21/09/2017

Terrorisme : on ne le vaincra pas en s’enfermant dans le fantasme.

IMG_0649.JPGIl est temps de passer du mode communiquer au mode informer !


*Depuis les attentats du 11 septembre 2001 qui marquèrent, résolument, un avant et un après, on nous sert toujours la même soupe. Avec les résultats que l’on connaît. Et ils sont insuffisants. On n’a pas su voir venir. Ou on n’a pas voulu voir les choses telles qu’elles sont. Faute à qui ? Probablement à une multitude de facteurs et d’acteurs.

Pour la majorité d’entre nous, on ne comprend pas d’où vient une telle violence. Comme elle s’estIMG_0636.JPG encore exprimée ce 17 août 2017 à Barcelone et à Cambrils, en Catalogne, en Espagne. Soudain, l’incompréhension du phénomène paraît totale. Pour le moins, nous souffrons d’une pensée dominante bien confortable. Celle d’un méchant califat qui nous en veut. Ce fantasme est repris par l’ensemble des médias grand public. C’est une guerre entre le Bien et le Mal. Elle est couplée avec l’échec du communautariste et des banlieues ghetto. Celle d’un choc des civilisations.
« Pourtant, c’est d’inculture que « Pourtant, c’est d’inculture que nous souffrons plus que d’une nouvelle guerre de religion », comme le relève le criminologue français, de renommée internationale, Alain Bauer. A la technologie des satellites, des drones et des frappes « chirurgicales » se succèdent « al qaeda », « aqmi »,« daesh » et « boko haram. » Pour autant, rien ne s’arrange. Mais comment les choses pourraient-elles aller mieux ? Notre principal partenaire commercial en matières fossiles l’Arabie Saoudite n’exporte pas seulement du pétrole mais également le salafisme. De ce salafisme belliqueux – plus de nonante milliards de dollars investis dans cette idéologie guerrière, selon James Woolsey, ancien directeur de la CIA – ont été attisés des conflits tels que l’Afghanistan – dans ce cas précis, avec la complaisance et même l’impulsion des Etats-Unis et de l’Occident -, de l’Algérie, de la Bosnie, de la Somalie, de la Tchétchénie, du Sahel, du Nigéria, de la Lybie, du Yémen et de l’Irak comme de la Syrie. C’est bien une idéologie que nous devons combattre. IMG_0652 (1).JPGLe juge anti-terroriste Marc Trevedic, en poste au Tribunal de grande instance de Paris de 2000 à 2015 et auteur de l’ouvrage « Terroristes - les 7 piliers de la déraison», l’affirme, sans ambiguïté aucune : « Nous sommes otages d’une grande hypocrisie. C’est exactement la même idéologie qui anime tant ceux qui posent des bombes que ceux qui nous achètent des armes et financent notre parc immobilier et nos clubs de foot. » Et d’ajouter que rien n’a jamais été entrepris pour lutter contre le fanatisme religieux. Il n’est pas contredit par l’ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls : « Aujourd’hui, nous payons cher cette alliance avec le diable qui vient de loin. Soit du temps où il était question de faire tomber l’URSS». Vu ce qui précède, il y a de quoi se retrousser les manches pour mettre un terme à ses prêches sur l’autel de la violence. Ne nous leurrons pas. Dans les mosquées, de Riyad à Prizren au Kosovo, en passant par Casablanca et Vitrolles, en France, le discours haineux perdure. Il est peut-être temps de mettre un terme à l’hypocrisie. Certes, des contrats juteux en pétrole, en fournitures militaires, etc. sont en jeu. Mais alors pesons le pour et le contre. Dans cette constellation, il est temps également que nos médias et nos élus fassent enfin de l’information et non plus de la communication et de la récupération politique sur chaque attentat. Parce que les impostures autour du terrorisme sont nombreuses. Par exemple, le pseudo-chef de l’organisation criminelle que l’on nomme Etat islamique (EI) et auto-proclamé calife de tous les Musulmans qui se fait appeler Abou Bakr Al-Husseini Al-Qurashi Al-Baghdadi n’est autre qu’un simple irakien du nom de Ibrahim Al-Badri, né en 1971 à Samarra et non à Bagdad – capitale historique du califat islamique – comme le signifie son pseudo « Al-Baghdadi».terrorisme,terreur,terroristes,meylan,françois,françois meylan Il n’est pas non plus le premier successeur du prophète Mahomet, à contrario du pseudo« Abou Bakr », ni appartenant à sa tribu comme pourrait l’indiquer « Al-Qurashi. » Et, encore moins descendant du second petit fils du prophète, ce qu’aurait signifié « Al-Husseini. » Par ailleurs, arrêtons d’appeler terrorisme ce qui ressemble plus à des violences politiques et à de la criminalité organisée. Faut-il encore le rappeler ? Il n’existe, à l’heure actuelle, aucune définition universelle pour décrire ce qu’est le terrorisme. Rien que dans les pays anglo-saxons nous relevons plus de deux-cents interprétations ! Pour sa part, la définition retenue par notre Administration fédérale demeure incomplète. Elle ne prend pas en compte les cibles quand celles-ci sont militaires.
IMG_0641.JPGHors, comment lutter face à un ennemi que nous peinons à décrire ? D’où la nécessité d’informer et d’informer encore. Qui ? Nous ! Le public, autant de victimes que de cibles potentielles. A ce titre, il est préférable d’écouter l’analyse des criminologues, entre autres, Xavier Raufer et reporters réellement avisés aux vas-t-en guerre et pseudos spécialistes abonnés à nos plateaux de télévision. Le prisme des premiers nous éclairent d’avantage que les seconds. Entre autres, ils nous encouragent à passer de la résilience à la prise de position. « Il est urgent de remonter aux commanditaires et jusqu’au plus haut niveau », relève, à juste titre, le journaliste Joseph Macé-Scaron dans l’hebdomadaire « Marianne ». Activons, à notre tour, les relais diplomatiques et contre la fin de notre ingérence calamiteuse au Moyen-Orient, stoppons toute cette singerie sanguinaire !

