22/02/2019

Police politique, au sein de l’Europe, hors de contrôle de l’État de droit qui cherche à s’armer !

7891983A-893B-43AE-8BBE-8C49D3F2E6AA.jpegFM : Récemment, le gouvernement Sanchez a autorisé à la Généralité de Catalogne l’acquisition de nouvelles armes dites de guerre. Pouvez-vous, nous en dire plus ?

Nicolas Klein : Le 21 janvier 2019, en effet, le Ministère espagnol de l’Intérieur, dirigé par Fernando Grande-Marlaska, a autorisé à la Généralité de Catalogne l’achat d’armes et de munitions afin de venir renforcer l’arsenal de la police régionale catalane, les Mossos d’Esquadra. Il s’agit d’un contrat de 500’000 euros qui doit se diviser en sept lots comprenant notamment des pistolets de calibre 9x19 millimètres, des fusils d’assaut compacts de calibre 7,62x51 millimètres et des fusils d’assaut de calibre 5,56x45 millimètres.

Il s’agit d’armes destinées aux patrouilles habituelles des Mossos d’Esquadra ainsi qu’à la lutte contre le terrorisme, tout du moins officiellement. Les seconds fusils d’assaut seront réservés au Groupe spécial d’Intervention (Grupo Especial de Intervención, GEI), unité d’élite de cette police régionale.

56CAA184-DFB2-4238-B31F-17323901AC7A.jpegFM : Le fait que la Garde civile, en 2017, se soit opposée à ces acquisitions, d’une part, et de l’autre le fait que des Mossos d’Esquadra avec qui nous collaborons affirment que ces achats sont superflus vous surprend-t-il ?

Aucun de ces deux faits ne me surprend véritablement. Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy avait de nombreux défauts, notamment dans son traitement de l’affaire catalane, mais son ministre de l’Intérieur, Juan Ignacio Zoido, avait au moins eu la bonne idée d’écouter la Garde civile, dont la Centrale d’Armes (Central de Armas) estimait qu’il s’agissait d’un arsenal de guerre superflu pour un corps de police purement régional.

Les Mossos d’Esquadra sensés, qui font leur métier consciencieusement et refusent d’être un instrument politique au service des autorités séparatistes de la Généralité, savent aussi que de tels instruments pourraient être utilisés à d’autres fins que celles prévues, notamment comme armes de guerre contre l’armée espagnole (même si nous n’en sommes évidemment pas là).

B86EB7CE-BE50-491F-B677-DBA4F7D85172.jpegFM : En cas de sédition de l’autonomie catalane, les Mossos d’Esquadra pourraient-ils devenir une unité militaire du poids, dans le cas présent une brigade renforcée, voire une petite division (16 000 membres) ?

Nicolas Klein : C’est une possibilité que l’on ne peut évidemment écarter, même si cette armée n’aurait pas réellement une organisation et un commandement militaires, n’en aurait pas non plus l’entraînement, serait d’une taille réduite face aux forces terrestres espagnoles (quasiment 75 000 effectifs) – sans compter les forces de l’ordre et les forces spéciales – et pourrait vite être dépassée en termes matériels, stratégiques et tactiques.

En revanche, si un jour la Généralité de Catalogne décidait de franchir le pas (ce que je n’espère pas), il pourrait y avoir des morts et des dégâts…

A26FB115-6AC2-4E1B-A3F6-C486DD29F5D5.jpegFM : En froid avec l’Europe, la Généralité pourrait-elle se tourner vers d’autres protagonistes étrangers ? Si oui, lesquels ? Et quels sont les courants politiques en présence qui encourageraient cette subversion ?

Nicolas Klein : Toutes les formations politiques indépendantistes catalanes, et en particulier les deux principales (le PDeCAT et l’ERC), cherchent constamment des soutiens de toutes natures à l’étranger. Même si l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique semblent leur avoir fermé la porte de façon définitive, l’ancien président de la Généralité actuellement en fuite, Carles Puigdemont, tente encore d’agiter le landernau médiatique et politique de Bruxelles, arguant d’une nécessaire médiation internationale dans le « conflit catalan ».

L’on a un temps parlé d’une possible intervention (au moins diplomatique) de la Russie ou de la Turquie, même si j’ai du mal à croire que les gouvernements en question interviendront un jour de manière décidée, voire directe, dans cette affaire. Il faudrait que la Généralité de Catalogne leur promette des avantages substantiels. Par ailleurs, je doute que la France et l’Espagne acceptent de voir à leurs portes une région en proie à de graves troubles politiques, sociaux et économiques et qui, en plus, accepterait des troupes ou des bases hostiles aux intérêts de l’Europe occidentale…