07/11/2016

Voyage pour la mémoire…

IMG_0526.JPG*C’est sous une pluie battante que je me suis rendu à Cracovie, en Pologne. Ce qui devait être une visite culturelle se transforma, non sans douleur, en un voyage pour la mémoire. Avec plus de 750'000 habitants, cette ville de lumières - Krakov en polonais - a pourtant de quoi enchanter tout visiteur. Sur le fleuve Vistule, son centre-ville d’exception Podgorze, plus grande zone piétonne d’Europe, est inscrit au patrimoine mondial par l’UNESCO. Cracovie c’est également la cité du défunt pape Jean-Paul II. De son nom de baptême Karol Józef Wojtyła, né à proximité de Cracovie, il en fut l’archevêque. Avant de devenir le pape que l’on sait, lors du conclave d’octobre 1978. Sur place, on comprend mieux d’où vient sa célèbre adjonction « N’ayez pas peur ! » La population polonaise a payé un lourd tribut non seulement à la seconde guerre mondiale mais aussi au communisme. Dans un premier temps, partagée entre Hitler et Staline, les Polonais ont eu à subir les pires exactions. Les trop nombreux drames qui ont alors frappé la région Voïvodie de Petite-Polgne ne se confinèrent malheureusement pas au tristement célèbre ghetto juif de Cracovie., Magistralement revisité par le réalisateur Steven Spielberg dans son film « La liste de Schindler ».

IMG_0527.JPGLe comble de l’horreur se trouve à une heure et demie de bus de là. Ou à deux heures de train, c’estIMG_0528.JPG selon. Les camps de la mort Auschwitz I et deux kilomètres plus loin Auschwitz Birkenau, appelé également Auschwitz II nous attendent pour une communion avec le diable. Une véritable remise en question de la nature humaine. Comme si l’humanité s’était arrêtée là. Pourtant rien ne prédestinait la petite ville d’Oświęcim** à devenir le plus grand cimetière de l'humanité, avec plus d'un million et demie d'âmes sans même la moindre sépulture. Leurs assassins les nazis – il n’y a pas d’autre terme – allait remployer une caserne désaffectée de l’armée polonaise pour y faire les pires expérimentations morbides sur le genre humain. Ils y ont commencé par gazer mortellement des centaines de prisonniers de guerres polonais et soviétiques à l’aide des gaz d’échappement d’un char d’assaut. Avant de trouver une utilité toute industrielle au pesticide Zyklon B. Enrichissant macabrement le consortium allemand « IG Farben », composé des sociétés chimiques - toujours cotées en bourse aujourd’hui - BASF, Bayer et Agfa.

La majorité des historiens s'accordent sur des chiffres effroyables. Entre 1940 et 1945, les nazis ont déporté à Auschwitz plus de 1100 000 Juifs, 150 000 Polonais, 23000 Tziganes, 15000 prisonniers de guerre russes et 25000 ressortissants d'autres nations, pour un total de 28 nationalités différentes.

Tout le site, musée nationale polonais depuis 1947, est inscrit par l’UNESCO au patrimoine universel.

IMG_0530.JPGAssurément, la génération de nos grands-parents qui a vécu ce cataclysme d’inhumanité nous a transmisIMG_0529.JPG l’émotion et la douleur. Nous trainons un lourd héritage dans nos gênes. Ce que l’on fait de nos actes tout comme ce qu’on laisse faire résonnent pour l’éternité. Aussi il est utile de visiter ce lieu de l’Holocauste. Non seulement pour y rendre hommage à toutes ces victimes – des gens comme vous et moi – qui ont été martyrisées sur l’autel d’une bestiale criminalité- et parce que la vie est une loterie.

 

 

* Texte publié initialement dans Orbis Terrae, www.orbisterrae.ch

**Auschwitz est le nom que les populations allemandes, présentes dans la région depuis 1000 ans, ont donné à l'agglomération (comme: Berne/Bern, Genève/Genf). La Silésie, province où se situe Oswiecim, est passée de la souveraineté polonaise à celle du roi (de Bohème et de Hongrie), un Habsbourg, suite au partage du royaume de Pologne, à la fin du XVIIIe siècle. Or la langue officielle de l'empire des Habsbourg était l'allemand. 

23/08/2016

Il est minuit moins cinq pour rappeler ce que c'est le libéralisme !

IMG_5620.JPGEn premier lieu, le néo libéralisme est un réel poison pour l'économie. Mais qu'est-ce que l'économie ?

Ou plutôt qu'est-ce que la croissance économique qui est censée apporter emplois et prospérité ?