*Publié dans "Point de Mire" No 70 - Automne 2017

18/06/2017

Brindisi, l'attentat qui traumatisa l'Italie... déjà cinq ans.

IMG_6619.JPG*Comprendre le terrorisme et les violences politiques.

Brindisi, lors de la rentrée scolaire du 19 mai 2012, à 07:45, trois bonbonnes de gaz actionnées à distance fauchent la lycéenne Melissa Bassi, âgée de 16 ans, et blessent très grièvement cinq de ses camarades.

L’onde de choc et l’indignation traversent la péninsule. Le pape Benoit XVI intervient. Des manifestations se tiennent à Naples comme à Milan en passant par Turin et Rome.

À cette époque, en l’absence de revendication, plusieurs pistes sont évoquées. Et ce sont les difficultés majeures: conduire rapidement les investigations nécessaires et n’exclure aucune piste. On cite l’extrême droite comme l’extrême gauche. Toutefois, ces fractions s’en prennent généralement à d’autres symboles tels que les trains, les places ou les politiques en personne mais jamais les écoles. La mafia locale qui sévit dans la région des Pouilles la Sacra Corona Unita (SCU) est aussi soupçonnée. Elle aurait pu ainsi venger l’arrestation de seize de ses membres mais aussi passer un message auprès d’une communauté estudiantine militante et dénonçant la corruption et les combines.

Le terrible message serait alors: « Tenez-vous tranquilles et ne mettez pas le nez dans nos affaires », d’après Giovanna Montanaro, sociologue et collaboratrice du Procureur national antimafia Pietro Grasso. C’est que l’ombre de Cosa Nostra plane. Le lycée ne porte pas pour rien les noms des célèbres magistrats antimafia assassinés en 1992, près de Palerme, le juge Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo. Le moment coïncide aussi avec la tentative de suicide en prison du parrain de Corleone Bernardo Provenzano. Chef départemental de la division antimafia, Cataldo Motta est moins catégorique. D’abord l’honorable société éprouve des difficultés à faire passer ses requêtes auprès de l’État en vue de l’abolition du sévère article 41 bis du Code de procédure pénal italien et de l’assouplissement des conditions de détention des parrains incarcérés. Irait-elle à mettre en péril cette démarche en menaçant le consensus social? De plus, pour commettre leurs méfaits les mafiosi utilisent le TNT et non des bonbonnes de gaz.

Finalement, on retiendra la thèse d’un acte isolé. Celui du commerçant et père de famille Giovanni Vantaggiato, reconnu grâce au dispositif de vidéosurveillance. Comme l’affirme, déjà au lendemain de la tuerie, le procureur de Brindisi Marco di Napoli : « L’attentat à la bombe pourrait être le geste d’une personne qui est en guerre avec le reste du monde. Une personne avec des problèmes psychologiques. »

Pour autant, Vantaggiato ne sera inculpé que quatre semaines après sa mise en examen. Des questions demeurent et les habitants que j’ai interrogés aux abords des lieux du crime croient encore à la piste mafieuse. En effet, comment cet homme de 66 ans a pu s’exposer à la perpétuité – ce à quoi il a été condamné – et se laisser filmer par la vidéosurveillance le temps d’actionner la bombe alors que son procès a souligné qu’on avait trouvé par la suite trois autres systèmes de mise à feu?

Pour comprendre le terrorisme et les violences politiques, nous devons identifier le message ainsi exprimé de la plus vile des façons. Quel est-il? Qui en est le destinataire? Qui en est l’émetteur?

Un message impitoyable mais sophistiqué adressé aux membres de l’Etat capables de le saisir sans devoir le révéler à l’opinion publique.

*Publié dans la Méduse, le 14 mars 2017.

