25/12/2017

Si tu n’es pas indépendantiste, tu es fasciste !

6AE1F3FC-020C-490F-8A11-E7F0DD4809CE.jpeg« Si tu n’es pas indépendantiste, tu es fasciste ! »

Suite aux élections législatives du 21 décembre dernier, en Catalogne, les opposants aux indépendantistes - Ciudadanos, première force politique au Parlement - ont rappelé que les Catalans opposés à la sécession avaient démontré qu'ils étaient plus nombreux que les autres. Même sans avoir obtenu la majorité des sièges, ils ont obtenu 52,1% des voix, contre 47,5% pour les indépendantistes. La loi électorale catalane prévoit un système de pondération des suffrages qui avantage les provinces rurales, où les indépendantistes sont bien implantés. D’où leur victoire en sièges au parlement régional. Mais comme l’a scandé Inés Arrimadas, leader de Ciudadanos : « Vous avez ruiné la Catalogne. Vous vivez dans une bulle républicaine et vous ne savez pas ce qui se passe en réalité. »
Il n’y a aucune raison de se réjouir de la montée du séparatisme catalan. Il repose principalement sur le fait de 4DDA644C-162E-4184-B596-486813F2350D.jpegraviver les blessures du passé, sur le racisme, sur le clientélisme et sur la démagogie. En Catalogne, pour les séparatistes, vous n’avez guère le choix quant à votre posture : « Si tu n’es pas indépendantiste, tu es fasciste ! » Précisons que bien rares ils sont aujourd’hui les indépendantistes qui ont réellement connu les geôles du dictateur Franco. Ce que quelques-uns appellent oppression ressemble plus à des caprices d’enfants de riches. Non, il n’y a vraiment pas à se réjouir. Les Catalans refusant la séparation d’avec les autres autonomies espagnoles ne sont pas moins catalans que les autres. Comme le précise le socialiste catalan Josep Borrell, ex président du Parlement européen : « Les séparatistes catalans qui n’ont aucun projet politique autre que celui de la confrontation réunissent à la fois une bourgeoisie catalane dont une partie est en proie avec des affaires de corruption et les extrêmes anti-système qui entendent faire la guerre au capitalisme et à la mondialisation par le truchement de la sédition. Une telle alliance de l’eau et du feu n’augure rien de bon. »
En extrapolant, on peut craindre, à terme et sans fantasme, une lutte armée au sein de cette autonomie espagnole meurtrie qui attirerait tous les anti-sytème, des pacifistes au moins pacifistes tels que les révolutionnaires, criminels et autres djihadistes qui sommeillent sous nos latitudes et au-delà contre l’ordre institutionnel. La situation catalane, contrairement à un bon bordeaux, ne se bonifie pas avec le temps.

13/12/2017

Les attentats de Barcelone du 17 août, éclairage...

9F0D0546-D5CF-4581-A94E-3B91F031B94F.jpeg*Après m’être rendu plus d’une trentaine de fois sur des lieux marqués par le terrorisme et les violences politiques, je suis retourné cette fois à Barcelone.

PAR FRANÇOIS MEYLAN, retour de Barcelone

J’y ai des contacts anciens au sein de la Guardia Urbana – la police de la ville de Gaudi et de son agglomération. J’ai également suivi de près la montée du séparatisme catalan au cours de ces vingt-cinq dernières années.

Les attentats du jeudi 17 août 2017 sur les célèbres Ramblas et le même soir dans la station balnéaire de Cambrils, distante de 120 km, m’interpellent à plus d’un titre. Il est, une fois de plus, question de véhicules volés et lancés dans la foule à grande vitesse avec pour objectif de faire le plus grand nombre de victimes. Comme pour les attaques similaires à Berlin, à Stockholm et à Londres, le «chauffard terroriste» prend la fuite en abandonnant le véhicule accidenté. Il n’a pas l’intention de mourir. Ce qui contredit la théorie habituellement répandue du terroriste kamikaze. Ce que dit l’écrivain marocain – prix Goncourt 1987 – Tahar Ben Jelloun: «Le mot kamikaze a été utilisé durant la seconde Guerre mondiale. Les kamikazes japonais étaient des soldats, mobilisés dans une armée en guerre, qui obéissaient aux ordres et n’attaquaient que des cibles militaires précises. Il ne s’agissait pas de suicides. La mort faisait partie de leur mission, et ils devaient l’accepter. C’est pour cela que les «djihadistes» ne sont pas des kamikazes. Cette notion de sacrifice de soi n’est pas courante dans le monde civilisé, autrement dit partout où domine l’instinct de vie. L’islam condamne d’ailleurs fermement le suicide, même pour une cause qui serait noble.»

