02/12/2018

Pour comprendre ce qu’est l’ERC de Marta Rovira en Catalogne et à Genève !

françois meylan,marta rovira,erc,catalán,catalogne,nicolas klein; catalogne; police politique; françois meylan;i« C’est quoi l’ERC de Marta Rovira, réfugiée à Genève, qui poursuit depuis la Suisse ses activités de déstabilisation à l’encontre de l’autonomie catalane et de la démocratie espagnole ? »

Entretien exclusif avec Nicolas Klein

FM : Qu’est-ce que c’est exactement l’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) ?

Nicolas Klein : La Gauche républicaine de Catalogne (ERC – Esquerra Republicana de Catalunya, en catalan) est l’un des deux principaux partis indépendantistes actuels dans la communauté autonome, censé représenter l’aile « gauche » du séparatisme « face au » Parti démocrate européen de Catalogne (qui en serait la facette conservatrice). Fondé en 1931, il est présidé par Oriol Junqueras (actuellement en détention préventive pour son rôle dans l’organisation du référendum illégal du 1er octobre 2017) et compte dans ses rangs des personnalités comme Gabriel Rufián (sa tête de liste au Congrès des députés, à Madrid) et Joan Tardà (qui en est le porte-parole dans la même chambre).
Au cours de son histoire récente, la formation a fourni un président à la communauté autonome (Josep Tarradellas, en exil de 1954 à 1977 puis officiellement de 1977 à 1980) et a toujours hésité entre un soutien aux partis politiques espagnols (c’est le sens de son alliance avec les socialistes de José Luis Rodríguez Zapatero dans les années 2000) et la coalition avec la bourgeoisie catalane (dans le cadre du défi séparatiste depuis les années 2010).
Il s’agit aujourd’hui du troisième parti représenté au Parlement régional catalan (Parlament), avec 32 sièges sur 135.

FM : Quel rôle joue cette formation dans les tentions actuelles dans l’autonomie catalane ?

Nicolas Klein : Comme je le disais dans la question précédente, l’ERC est, avec le PDeCAT, l’une des deux grandes formations politiques séparatistes en Catalogne. Ses membres les plus importants (comme Oriol Junqueras, son président, ou Marta Rovira, sa secrétaire générale) ont activement participé aux tensions indépendantistes et à la préparation des événements de la fin de l’année 2017.
Au niveau national, Joan Tardà et, plus encore, Gabriel Rufián sont des acteurs de toute première importance dans les attaques incessantes à l’égard de l’État central espagnol de la part du monde sécessionniste. Ils ne reculent ni devant la calomnie, ni devant l’agressivité, ni devant les insultes, ni devant le mépris le plus scandaleux à l’égard des députés espagnols qui sont leurs adversaires idéologiques. On a récemment vu l’un des députés nationaux de l’ERC, Jordi Borrell, cracher sur le ministre espagnol des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération, Josep Borrell, en plein hémicycle. Il l’avait auparavant copieusement insulté sur les réseaux sociaux…

FM : Récemment, je me suis entretenu avec la députée européenne Maite Pagazaurtundúa qui a, entre autres, rédigé un rapport sur les CDR et un autre sur la police politique encouragée par l’appareil séparatiste catalan. Dans le cadre de nos discussions sur les violences politiques, elle a fait allusion aux exactions commises par l’ERC durant la Seconde République. De quoi s’agit-il ?

Nicolas Klein : L’ERC est prompte, comme tout l’univers indépendantiste catalan, à accuser les autorités espagnoles de franquisme ou de fascisme et à traîner la réputation historique de notre voisin ibérique dans la boue. Pourtant, le passé de cette formation, notamment dans les années 30 du siècle précédent, est trouble, pour le moins.
Le président de la Généralité de 1934 à 1940, Lluís Companys, est issu de ses rangs et il s’agit de l’un des « martyrs » historiques de la cause séparatiste car il a été livré à l’Espagne franquiste par la Gestapo puis exécuté à Barcelone en octobre 1940. Il est donc l’objet d’hommages grandiloquents de la part des indépendantistes, d’autant que, le 6 octobre 1934, il avait profité des troubles en Espagne pour déclarer l’indépendance de la région de façon tout à fait illégale.
Mais il y a bien plus grave : l’on sait que, sous son mandat, plus de 8 000 personnes ont été assassinées sur ses ordres après un jugement sommaire et sans aucune garantie démocratique, uniquement car il s’agissait d’opposants idéologiques réels ou supposés. Parmi ses victimes, l’on compte de nombreux religieux, des carlistes, des membres de la Ligue régionaliste (séparatistes de droite), des partisans de la droite conservatrice espagnole, etc. C’est aussi sur demande de Companys qu’ont été créés des camps de concentration en Catalogne, notamment à Omélls de Nagaya.
Les liens de l’ERC ont également été troubles avec l’Estat Català, qui faisait partie de cette formation de 1931 à 1936, organisait des défilés fascistes à Barcelone et ne cachait pas ses sympathies pour l’Italie de Benito Mussolini…

