13/10/2019

Le destin de l’Espagne suspendu aux sentences de la Cour suprême.

1C86F10C-5582-4A7F-8BB0-F46418452CEE.jpegInterview exclusive du professeur Nicolas Klein !

FM : On attend dans les prochaines heures la sentence de la Cour suprême de Madrid à l’intention des putschistes catalans de 2017. Pourquoi maintenant et non plus tôt ou plus tard?

Nicolas Klein : Il faudrait demander cela aux juges de la Cour suprême mais j’imagine qu’un dossier aussi complexe et lourd de conséquences n’est pas aisé à traiter. Le procès des anciens dirigeants séparatistes a formellement commencé en février 2019 mais l’instruction dure depuis au moins un an et demi. La reconstitution des faits, le recueil des témoignages, la prise en compte de la parole des accusés et des accusateurs, tout cela prend nécessairement du temps.

Il faut ajouter que les faits reprochés aux prévenus sont assez inédits dans l’histoire récente de l’Espagne. Jamais des dirigeants ou anciens dirigeants régionaux n’avaient été inculpés pour de telles charges depuis 1975. Les membres de la Cour suprême, dont le désormais célèbre Manuel Marchena, ont donc forcément dû se montrer prudents.

Quoi qu’il en soit, nous devrions être bientôt fixés (probablement dans la semaine du 14 au 20 octobre).


FM : Les sp
éculations ainsi que les pseudo-fuites ont rythmé la semaine écoulée. Le secret des délibérations a-t-il été assuré ?

Nicolas Klein : De deux choses l’une : soit il a été assuré et la sentence surprendra tout le monde lors de son annonce, soit cela n’a pas été le cas et il faudra que la justice ou les forces de l’ordre découvrent qui a fait fuiter ces informations.

Il serait dommage qu’un procès mené aussi rigoureusement (quoi qu’en disent les séparatistes et leurs affidés) soit entaché par un viol du secret des délibérations.

 
FM : À quelles peines (et pour quels chefs d’accusation) doit-on s’attendre ?

Nicolas Klein : Si l’on s’en tient aux fuites des derniers jours dans les médias, les prévenus seront condamnés par la Cour suprême pour malversation (utilisation indue de l’argent public pour financer un processus indépendantiste illégal) et sédition (délit qui consiste à empêcher par des moyens illégaux, qu’ils soient violents ou pas, l’application de la loi). La sédition est punie en Espagne par des peines de prison allant de dix à quinze ans si ceux qui s’en sont rendus coupables constituent une forme d’autorité publique (ce qui était le cas des prévenus au moment des faits qui leurs sont reprochés).

Au cas où ce scénario se confirmerait, le chef d’accusation de rébellion ne serait pas retenu par la Cour suprême. Les principaux médias espagnols estiment que la peine prononcée pourrait donc tourner autour de 12 ans de prison pour l’ancien vice-président régional catalan, Oriol Junqueras, et de 11 ans et demi pour les anciens conseillers régionaux catalans Joaquim Forn, Jordi Turull, Josep Rull, Raül Romeva et Dolors Bassa. Pour l’ancienne présidente du Parlement régional, Carme Forcadell, la condamnation pourrait être de 10 ans de réclusion, tandis qu’elle s’élèverait à 8 ans pour les anciens responsables Jordi Sànchez et Jordi Cuixart ainsi qu’à 7 ans pour les anciens conseillers régionaux Santi Vila, Meritxell Borràs et Carles Mundó.

Il existe une différence de degré entre la sédition et la rébellion, puisque la première est punie moins sévèrement (de dix à quinze ans de moins, selon les cas). Cette différence, cependant, est aussi de nature : là où la sédition est considérée par le code pénal espagnol comme un « simple » trouble à l’ordre public, la rébellion est un délit contre l’État espagnol, contre ses institutions et contre sa Constitution.

Il existe depuis plusieurs années d’importants débats au sein de la société espagnole sur la qualification à donner aux faits reprochés aux prévenus que je viens d’évoquer mais la Cour suprême sera forcée de trancher.

 
FM : Encore très récemment, des élus français se sont mobilisés en faveur des inculpés. Comment expliquer que tant de responsableset de journalistes de part et d’autre nient la gravité des faits et semblent soutenir des politiques qui ont monté, à l’aide de détournements de fonds publics, un pan de population contre un autre au sein de la Catalogne ? Doux romantisme ? Influence, compromission ou effet d’une mode qui veut que l’on accepte tout tant que cela se passe chez le voisin et non chez soi ?

