03/06/2018

Un nouveau Nuremberg pour les djihadistes déchus de Daech ?

8F4A7816-E777-4403-83CE-4F88B42620E4.jpeg*À l’heure où le pseudo califat de l’État islamique (EI) est chassé des ruines irakiennes et syriennes, la question de que faire de ses revenants est récurrente. En premier lieu, on s’accorde sans problème sur le fait que chaque cas doit être traité individuellement. Ce qui même avec la force de l’État de droit n’est pas une sinécure. En février dernier, le «Courrier International » rappelait que selon les chiffres officiels, octobre 2017, au moins 2000 anciens membres de l’organisation criminelle étaient rentrés en Occident. Sans compter ceux qui n’ont pas été repérés. Les chiffres sont à la fois difficiles à estimer qu’à interpréter. Et on ne peut exclure que ceux qui sont rentrés antérieurement n’aient fait des émules. Plus déconcertant encore, c’est les comptages très approximatifs de chacun des États concernés. L’important est alors de savoir comment traiter ces cas. Pour le Comité international de la Croix-Rouge, il ne faut pas déclencher de surenchère et traiter tous les individus ainsi que leurs familles humainement et dans le respect du droit international. L’effort devant porter sur leur « réintégration ». Ce qui contraste avec les déclarations du ministre de la Défense britannique Gavin Williamson, dans les colonnes du tabloïd « Daily Mail » : « Un terroriste mort ne peut pas nuire au Royaume-Uni ». Et d’ajouter : « Je pense qu’aucun terroriste ne devrait jamais être autorisé à revenir. Nous devons tout faire pour détruire et éliminer cette menace. » Le problème comme disait Gandhi : « Oeil pour œil, nous serons tous aveugles ». Dans les Balkans, en particulier au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine - tous deux à majorité musulmane - c’est la prison qui est prévue pour un à cinq ans. Avec un important effort financier consenti par l’Agence américaine pour le développement international (Usaid) en faveur de programmes de resocialisation. Une fois la peine terminée, pour éviter une nouvelle radicalisation. Aux Danemark et en Belgique c’est une politique de la deuxième chance qui prévaut. Tendre la main, éduquer et comprendre sont les maîtres mots. Pour l’instant, cela semble réussir. Alors qu’en Allemagne on assiste à la fin de la tolérance : « Pour nous, à partir de maintenant qui est allé rejoindre l’EI en est aussi membre », résume un procureur. Pour sa part, le quotidien « Der Spiegel » précise que tout membre d’une organisation terroriste qui rentre en Allemagne risque une peine de prison allant jusqu’à dix ans. Rappelons que la patrie de Merkel s’était jusqu’ici montrée très compréhensive particulièrement avec les femmes et les mères parties rejoindre leurs compagnons djihadistes. Jusqu’à l’instant où quelques arrestations sur place, notamment en Irak, démontrent la nature criminelle de certaines de ces allemandes. Quant à la France, pays européen comptant les plus grand nombre de compatriotes ex-membres de Daech, elle se trouve en première ligne dans la gestion des « revenants ». Pourtant, elle n’a toujours pas de ligne claire. Certes, elle n’est pas la seule. Pour l’heure, les Français détenus sur sol irakien ou syrien font tous l’objet d’un mandat d’arrêt, indique le procureur de Paris François Molins. Pour autant, le super magistrat, précise que les ressortissants de l’hexagone ont été arrêtés dans le cadre d’un conflit armé et que les pays dans lesquels ont été commises des exactions ont eux aussi un droit légitime à les juger. Sauf en cas de peine de mort - on pense, en particulier, à cette djihadiste allemande qui a été récemment condamnée à mort à Bagdad, la ministre de la Justice française Nicole Belloubet assure que dans ce cas Paris interviendrait. Quant aux autres ? Ceux qui sont déjà rentrés dans l’hexagone ? Certaines personnes ont été jugées. D’autres sont encore libres, bien que surveillées par les services de renseignements. Et d’autres encore font l’objet d’un suivi judiciaire en milieu ouvert. On le voit, ce dossier cornélien appert, pour l’heure, insoluble. Sans évoquer les voisins méditerranéens comme par exemple la Tunisie. Cette dernière a encore déclaré ne pas être prête ni ne vouloir le retour de ses nationaux djihadistes. Finalement, vu ce constat, la piste à explorer ne serait-elle pas de centraliser tant les investigations que les poursuites pénales sous l’égide d’un organisme supranational ? Ce qui s’est passé sur les territoires du Levant depuis 2012 est, osons l’affirmer, un crime contre l’humanité. Nos démocraties et le monde en général doivent peut-être passer par un nouveau procès de Nuremberg. Il en va de la survie de l’Etat de droit !

