15/04/2017

Transparence inachevée aux Chambres fédérales

*Il faut améliorer l’information du public sur les liens entre élus et groupes d’intérêts

iStock_000005218304XSmall[1].jpgAu lendemain du refus, en votation référendaire, de la loi sur la réforme de l’imposition des entreprises III (RIE III), le soufflé semble déjà retombé. On sent, dans la population, une fatigue générale. Une attitude qui correspond peut-être à la saison, à moins qu’elle marque simplement le passage à autre chose, comme une envie de tourner la page.

Force est de constater que la campagne RIE III aura été d’une intensité incroyable, inquiétante même. Non seulement en raison des montants colossaux engagés par le camp du oui ou de la virulence des débats. Le droit à l’image a même été bafoué. Des personnalités politiques qui s’étaient clairement affichées en faveur du non ont vu leurs portraits photo dévoyés. Cette campagne a été menée au rythme des pressions et des menaces. Une fois de plus, on a joué sur les peurs. Pas sur n’importe lesquelles, mais avant tout sur celle qui revient le plus souvent en tête dans les baromètres des préoccupations de la population: la peur de perdre son emploi.

Les ingrédients de cette campagne finalement mise en échec ne sont pas sans rappeler ceux employés pour combattre l’initiative populaire contre les rémunérations abusives, dite initiative Minder du nom de son auteur, à l’hiver 2013. Nous retrouvons les mêmes adversaires. A savoir, d’un côté, les protagonistes d’un néolibéralisme visant l’affaiblissement de l’Etat par la continuelle réduction de ses moyens et, en face, une mobilisation de la société civile et une action des autorités en faveur de l’intérêt général et de la cohésion sociale.

A l’époque, j’avais activement provoqué et organisé la campagne, en Suisse romande, en faveur de l’initiative Minder. Ce qui m’a valu d’être très défavorablement surpris par mon ancienne formation politique, le parti démocrate-chrétien (PDC). J’ai découvert que ce parti, connu pour accorder une attention prioritaire à la famille et à la classe moyenne, avait choisi de faire corps et âme avec le leadership néolibéral. Et de tenter de faire échouer un texte pourtant plein de sens, luttant contre les abus salariaux d’une poignée de «capitaines mercenaires» et contre la spoliation de nos grandes entreprises cotées en bourse. En regroupant les informations obtenues, en tant que secrétaire politique de la section vaudoise, j’ai alors compris que le dicton «qui paie, commande» vaut également pour le débat démocratique. Le PDC, comme d’autres formations bourgeoises, avait reçu de l’argent des sociétés visées particulièrement par l’initiative Minder.

A l’été 2016, usant de mon droit personnel, j’ai déposé une pétition munie de 134 signatures, demandant davantage de transparence de la part de nos élus aux Chambres fédérales. Ces derniers devraient renseigner sur leurs liens avec des représentants des groupes d’intérêts. Répertoriée sous le numéro 16.2013, ma pétition suivra la procédure parlementaire d’usage. Le secrétariat des Commissions des affaires juridiques a pris soin de me prévenir: cela prendra du temps.

Avouer ses accrédités

La demande est aussi concrète que précise: lors des campagnes en vue de votations fédérales, organisées au maximum quatre fois par an, les élus aux Chambres fédérales devraient communiquer, lors de toute prise de position publique, l’identité des personnes auxquelles ils ont remis une carte d’accès au Palais fédéral.

Il faut savoir que chaque parlementaire a le droit d’accréditer une à deux personnes de son choix, pour toute la durée de son mandat de quatre ans. Ces gens, souvent des lobbyistes, ont accès à toutes les parties non publiques du Palais du Parlement – hormis bien sûr les salles des Conseils.

Les élus de droite choisissent volontiers les représentants de grands groupes d’influence ou de cabinets de conseils – servant notamment de paravent à des industries aux odeurs de nicotine ou encore de poudre. A gauche, les personnes proches des ONG tendent à dominer. Mais pas seulement: on voit aussi des parlementaires de toute obédience faire bénéficier du très utile statut d’accrédité leur(s) collaborateurs personnel(s) bien sûr, voire des invités, amis ou parfois membres de leur famille.