Nicolas Klein : Un peu de tout cela, je pense. J’ai déjà dit à plusieurs reprises, aussi bien sur ce blog que dans d’autres médias, que ceux qui, à l’étranger, soutiennent le séparatisme catalan appartiennent à diverses catégories : les gens mal intentionnés ; ceux qui sont tout simplement peu ou mal renseignés (quoi qu’ils en pensent par ailleurs); ceux qui se prennent de passion pour une lutte apparemment romantique en faveur de la « libération d’un peuple » ; ceux qui ont accepté, pour des raisons plus ou moins obscures, le récit délivré par les autorités séparatistes et ferment les yeux sur tout ce qui pourrait troubler ce récit.

Il faut s’attendre à de nouvelles déclarations de ce type venues de responsables politiques français (ou d’autres pays) à l’annonce de la sentence de la Cour suprême… sans oublier qu’ils représentent toujours une minorité.

19/09/2019

Autonomie catalane : l’argent n’a pas d’odeur pour Marie-Christine Jené !

F54A8F3C-448D-4F80-B96E-93F366454EE4.jpegQuelle n’a pas été notre surprise d’apprendre que celle qui scande régulièrement sa haine à l’endroit de tout ce qui est espagnol - tant sur Facebook que sur Twitter - jusqu’à se gargariser de démagogie quand elle porte aux nues le suprémaciste Quim Torra ou quand elle me traite publiquement et sans même me connaître d’espion infiltré d’extrême-droite et en fait la CEO d’une société fort profitable.

On s’en réjouit !

 

01485790-D376-41CE-A70F-FEA1D70F2E77.jpegSauf que la firme ITANOVA, à la tête de laquelle se trouve Marie-Christine Jené aux propos agressifs et appelant à la haine ne fait pas de distinction quand elle vend ses logiciels EasyProf à la Generalitat séparatiste ou au Gouvernement d’Espagne - entre autres, au Ministère de la Défense espagnol. 

 

72666668-1E44-41E3-A4A5-65F33EDFF0E4.jpegLa liste des clients prestigieux de l’entreprise fructueuse qui a pignon sur rue tant à Barcelone qu’à Paris est longue. 

On y trouve diverses entités de l’autonomie catalane mais aussi la pharmaceutique suisse Vifor ou encore la Poste suisse. 

Mais c’est quand on voit des unités du Gouvernement d’Espagne ou encore des Nations unies (ONU) contracter avec l’entreprise de celle qui participait encore à la dernière Diada à Paris avec une poignée de pelés que l’on comprend combien l’argent n’a pas d’odeur. 

Et de nous permettre de douter du sincère souci de Madame Jené pour la culture et pour l’identité catalane.

B311BA1D-0139-4C96-BE81-1C90ED67A858.jpegElle nous rappelle - son attitude - que des firmes jadis comme IBM ou Ford ont fait de l’argent avec l’Allemagne nazie.

Parce que l’argent n’a pas d’odeur. 

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Serait-elle une adepte, elle aussi, de feu le philosophe autrichien Karl Popper ?

Le savant prônait d’appuyer, à petits pas mais en insistant, sur les anomalies de la société en vue de tester le point de rupture. Chercher à encourager de nouveaux paradigmes. Rappelons que le spéculateur George Soros est un adepte célèbre de Karl Popper. 

La mise en pratique de son enseignement l’a rendu riche à milliards. Il n’a certes jamais provoqué les crises lui-même - du moins à ma connaissance - mais les a toujours accentuées, tel un vautour, en vue de faire toujours plus d’argent.

Et s’est toujours défendu que si ce n’était pas lui qui en profitait un autre le ferait à sa place. 

8C03B38D-41F0-46E1-AF7D-55A9919BCDE9.jpegDe se remplir d’un semblant de pouvoir. Combler un manque abyssal d’intériorité... ou chercher, en désespoir de cause, l’admiration de ses pairs.

Celui qui se plait à se décrire, dans les couloirs du WEF de Davos, comme un homme d’État sans État est, on le soupçonne, pas très éloigné, lui non plus, du conflit catalan. 