 

 

25/05/2017

L'État pris pour cible par un feu croisé néolibéral et criminel.

IMG_2271.PNG*L’Etat pris pour cible par un feu croisé néolibéral et criminel
Jeudi 18 mai 2017 - François Meylan
«L'Etat doit parfois, en promulguant des lois spécifiques, intervenir dans l'économie pour la rendre plus fluide et plus éthique.» C'est ce que s'applique à traduire en actes Rosario Crocetta, président de la Région Sicile, pour juguler l'emprise de la mafia sur le territoire. François Meylan l'a rencontré.

Confucius disait que les royaumes deviennent ingouvernables, quand les mots changent de sens. Or, nous le vivons avec le terme «libéralisme». Nous nous sommes dangereusement éloignés du libéralisme des Lumières. L'esprit libéral de Montesquieu n'est plus. Plutôt, il n'a plus cours dans les arcanes du pouvoir. En politique, il est bafoué. Preuve en est le programme présenté, en France, par le jeune et nouveau président de la Ve République Emmanuel Macron. Pourtant issu d'une famille politique dite de gauche, son projet «En marche» est clairement néolibéral. C'est-à-dire qu'il répond essentiellement à la seule loi du marché. Et pour le marché, la loi n'existe pas. La seule règle qui prévaut est la fameuse main invisible d'Adam Smith. Ou, mieux encore, que ceux qui savent faire ou que ceux qui ont déjà accumulent encore plus… au détriment, bien entendu, du bien commun et du plus grand nombre.

Le pire est qu'on essaie de nous faire croire que c'est dans l'ordre normal des choses. Que cela a toujours été ainsi. Alors que c'est faux. Cette déviance des rapports au profit immédiat et à la prédation capitalistique ne date que de quelques décennies. Pour un vrai libéral, le sommet de l'édifice politique – et donc moral – est représenté par le Droit et non par le contrôle du système politique. Pour les partisans du néolibéralisme, le sommet de l'édifice est constitué par un fantasme. Celui de placer le marché au-dessus de tout. Pour ça, il faut contrôler le système politique et faire sauter tous les contre-pouvoirs.

L'exemple des médias qui sont transformés en communicants voire en propagandistes est édifiant. Et pour votre serviteur de faire le lien avec les luttes que conduisent en Sicile des femmes et des hommes héroïques. Dans cette région de plus de 5 millions d'habitants, l'Etat subit aussi les assauts d'un marché sauvage. Celui du crime organisé, que combat tout particulièrement le président de la Région Rosario Crocetta. J'ai eu la chance d'être reçu à Palerme par ce haut magistrat et de m'entretenir avec lui sur certaines valeurs fondamentales. C'était le 29 mars 2017. Le «governatore» y mène une gigantesque opération anticorruption pour éliminer l'emprise de la mafia sur les administrations et les marchés publics.

Ce personnage haut en couleurs – qui m'a expliqué au passage comment le courage n'existait pas en tant que tel mais que l'on peut choisir de s'éduquer au courage – ne le sait que trop bien: le système libéral ne survivrait pas sans un Etat fort. L'institution étant garante d'équité. Le marché tout puissant n'ayant pas de considérations morales. Question systèmes, Crocetta en connait un vaste chapitre. Il le répète sans cesse: la mafia est un système. Et, pour Cosa Nostra, il est aussi question de corrompre le politique.

Elu en 2012, il a déjà démantelé plusieurs systèmes mafieux. Par exemple, celui de la formation professionnelle: «Nous avons, en Sicile, 2200 sociétés spécialisées dans le secteur de la formation professionnelle. C'est un véritable système, dans lequel on trouve des élus de la région, leurs femmes, leurs fils, etc. Et ce système écarte les vraies compétences. Ce sont les contribuables qui payent.» Côté appels d'offres publics, une loi est en préparation pour proscrire que des députés de la Région Sicile puissent agir pour favoriser des entreprises à la tête desquelles on trouve des parents de ces élus aux premier et deuxième degrés.

Autre exemple, c'est celui du consortium des autoroutes siciliennes: Rosario Crocetta a découvert que travaillait dans ce secteur une entreprise qui n'était pas en règle avec les directives antimafia de la préfecture. Elle percevait 15 000 euros par jour pour surveiller les autoroutes. Autre loi promulguée par le président, celle qui assure un emploi au sein de l'administration à tout citoyen qui dénonce un système mafieux. Il faut le savoir, le «délateur», en Sicile, perd tout espoir de retrouver du travail. Quelques soixante personnes bénéficient déjà de ces dispositions. A n'en pas douter, les «affaires» en Sicile devraient nous inspirer sur ce qui se passerait pour notre système libéral si on le laisse dans les mains de politiques sous l'influence de lobbys ou d'autres intérêts particuliers. A méditer!


* Conseiller financier indépendant à Lausanne, ancien secrétaire du PDC Vaud.

Article publié dans "Le Courrier".