21/05/2015

L'essence même du libérlaime est mis à mal par Monsanto !

IMG_4732.JPG*Tous les regards semblent se tourner sur Monsanto. Le 23 mai 2015, se tiendra la marche mondiale contre cette entreprise, mais également contre ses concurrents que sont le suisse Syngenta ou encore l’allemand Bayer. Ce n’est pas seulement contre les organismes génétiquement modifiés (OGM) que la rue gronde. C’est aussi contre les méthodes et les pressions employées par ces géants de la chimie. Ils défient les principes du libéralisme que sont la transparence et la libre concurrence. En corollaire de la manifestation internationale pour une agriculture durable et une alimentation saine pour tous, le spécialiste dans les biotechnologies agricoles du Missouri/USA, fondé en 1901, par John Francis Queeny, veut racheter le bâlois Syngenta pour la coquette somme de 42 milliards de francs suisses. La multinationale américaine en a les moyens. Elle espère ainsi tirer parti de la combinaison entre le savoir-faire de son concurrent dans la protection des cultures et son positionnement dans les semences. Permettant ainsi de créer le leader mondial de l'agriculture. Mais de quelle agriculture ? Soit un monopole de l’alimentation et du vivant. Les semences étant à la base de tout.  

IMG_4736.JPGLa stratégie est claire. Une fois la semence modifiée elle fait l’objet du dépôt d’un brevet et devient aussitôt propriété intellectuelle de la firme. Ces dernières années, celle-ci a acquis une cinquantaine de producteurs de semences. Pour l’instant, Syngenta, issu de la fusion des divisions agrochimiques des sociétés AstraZeneca et Novartis, qui commercialise le maïs Bt génétiquement modifié, a refusé cette offre dite « amicale. » Monsanto est confiant. Il est même convaincu, cas échéant, de l’emporter face aux autorités de la concurrence. Rappelons qu’il jouit d’une solide expertise dans le domaine de l’influence. La firme est notoirement connue pour son agent orange – le 245T – à base de dioxine, dont quarante millions de litres ont été versés sur les populations civiles lors de la guerre du Viêt Nam. On l’associe également à l’herbicide le plus employé au monde le « Roundap. » Les scandales sanitaires ne cessent d’augmenter. Notre pays peut se considérer bien heureux, avec son moratoire sur les OGM. Toutefois, celui-ci s’éteindra en 2017. Il est temps que nos politiques réagissent. Avec l’opération sur Syngenta et l’implémentation, au cours de la dernière décennie, du siège européen de Monsanto à Morges (VD), la Suisse se retrouve à l’épicentre du « Monde selon Monsanto. » Où quand les multinationales prédatrices font main basse sur les peuples. 

*Texte publié dans le quotidien "24 heures", le jeudi 21 mai 2015.

 

 

 

19/05/2015

Le nouvel impôt sur les successions... une initiative de trop !

 