*Puplié une première fois sur la page Facebook « Les libéraux ».

29/01/2018

« Attaque à l’ambulance piégée à Kaboul. »

98D9AE81-DC65-4842-BD33-8567791AAAD1.jpeg*Samedi 27 janvier 2018, une ambulance piégée a fait plus de cent morts et plus de 230 blessés. L’attentat a été revendiqué par les talibans. Ces derniers visaient les bureaux du Ministère de l’intérieur et du chef de la police ainsi que de nombreuses institutions et représentations étrangères.
Deux éléments sont à reprendre, avec cette nouvelle tuerie de masse.
Premièrement, le modus operandi ressemble au pire cauchemar que nous craignons et que nous attendons en Europe. Soit l’utilisation d’un véhicule des secours pour perpétrer un attentat. En particulier, dans les minutes et les heures qui suivraient une première attaque. L’emploi de l’ambulance piégée servirait alors à faire un maximum de victimes parmi les personnels de sécurité et de secours.
Deuxièmement, on ne rappèlera jamais assez qui sont les talibans, d’où ils viennent et qui a créé le monstre. C’est dans la première partie de la décennie 1990 que l’administration démocrate de Bill Clinton décida de mettre sur pied et de financer, avec le concours de l'Arabie Saoudite et du Pakistan, un mouvement dénommé les talibans, avec deux finalité. La priorité est d'éradiquer les mouvements islamistes présents en Afghanistan en instaurant un régime politique implacable et stable. L’Arabie Saoudite étant le modèle. Ensuite, le financement des talibans s'explique également par un intérêt pétrolier. À l’époque, les hydrocarbures de la mer Caspienne et des Etats riverains suscitent les convoitises du consortium américain Unocal. Or cette région d'Asie centrale est enclavée. L'idée sera alors de construire un gazoduc, doublé d'un oléoduc partant du Turkménistan. Il devrait déboucher sur l'océan Indien en passant à travers l'Afghanistan.
Le Pakistan - particulièrement, ses services secrets l’ISI, un état dans l’état - mène double jeux et se moque de l’Oncle Sam. Le très lucratif trafic d’opium attise les convoitises. D’autre part, le Pakistan ne considère pas son voisin afghan comme souverain mais seulement comme son arrière cours qui lui sert de profondeur de champs. Pour conduire sa guerre au Cachemire et pour abriter ses opérations de déstabilisation comme entretenir ses trafics illicites. Pour cela, tout ce qui peut constituer un affranchissement ou un embryon d’institution, d’ADN à un État de droit, voire le ciment d’une nation et d’une culture une et indivisible doit être détruit, selon l’idéologie talibane-pakistanaise.

*Texte initialement publié sur la page Facebook « Les Libéraux. »

21/09/2017

Terrorisme : on ne le vaincra pas en s’enfermant dans le fantasme.

IMG_0649.JPGIl est temps de passer du mode communiquer au mode informer !


*Depuis les attentats du 11 septembre 2001 qui marquèrent, résolument, un avant et un après, on nous sert toujours la même soupe. Avec les résultats que l’on connaît. Et ils sont insuffisants. On n’a pas su voir venir. Ou on n’a pas voulu voir les choses telles qu’elles sont. Faute à qui ? Probablement à une multitude de facteurs et d’acteurs.

