26/06/2012

L'indépendance d'esprit

La politique, c'est l'art de rendre possible ce qui est nécessaire. Cela implique de travailler au sein de formations assez puissantes pour qu'elles soient capables de faire entendre leurs voix. D'où l'utilité des partis, lesquels soient capables par ailleurs de nouer des alliances et atteindre le consensus indispensable pour faire avancer les dossiers. Telle est la règle quant à l'exercice du pouvoir dans notre pays. Et c'est bien ainsi.

Cela étant, les grands corps constitués ont tendance à suivre une doctrine déjà bien établie et à attirer des profils de gens conformes à une certaine tradition. Les futurs leaders sont souvent co-optés par des gens recherchant des successeurs qui leur ressemblent. Cela a le mérite de la cohérence, de la continuité et de la stabilité. En revanche, à force de reproduire des profils un peu stéréotypés, le risque existe d'une "homogeneisation" de la classe politique.

Affiche à la complémentaire à la Municipalité de Morges.jpgOr, nous vivons dans un monde de plus en plus globalisé, dont nos dirigeants politiques ne tiennent plus en main l 'ensemble des tenants et aboutissants, d'une complexité croissante et qui implique une capacité de réaction accrue. Il nous faut donc, parmi nos dirigeants politiques, un mix adéquat entre habitués des cercles du pouvoir et penseurs indépendants, capables de concevoir des voies innovantes, voire insolites. Cette nouvelle donne nécessite des profils nouveaux, moins classiques, plus réactifs et libres dans leur tête d'adopter des solutions originales, loin de la bipolarité politique traditionnelle et des sentiers battus.

De l' indépendance d'esprit, on en retrouve au sein de quelques formations traditionnelles lorsqu'elle en constitue un des gênes fondamentaux, tel étant le cas par exemple de l'aile humaniste du mouvement liberal. Mais plus un parti est aux affaires, tels le PLR et le PS dans le Canton de Vaud, ou le PDC au Valais, et davantage l'emporte la logique de la "Real Politik". C'est dans la nature des choses . Cette indépendance d'esprit, on la retrouve encore dans de plus jeunes formations, tels le PBD et les Verts libéraux, qui surfent sur la vague de la nouveauté. Mais c'est également le fait de petits partis. Le PDC-Vaud en est un bon exemple, avec des éminences grises comme Jacques Neirynck, qu'il est impossible de réduire à une vision binaire des choses.

Il en va de même pour François Meylan, qui vient de réaliser un très bon score avec 14% des suffrages au premier tour de l'élection complémentaire à la Municipalité de Morges. Il a par ailleurs eu la sagesse de se retirer du deuxième tour, pour ne pas s'engager dans une logique de pouvoir, mais se consacrer plutôt à une réflexion sur les besoins de ses concitoyens et les solutions à apporter. Presque sans support au départ, à force de courage et de ténacité, il a réussi à démontrer qu'un non-aligné avait sa place sur l'échiquier politique, à condition d'avoir du cœur, d'être chaleureux et humain, et de chercher l'empathie avec les autres. Pour un indépendant, il est essentiel de parvenir à se tenir à l'écart de tout clientélisme, en réfléchissant de façon aussi neutre que possible aux enjeux de notre société. Une telle flexibilité d'esprit n'est pas impossible, mais plus difficile à rencontrer au sein d'entités plus grandes et plus traditionnelles.

Le fait de pouvoir garder sa liberté d'opinion en toute circonstance, sans pressions internes ni externes, et de décider essentiellement en fonction de ses convictions intimes et de la réalité du monde qui nous entoure, est à mes yeux une valeur fondamentale de tout engagement en politique.

Claude Béglé
Co-président PDC-Vaud