IMG_7526.jpgLe 14 juin prochain, le souverain se prononcera sur l’initiative « Imposer les successions de plusieurs millions pour financer notre AVS ». Le texte déposé le 15 février 2013 par le Parti socialiste (PS), les Verts, le Parti évangélique (PEV), le Parti chrétien-social et l’Union syndicale suisse met en péril des dizaines de milliers d’entreprises et d’emplois selon la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI). Sans pour autant résoudre le problème épineux du financement de l’AVS. Celui-ci étant de nature structurelle. Il nécessite plutôt une nouvelle création de valeur que la confiscation de celle qui a déjà été créée par d’autres. Précisons que l’initiative ne donne aucun argument chiffré ni solution concrète. On en est à une pure confiscation de plus. Pour sa part, Tibère Adler, président du think tanks Avenir Suisse surenchérit : « Si elle passe cette initiative contraindrait de nombreux entrepreneurs à devoir vendre des actions ou une partie de leur entreprise pour s’acquitter de cet impôt. »  Rappelons, cas échéant, cette nouvelle perception s’effectuerait à hauteur de vingt pour cent de toute succession. On dit bien sur l’ensemble de la succession. Une franchise de deux millions de francs suisses est certes prévue. Toutefois,  elle s’appliquerait  à l’ensemble de la succession et non par héritier. Autant dire qu’avec la transmission d’un bien immobilier – au regard des prix atteints dans de nombreux cantons – c’est beaucoup plus que deux pour cent de la population, comme avancé par les initiants, qui souffriraient pareille confiscation. L’initiative ne prévoyant pas l’imposition séparée de chaque héritier, comme cela se pratique aujourd’hui par les cantons. Quant aux donations, celles-ci seraient exonérées jusqu’à vingt mille francs. Ceci sans prendre en compte le degré de parenté entre le donateur et le bénéficiaire. Aujourd’hui, nombre de cantons appliquent un régime plus large, à juste titre, en faveur de la filiation parents – enfants. Soit, les héritiers en ligne directe. La rétroactivité prévue par le texte jusqu’à 2012, pose également problème. En cas d'acceptation, l'initiative entrerait en vigueur le 1er janvier 2017. Il faudrait donc appliquer une rétroactivité sur cinq ans sur les donations faites aux enfants et aux personnes. La tâche administrative qui en découlerait apparaît déjà titanesque. De son côté, André Kudelski, chef de l’entreprise éponyme, rappelle que l’enjeu pour l’emploi est assez fort. La transmission d’une génération à l’autre est toujours un moment compliqué et délicat. « Notre pays a plus de chances de conserver ses postes de travail si les propriétaires des sociétés demeurent en Suisse. » Une initiative qui va clairement à l'encontre des entreprises familiales, en général, plus humaine car de plus petite taille. Elle fera perdre une certaine qualité de vie au travail. Elle revient à puiser dans la poche des entrepreneurs qui prennent des risques. Cet impôt ne taxerait pas seulement le travail mais également un état d'esprit… celui de la famille. Dans une famille, on fait beaucoup gracieusement pour les autres. De manière naturelle, sans attendre de profits immédiats. Les conjoints et les héritiers directs, en particulier, ont souvent contribué à constituer le patrimoine. Pour le moins, à le maintenir. Le cas de l’entreprise agricole est parlant. Ainsi, ce nouvel impôt est non seulement prohibitif, confiscatoire mais son principe heurte notre fédéralisme qui s’est toujours révélé concurrentiel jusqu’ici. Rappelons que les entreprises sont déjà imposées sur le revenu et la fortune. Elles financent déjà largement les prestations de l’Etat. Avec cette initiative, chaque franc généré par l’entrepreneur serait soumis à une triple imposition. Vu ce qui précède, il s’agira de rejeter massivement un texte qui porte autant atteinte à la diversité de notre tissu économique basé principalement sur des PME - dont beaucoup sont de nature familiales – qu’au maintien de l’emploi dans notre pays. Tout laisse à croire que nous avons, à nouveau, à faire à une initiative dite "marketing". Politiquement, ce type de démarche, peu constructive, fait planer une grande insécurité juridique dans notre pays. Elle ressemble à une opération marketing. C'est, malheureusement, de plus en plus l'apanage des appareils de parti qui tentent d’exister tant bien que mal pour contenir l'érosion de leur base. On peut aussi se demander si nous ne vivons pas encore, en Suisse, trop confortablement pour chercher ainsi encoubler l’entreprenariat et la compétitivité. Dans un pays sans matières premières, nous sommes en train d’attaquer les principes et les concepts qui ont fait notre succès. Il est temps de revenir à plus de réflexions et de réellement construire des voies pour l’avenir. Il est quand-même stupéfiant de constater que ceux-là mêmes qui demandent toujours plus d’Etat, d’assistance et de redistribution sont les mêmes qui mordent la main de ceux qui les nourrissent.

Texte dans "Le Temps", le mardi 19 mai 2015

18/01/2015

Fin du taux plancher...

philippe_paoly.png* Le 15 de ce mois, la BNS en a terminé avec le taux plancher de 1.20 avec l’Euro. Quelles sont les conséquences possibles?

Afin d’aborder un tel sujet, et pour aider à sa compréhension, cet article propose de résumer les bases des sciences économiques affiliées, de revenir sur le contexte de décision de l’introduction du taux plancher (2011) comme sur celui de son abandon (2015), pour enfin aborder ses conséquences.