Cette crise qui fait tant souffrir sournoisement et à l’usure n’est qu’une débilité d’origine criminelle - soit un système de corruption en masse doublé d’achats d’influences - qui a fini par avoir raison de l’autonomie et de sa population.

Une occasion en or pour les affairistes de tout poils d’être à l’affût des nouveaux marchés et rapports de force qui pourraient s’en dégager. 

Marie-Christine Jené l’a très bien compris. Elle fait déjà de l’argent et probablement beaucoup avec toutes les parties en cause dans le conflit.

Ce n’est pas sans rappeler quand des super puissances vendaient des armes aux belligérants des deux camps. 

Quand l’Espagne ouvre son chéquier pour lui acquérir ses EasyProf, elle cesse momentanément, pour la businesswoman Jené, d’être franquiste, odieuse et puante !

809F4B5E-7288-4E96-9DD8-E07F9C58B8CA.jpegSouhaitant, tout-de-même, que les autorités compétentes se penchent sérieusement sur le berceau de ce qui pourrait devenir une question de sécurité nationale. 

07/09/2019

Quand « le pamphlet » critique François Meylan, sur la Catalogne...

A6F8884E-240B-400E-9F2B-305A162A912A.jpegRécemment, j’ai découvert « le pamphlet ». C’est une publication francophone en ligne et gratuite. Elle semble présenter plusieurs qualités telles qu’une écriture agréable, précise, fluide et une capacité de réflexion honnête. Ou du moins, proche de la réalité du terrain. 

Aussi, quand j’ai vu le bon référencement de l’article no 447, en première page sur Google, qui a la forme d’une lettre ouverte qui m’est adressée, je devais faire quelque chose pour appuyer ce contradicteur compatriote aussi très concerné par la crise catalane.

Son auteur, Michel Paschoud, me porte plusieurs griefs. Entre autres, de n’avoir pu commenter l’un de mes écrits sur le blog « 24 heures ». Pour une raison que j’ignore, le temps imparti aux commentaires est limité. Même si je ne partage, de loin pas, son sentiment global ni le contenu du texte qui suit, diffusé en septembre 2018, je le publie entièrement sur mon blog. Souhaitant ainsi que Monsieur Michel Paschoud qui a le fort de vivre dans l’autonomie catalane depuis plus d’une dizaine d'années y vera une invitation à l’échange.

Ayant parcouru d’autres de ses articles sur la question, je vois un interlocuteur réfléchis et orienté solution. 

Bonne lecture 

François Meylan 

http://www.pamphlet.ch/index.php?article_id=1123

Lettre ouverte à Monsieur Francois Meylan, «politique humaniste»

Monsieur,

Vivant depuis plus de onze ans en Catalogne, je suis naturellement l’actualité de mon pays d’adoption. Quelle ne fut pas ma surprise de lire récemment dans la presse qu’un Suisse de Lausanne, d’où je viens moi-même, montait au créneau contre le mouvement indépendantiste catalan, allant jusqu’à participer à des actions de nettoyage de noeuds jaunes symbolisant le rejet de l’incarcération des prisonniers politiques.

Curieux de savoir de qui il s’agissait, je fis une rapide recherche sur internet et tombai sur votre page Facebook. En parcourant vos publications, je fus surpris de la virulence de vos attaques contre un mouvement que vous ne connaissez visiblement pas bien, attaques qui reprennent mot pour mot la propagande du gouvernement de Mariano Rajoy et, aujourd’hui, des partis que sont le Partido Popular et Ciudadadanos, son petit frère.

Dans un esprit de dialogue, je fis quelques commentaires sous vos publications afin de vous faire partager un autre point de vue, celui d’un Suisse qui a vécu de l’intérieur tout le processus qui nous a amenés à cette situation, dont les enfants sont scolarisés dans l’enseignement public et qui cherche jour après jour à faire fonctionner sa petite entreprise dans un contexte difficile. Je vous invitais d’ailleurs à me contacter si vous vouliez en discuter de vive voix.

Le lendemain matin, je m’aperçus que mes commentaires, qui étaient parfaitement respectueux, avaient été éliminés et que je ne pouvais pas en faire d’autres. Je m’explique mieux l’unanimité des soutiens et des félicitations que vous affichez.

Monsieur Meylan, permettez-moi de m’étonner qu’un Suisse, démocrate, puisse prendre fait et cause de façon aussi radicale contre un mouvement pacifiste qui n’a jamais demandé que le droit de voter afin de décider de son avenir. En tant que Suisse, le fait de voter est pour moi une chose tellement normale et évidente que les images de la police matraquant les citoyens le 1er octobre 2017 m’ont laissé pantois.