FM : La secrétaire générale de l’ERC Marta Rovira, réfugiée à Genève, déclare dans la presse suisse qu’elle continue sa lutte depuis le territoire helvétique. À quoi faut-il s’attendre ?

Nicolas Klein : Difficile à dire, d’autant que les tensions sont toujours plus patentes entre les indépendantistes qui ont fui la justice espagnole à l’étranger et ceux qui sont restés outre-Pyrénées mais aussi entre l’ERC et le PDeCAT, lequel tente de louvoyer et d’éviter que l’influence de l’ancien président de la Généralité, Carles Puigdemont, ne soit trop manifeste.
Les séparatistes comme Marta Rovira vont tenter de continuer à salir l’image de l’Espagne au niveau international en poursuivant leur récit mensonger concernant notre voisin ibérique, décrit comme une semi-dictature, un État plus proche de la Turquie que des valeurs démocratiques européennes, etc.

08/04/2018

Jusqu’où la Suisse peut-elle accepter la propagande des indépendantistes catalans ? 

  • E6801E41-E470-4B52-A8C6-884126E6464D.jpeg*Nous avons tous été marqués par l’emploi de la force par la police espagnole lors du référendum anti constitutionnel et illégal du dimanche 1er octobre 2017, en Catalogne. Les images de matraques contre des bulletins de vote ont fait le tour du monde. L’engagement de la Guardia Civil – la gendarmerie espagnole qui rappelle encore aujourd’hui les années sombres du franquisme – n’était probablement pas judicieux non plus. La posture légaliste de Madrid a, encore aujourd’hui, de la peine à passer tant dans les milieux intellectuels que politiques européens. Et dans notre pays en particulier. Il suffit de comptabiliser le nombre d’articles publiés par nos médias avec le président déchu Carles Puigdemont ou encore avec l’anarchiste Anna Gabriel qui a trouvé refuge à Genève par rapport à la rareté des papiers publiés au profit de la majorité catalane dite silencieuse mais qui manifeste régulièrement et pacifiquement dans les rues de Barcelone. Notons que cette même majorité a voté à hauteur de 52% pour des formations politiques opposées à l’indépendance de l’autonomie, lors des élections officielles du 21 décembre dernier. Ce traitement médiatique partial qui couve sous nos latitudes trouve son point d’exergue le 21 mars 2017, toujours dans la Cité de Calvin, quandCarles Puigdemont est convié en grande pompe à la soirée de clôture Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains. C’est-à-dire que quelques milieux associatifs genevois ont, semble-t-il, estimé que Carles Puigdemont, ses acolytes et leurs électeurs souffrent une oppression à la hauteur des femmes victimes « d’accidents de cuisine », en Inde, ou encore des victimes d’exactions en Syrie. Des questions s’imposent. Pas à pas, la lumière se fait. Que s’est-il véritablement passé le 1er octobre 2017, dans les rues catalanes ? L’Espagne est-elle encore considérée comme une démocratie moderne européenne et est-elle encore un partenaire fiable et crédible pour notre pays ? Cas échéant, est-il bienveillant de la part de nos autorités de laisser ce conflit intérieur à un Etat souverain, démocratique et ami être récupéré sur notre territoire ? Les indépendantistes catalans sont-ils foncièrement pacifistes ? Pour répondre à ces interrogations pour lesquelles nombre d’acteurs en Suisse paraissent avoir répondu, sans même y réfléchir, je me suis rendu à Barcelone, jeudi 7 décembre 2017. J’y ai rencontré autant de gens en faveur de l’indépendance que de gens opposés à celle-ci. Il en est de même pour les drapeaux et couleurs pendues en balcons et fenêtre de la ville de Gaudi. Intéressants sont les témoignages recueillis auprès de commerçants qui m’ont expliqué que