On observe, notamment, que la conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE) a accrédité le très actif lobbyiste Patrick Eperon, secrétaire de la Fédération patronale vaudoise chargé de la coordination des campagnes politiques, ainsi que Manuel Trunz, cadre d’UBS SA. Autant dire que, sans le savoir, les électeurs de la Genevoise ont fait rentrer la plus grande banque suisse sous la Coupole, où elle bénéficie par ailleurs de l’accréditation par un élu alémanique, et non des moindres puisqu’il s’agit de Martin Landolt (PBD/GL), président national de la formation issue de l’UDC. Autre multinationale à ne pas être en reste, Swisscom est l’une des accréditées du parlementaire Bernhard Guhl (PBD/AG). Pour sa part, l’ancien journaliste Fathi Derder (PLR/VD) a accrédité Cristina Gaggini, la directrice romande de l’imposante faîtière Economiesuisse et celle qui l’avait précédée dans cette fonction, l’influente Chantal Balet Emery, désormais représentante du milieu des avocats et notaires.

Comme on le sait trop peu, les listes des accrédités auprès des membres du Conseil national et du Conseil des Etats, remises à jour chaque mois, sont consultables sur la Toile. Tout comme le Registre des intérêts tant pour le Conseil national que pour le Conseil des Etats, que tout parlementaire doit remplir ou mettre à jour à chaque (ré)élection. Encore faut-il le savoir et surtout s’y référer.

Une transparence relative

Certes, nos institutions fonctionnent d’une manière relativement transparente. Et cela grâce à la loi fédérale sur le principe de transparence dans l’administration, entrée en vigueur en 2006, qui s’applique également aux services du Parlement; et grâce aussi bien sûr aux développements d’Internet. Une somme considérable d’informations est désormais accessible au public. Toutefois, il faut bien faire la distinction entre la consultation facultative des informations mises à la disposition du peuple et une publication automatique de ces mêmes informations, chaque fois que cela s’avère utile et pertinent.

Exemple: il est demandé aux cigarettiers de faire plus que de valider la dangerosité de leurs produits pour la santé des consommateurs et de leur entourage. Le risque encouru doit également figurer sur chaque paquet vendu. L’effet n’est pas le même.

C’est justement le but recherché par ma pétition: que toute l’information nécessaire à l’élaboration de son choix atteigne effectivement l’électeur. Que celui-ci puisse comprendre où se situe réellement l’élu qui émet une recommandation de vote et apprendre le cas échéant par qui cette dernière est inspirée. Les connivences éventuelles, comme les conflits d’intérêt, doivent apparaître aux citoyens, afin qu’ils puissent se prononcer en connaissance de cause. A défaut de transparence, les opinions deviennent achetables et la démocratie une sorte de marchandise au plus offrant.  

Les défis présents, comme ceux qui attendent les générations futures, sont de taille. Et comme l’énonce l’auteur et consultant politique français Jacques Attali, au Club de la presse, sur Europe 1: «Le jour où la démocratie ne répondra plus aux besoins primordiaux tels qu’un emploi et la sécurité, les générations suivantes s’en débarrasseront.» Ou encore: «Si les marchés n’intègrent pas le long terme, la démocratie sera remplacée par la dictature.»

*Article écrit pour et publié par "Domaine public", le 19 février 2017

https://www.domainepublic.ch/articles/31040

09/04/2017

Terrorisme et violences politiques... Rien ne changera en 2017 !

Cracovie octobre 2016 359.JPG*Le 11 septembre 2001, le monde a subit l'électrochoc de l'horreur. Les attaques des deux tours jumelles à New York ont été une très douloureuse piqûre de rappel et de remise en question, en particulier pour l’Occident. Une sanglante invitation à revoir nos liens avec des régimes totalitaires et moyenâgeux tels que l'Arabie Saoudite ou encore le Qatar qui financent la haine et le dogme religieux. De revoir aussi notre géopolitique des hydrocarbures.
Pourtant, depuis rien n'a été fait. Aucun spécialiste ne voit le bout du tunnel de la violence politique. Pour le français Bernard Squarcini, ex-patron de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), on est sur un danger imminent qui va persister. Certes, le degré sécuritaire s'est élevé un peu partout. Il ne cessera de le faire. Son prix est astronomique pour l'économie et pour la collectivité.

Notons que la Suisse ne dispose toujours pas d'un plan de mobilisation éprouvé tel que Vigipirate. Et même ce dernier peinera à retenir les quelques 8250 individus radicalisés repérés dans l'Hexagone, selon Le Figaro.

