25/03/2017

Violences politiques : le douloureux rappel de Londres.

IMG_8709.PNG*Au lendemain du nouvel attentat de Londres, je parcours le livre du candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon.

Un ouvrage écrit à la hâte, sans tête de chapitre ni même une table des matières. Néanmoins, dans son livre intitulé «Pour la génération qui vient», éditions Equateurs, un peu plus d’une centaine de pages écrites en grands caractères, quelques points me permettent de lier la réflexion aux assassinats perpétrés la veille à Westminster par le ressortissant britannique Khalid Masood.

Celui-ci, au volant de son véhicule, fauchant, des passants sur le pont de Westminster, puis poignardant à mort un officier de police. Avant d’être, à son tour, tué. Il était connu de la justice. Notamment pour avoir été condamné à plusieurs reprises pour agressions et possession d’armes. D’autre part, son attaque a été revendiquée par l’organisation criminelle Daech. Toutefois, selon «The Gardian», Khalid Masood ne figurait pas sur la liste des trois mille personnes les plus suspectées de passer à l’acte. Répertoriée par le service de renseignement intérieur britannique (MI5).

Alors, je relis quelques pages de Benoît Hamon. Il rappelle que lors d’une enquête nationale effectuée en 2014, ses concitoyens ont estimé que les musulmans représentaient un tiers de la population française. Alors qu’en réalité ils sont à peine huit pour cent. Il souligne également l’importance des actions de la police de proximité. Celle-ci connaît sa population, comme son environnement. Il appuie le postulat de la prévention sur la nécessité d’investir d’avantage au niveau de l’école. «La lutte contre les inégalités et les discriminations commence sur les bancs de l’instruction publique: c’est là que naissent l’espoir et l’envie de vivre ensemble».

Vu ce qui précède, je suis de plus en plus convaincu que ce que nous nommons terrorisme est avant tout un dérivé de banditisme et de crime organisé. Cas échéant, la police de proximité et les ilotiers chers à Benoît Hamon sont certainement plus efficaces dans la lutte contre l’assassinat que les bombardements ordonnés de l’autre côté de la Méditerranée par le président sortant François Hollande. Les terrorismes – les violences politiques, je préfère – trouvent toujours un dogme, une idéologie, des arguments pour construire la cause. Pour établir la justification du crime. Mais qu’il soit l’œuvre de l’IRA irlandaise, des séparatistes basques de l’ETA, des activistes arméniens ou encore du PKK kurde, le terrorisme emploie les même réseaux financiers et logistiques que le grand banditisme.

En outre, il permet l’instauration d’un climat infra guerrier qui «autorise» le vol, l’extorsion, le racket, l’impôt révolutionnaire et toutes autres activités crapuleuses. Des individus s’enrichissent par le biais des violences politiques. Et tout porte à croire qu’en invoquant la «guerre» de religion ou encore l’instauration d’un pseudo «califat» on se trompe dramatiquement de cible. Les violences politiques sont à appréhender comme le crime de droit commun.

*Article écrit pour "la méduse", journal online indépendant suisse  

05/03/2017

Le monde se réarme et se prépare à la guerre… mais à laquelle ?

*Pour le Conseil national du renseignement américain (NIC), les conflits changent de nature.