    s’opposer ouvertement à l’indépendance étaient pour eux contre-productifs, commercialement parlant. En date du 25 janvier 2018, j’ai écrit à notre Conseil fédéral, au Palais fédéral ouest, à Berne. Mon courrier interpelle sur l’activisme sur notre territoire de l’Assemblée nationale catalane (ANC), sise à Zurich, et Omnium Cultural – appelé en Catalogne, le gouvernement de l’ombre. J’interroge également sur la pertinence de la manifestation sur la voie publique à Lausanne, le 23 septembre 2017, par le premier lobbyiste nommé. Quelques jours plus tard, je recevais de la Chancellerie fédérale (ChF) un accusé de réception. Fin février, j’interpellais l’Office fédéral de la police, par le biais de leur site Internet. Celui-ci m’a répondu que mon interpellation était du ressort des autorités cantonales. L’Office ne s’occupant que de banditisme. Le 1er février 2018, je me suis rendu au Parlement européen à Bruxelles. Je m’y suis entretenu avec les eurodéputés Jean-Marie Cavada et Thierry Cornillet (France), Frank Engel (Luxembourg), Enrique Calvet Chambon, espagnol et catalan unioniste et Gérard Deprez(Belgique). Il en ressort, principalement, que l’antagonisme catalan demeure un problème interne à l’Espagne et que son gouvernement central sis à Madrid est le seul interlocuteur valable pour les 28 membres – bientôt 27 – de l’Union européenne (UE). Les leaders indépendantistes catalans ne sauraient revendiquer les valeurs de la construction européenne qui s’établissent sur la solidarité, par l’entremise des fonds de cohésion, et non l’égoïsme fiscal. L’union est le maître mot et non la division. Par ailleurs, pour les eurodéputés Gérard Deprez et Jean-Marie Cavada, une tentative de déstabilisation de l’UE venant de l’étranger n’est pas à exclure. Et pour Jean-Marie Cavada d’ajouter : « Il semble que certains indépendantistes n’aient pas refusé l’aide de puissances étrangères, sous des formes diverses. On parle de matériel électoral sécessionniste imprimé dans un pays voisin de la Catalogne, on parle de réseaux d’influence venus de l’Est, certains avancent même un coup de main financier reçu de pays qui n’ont pas intérêt à l’homogénéité de l’union européenne : tout cela reste maintenant à prouver et si c’était le cas, il faudrait porter ces informations sur la sur la place publique. »
    Concernant la mise en scène du fatidique 1er octobre 2017, il est indéniable qu’il ait eu des dérapages policiers. Il est vrai aussi que les forces de l’ordre ont été provoquées plus d’une fois et qu’elles comptabilisent également blessés et multiples dégâts sur véhicules. Hélios Privat le décrit avec ses termes, dans son blog sur Huffingtonpost : Ce que l’Espagne devrait faire pour sortir de la crise catalane. Certes, les indépendantistes ont gagné cette guerre des images. C’était manifestement leur objectif. Consolider leur communication sur leur posture de victimes, à tort ou à raison. Adrien Sénécat du quotidien « Le Monde » explique dans l’édition du 2 octobre 2017 les images trompeuses. C’est-à-dire, comment des images sans lien avec les
    évènements du 1er octobre ont été recyclées : « Violences policières en Catalogne : attention aux images trompeuses. » Quant au pseudo pacifisme de la mouvance indépendantiste catalane, elle ne semble n’être que de façade. L’économiste Laura Quijano témoigne de la stigmatisation vécue sur son blog sur Huffingtonpost: « Ma vie en Catalogne, comment l’indignation a remplacé l’illusion. » De leurs côtés, les reporters de France 2, dans l’émission « Envoyé spécial », relèvent comment les indépendantistes exercent la stigmatisation et toutes sortes de pressions psychologiques à l’endroit de leurs voisins qui refusent d’abonder dans leur sens. Que cela soit au sujet de l’enseignement scolaire ou lors des débats TV. Pour sa part, John Laughland, directeur des Etudes à l’Institut de la Démocratie et de la Coopération à Paris, rappelle comment Omnium Cultural, déjà mentionné, inonde les réseaux sociaux de vidéos expliquant que le peuple catalan doit être sauvé de l’oppresseur Espagnol. Le tout étant comparé aux conflits en Ukraine comme dans les Balkans. Le climat est devenu détestable. Des familles unionistes doivent changer d’écoles et même de quartier. Mes conclusions : nos autorités devraient être prudentes face au risque d’internationalisation du conflit catalan. Ne pas permettre d’activisme politique sur cette question depuis notre territoire. Pour l’heure, aucun coup de feu n’a encore été tiré en Catalogne. Quand ce sera le cas, il sera trop tard. Ne soyons pas complices.

*Publié le 8 mars 2018 dans l’1dex