En lisant vos écrits, on peut noter que votre vision est uniquement nourrie des arguments du camp «constitutionaliste», qui fait passer le juridique avant le politique. Et le fond du problème est là. Si l’on ne conçoit pas que les lois peuvent aller à l’encontre du bien, qu’une constitution votée à la sortie d’une dictature peut être dépassée et nécessiter une révision, on entre dans une logique qui, de mon point de vue, devient perverse. Il faut peut-être juger ce conflit sous l’angle de l’esprit de la loi et non forcément du texte littéral.

Pourquoi un référendum sur l’indépendance est-il illégal? Parce que la Constitution fixe l’indivisibilité du territoire espagnol. Mais pourquoi donc fixer dans la loi fondamentale ce principe d’unité? Ne peut-on pas imaginer que la volonté du législateur a été d’empêcher l’exclusion d’une partie du territoire par le pouvoir, plutôt que l’inverse?

La situation actuelle est l’aboutissement de plusieurs années de tentatives de dialogue de la part du gouvernement catalan, qui n’a reçu que mépris en retour de la part du pouvoir central. Tout commence avec le statut d’autonomie, voté au parlement espagnol, confirmé par référendum en Catalogne et jeté à bas par le Tribunal constitutionnel à la demande du Partido Popular. Le ton était donné. Mariano Rajoy et son orchestre allaient à partir de là mettre tout en œuvre pour empêcher la région la plus dynamique d’Espagne de recevoir ce qui lui revenait. A l’époque, les indépendantistes représentaient un petit quart de la population et une force marginale au Parlement.

Durant les huit dernières années, j’ai suivi les efforts du gouvernement catalan pour ouvrir un dialogue, pour défendre les intérêts de la population qui vit sur son territoire, et je l’ai vu se faire congédier par ceux qui auraient dû négocier. Je connais ici beaucoup de mes concitoyens qui n’étaient pas le moins du monde favorables à l’indépendance de la Catalogne avant l’arrivée du Partido Popular au pouvoir. Mariano Rajoy a plus fait pour la croissance du sentiment indépendantiste que l’ANC et Omnium réunis1.

Mais, Monsieur Meylan, ce qui me dérange vraiment dans votre discours reste le fait que vous accusez les indépendantistes d’être violents. Cela est absolument faux. Le mouvement a toujours été pacifiste, les indépendantistes ont organisé lors de chaque Diada2, depuis des années, des manifestations qui ont réuni des centaines de milliers de personnes sans le moindre incident. Lorsque, le 1er octobre dernier, les citoyens s’en furent voter pour ou contre l’indépendance, ce sont les forces policières envoyées par le gouvernement qui matraquèrent à bras raccourcis les femmes et les vieillards qui protégeaient les urnes les bras levés. J’étais moi-même présent à cinq heures du matin lorsque les organisateurs du référendum donnaient les consignes pour la journée: pas de violence, résistance pacifique si la police vient, former un mur les bras levés en signe de paix… Ce sont les forces d’occupation acclamées par une partie du reste de l’Espagne aux cris de «A por ellos3» qui se sont défoulées sur des citoyens qui n’avaient commis aucun délit si ce n’est celui de vouloir s’exprimer dans les urnes. Dans quel monde vit-on, s’il vous plaît?

Le référendum était illégal me direz-vous. Et alors? Cela justifie-t-il ce qui s’est passé? Le résultat du vote n’avait pas de valeur juridique, c’est un fait acquis. L’Espagne est-elle une république bananière où l’on tabasse des citoyens libres parce qu’ils veulent voter?

Et vous, un Suisse, citoyen du pays dans lequel la démocratie est la plus développée, vous prenez le parti des matons envoyés par le gouvernement du Partido Popular, le parti le plus corrompu d’Europe. Je ne m’explique pas votre croisade. Je vous en prie, expliquez-moi.

Michel Paschoud

 

Organisations indépendantistes.

2 11 septembre, fête nationale catalane correspondant à la chute de Barcelone en 1714 à la suite de la guerre de succession d’Espagne.

3 La traduction de cette locution est difficile. Ce serait un «sus à l’ennemi», sans que le mot ennemi soit explicité.