22/10/2019

À l’intention des policiers espagnols blessés lors de la contre guérilla urbaine à Barcelone.

4F836373-362A-4BA2-9122-A55D355C0254.jpegÀ l’intention des policiers espagnols blessés lors des opérations contre la guérilla urbaine dans l’autonomie catalane, en Espagne,

(Envoyé à leur hôpital, via e-mail)

Chères policières, Chers policiers,

Depuis la Suisse, où nous-mêmes luttons contre le laxisme de nos propres autorités quand ce n’est pas de la complicité, contre la manipulation des masses et contre les intérêts particuliers, nous sommes de tout cœur à vos côtés.

AEABF138-7BEC-4072-A6A7-4171556F56F4.jpegTous ensemble, nous menons une lutte pour la démocratie, pour les valeurs du vivre ensemble, pour nos libertés fondamentales, pour l’État de droit et pour la justice.

L’appareil séparatiste catalan que vous affrontez dans les rues catalanes n’a jamais été pacifique. Il manipule l’histoire comme les individus. Il ment, il vole, il endoctrine, il soudoie. Il est nationaliste et suprémaciste. Il cultive une idéologie d’exclusion et la haine de l’autre.

Surtout, il ne repose sur aucune réalité historique, ni scientifique, ni raciale et encore moins morale. Il impose des différences là où il n’y en a pas. C’est un poison non seulement pour la majorité sociale catalane qui le souffre au quotidien mais aussi et vous l’avez compris pour l’unité de l’Espagne, pour la stabilité de la construction européenne qui est la meilleure garante contre la résurgence de la guerre sur le continent.

FB21E0E2-2495-4FD9-AE52-EAFFEB2CCCC7.jpegEn Suisse, il a contaminé jusqu’à nos institutions et le monde des médias. Il est le reflet d’une partie des maux d’une société occidentale qui est décadente sur plus d’un plan. Où une minorité violente l’emporte aux yeux des mass médias parce que cela paraît tendance... plus cool.

Dans tous les cas, c’est une honte à l’endroit des gens qui dans le monde subissent réellement des atteintes à leurs libertés fondamentales et des agressions dans leur chair.

J’ai eu moi-même l’occasion de côtoyer des manifestations indépendantistes. J’ai vu ces manifestants, qui avec leurs Nikes aux pieds et leurs iPhones, ne savent même pas pourquoi ils manifestent ! Ni pourquoi ni même pour qui ils insultent, ils cassent. Nous baignons dans des caprices d’enfants de riches. Néanmoins, les dégâts eux sont bien réels et pour beaucoup seront durables. En aucun cas, nous ne pouvons laisser à nos enfants le nationalisme, le suprémacisme et le crime organisé comme héritage. Vous l’aurez aussi compris. Des individus s’enrichissent sur le dos de tout ça.

79C12D69-2DA1-4B8E-990E-222A7B11F477.jpegEn plus d’être confrontés à un cas de perversion narcissique collective sans précédent depuis les tristes nazis, nous affrontons également une organisation criminelle qui voit ses divers protagonistes agir tant depuis l’autonomie catalane que depuis l’extérieur.

Vous saisissez ainsi la gloire, la fierté et toute la gratitude que l’on vous porte. Vous qui, en première ligne, avez pris les coups, au périple de votre vie, qui étaient destinés à la convivialité et à nos propres libertés.
Avec notre infinie gratitude, nous vous souhaitons un prompt rétablissement.

François Meylan
Pour le Comité
Catalunya peuple d’Espagne CPDE
Lausanne

13/10/2019

Le destin de l’Espagne suspendu aux sentences de la Cour suprême.

1C86F10C-5582-4A7F-8BB0-F46418452CEE.jpegInterview exclusive du professeur Nicolas Klein !

FM : On attend dans les prochaines heures la sentence de la Cour suprême de Madrid à l’intention des putschistes catalans de 2017. Pourquoi maintenant et non plus tôt ou plus tard?

Nicolas Klein : Il faudrait demander cela aux juges de la Cour suprême mais j’imagine qu’un dossier aussi complexe et lourd de conséquences n’est pas aisé à traiter. Le procès des anciens dirigeants séparatistes a formellement commencé en février 2019 mais l’instruction dure depuis au moins un an et demi. La reconstitution des faits, le recueil des témoignages, la prise en compte de la parole des accusés et des accusateurs, tout cela prend nécessairement du temps.

