29/08/2015

Notre agriculture et Nous !

 

Rupture 018.JPGLe point de départ de ce billet est un sondage effectué sur lesIMG_1850.JPG réseaux sociaux, le 19 janvier 2014, « Comment pouvons-nous aider nos paysans de montage ? ». Hors, il s’avère que c’est l’ensemble de notre agriculture qui souffre. Même si les acteurs du secteur ont réussi à maintenir au même niveau l’approvisionnement du pays et ce malgré une réduction notable des surfaces agricoles. On les félicitera pour leur grand professionnalisme. Pompeusement, on s’extasiera devant tant de gains de productivité.

 

De son côté, le Centre patronal vaudois, dans sa publication « Patrons » No 2, l'année dernière, et par le biais de son conseiller politique Jean-Hugues Busslinger (PLR), prônait encore l’intensification de la production. On ne connaît que trop bien ce biais d’une certaine droite du pays qui n’est autre que néolibérale. Qui ne voit comme solution que le mot « exploitation ». L’exploitation de l’humain mais aussi des ressources comme si la nature nous était généreuse à profusion. Busslinger ne précise, pourtant, rien sur le "comment faire"... tant quantitativement que qualitativement. Selon lui, l’avancée des forêts est responsable de 36% des pertes agricoles dans les régions de montagnes. Et il ajoute qu’à l'heure actuelle, l'agriculture suisse couvre les besoins de la population comme suit : 105-110% pour le lait, 70% pour la viande, 45-50% pour les œufs et 40-45% pour les végétaux.

 

En costume et derrière un bureau climatisé, il est aisé de mentionner des chiffres… alors on apprend aussi que les revenus annuels par exploitations (unité familiale, y compris les paiements directs) sont de CHF 53'750,-, en plaine, de CHF 41'600,- pour l’exploitation en régions colline – personnellement, je découvre cette catégorie – et de CHF 30'600,- pour l’agriculture de montagne.

 

IMG_8448.JPGRebondissons sur ces derniers chiffres. Comme le titrait la RTS dans un documentaire « Paysan, une espèce en voie d’extinction», avec de tels revenus, nous nous trouvons à parler de pauvreté dans l’un des pays des plus riches au monde. En Suisse, 1000 exploitations disparaissent tous les ans. Portant atteinte à notre sécurité alimentaire et à l’approvisionnement du pays. Le prix du lait trop bas payé par les centrales d’achats est certes un gros problème mais pas seulement. Une administration et une bureaucratie trop lourdes n’aident pas. Par exemple, comment peut-on expliquer que Bruxelles nous envoie des commissaires inspecter nos registres vétérinaires sans qu’il y ait la réciprocité ? La politique agricole 2014-2017 du Conseil fédéral demeure très frileuse sur plus d’un point. Rappelons que les dépenses publiques en faveur de l’agriculture représentent moins de 3% des budgets réunis de la Confédération, des cantons et des communes, soit le plus faible pourcentage depuis 1990.

 

Mais est-ce au politique et à l’administration de solutionner la fragilité actuelle de notre agriculture ? Lors de mon sondage du 19 janvier 2014, quelques pistes intéressantes ont émergées.

 

  1. Encourager l’achat à la ferme.

  2. Diminuer les intermédiaires.

  3. Acheter plus cher, payer le prix juste.

  4. Consommer local et de saison.

  5. Privilégier la production indigène, tout en évitant le protectionnisme.

  6. Comparer ce qui est comparable en termes de normes et de standards de qualité.

  7. Les collectivités, les cantines, les crèches, les hospices et autres établissements financés avec les deniers publics doivent acheter local.

  8. Consommer moins mais de qualité.

 

Finalement, c’est dans le cadre du concept « Mieux vivre ensemble » que notreIMG_7008.JPG population – producteurs et consommateurs – doit trouver le compromis. Encourager le « Principe de la vente à la ferme » semble judicieux. Pour autant et pour des raisons évidentes d’efficience et de durabilité, il appartient aux agriculteurs de travailler leur organisation de distributions. Il n’est écologiquement et matériellement pas envisageable de déplacer, nos samedis, le contenu des parkings de nos supermarchés dans nos campagnes et alpages. La promotion, la communication et une judicieuse prise de conscience générale sont des passages obligés pour préserver notre sécurité alimentaire et tout un secteur d’activité qui est aussi vital si ce n’est plus que l’industrie financière. Pour ne mentionner que cet exemple.