Ah-64_ground_with_weapons.jpgPlusieurs faits passent inaperçus. Regroupés, ils suscitent des interrogations cruciales. Le nouveau locataire de la Maison Blanche demande au Congrès d’augmenter de 9% les dépenses militaires et de sécurité nationale. Soit une hausse historique de 54 milliards de dollars. « Ce qui avec plus de 600 milliards de dollars par an font que les Etats-Unis dépensent autant que les neuf pays suivants cumulés », précise Frédéric Autran, correspondant à New York, pour le quotidien « Libération.» De son côté, Pékin annonce augmenter son budget de la défense de quelques sept pour cent – à 192 milliards - pour 2017. Et sa porte-parole de l’Assemblée nationale populaire, Madame Fu Ying, de rappeler que la Chine n’a jamais nui à aucun pays. « Les budgets de la défense dans le monde ont déjà nettement gonflé en 2016 pour s’élever à 1570 milliards de dollars» nous apprend le média « Sputnik France» Et de préciser que depuis 2014, les achats d’équipements militaires dans les pays baltes ont doublé et qu’ils devraient atteindre 2,1 milliards de dollars en 2020. Comme pour l’Asie, la région invoque une hypothétique menace russe. Pourtant, la Russie quant à elle communique une baisse de son budget. C’est une première, depuis les années 1990. Celui-ci passe de 51,8 à 48,4 milliards de dollars. La patrie de Poutine passe ainsi du quatrième rang au sixième rang mondial. Elle est devancée par l’Arabie saoudite – et oui la principale bailleuse de fonds de l’islam radical – et par l’Inde. A noter que la France, malgré son gouvernement socialiste, dépensera dans le domaine autant, en 2017, que la Russie. Le budget de l’Hexagone est également en augmentation. Autre fait marquant, c’est le rétablissement de la conscription – le service militaire obligatoire – dans des pays qui l’avait pourtant abandonnée. Tel est le cas pour la Lituanie qui a fait marche arrière en 2015. Mais aussi pour la Suède qui vient de rétablir le service obligatoire pour 2018. Après l’avoir abandonné en 2010. Demain, ce sera probablement le tour de la Pologne. Pour rappel : les Suisses se sont encore massivement prononcés, le 22 septembre 2013, par le biais des urnes, en faveur de son maintien. Manifestement c’est à juste raison.

Mais qu’en est-il de la menace réelle ? Beaucoup mettent à l’index une Russie expansionniste. Elle viole les espaces aériens de la Suède et de la Finlande qui songent adhérer à l’OTAN. Une même Russie, qui après avoir annexé la Crimée en 2014, multiplie ses déploiements militaires en mer Baltique. Toutefois, ils sont autant dans l’entourage du président Trump à se méfier de la Chine. En effet, la recrudescence des tensions en mer de Chine méridionale – point de passage de la moitié du commerce mondial et de l’approvisionnement en pétrole - ont déjà poussé des pays d’Asie-Pacifique comme le Japon et l’Australie à se réarmer en 2016.

Un des tout premiers rapports que Donald Trump a trouvé sur son bureau en prenant ses fonctions est celui rédigé par le Conseil national du renseignement américain (NIC) : « Global trends : Paradox of progress », janvier 2017. Celui-ci imagine le monde de demain. Il prend en compte les études et avis de quelques 2500 analystes et consultants de trente-six pays. Trois scénarios sont retenus par la synthèse : un monde en proie au protectionnisme et à l’isolationnisme, un monde dominé par quelques grandes sphères d’influence et blocs régionaux, ou finalement un scénario mettant en avant la naissance d’un monde dans lequel les Etats auront moins de pouvoir contrairement aux entreprises, réseaux sociaux, obédiences religieuses et autres. Autant dire que dans ce cas des fascismes tels que le néolibéralisme ou le fondamentalisme religieux l’auront emporté. Ce qui expliquerait également le sentiment de vulnérabilité exprimé, par le biais de la course aux armements. Toujours pour le NIC, la diminution des conflits, en nombre et en intensité au cours des vingt dernières années devrait s’inverser : « D’avantage d’acteurs seront en mesure d’employer un éventail plus vaste de moyens militaires et non militaires, brouillant les limites entre la guerre et la paix, et bouleversant les anciens critères d’escalade et de dissuasion. Les affrontements à venir s’appuieront sur la déstabilisation des infrastructures critiques, de la cohésion sociale et du fonctionnement du gouvernement, visant la domination psychologique et géopolitique plutôt que la défaite des forces ennemies sur le champ de bataille par des moyens militaires traditionnels. » Plus intrigant encore, il est fait mention que les populations pourront être prises pour cibles pour dresser les uns contre les autres des groupes ethniques, religieux et politiques. Perturber les liens sociétaux et la coexistence intérieure propres aux Etats. Nous voilà prévenus d’une telle dérive. L’objectif final étant toujours d’assoir sur l’autre une logique de pouvoir.