Ensuite, y aurait-il une relation entre ces nouvelles attaques à l’encontre de passants – emploi de véhicules-béliers et agressions au couteau occasionnant 15 morts et des dizaines de blessés – et les événements politiques qui secouent la Catalogne?

Mais aussi, quel est le lien entre Barcelone et la coalition militaire qui a combattu l’État islamique (EI) en Syrie – 19FADC57-3005-4F5E-B3A8-63AFD3BABBF2.jpegpuisque c’est cette organisation criminelle qui a revendiqué les attentats?

Précisons que l’empressement mis à revendiquer – le soir même – et l’inexactitude des faits décrits dans la revendication – mention d’une camionnette pour l’attaque de Cambrils alors qu’il s’agit d’une auto Ford berline – laissent croire que l’entité EI a agi dans la précipitation.

Notons que dans la constellation de la compréhension de l’action terroriste, se rendre sur place est toujours très utile. À la pensée unique colportée par les médias de masse et aux théories fumeuses – telles que celles sur les loups solitaires ou encore sur la génération spontanée de combattants au nom d’Allah – répétées en boucle depuis les attentats du 11 septembre 2001 par quelque analystes autoproclamés sur nos plateaux de télévision, la réalité du terrain et le contact avec les témoins de la première heure apportent un tout autre éclairage.

Des éléments recueillis sur place et des propos des meilleurs spécialistes, il appert que les autorités catalanes et espagnoles ont bel et bien eu affaire à un complot. Ce ne sont pas moins de douze individus qui sont impliqués dans ces attentats. La majorité étant d’origine marocaine et parlant français, ayant connu le banditisme et même la prison tant à Marseille qu’à Castellon, province voisine de Catalogne.

Si aucun lien n’est avéré entre la cellule marocaine et des éléments séparatistes catalans, il paraît évident que la situation politique intérieure n’a rien arrangé. Comme le souligne Nicolas Klein, auteur de «Rupture de Ban – L’Espagne face à la crise », les forces de sécurité catalanes sont restées sourdes aux avertissements de leurs homologues madrilènes. Durant l’été, le patron des Mossos d’Esquadra – la police de l’autonomie de Catalogne – jugé pas assez indépendantiste – a été remplacé. Par ailleurs les Ramblas – l’une des avenues les plus visitées d’Europe – laissait un accès aux véhicules lourds et se trouvait vulnérable du côté de son débouché sur la place Catalogne. Or rien qu’entre juillet 2016 et avril 2017, des attaques très meurtrières et similaires employant des véhicules-béliers ont eu lieu à Nice, Berlin, Stockholm et Londres. Les autorités locales auraient dû en tirer la leçon et prendre les décisions sécuritaires qui s’imposaient. Aujourd’hui, les dernières possibilités d’accès en véhicule sur les Ramblas sont condamnées par des voitures et fourgons de police en stationnement. Il y en a précisément quatre.

On relèvera également l’absence de tout lien entre Barcelone et la coalition qui combat l’EI. L’Espagne participe bel et bien à l’effort de guerre pour éliminer l’État islamique mais cet engagement est très anecdotique, comme le souligne Raphaël Jérusalmi, ancien officier des renseignements militaires israéliens. Pour ce haut connaisseur, la principale motivation de l’EI est de ne pas disparaître et de continuer à exister sur le «marché de l’emploi terroriste».