L'incroyable est arrivé, le pire reste à venir. L'organisation criminelle Daech n'est pas encore éradiquée que l'on se demande avec effroi que vont devenir ces milliers de jeunes irakiens, syriens ou libyens sous le joug des écoles du terrorisme.
La problématique des violences politiques au nom d'un certain islam est complexe et diffuse. Elle ne peut s'appréhender que sur plusieurs plans, à la fois. Son combat doit être pluridisciplinaire. L’effort doit se produire tant dans le temps que dans l’espace. Cela doit devenir une réelle priorité nationale. Nous n'avons pas affaire à un combat pour une idéologie mais à des assassinats de masse crapuleux. Ils servent des intérêts particuliers. Terrible, ils ont, à présent, généré des métastases.

Notre monde occidental de consommateurs orientés et auto-référents a des pieds d’argile. On ne le dira jamais assez. Le terrorisme n’est autre qu’une industrie du crime. Trop en vivent confortablement. Les motivations de ses mandants sont toujours l'argent et le pouvoir.

Arrêtons d’être complices d’une politique internationale messianique qui juge unilatéralement quels sont les pouvoirs à soutenir ou non. Cette ingérence crasse est détestable. Elle est même insupportable quand elle vient à armer et à financer les groupes criminels les plus barbares. Par ailleurs, nous gagnerions en sérénité à sortir de l’économie sanglante du pétrole.

Sur le plan de l’éducation, il est grand temps de favoriser le débat et l’instruction publique. Inciter nos médias à faire autre chose que la fabrication d’une réalité. De décider à notre place de ce qui est blanc et de ce qui est noir. Alors que les choses sont le plus souvent grises.

*Texte proposé à la rubrique "Réflexions" du "24 heures", en décembre 2016

  Publié par Orbis Terrae, le 10 février 2017

 

07/04/2017

Le néo-libéralisme et Daech : des similitudes !

IMG_2350.JPG*Tant le courant de pensée néo-libéral que l'organisation criminelle islamiste s'appuient sur l'application totale d'une doctrine. C'est-à-dire, un fascisme.
Pour le premier, le marché est seul roi. Pour le second, c'est une religion purifiée et surtout revisitée. En soit, il y a un effet de nouveauté, recherché dans les deux cas.

Pour les prédicateurs de l'État Islamique (EI), on postule pour un nouveau califat supérieur à tout ce que l'on a connu. Au-dessus du défunt sultanat, au-dessus du clergé saoudien wahhabite et évidemment supérieur au clergé chiite et à toutes autres obédiences. Ce "new" califat irait jusqu'à soumettre Rome et à imposer l'islam au quatre coins du monde. Quant aux néolibéraux, "néo" en grec comme nouveau, ils piétinent à pieds joints toute la pensée libe?rale par la négation ; en plaçant à la tête du système le sacro-saint marché. Au-dessus de l'État, au-dessus de tout et bien entendu au-dessus du politique qui par essence-même a un prix et qui s'achète. Faut-il le rappeler ? Dans la pensée libérale, d'Aristote à Adam Smith en passant par Montesquieu, l'État demeure le seul garant du bien commun et du vivre ensemble. Avec le marché, il doit consister un équilibre et un système chapeauté par le Droit - avec un D majuscule - valable pour toutes et pour tous.

L'EI et le néolibéralisme font siens des zones de non droit. Pour l'organisation criminelle, les zones grises d'Irak, de Syrie et de Libye ont constitué son espace de déploiement et opérationnel. Pour les néolibéraux, exploiter les flous ou les manquements juridiques des États pour ne pas ou très peu payer d'impôts est une activité de prédilection. De même que tenter de privatiser des services jusqu'alors proposés par l'État. On parle, dans les cas d'espèce, des traités transnationaux TISA et TAFTA. Pour eux, le monde est une marchandise.

Bien entendu, tant pour l'EI que pour les néolibéraux - tous deux surfant avec une aisance déconcertante sur les agrégats de la mondialisation, des flux migratoires et de la financiarisation - leur dogme respectif n'est qu'alibi pour leur soif de pouvoir insatiable. L'application fascisante de la "loi" du marché et d'un "islam" littéral et des plus moyenâgeux ne servant en fin de compte qu'à asseoir la domination de quelques uns sur le plus grand nombre.

Autres similitudes: l'art de manier les moyens de communication et un marketing des plus efficaces. Pour ces deux courants, l'un criminel et l'autre sauvage, j'appuie et je persiste, le discours, l'humain est réduit à l'état d'objet, avant que de disparaître en poussière. Nous avons bel et bien affaire à des formes de fascisme, spécifiques à notre ère.
Les deux sont à circonscrire avec la connaissance, la recherche de la vérité et avec le discours. Réveillons-nous !

*Texte publié dans Orbis Terrae, www.orbisterrae.ch