C'est le résultat de la combinaison entre la stabilité juridique et les initiatives individuelles. On dit bien stabilité juridique. Hors cette stabilité salutaire ne peut être garantie que par le droit avec D majuscule. Le Droit valable pour tous. Les néo libéraux et malheureusement une certaine "droite" de notre pays qui réfléchit plus dans le dogme et le spectre de l'inculture ne cessent de taper sur l'Etat. Il est grand temps de revisiter la pensée libérale. Non pas qu'elle ait besoin d'être critiquée voire vilipendée mais au contraire d'être remise au goût du jour. Notre système libéral est le moins mauvais que l'humanité ait connu. Justement tant qu'il demeure humaniste. Pourtant, le ver est dans le fruit. Ce n'est pas même la "gauche toute" voire "la gauche caviar" ou plus communément la "gauche bobo" qui mettent à mal notre système. Celui-ci tombe bien malade sous les actions de sape de la doctrine néo libérale. Néo comme nouveau en grec certes mais avec plus grand chose de libéral.
Simplement et en quelques mots, rappelons ce qu'est le libéralisme. Il y a plusieurs courants de pensée. Les adeptes britanniques de la pensée libérale classique sont pour le moins possible d'interventions de l'État dans l'économie. On y trouve le très célèbre économiste et philosophe écossais Adam Smith dont les néo libéraux ne retiennent - par paresse ou pire par mauvaise foi - que le concept de la fameuse main invisible.
Ensuite, l'école autrichienne postule pour un subtile équilibre entre la marché et l'État. Ils en arrivent même être en désaccord avec les adeptes de l'enseignement britannique et ne voient pas pourquoi l'État devrait se garder d'intervenir à chaque fois qu'il s'agit du bien commun. Comme l'évoque si bien l'énarque Jacques Attali, un gouvernement libéral et responsable a le courage de prendre des décisions qui seront bonnes pour les générations suivantes. A contrario, les néo libéraux sont dénués de notions morales quand ils abordent le marché. Plus préoccupant, ils ne sont pas seulement utilitaristes mais sont aussi schizophrènes par rapport à l'État. Il est à déplorer, entre autres, la crise de la dette et les problèmes environnementaux. Leur vue est à court terme. Leur vision est égoïste. De leur logique de prédation est absente toute considération sociale.

Pourtant, étudier les phénomènes économiques n'implique pas que les autres phénomènes n'existent pas. Pas plus que choisir d'étudier les insectes n'implique que l'on nie l'existence des autres espèces. Là aussi, les libéraux de l'école autrichienne soutiennent eux également qu'il est impossible de distinguer une sphère "économique" d'une sphère "sociale".

Rappelons deux principes fondamentaux :

Il n'y a pas d'économie durable sans un régulateur... l'Etat.

Quand la démocratie ne répond plus aux besoins du plus grand nombre, la dictature revient.

12/08/2016

OUI à une économie durable !

iStock_000016015539XSmall[1].jpgNotre pays doit faire un choix non seulement économique mais aussi de société. C'est simple. Soit on poursuit notre fuite en avant, tête baissée, dans une situation d'équilibre précaire. Autant dire jouer la montre. Ou on devient responsable et lucide même si c'est douloureux. Cas échéant, on ancre dans le marbre de la Constitution quelques principes élémentaires en matière environnementale. Et même avec ça tout restera encore à faire.

Faut-il le rappeler ? Notre économie ne montre plus de signes de croissance véritable.

Le 25 septembre prochain, nous voterons sur l’initiative populaire « Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources ». Appelé aussi "Economie verte" le texte - léger et agréable à lire - a le mérite d’énoncer des principes fondamentaux. L'initiative déposée déjà à l’automne 2012 s’inscrit non seulement dans la dynamique de l’agenda international pour une économie verte voulu par le sommet "Rio+20" tenu sous l'égide de l'ONU sur le développement durable mais aussi dans la constellation d'une tendance lourde. Tout le monde parle de durabilité et d’efficience énergétique. Pour autant, ce n'est pas un phénomène de mode. C'est une réelle et profonde prise de conscience. Le train est bien là et il s’agit de le prendre.

Pour sa part, le Conseil fédéral l’a lui-même reconnu. Il a proposé une révision de la loi sur la protection de l'environnement comme contre-projet. Il aurait probablement pu éviter ainsi l’appel aux urnes de septembre prochain. Le contre-projet n’a pas passé la rampe du Parlement. Il faut le rappeler celui-ci sent le poids grandissant du lobby economiesuisse qui semble avoir tourné sa veste récemment. La faîtière appelait, il y a peu, à accueillir favorablement l'initiative.

De quoi s’agit-il exactement ? Nous consommons bien plus que ce que la planète Terre peut à la fois produire et supporter. Par exemple, à partir de ce mois d’août, nous vivons déjà à crédit. Aussi, l’objectif est d’ici l'année 2050 d’encourager une économie durable qui ne laisserait comme empreinte carbone « que » l’équivalent de ce que produire une seule Terre. C'est logique. Jusqu'à preuve du contraire, nous n'en avons qu'une.

Bien entendu pour nous Suisses le tout ramené à la taille de notre pays. Notons que d’autres sont encore bien plus ambitieux tels que la Finlande. Pour y arriver, nous devons remplacer l’économie du tout-jetable et nous orienter vers une économie dite circulaire. C’est-à-dire qui mise sur des produits durables et écologiques et qui revalorise les déchets.

Quel magnifique potentiel d'innovation et de création de nouveaux emplois !

Vision que rejoint l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) :

"Il s’agit d’une part de prendre des mesures pour permettre à nos entreprises de continuer à jouer la carte de l’innovation et proposer sur les marchés mondiaux des technologies d’avenir peu gourmandes en ressources, et, d’autre part, de rendre la consommation plus écologique."

Acte de foi et de bon sens qui pourtant vont être attaqués par certains milieux privilégiés par les affaires ou sur l’autel du dogme néo libéral : du minimum d’Etat et de réglementation.

Seulement voilà, la doctrine néolibérale  se résume à : « Après moi, le déluge. »

Et du déluge nous n’en voulons pas. Refuser d'inscrire ce changement de paradigme majeur et historique dans notre Constitution c'est comme vouloir revenir au paquet de Camel dans la poche de sa chemise à carreaux. C'est rester avec son poste TV noir et blanc et sans télécommande. On ne peut être raisonnable en acceptant que la partie du progrès qui nous arrange.