Bases des sciences économiques (résumé)

La donnée économique cruciale pour la population est le pouvoir d’achat. Ce dernier est la résultante conjointe de deux éléments clés prépondérants: le chômage et l’inflation. Le premier impacte évidemment le revenu – on gagne normalement moins lorsqu’on ne travaille pas — et la seconde influe sur la valeur de la monnaie, donc la valeur de ce revenu.

Comme agents économiques, les banques centrales endossent le plus souvent la fonction de régulateur monétaire, avec priorité à l’inflation. Les théories économiques encouragent l’indépendance des banques centrales dans le but de leur permettre de jouer ce rôle qui est essentiellement (outre la coordination de l’activité bancaire) de contrôler la production de monnaie dans l’intérêt du pays. Elles doivent agir sans être soumises aux motivations politiques des gouvernants parce que celles-ci ne se rapportent pas à des données économiques, mais à des enjeux électoraux. La mission de la BNS se concentre sur l’inflation, et accessoirement sur le chômage, dans l’intérêt général du pays, au-delà des intérêts particuliers. Pour cette tâche, la crédibilité de la banque centrale est essentielle et dépend de sa capacité à faire ce qu’elle annonce, dès qu’elle l’annonce. Les agents économiques, eux, réagissent immédiatement. Ceci explique pourquoi la BNS ne pouvait en aucun cas « préparer le terrain » et que la surprise est un élément positif, évitant les spéculations contre-productives.

Il existe un arbitrage entre chômage et inflation dans lequel il est nécessaire de distinguer le court terme du long terme. À court terme, une expansion monétaire entraîne une hausse de la demande globale de biens et services, d’où une baisse du chômage. Assez rapidement, cette même hausse de la demande entraîne de l’inflation. Notons ici, et nous y revenons plus bas, que la hausse de la demande inclut la hausse des exportations liée à la diminution de valeur de la monnaie. À long terme, la hausse des prix entraîne une baisse de la demande, y compris une baisse des exportations, avec un retour au chômage initial. De fait, le seul effet résultant du processus est la hausse des prix. En cas de restriction monétaire, c’est l’inverse : à court terme, il en découle une baisse de la demande impliquant une baisse de l’inflation et une hausse du chômage. Alors qu’à long terme, la baisse de l’inflation entraîne une hausse de la demande, d’où une diminution du chômage. C’est ce que l’on appelle la neutralité de la monnaie.

Il existe aussi un lien entre exportations et taux de change nécessitant également la distinction entre le court et le long terme. À court terme, une expansion monétaire entraîne une diminution de la valeur de la monnaie nationale, donc une augmentation les exportations. À long terme, la hausse des exportations entraîne une augmentation demande de monnaie nationale (en vue des paiements), ce qui augmente sa valeur. Retour à la situation initiale. Inversement, une restriction monétaire entraîne une hausse de la monnaie nationale, pénalisant les exportations. La baisse des exportations entraîne une baisse de la demande de monnaie nationale, diminuant sa valeur. Retour à la situation initiale également.

Le contexte de décision du taux plancher (2011)

En 2011, nous pouvions constater une diminution de l'activité économique générale (monde, zone Euro, USA et Suisse). Souvenons-nous des inquiétudes fortes concernant l’économie américaine : endettement, perte du AAA, ralentissement, etc. De même, rappelons-nous celles, tout aussi fortes, au sujet de l’endettement, voire de la quasi-faillite de certains états de la zone Euro. Ces incertitudes avaient en particulier fait plonger l’Euro : le taux de change avec le Franc suisse avait déjà atteint la parité 1 :1, lorsque la BNS décida le taux plancher à 1.20.

L’intervention de la BNS, à l’époque condamnée ou saluée, visait à limiter les conséquences d’une forte et rapide hausse du Franc conjuguée à un ralentissement général. Cette situation était exceptionnelle, la mesure l’était de même. Le risque pris était évident, mais assumé.

Ce taux était indéniablement artificiel et l’artificiel ne peut durer ad vitam aeternam. Il a permis, en diminuant la valeur du Franc, à nos exportations de résister à la crise et de prospérer, sauvegardant ainsi des emplois et assurant un taux de croissance certain. Il convient cependant de relativiser celui-ci: cette croissance n’est pas due à des gains de productivité et demeure assez modeste par tête. Mais cette situation a préservé la confiance de la population et a en conséquence soutenu la consommation. Globalement, le choix de la BNS fut une réussite pour ces trois dernières années.