 

Toutes et tous à la ferme le prochain week-end !

 

 

 

13/09/2013

Refusons la modification de la loi sur le travail !

 

psantschi-petit.jpgDans le cadre des votations du 22 septembre 2013, nous avons à nous prononcer sur la modification de la Loi fédérale sur le travail dans l’industrie, l’artisanat et le commerce (Loi sur le travail, LTr). C’est l’article 27, al. 1quater qui sera, cas échéant, modifié comme suit : « Les magasins des stations-service qui sont situés sur les aires des autoroutes ou le long d’axes de circulation importants fortement fréquentés par les voyageurs et dont les marchandises et les prestations répondent principalement aux besoins des voyageurs peuvent occuper des travailleurs le dimanche et la nuit ».


 

Pierre Santschi, Ing.-physicien EPFL, SIA, ancien député au Grand Conseil vaudois

&

François Meylan, Conseiller financier

Que l’on ne s’y trompe pas. Plusieurs motions parlementaires, concernant d'autres libéralisations,1070097_10151717727958276_712367506_n.jpg sont actuellement pendantes. Leur sort sera fixé en fonction du résultat de cette votation. C’est principalement pour cela que les opposants à la modification ont opté pour un non de conviction et de précaution.

 

 

Mais cette votation pose un problème philosophique plus important. Souhaite-t-onenfants_tv.jpg continuer à transformer l'humain en un simple moyen de production ? Ou, de surcroît, en un pur consommateur avec les résultats que l'on connaît sur la santé mentale et affective de la population ? Force est de constater que le l'incitation à consommer  nous  entraîne dans une traversée en eau trouble dont nous ne voyons ni le fond ni les rivages. Le 22 septembre, nous aurons le choix entre dire non à une minorité de consommateurs « égoïstes » qui sont prêts à acheter ce que nous avons pour habitude de faire en journée à trois ou quatre « plombes du mat ».  Nous pouvons aussi considérer  l’individu – notre prochain – au cœur du système au lieu du dieu Fric et opter pour le bon sens, la modération et la sérénité pour toutes et pour tous.

Les partisans du oui argumentent la plus part du temps sur la base des principes d’une économie  dite libérale, voire plutôt néolibéraux.

Dans cette constellation, rappelons-nous les bases de la conception libérale réelle. Celle-ci est si souvent dévoyée dans notre pays. Exemple : on protège – la Confédération et nos parlementaires ont validé avec la loi too big to fail - l’UBS et le CS Group de la faillite et de toute concurrence sérieuse et dans le même temps on envoie nos concitoyennes et concitoyens à bas revenus ou se trouvant dans des conditions précaires travailler la nuit et le dimanche. Que d’hypocrisie, que d’arrogance et de mépris pour son prochain sous prétexte de libéralisme.  

Pourtant le libéralisme ce n’est pas ça. Pour ses concepteurs Adam Smith (la main invisible) et le français Montesquieu, la pensée libérale n'encourage pas la satisfaction de tous les "caprices" d'une poignée de consommateurs ni du marché qui sans encadrement devient sauvage. Sinon on trouverait des consommateurs qui seraient prêts à payer pour assister à des mises à mort. Le libéralisme - liberté d'entreprendre et liberté de contracter avec une pleine acceptation des risques - est encadré par la responsabilité sociale, le bien commun, le bon sens et la priorité à l'innocent. C'est pourquoi Messieurs Smith et Montesquieu accordent dans la promotion de l'esprit libéral une place importante à l'Etat comme arbitre et gardien du temple.

Cette modification de loi ouvre une brèche camouflée qui part des shops des stations-sevice et qui atteindra rapidement, par voie d’ordonnances, l’ensemble du commerce de détail.

Votons non le 22 septembre. Interrogeons-nous sur le modèle de société que nous souhaitons pour demain et pour nos enfants. A ce titre, il est surprenant de constater que les partis politiques qui brandissent la thématique de la famille dans leurs campagnes électorales ne semblent avoir que faire des effets néfastes du travail de nuit pour la famille et la santé.