17/04/2018

Terrorisme de l’ETA, une page se tourne !

E918375E-9D65-43E1-972E-854296CA2060.jpeg*L’organisation terroriste basque Euskadi Ta Askatasuna - Pays basque et liberté - plus connue sous l’acronyme ETA préparerait sa dissolution. Nous apprend Nicolas Klein, écrivain et spécialiste de l’Espagne contemporaine sur son blog « « Actualité espagnole. » L’an dernier, à la même période, le mouvement avait déjà organisé son désarmement volontaire, à Bayonne, en France voisine. Toutefois, les gouvernements espagnol et basque retiennent 2011 comme année marquant la fin de la lutte armée de l’ETA. En 2002, je rédigeais dans la Revue militaire suisse (RMS) le résultat de mes recherches sur l’organisation terroriste basque. S’intitulant « Guerre totale en Espagne » le reportage est référencé auprès de la Bibliothèque militaire fédérale à Berne et au sein des milieux militaires à Madrid. Je concluais que l’activisme nationaliste n’est pas propre au Pays basque espagnol. On en décèle les marqueurs dans d’autres régions d’Europe occidentale. Que ces courants entretiennent des contacts réguliers. Parfois, ils se soutiennent. Que le terrorisme en Europe est à considérer dans sa globalité. L’ETA a tué pour la dernière fois en 2010. La victime était un policier français. Comment cette structure criminelle, fondée le 31 juillet 1959, qui a évolué d’un groupe résistant au régime franquiste vers une organisation d’inspiration marxiste révolutionnaire revendiquant l’indépendance des territoires basques et au-delà en est arrivée à sa dissolution volontaire ? C’est au sein de la capitale basque Vitoria, que je questionne l’histoire comme les avis pour comprendre. Identifier les causes de la disparition auto-programmée d’une « machine à terroriser encore longtemps » telle que l’ETA. À qui on attribue la mort de 829 personnes. Les raisons sont multiples, dans le temps comme dans l’espace. Premièrement, la grande autonomie que le Pays basque espagnol obtient en 1979 réduit la légitimité de la lutte d’indépendance. Ensuite, l’organisation n’a jamais été en mesure de proposer une vision. Ni même sa branche politique officielle Herri Batasuna (Unité populaire) un programme. Hors, la revendication d’indépendance ne saurait être à elle seule une proposition politique viable, quand il n’y a ni colonisation ni oppression. De plus, la dislocation de l’URSS a porté un coup décisif également aux etarras. Ces derniers ne s’étant pas limités à la lutte nationaliste. Ils ont conduit un combat actif contre l’OTAN. Leurs soutiens extérieurs venant alors de pays comme Cuba, le Nicaragua ou encore la Libye. Pour ne mentionner que ceux-là. Tous alliés de l’ex-Union soviétique. La fin du sanctuaire basque français voisin qui, une fois que les politiques et intellectuels de gauche éprouvant encore de la sympathie nostalgique pour toutes formes de résistance au franquisme perdirent leur influence, permit une mobilisation sans précédent de la police et de la justice françaises. Pour circonscrire la base arrière de l’organisation terroriste. À cela, s’ajoute l’investissement magistral du juge madrilène Baltasar Garzon. Il mit à jour les structures complexes de l’ETA. Des colonnes ou commandos « légaux » et « illégaux » au trafic de cocaïne avec la Colombie via les îles Canaries, en passant par les différentes sources de financement allant des contributions volontaires de chefs d’entreprise sympathisants mais encouragés par des ristournes fiscales à « l’impôt révolutionnaire » imposé sous forme de racket... tout fut révélé. Sans oublier le courage et l’abnégation de nombreux journalistes, tous bords politiques confondus, qui bravèrent les menaces et les assassinats pour dénoncer sans relâche. Une chaîne de solidarité a même été organisée par « Reporters sans frontières » (RSF) qui a pu plaider au Parlement européen. Pour autant, la seule répression policière ni même la recherche de la vérité journalistique n’auraient suffit à mettre un terme au terrorisme basque. Tant son assise militante demeure. Force est d’admettre que l’octroi du concert fiscal à l’autonomie basque - c’est-à-dire la compétence de prélever directement l’impôt et de le répartir - et la montée en puissance des élus basques au sein du gouvernement espagnol à Madrid sans qui la droite actuelle ne pourrait gouverner ont pesé de tout leur poids. Autre élément décisif qui permet de tourner la page c’est la réparation. Les victimes de part et autre étant, aujourd’hui, reconnues et indemnisées. Reste encore à régler la question du 1C8F4AF3-A977-42E4-B4AB-5A14CBA714FD.jpegregroupement des etarras condamnés et emprisonnés. Leur détention partout en Espagne sauf au Pays basque est considérée comme une double peine. Cela provoque encore aujourd’hui des manifestations dans les rues de Bilbao. Ville dans laquelle on voit encore, tout comme à Vitoria capitale, la revendication « EUSKAL PRESO ETA IHESLARIAK ETXERA. » Sous forme de graffiti ou encore sur des bannières étendues aux fenêtres. Les braises seront alors définitivement éteintes.

François Meylan, Vitoria, 13 avril 2018

*Publié le 15 avril 2018 sur « Les Libéraux »