01/09/2015

Conflits d'intérêts multiples dans la santé

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"L'instrumentalisation de professionnels par des études dites indépendantes est d'autant plus efficace si eux-mêmes n'en sont pas conscients"*

Dr Rainer Kaelin**

François Meylan

Nous notons, avec l'avènement des réseaux sociaux, un trend versRainer Kaelin.jpg plus de transparence. Aux Etats-Unis, depuis le 30 septembre 2014, les patients peuvent savoir si leur médecin a reçu des avantages de la part des fabricants de médicaments. Dans notre pays, cela devrait enfin entrer en vigueur en 2016. Mais la participation des pharmas ne sera que volontaire. Comme pour le financement des partis politiques totalement opaque en Suisse, qui sont pourtant des faiseurs d'opinions, un effort sérieux de transparence est indispensable à la survie de notre système. L'avenir de notre démocratie est en question. Nous ne saurions préserver la libre concurrence, la liberté d'entreprendre et la liberté de contracté sans la foi et la confiance dans nos institutions.

Le public perçoit les conflits d'intérêts des politiciens, lorsque ceux-ci défendent manifestement l'avantage particulier de leur prochaine réélection ou des lobbys  plutôt que le bien commun. Malheureusement, les conflits d'intérêts se cachent partout.

Au printemps 2013, le cardiologue Hiroaki Matsubara a dû démissionner de son poste universitaire à Kyoto, car il avait faussé les essais concernant une indication secondaire d'un médicament de Novartis. L'étude avait été utilisée pour la prolongation de vie du brevet, arrivé à échéance.

L'enquête mit à jour 34 falsifications. Le but de la supercherie était de "prouver" que le médicament Diovan de la firme bâloise était supérieur aux autres médicaments préventifs contre les accidents vasculaires cérébraux.

La faute du chercheur détourne l'attention de l'énorme pression qu'exercent les firmes sur la corporation médicale en général.

Nous retrouvons les mêmes conflits d'intérêts avec l'industrie du tabac. A ce titre, la convention-cadre sur la prévention du tabagisme de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) exhorte les Etats et les sociétés civiles à tenir compte des multinationales à l'origine du problème, qui sabotent les efforts pour le réduire. Les organisations de santé gagneraient en crédibilité par une position commune parfaitement transparente sur les intérêts des cigarettiers dans ce marché.

Et les médias seraient bien inspirés de servir la transparence par une communication complète des enjeux. Autrement, ils se feront, par naïveté ou méconnaissance de la matière, complices d'efficaces actions de promotion pour une industrie dont l'intérêt général n'a jamais été une considération.

 

*Extraits de l'article publié le mercredi 4 décembre 2013, dans les lignes économiques de Forum, sous la rubrique "Les invités", Le Temps.

L'intégralité de l'article disponible sur demande.

**Pneumologue et médecine interne, ancien vice-président de la Ligue pulmonaire suisse, membre du groupe tabac de la Société suisse de pneumologie.

Remarque : les jours suivants, cet article a été couvert largement par une émission sur les ondes de Radio Cité Genève.

26/05/2015

Un jalon supplémentaire vient d’être posé contre l’agrobusiness et Monsanto.

IMG_4521.JPG*Samedi 23 mai 2015, journée attribuée par quelques ONG à une marche mondiale contre Monsanto aura, sans aucun doute, été un jalon de plus posé sur l’autel de la liberté. La liberté contre une concentration de l’agrobusiness destructeur. Illustré par la firme américaine du Missouri Monsanto. Cette méga-manifestation annoncée dans trente-huit pays et quatre-cent vingt-huit villes a surtout servi aux lanceurs d’alertes – Greenpeace, Uniterre, Attac, Stop OGM, PANSWISS, les Verts, et autres citoyens – d’attirer la lumière sur un modèle de production industriel, intensif, réducteur qui ne demeure productif qu’à un coût énergétique, environnemental et social important. A Morges (VD) – ville de 15'000 habitants - où la multinationale a son quartier général pour l’Europe, l’Afrique et pour le Moyen-Orient, la manifestation a réuni 1500 manifestants. IMG_4738.JPG

Fait très rare voire sans précédent pour la cité qu’on appelle La Coquette.

Un autre débat soulevé par l’implémentation morgienne est celui de l’exonération fiscale durant dix ans. Accordée à la multinationale, il est vrai dans le cadre d’une systématique à tout va  par l’Etat de Vaud, lors de sa promotion économique de la décennie précédente.

 

IMG_4733.JPGDans cette constellation plus locale, le mouvement politique centriste, libéral et humaniste « Morges Libre » a interpelé le législatif morgien, en date du 26 novembre 2014. L’interpellation portait alors sur les questions suivantes :

 

1) Quelle est l’importance du siège morgien pour la firme américaine et quelles sont ses fonctions organiques ?

 

2) Une analyse du risque d’image et de publicité non souhaitée liées aux activités souvent très controversées de la firme a-t-elle été faite par le politique ou par une quelconque administration? Le cas échéant, pour quelles conclusions ?

 

3) Quelles sont les contributions en termes d’impôts et de créations d’emplois pour Morges et sa région de Monsanto International Sàrl ?

 

Ce n’est que le 18 février 2015, suite aux insistances répétées du président de Morges Libre, que l’autorité politique sollicitée répondit par une fin de non recevoir. Episode cocasse, c’est un élu du groupe Les Verts qui l’a signée.