Pour la majorité d’entre nous, on ne comprend pas d’où vient une telle violence. Comme elle s’estIMG_0636.JPG encore exprimée ce 17 août 2017 à Barcelone et à Cambrils, en Catalogne, en Espagne. Soudain, l’incompréhension du phénomène paraît totale. Pour le moins, nous souffrons d’une pensée dominante bien confortable. Celle d’un méchant califat qui nous en veut. Ce fantasme est repris par l’ensemble des médias grand public. C’est une guerre entre le Bien et le Mal. Elle est couplée avec l’échec du communautariste et des banlieues ghetto. Celle d’un choc des civilisations.
« Pourtant, c’est d’inculture que « Pourtant, c’est d’inculture que nous souffrons plus que d’une nouvelle guerre de religion », comme le relève le criminologue français, de renommée internationale, Alain Bauer. A la technologie des satellites, des drones et des frappes « chirurgicales » se succèdent « al qaeda », « aqmi »,« daesh » et « boko haram. » Pour autant, rien ne s’arrange. Mais comment les choses pourraient-elles aller mieux ? Notre principal partenaire commercial en matières fossiles l’Arabie Saoudite n’exporte pas seulement du pétrole mais également le salafisme. De ce salafisme belliqueux – plus de nonante milliards de dollars investis dans cette idéologie guerrière, selon James Woolsey, ancien directeur de la CIA – ont été attisés des conflits tels que l’Afghanistan – dans ce cas précis, avec la complaisance et même l’impulsion des Etats-Unis et de l’Occident -, de l’Algérie, de la Bosnie, de la Somalie, de la Tchétchénie, du Sahel, du Nigéria, de la Lybie, du Yémen et de l’Irak comme de la Syrie. C’est bien une idéologie que nous devons combattre. IMG_0652 (1).JPGLe juge anti-terroriste Marc Trevedic, en poste au Tribunal de grande instance de Paris de 2000 à 2015 et auteur de l’ouvrage « Terroristes - les 7 piliers de la déraison», l’affirme, sans ambiguïté aucune : « Nous sommes otages d’une grande hypocrisie. C’est exactement la même idéologie qui anime tant ceux qui posent des bombes que ceux qui nous achètent des armes et financent notre parc immobilier et nos clubs de foot. » Et d’ajouter que rien n’a jamais été entrepris pour lutter contre le fanatisme religieux. Il n’est pas contredit par l’ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls : « Aujourd’hui, nous payons cher cette alliance avec le diable qui vient de loin. Soit du temps où il était question de faire tomber l’URSS». Vu ce qui précède, il y a de quoi se retrousser les manches pour mettre un terme à ses prêches sur l’autel de la violence. Ne nous leurrons pas. Dans les mosquées, de Riyad à Prizren au Kosovo, en passant par Casablanca et Vitrolles, en France, le discours haineux perdure. Il est peut-être temps de mettre un terme à l’hypocrisie. Certes, des contrats juteux en pétrole, en fournitures militaires, etc. sont en jeu. Mais alors pesons le pour et le contre. Dans cette constellation, il est temps également que nos médias et nos élus fassent enfin de l’information et non plus de la communication et de la récupération politique sur chaque attentat. Parce que les impostures autour du terrorisme sont nombreuses. Par exemple, le pseudo-chef de l’organisation criminelle que l’on nomme Etat islamique (EI) et auto-proclamé calife de tous les Musulmans qui se fait appeler Abou Bakr Al-Husseini Al-Qurashi Al-Baghdadi n’est autre qu’un simple irakien du nom de Ibrahim Al-Badri, né en 1971 à Samarra et non à Bagdad – capitale historique du califat islamique – comme le signifie son pseudo « Al-Baghdadi».terrorisme,terreur,terroristes,meylan,françois,françois meylan Il n’est pas non plus le premier successeur du prophète Mahomet, à contrario du pseudo« Abou Bakr », ni appartenant à sa tribu comme pourrait l’indiquer « Al-Qurashi. » Et, encore moins descendant du second petit fils du prophète, ce qu’aurait signifié « Al-Husseini. » Par ailleurs, arrêtons d’appeler terrorisme ce qui ressemble plus à des violences politiques et à de la criminalité organisée. Faut-il encore le rappeler ? Il n’existe, à l’heure actuelle, aucune définition universelle pour décrire ce qu’est le terrorisme. Rien que dans les pays anglo-saxons nous relevons plus de deux-cents interprétations ! Pour sa part, la définition retenue par notre Administration fédérale demeure incomplète. Elle ne prend pas en compte les cibles quand celles-ci sont militaires.
IMG_0641.JPGHors, comment lutter face à un ennemi que nous peinons à décrire ? D’où la nécessité d’informer et d’informer encore. Qui ? Nous ! Le public, autant de victimes que de cibles potentielles. A ce titre, il est préférable d’écouter l’analyse des criminologues, entre autres, Xavier Raufer et reporters réellement avisés aux vas-t-en guerre et pseudos spécialistes abonnés à nos plateaux de télévision. Le prisme des premiers nous éclairent d’avantage que les seconds. Entre autres, ils nous encouragent à passer de la résilience à la prise de position. « Il est urgent de remonter aux commanditaires et jusqu’au plus haut niveau », relève, à juste titre, le journaliste Joseph Macé-Scaron dans l’hebdomadaire « Marianne ». Activons, à notre tour, les relais diplomatiques et contre la fin de notre ingérence calamiteuse au Moyen-Orient, stoppons toute cette singerie sanguinaire !

*Publié dans "Point de Mire" No 70 - Automne 2017