terre contaminée enlevée, on édifiera un musée avec un parc thématique sur les énergies du futur!…”

J’ai parcouru lesdites plages. Elles sont belles et étendues. Sauvages, préservées des ravages de la spéculation immobilière et du béton. Elles sont fréquentées, entre autres, par les mobilhomes et les naturistes. Par endroit, les lieux sont mêmes magiques. Dommage que le plutonium active une mémoire que l’on ne saurait perdre.


*A Palomares, sur le lieu de l’une des deux explosions présumées, l’accès est interdit. Photo Meylan, 15 octobre 2017

**Publié dans "La Méduse", le 17 octobre 2017

08/10/2017

Catalogne (Espagne) : les séparatistes sont minoritaires et depuis toujours !

IMG_2288.PNGLES FAUTEURS DE TROUBLE ONT NON SEULEMENT TORT MAIS ILS AURONT À RENDRE COMPTE !

(Exrait de la Newsletter "Positionnement")

"Dans la région espagnole de Catalogne, il existe bel et bien une crise. Cette lutte de pouvoir divise les Catalans eux-mêmes. Le rapport de force engagé par quelques meneurs peu scrupuleux avec Madrid est un aveu de faillite politique. Cette riche région industrielle – tout-de-même endettée à hauteur de 100 % de son PIB ! - ne s'est toujours pas remise de sa folie spéculative immobilière et bancaire de la dernière décennie. La région qui bénéficie déjà d’une très large autonomie jusqu’à la gestion de sa police, de sa justice comme de ses prisons - un statut inégalé dans toute la péninsule - est traversée par plusieurs courants politiques que tout oppose. Des nationalistes aux indépendantistes, les relans de victimisation, de racisme et de fermeture reviennent. C'est la sur enchère du slogan. L'historien et spécialiste de l'Espagne Benoît Pellistrandi nous l’explique : "C'est la société catalane qui est divisée. Ce n'est pas l'Espagne."
La majorité catalane silencieuse qui n’ose plus même exprimer publiquement son refus de la sécession de peur d’être fustigée et taxée de fasciste par les virulents "meneurs de jeu" est prise en otage. Et les images de la Guardia Civil matraquant des manifestants sont, une fois de plus, malheureuses. Elles ne sont nullement le reflet du pourrissement de la situation voulue par une poignée de politiciens n’ayant comme seul programme celui de désigner un ennemi et de monter les uns contre les autres. À la politologue franco-espagnole Sylvia Desazars de rappeler qu'aucune constitution européenne ne permet un référendum d'auto-détermination déclaré de façon unilatérale. On ne joue ni avec la démocratie ni avec l’Institution. Pour rappel, ce conseiller à l'intérieur à la Généralité de Catalogne qui distinguait les victimes catalanes des espagnoles au lendemain des attentats du 17 août dernier… vil récupération politique, une fois de plus. Racisme et victimisation sont les poisons dilués à petites doses certes mais régulièrement dans une population en proie aux mêmes angoisses que nous tous. À savoir, à quelle sauce une mondialisation brutale, néolibérale et déshumanisée va la consommer elle et les générations futures. En attendant, comme le précise Pierre-Olivier BEFFY, chef économiste de Exane du groupe BNP Paribas, Gas Natural est la dernière entreprise, après les grandes banques Sabadell et Caixa, à avoir annoncé le départ de son siège de Catalogne. Plus généralement, ce sont 4800 entreprises qui l’ont fait depuis 2012. Par ailleurs, est-il nécessaire de rappeler que Madrid - taxée de voleuse par ces mêmes fauteurs de troubles - redistribue une part bien plus importante de son PIB aux autres régions d'Espagne que la Catalogne… Le fait que nombre de personnalités catalanes illustres ayant elles-mêmes connu la dictature franquiste se soient désolidarisées du pseudo référendum est significatif."