Il faut ajouter que les faits reprochés aux prévenus sont assez inédits dans l’histoire récente de l’Espagne. Jamais des dirigeants ou anciens dirigeants régionaux n’avaient été inculpés pour de telles charges depuis 1975. Les membres de la Cour suprême, dont le désormais célèbre Manuel Marchena, ont donc forcément dû se montrer prudents.

Quoi qu’il en soit, nous devrions être bientôt fixés (probablement dans la semaine du 14 au 20 octobre).


FM : Les sp
éculations ainsi que les pseudo-fuites ont rythmé la semaine écoulée. Le secret des délibérations a-t-il été assuré ?

Nicolas Klein : De deux choses l’une : soit il a été assuré et la sentence surprendra tout le monde lors de son annonce, soit cela n’a pas été le cas et il faudra que la justice ou les forces de l’ordre découvrent qui a fait fuiter ces informations.

Il serait dommage qu’un procès mené aussi rigoureusement (quoi qu’en disent les séparatistes et leurs affidés) soit entaché par un viol du secret des délibérations.

 
FM : À quelles peines (et pour quels chefs d’accusation) doit-on s’attendre ?

Nicolas Klein : Si l’on s’en tient aux fuites des derniers jours dans les médias, les prévenus seront condamnés par la Cour suprême pour malversation (utilisation indue de l’argent public pour financer un processus indépendantiste illégal) et sédition (délit qui consiste à empêcher par des moyens illégaux, qu’ils soient violents ou pas, l’application de la loi). La sédition est punie en Espagne par des peines de prison allant de dix à quinze ans si ceux qui s’en sont rendus coupables constituent une forme d’autorité publique (ce qui était le cas des prévenus au moment des faits qui leurs sont reprochés).

Au cas où ce scénario se confirmerait, le chef d’accusation de rébellion ne serait pas retenu par la Cour suprême. Les principaux médias espagnols estiment que la peine prononcée pourrait donc tourner autour de 12 ans de prison pour l’ancien vice-président régional catalan, Oriol Junqueras, et de 11 ans et demi pour les anciens conseillers régionaux catalans Joaquim Forn, Jordi Turull, Josep Rull, Raül Romeva et Dolors Bassa. Pour l’ancienne présidente du Parlement régional, Carme Forcadell, la condamnation pourrait être de 10 ans de réclusion, tandis qu’elle s’élèverait à 8 ans pour les anciens responsables Jordi Sànchez et Jordi Cuixart ainsi qu’à 7 ans pour les anciens conseillers régionaux Santi Vila, Meritxell Borràs et Carles Mundó.

Il existe une différence de degré entre la sédition et la rébellion, puisque la première est punie moins sévèrement (de dix à quinze ans de moins, selon les cas). Cette différence, cependant, est aussi de nature : là où la sédition est considérée par le code pénal espagnol comme un « simple » trouble à l’ordre public, la rébellion est un délit contre l’État espagnol, contre ses institutions et contre sa Constitution.

Il existe depuis plusieurs années d’importants débats au sein de la société espagnole sur la qualification à donner aux faits reprochés aux prévenus que je viens d’évoquer mais la Cour suprême sera forcée de trancher.

 
FM : Encore très récemment, des élus français se sont mobilisés en faveur des inculpés. Comment expliquer que tant de responsableset de journalistes de part et d’autre nient la gravité des faits et semblent soutenir des politiques qui ont monté, à l’aide de détournements de fonds publics, un pan de population contre un autre au sein de la Catalogne ? Doux romantisme ? Influence, compromission ou effet d’une mode qui veut que l’on accepte tout tant que cela se passe chez le voisin et non chez soi ?

Nicolas Klein : Un peu de tout cela, je pense. J’ai déjà dit à plusieurs reprises, aussi bien sur ce blog que dans d’autres médias, que ceux qui, à l’étranger, soutiennent le séparatisme catalan appartiennent à diverses catégories : les gens mal intentionnés ; ceux qui sont tout simplement peu ou mal renseignés (quoi qu’ils en pensent par ailleurs); ceux qui se prennent de passion pour une lutte apparemment romantique en faveur de la « libération d’un peuple » ; ceux qui ont accepté, pour des raisons plus ou moins obscures, le récit délivré par les autorités séparatistes et ferment les yeux sur tout ce qui pourrait troubler ce récit.

Il faut s’attendre à de nouvelles déclarations de ce type venues de responsables politiques français (ou d’autres pays) à l’annonce de la sentence de la Cour suprême… sans oublier qu’ils représentent toujours une minorité.