 

IMG_4737.JPGSi Monsanto – leader de la production de semences génétiquement modifiées (OGM) et de produits chimiques hautement toxiques – cristallise l’irrespect pour le vivant, les scandales de santé publique, les politiques sous influences, le mépris pour le dur labeur de l’agriculteur, le dédain apparent de la santé des consommateurs, le suisse Syngenta – leader mondial des pesticides, les allemands Bayer et BASF – ex-producteurs des gaz d’extermination utilisés dans les camps de concentrations nazis, et les américains Dow et Dupont ne sont pas en restes non plus. A danger global et acteurs industriels globalisés, la réponse doit être dynamique et globale également. Dans notre pays, le Canton de Fribourg vient d’interdire sur son sol les OGM. Il est suivi par le Canton du Jura et les cantons de Vaud et de Genève discutent dans ce sens. Notons que notre pays est protégé par un moratoire sur les OGM jusqu’en 2017. Soit, seulement jusqu’à… demain. Nous pouvons être reconnaissants aux lanceurs d’alerte de samedi dernier. Poursuivons la mobilisation, celle des champs, celle de la terre et celle de la rue. Cette lutte de fond et de longue haleine l’emportera. Ces multinationales à la source ou répondant à la mal bouffe usent et abusent de la peur. A force de propagandes, d’avocats et de politiques sous influences, elles s’appliquent, avec virulence, à nous faire avaler – c’est le cas de la dire – que l’on peut consommer, sans risque, des poulets au chlore, de la viande aux hormones, des aliments OGM ou encore du saumon au bœuf. Elles ont le sens de l’histoire désormais contre elles. Les réseaux sociaux se mobilisent. La multiplication des canaux d’informations a ouvert le chemin. Le combat est gigantesque. L’Union européenne vient d’autoriser l’importation de 19 organismes génétiquement modifiés dont 11 sont brevetés par Monsanto.

 

A l’heure où sont récoltées les signatures en faveur de l’initiative populaire fédérale « Pour la souveraineté alimentaire, L’agriculture nous concerne toutes et tous », les questions agricoles – longtemps, reléguées au second plan des préoccupations citoyennes - tout comme Monsanto deviennent des dossiers chauds et incontournables.

*François Meylan

Président de Morges Libre

 

12/12/2014

Kobané, le dernier rempart face à la déshumanisation !

photo 4.PNGCette ville syrienne d’une quarantaine de milliers d’habitants – pour la grande majorité, des Kurdes – se défend héroïquement face aux attaques des troupes lourdement armées du pseudo Etat Islamique (EI).

Principalement, ce sont les femmes qui ont pris les armes. Elles ont ce mérite. Elles ont décidé de prendre en mains leurs destins et celui de leurs familles. Parce qu’elles connaissent le sort qui leur est réservé si Kobané tombe en mains des barbares. Le viol, l’exécution extrajudiciaire, l’esclavagisme ou celui d’être vendue pour une poignée de dollars.

Déjà, les photos de femmes décapitées pullulent sur la toile et sur les réseaux sociaux. Ce qui photo 2.PNGinterpelle aussi dans le courage de ces combattantes de fortune est qu’elles mènent un combat d’une symbolique toute libérale. Elles ne se battent pas seulement pour la liberté mais aussi pour la dignité humaine. Elles sont l’incarnation même – sur l’autel du sacrifice ultime – du combat libéral. Entre d’une part le collectivisme à œillères que le voisin turc, situé géographiquement dans leur dos, pratique pour des questions de dogme.

Le gouvernement d’Ankara ayant fermé ses frontières devant l’insoutenable, empêchant ainsi tout refuge. Il a ses raisons. Elles sont surtout politiques et bien entendu historiques. La question du peuple kurde – une quarantaine de millions d’individus – ayant le plus souvent été balayée d’un simple revers de main.

De l’autre côté, ce sont des mercenaires, des assassins et des « djihadistes » qui incarnent une froideur et une sauvagerie toute capitalistique. Il est évident qu’aucune religion n’a d’implication dans ces comportements criminels. L’islam politique ne saurait être, une fois de plus ou de trop, que prétexte. Dans le camp des hordes de l’EI qui encerclent la petite ville syrienne – de l’Est à l’Ouest en comprenant le Sud – on y trouve aussi des jeunes Occidentaux… Bien de chez nous !

Kobané.jpgCes « égarés » de notre société occidentale consumériste et décadente – à la recherche d’un sens, d’un trip ou que sais-je – sont allés battre le fer avec ces mamans et ces jeunes filles. Nos fils nantis sont partis participer à cette sauvagerie déshumanisée… honte à nous !

Le tout est financé par des individus arrogants. Ils couvrent des intérêts financiers particuliers. On en côtoie les mandants dans les quartiers résidentiels de Karachi, dans l’agglomération de Londres, en Espagne – en train d’acheter  un club de foot - ou encore… à la rue du Rhône, lors des fêtes de Genève. Eh oui c’est chez nous !

photo 3.PNGOn note, dans cette manière de financer et de mener ces guerres d’un nouveau type, des similitudes avec les méfaits du capitalisme sauvage de prédation. Celui qui est exercé, à la barbe des gouvernements et des collectivités, par des multinationales et des « capitaines » d’industrie – mercenaires – sur le socle de la déshumanisation. On cannibalise le marché du travail. Le capital remplace le facteur humain. D’un côté, on consomme de l’humain sous toutes ses formes. De l’autre on coupe des têtes. On se basant sur les mêmes études en communication. Le marketing est une arme. Si l’avarice est la fille aînée du mal, l’intelligence sans amour est le mal. Et à coup sûr le mal tente de s’emparer de Kobané. Ses combattantes sont autant de maillons forts. Elles vivent. Elles se révoltent. Elles sont libres… elles sont dignes !

Montrons nous aussi que nous sommes encore vivants et libres. Soutenons les femmes de Kobané. photo 1.JPG

Le philosophe Sénèque les applaudirait en ces termes :

« Le courage mène aux étoiles… la peur à la mort. »