17/03/2013

Rendez-vous à Zurich le 2 mai 2013

UBS SA aura son Assemblée générale des actionnaires le jeudi 2 mai au Hallenstadion de Zurich. 

L'évènement est très médiatisé.

UBS.jpgAprès avoir perdu 2,5 milliards de francs en 2012 (dont une amende de 1,4 milliards), la rémunération des onze membres de la direction est restée la même à 70,4 millions de francs. Son CEO Sergio Ermotti a obtenu 8,9 millions contre 6,4 en 2011. Pour une banque qui fait de telles pertes c’est récompenser l’incompétence. 

La présidente du comité de rémunération Ann Godbehere nuance en louant l’accélération de la réorganisation (suppressions d’emplois) et par l’évènement heureux de la hausse de 28% de l’action à la bourse (elle cote ce jour à CHF 15.50). 
Merci pour celles et ceux qui l’ont achetée à 30, 40, 50 voire même à 75 francs avant la crise ! Nos caisses de pension et le fonds AVS y ont laissé des plumes… nos plumes. 


D’autre part, la banque a offert 25 millions de francs à l’Américain Andrea Orcel pour qu’il vienne diriger la banque d’investissement (c’est cette division qui a manipulé le taux Libor durant dix ans, qui a planté la banque dans les subprimes occasionnant plus de 60 milliards de dollars de perte ou qui a encore perdu plus de deux milliards de dollars en septembre 2011 en spéculant contre l’euro). Monsieur Orcel vient de la Bank of America Merrill Lynch. L’entité est le résultat d’une fusion-sauvetage survenue en 2008 et sauvée par la banque centrale américaine (Fed).

Il est clairement question d’un « golden hello » ou prime de bienvenue. Ce sera heureusement interdit avec l’entrée en force de l’initiative contre les rémunérations abusives (initiative Minder). La direction de la banque tente de camoufler la manœuvre avec le terme « replacement award » soit « prime de transfert.»

Mais au fait la banque est une société privée… pourquoi s’interroger sur ses méthodes ?

Parce que son bilan pèse cinq fois le produit intérieur brut (PIB) suisse et fait peser un risque budgétaire majeur pour notre pays. A titre de comparaison, la plus grande banque française BNP Paribas arrive à une fois le PIB français. Parce qu’en catimini le Parlement suisse a voté une loi « too big too fail » - trop gros pour faire faillite – qui nous oblige (le pays et la collectivité) à sauver une nouvelle fois la banque si nécessaire. Et ce jour arrivera. 

Et encore ? En plus du risque de réputation national et d’avoir trempé dans plus d’une dizaine d’affaires délictueuses et même criminelles de part le monde, aucun de ses dirigeants n’a eu à rendre des comptes. Seulement, quelques rares « seconds couteaux » ont été inculpés. On ne parlera pas des milliers de clients américains livrés en pâture ni même des nombreux collaborateurs dénoncés à l’administration américaine. L’irréversible atteinte au secret bancaire on le doit en particulier à l'hôtel aux trois clés. 

Le plus inquiétant est que la banque a placé de ses anciens cadres au sein de la Banque nationale suisse (BNS) et de la Finma (l’organisme chargé de la contrôler). Elle l’avait déjà fait efficacement auprès de l’ancienne Commission fédérale des banques (CFB).

La campagne pour l'initiative contre les rémunérations abusives nous à confronté aux deux premiers paravents du féodalisme financier cinique. A savoir quelques Politiques sous influence (maillon faible) et des organisations faîtières (entre autres Economiesuisse). L’assemblée générale du 2 mai permettra de mettre en garde directement le « cerveau. » Celui qui tire les ficelles. 

Au minimum, demander le refus de la décharge du Conseil d’administration dont le président n’est autre que l’Allemand Axel Weber (lui a touché 3,6 millions de francs après avoir également perçut une jolie prime de bienvenue). 

Il faut y rappeler que le texte constitutionnel contre les rémunérations abusives met un terme à ces méthodes arrogantes de rémunérations (spoliation de la société sur le dos de ses employés, de ses clients et de ses actionnaires). 

L’autre objectif de se retrouver le 2 mai à Zurich est de mettre la pression sur le Parlement pour leur montrer que le vote du 3 mars n’était pas un vote contestataire sans lendemain. La nouvelle loi doit à présent entrer en force et au plus vite !

Toute le monde peut y participer moyennant l'achat d'une action nominative UBS.


28/10/2012

Le marché et la fameuse "main invisible" !

La métaphore d’Adam Smith

L'ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a déclaré, en substance, lundi 4 avril 2011, à Washington, que la récente crise financière plaidait pour plus d’intervention de l’Etat et moins de laisser-faire.

« Alors que la mondialisation des échanges est associée à la baisse des inégalités, la mondialisation financières les a accrues. (…) Il y a une sorte de mélange de chômage et d’inégalités sociales, qui peut entraîner des troubles sociaux. (…) J’aime dire que la main invisible ne doit pas devenir le poing invisible.»

Le concept de la « main invisible » repose sur les théories de l’économiste Adam Smith. Pour ce dernier, les actions des individus seraient rendues complémentaires par le marché et c’est ce qu’il appelle la « main invisible.»

adam-smith-1723-1790-le-marche-n-a-besoin-de-personne-pour-fonctionner_paysage619.jpgSelon Smith, les « lois » du marché, associées au caractère égoïste des agents économiques, conduiraient à l’harmonie sociale. La confrontation des intérêts individuels mène naturellement à la concurrence, et celle-ci amène les individus à produire ce dont la société a besoin. Une forte demande provoque l’envolée des prix. Elle amène les producteurs avides de profits à produire le bien recherché. L’égoïsme d’un individu seul est nuisible, mais la confrontation des égoïsmes conduit à l’intérêt général. Si un producteur tente d’abuser de sa position et fait monter les prix, des concurrents aussi avides de profit s’attaqueront au marché en vendant moins cher. La main invisible oriente donc le travail vers l’usage le plus utile à la société car c’est aussi celui qui est le plus rentable. Elle règle avec justesse les prix, les revenus et les quantités produites. L’économiste avancerait donc l’idée d’un marché « autorégulateur ». Toutefois, lorsque nous l’étudions dans le texte, nous rencontrons l’exigence d’une instance de régulation morale. Parce que le marché, par essence, n’est pas moral. Le fort écrase le petit et le rapide tue le lent. N’en déplaise à certains banquiers et néolibéraux, Adam Smith n’est finalement pas l’apôtre d’un capitalisme sauvage. Le principe du marché tel qu’il le décrit s’applique à l’économie artisanale de son époque. Aussi, il dénonce les industriels qui par les ententes et les monopoles tentent de contourner la loi à leur seul profit. Ce n’est donc pas l’État qui menace le plus l’économie de marché mais plutôt les "profiteurs amoraux". Il revient à l’autorité souveraine de s’assurer du respect des règles du marché.