L’organisation criminelle aurait choisi la capitale catalane en raison de ses caractéristiques de cible à la fois facile et symbolique, ajoute Frédéric Gallois, ancien commandant du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). L’enquête a démontré que l’attentat initial était d’y faire exploser, pour le moins, un camion rempli de bonbonnes de gaz butane. Ce qui n’a pas été rendu possible en raison de l’explosion accidentelle la veille de la maison où était entreposé le matériel explosif, dans la localité de Alcanar, à quelques 200 kilomètres de la capitale catalane. Une telle opération, si elle avait réussi, aurait hautement valorisé la capacité de nuisance de l’État islamique dont les structures de commandement battent en retraite sur la nouvelle zone de non-droit qu’est devenue la Libye. Le constat de Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire français au Ministère de la défense, est édifiant: «Plus de nonante pour cent des victimes du terrorisme pseudo islamiste sont des musulmans.»

10/12/2017

Paradise Papers : appliquons le principe fondamental de la réciprocité !

A0018C81-E6A2-4769-A062-6400376C611A.jpeg*Je suggère le boycott économique ou électoral des «resquilleurs de l'économie globalisée».

Une nouvelle affaire qui éclabousse le monde de l'évasion fiscale est celle des Paradise Papers. Un peu plus d'une année après celle des Panama Papers. Pour rappel, en avril 2016, une fuite provenant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca permettait la divulgation de 11 millions de documents confidentiels. Détaillant les activités de 214 000 sociétés offshore spécialisées dans la soustraction fiscale.

Avec les «Paradise Papers», la situation est quelque peu différente. Il s'agit de montages financiers du type «poupées russes». La fuite, cette-fois-ci, provient du cabinet d'avocats Appleby. Utilisées dans le monde de la finance, de l'industrie, du vedettariat ou encore de la politique, les structures révélées ne sont pas illégales, mais l'aléa moral en prend un sérieux coup.

Il y a plusieurs façons d'appréhender cette problématique qui ne fait qu'accroître les inégalités sociales – l'impôt demeurant un outil incontournable pour redistribuer les fruits de la croissance économique. Selon le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) et l'économiste français Gabriel Zucman, cette évasion de capitaux des entreprises et des grandes fortunes représente 350 milliards d'euros de pertes fiscales par an pour le monde entier, qui viendront à manquer tôt ou tard. Quelqu'un devra bien payer.

Tolérance zéro

Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz clame haut et fort qu'il faudrait pratiquer une tolérance zéro en la matière. Toutefois, les avocats et banquiers concernés se réfugient derrière la légalité de leurs montages financiers.

Par ailleurs, l'invocation de considérants moraux constitue un terrain glissant: la morale a mauvaise presse dans notre société basée sur l'individualisme et l'égoïsme. Parce que «les affaires» à répétition font douter de tout et de tous. Au point de se demander qui peut encore faire la morale à qui que ce soit. D'indignation en indignation, «nul ne ment plus qu'un homme indigné», disait Nietzche.

Quant aux néolibéraux, ils défendent bec et ongles que nous payons trop d'impôts. Que l'Etat et son lot de fainéants et de profiteurs coûtent trop cher. Que tout le monde n'a pas envie de financer les expos de Jeff Koons ou les poupées géantes de Nantes. Bref, c'est la faute de l'autre.

Cohérence

Pour ma part, l'angle d'approche le plus rationnel est celui de la cohérence. Si ces montages offshore avaient comme logique économique autre chose que de se désolidariser d'avec le bien commun, on devrait se dépêcher de les démocratiser et de les rendre accessibles au plus grand nombre.

Dans le même sens, appliquons le principe élémentaire de la réciprocité, sans lequel aucune confiance ne peut se développer. Pourquoi continuer d'acheter les produits de l'équipementier Nike qui, comme l'a révélé Le Monde, pratique l'optimisation fiscale par une série de montages financiers entre les Pays-Bas et les Bahamas, lui permettant de réduire son taux d'imposition à un malheureux 2% sur ses profits réalisés en Europe? Et ainsi de suite, sanctionnons, en tant que consommateurs et qu'électeurs, ces resquilleurs de l'économie globalisée qui profitent plus qu'à leur tour de la mondialisation sans acheter leur ticket!

*Article publié dans « Le Courrier », jeudi 7 décembre 2017