Le contexte de l’abandon du taux plancher

La situation exceptionnelle de 2011 n’existe plus. Certes tout n’est pas rose, mais la crise de la dette, bien que présente encore dans de nombreux états, n’est plus une inquiétude essentielle. En outre, la croissance mondiale, soumise bien entendu à des soubresauts, donne des signes tendanciels positifs. De même, celle des Etats-Unis est manifeste.

À cette embellie, il faut ajouter la nécessaire prise en compte de la politique monétaire des zones économiques partenaires. Pour la Suisse il s’agit naturellement de la zone Euro. La probable intervention prochaine de la BCE, qui s’apprête à racheter de la dette publique, entraînera une politique expansive de l’Euro, ce qui n’est pas si mauvais pour la croissance européenne. Cependant, le maintien du taux plancher aurait obligé la BNS à s’aligner sur cette politique monétaire de la BCE ce qui, au vu des circonstances en Suisse, aurait pu amener une situation de surchauffe et d’inflation. Or le taux de chômage actuel laisse peu de marge de manœuvre pour une croissance supplémentaire qui impliquerait un besoin accru de main-d’œuvre, d’autant plus que la population à clairement manifesté, il y a peu, son agacement face à l’arrivée de travailleurs étrangers.

Pour résumé, le contexte est meilleur qu’en 2011, la Suisse connaît un taux de chômage faible et une croissance certaine. Cette situation permet dès lors à la BNS de revenir à son rôle premier : la maîtrise de l’inflation.

Les conséquences pour la Suisse

1597299_698458370176545_619368745_o.jpgConstatons pour commencer qu’en été 2011, le cours de l’Euro était à 1 :1. Il n’y a donc rien d’étonnant à un retour à ce taux « normal ». Comme dit plus haut, le cours à 1.20 était artificiel. Or la réalité reprend un jour ces droits. En outre, depuis 2011, l’économie suisse s’est déjà adaptée à une baisse importante du cours de l’Euro. Par exemple, le taux était à environ 1.6 en janvier 2010 et est tombé à 1.3 en janvier 2011, puis 1 avant le taux plancher. Cette chute était certes moins brutale, mais de la même ampleur. Elle s’est réalisée en quelques mois et dans un contexte plus difficile. Pour l’instant (jour de l’annonce de la BNS), la baisse de l’Euro est de 16%. S’il se maintient au cours actuel, nous pouvons envisager que l‘économie suisse s’adaptera, et ce, même s’il risque encore de baisser un peu. Naturellement, le cours libre va, à court terme, pénaliser l’économie suisse, notamment le tourisme et les exportations. Nous pouvons nous attendre à une perte de croissance et une hausse du chômage, mais pas d’une  ampleur  catastrophique et dans des proportions tout à fait gérables (bien que désagréable pour les personnes concernées). Notons qu’il n’y a pas, dans l’économie suisse, que de l’export et du tourisme d’une part ; et, d’autre part, rappelons que le BIT considère avec justesse qu’un taux de chômage de 5% est un taux « normal ». Précisons aussi que quelques difficultés apparaîtront probablement en zone frontalière (marché du travail, tourisme d’achat), toujours à court terme, mais que celles-ci peuvent être résolues par d’autres moyens que la monnaie. Nous pouvons espérer également quelques mesures structurelles pour les entreprises (par exemple en accélérant la mise en place de la réforme de leur fiscalité). À long terme, l’ensemble devrait se rééquilibrer, d’autant plus qu’avec l’abandon du taux plancher, la BNS à davantage de possibilités d’action.

Finalement, sans négliger la probable dégradation à court terme des conditions économiques en Suisse, il ne faut pas s'alarmer, car celle-ci devrait être provisoire, gérable et supportable. En outre, ceci nous rappelle que nous ne changeons pas, de manière durable, les fondamentaux d’une économie par un artifice monétaire.

* Philippe Paoly est gérant chez Meylan Finance, Lausanne,