06/10/2019

Très bon article de Albert Soler sur les riches « opprimés » de Catalogne, en Espagne

09598EC0-007B-4F60-9FF2-23C3747BD93C.jpegLe journaliste *Albert Soler a publié cet article dans le « Diari de Girona » intitulé :

«Oppression, pour ceux qui travaillent pour elle »

J’ai traduit la version espagnole, que l’on m’a très gentiment remise ce jour, pour la française :

Être opprimé n'est pas à la portée de tous. Il suffit d'ouvrir un peu les yeux quand on visite ces petites villes, près des grandes agglomérations, devenues des quartiers résidentiels, pour voir que plus la maison est grande et jolie, plus le ruban jaune qui orne le balcon est aussi grand. Et il ne manquera pas d'étoiles dans le vent. C'est le foyer d'une famille opprimée, comme l'indiquent les signes extérieurs. Si vous voyez un cas avec une piscine, une extension d'herbe semblable au Camp Nou du FC Barcelone et trois voitures dans le garage, vous pouvez être sûr qu'il y aura aussi de beaux rubans jaunes, des étoiles et peut-être une bannière annonçant au monde qu'ils y vivent opprimés, demandant de l'aide, suppliant quelqu'un pour les tirer de cette situation intolérable.

Il en va de même dans la ville de Gérone, où la prolifération des banderoles sur les balcons, des rubans jaunes sur les façades est particulièrement envahissante, dans le centre, dans les quartiers de la bourgeoisie.

La Rambla, elle-même, un dimanche à midi, est pleine de gens opprimés qui prennent l'apéritif. Moi aussi, j'aimerais être opprimé, mais je dois me contenter d'un salaire de journaliste et vivre dans un petit appartement à la périphérie. Dans mon quartier, comme c'est un quartier de travailleurs et d'immigrés, il n'y a pratiquement pas de personnes opprimées, essentiellement par manque de temps.

Le dimanche, j'aime me promener dans le centre de Gérone et voir tant de gens opprimés avec des rubans jaunes dans la rue, vivre dans des appartements que je ne pourrai jamais acheter et conduire des voitures que je ne pourrai jamais toucher.

Nous, les travailleurs, avons tellement de préoccupations que le sentiment d'oppression nous oublie. Nous aimerions, nous aimerions, nous aimerions. Je m’arrange pour que mon fils Ernest m'accompagne dans ces escapades. Qu’à son jeune âge, il commence à voir qu'il y a des gens différents de ceux qu'il voit habituellement à la maison et dans le quartier.

Je profite de l'occasion pour agir en tant que père, pour l'éduquer. - Tu vois, Ernest ? Si tu étudies, tu deviendras un homme rentable et tu auras peut-être la chance d’intégrer le clan des opprimés. Je lui dis cela avec affection, bien entendu. 

Quand je vais à Barcelone, comme si je prenais le métro, je ne vois aucun ruban jaune. Dans le métro, il n'y a pas d'opprimés, il y a des travailleurs. Les opprimés voyagent en taxi, dans leur propre voiture ou dans un véhicule officiel, comme le président Torra, qui, grâce à un salaire de 140’000 euros, par an, peut se sentir comme le prince des opprimés. Ou comme Joana Ortega, qui vient d'être placée à 70’000 euros, et on nous a seulement dit qu'elle ferait un travail "transversal". Avant, il y avait des dames qui gagnaient leur vie horizontalement, certaines finissaient même par mettre une mercerie, grâce à tant d'heures de travail horizontal. La Catalogne, pionnière en tant de choses, a inventé celles qui fonctionnent de manière transversale, Joana Ortega en est le prototype, mais d'autres vont venir. Joana Ortega, il va sans dire, est aussi une femme opprimée. Transversal, mais oppressé. Avec 70 000 euros par an, l'oppression commence à devenir pénible. Il n'est pas surprenant que l'aspiration ultime des pauvres travailleurs catalans - sans parler des immigrés - soit d'être opprimés. Peut-être devrions-nous démontrer, en revendiquant un peu d'oppression, que ce ne sont pas toujours les mêmes personnes qui l'enlèvent. Tant que nous n'améliorons pas notre triste situation économique, nous devons nous contenter de faire partie des oppresseurs, ou des colons, ou peu importe comment les pauvres opprimés veulent nous appeler.

*Albert Soler, 31 mai 2019, Diari de Girona