*Texte initialement dédié à "la méduse", Journal suisse en ligne, fondé et conduit par Christian Campiche.

22/02/2017

Le Forum des 100 a-t-il coulé l'Hebdo ?

IMG_3096.PNGJe suis de ceux qui croient que le défunt magazine a souffert d’un problème de positionnement.

L’Hebdo… « Il était bon pour la tête », voici comment a été présentée la dernière édition du magazine romand, le 3 février 2017. Néanmoins, nous sommes probablement plus nombreux qu’il appert à ne pas pleurer le média qui n’est plus.

Force est de relever la page importante qui se tourne – 1981 à 2017. De souligner également tout ce que L’Hebdo a apporté aux générations précédentes. De noter aussi le nombre de journalistes aujourd’hui connus ayant passés par la rédaction sise au Pont Bessières 3, à Lausanne. Pourquoi au-delà de l’émotion légitime et compréhensible des premiers intéressés L’Hebdo ne manquera pas plus que cela dans le paysage médiatique romand ? Simplement, parce que son positionnement était devenu illisible.

Le magazine s’était, au cours des années, éloigné du journalisme d’investigation. De la recherche objective et impartiale de la vérité. Hors, il n’y a rien à gagner dans la galaxie de la grande consommation d’informations de masse, d’informations furtives, d’informations éphémères non pertinentes et même parfois non éprouvées. Le copier / coller, le diktat de la pensée unique et l’absence de valeur ajoutée ne constituent pas un créneau porteur. Cette constellation est déjà occupée par les réseaux sociaux et le tout gratuit tel que le quotidien « 20 Minutes », pour ne mentionner que lui. Et, on n’a plus besoin d’un magazine payant pour choisir son vin, sa terrasse au bord du lac ni pour se forger une opinion politique.

Pourtant, Dieu sait combien de fois beaucoup se sont posé la question : faut-il encore acheter L’Hebdo, malgré son idéologie unilatérale orientée. Et démontrer édition après édition, une incapacité voire une absence de volonté à se remettre en question. Comme disait l’autre : « Finalement, ce n’est pas la critique même des valeurs auxquelles l’on est profondément attaché, mais bien le constat que l’ouverture intellectuelle est absente chez ceux et celles qui à longueur d’année tentent de vous prouver votre obscurantisme. »

Même les petites annonces « Coquins, câlins, malins… » n’avaient plus la cote. Lire également l’article de Jacques Guyaz pour Domaine Public. Celles-ci avaient largement contribué à l’engouement, jadis, pour l’hebdomadaire. Elles étaient réputées à la fois pour leur sérieux et pour leur touche d’humour. Les sites de rencontres en ligne ont eu leur peau.

Et qu’en est-il du pompeux « Forum des 100 ?» Dont l’arrogant slogan était : « La rencontre de ceux qui font la Suisse Romande. » Merci pour les autres ! Cette manifestation devenue référence pour une minorité aura, sans aucun doute, fini par couler L’Hebdo. Tant son parfum de cooptation, à la sauce élitiste et limite jet-set ne pouvait qu’éloigner d’avantage une part très significative de son lectorat. Celui-ci ne se reconnaissant pas dans cet évènement bling-bling qui vous envoyait au visage : « Vous n’êtes pas in alors vous êtes out ! »

En agissant ainsi, le magazine a généré le désintérêt du plus grand nombre au lieu de fédérer et de garder une base clientèle solide. Je l’ai écrit récemment dans les colonnes du quotidien « Le Temps », la posture de la rédaction a probablement fait autant de dégâts que l’avènement du numérique.