07/04/2021

Faut-il subventionner la presse ?

8AAFC795-232C-42A2-8141-97FDB367A50D.jpeg*La question est revenue cette semaine, suite aux nouvelles manœuvres de rachats de médias par d’autres. La réponse est bien entendu non. À contrario de l’agriculture - secteur stratégique par excellence - et de l’autonomie de notre pays à nourrir sa population en cas de crise, la presse est un produit de consommation comme un autre. Qui doit entreprendre et vivre ses remises en question et ses restructurations. Comme l’ensemble des activités économiques, par ailleurs. La subventionner avec les deniers publics directement ou indirectement ce serait abuser du contribuable mais aussi assoir certains de nos rédacteurs en chef et journalistes dans un oreiller de paresse. À se scléroser et pour certains à continuer à ne pas vouloir entendre. Ne pas vouloir entendre que comme faiseurs d’opinions ils doivent être à l’écoute et au service du lecteur et non le contraire. Que des journalistes moralistes ou qui s’autorisent à penser ce que la masse devrait penser on en veut pas. Que des placeurs de produit ou des rédacteurs en chef en quête de vedettariat encore moins. De la presse qui noircit du papier sur de la polémique, du scoop, en communiquant des émotions au lieu d’informer... très peu pour nous. Quand aux cris d’alarme du principal syndicat des médias qu’est Syndicom sur l’atteinte à la diversité de la presse qui serait le préalable à une information riche, utile et objective... que ni ni. Dix journaux qui utilisent les mêmes sources, qui font du copier / coller et qui pour rester dans la meute traitent de la même actualité et avec les mêmes angles offrent moins que deux seuls journaux qui font du vrai travail d’investigation et qui ne se sont pas éloignés de la Charte de Munich - pierre angulaire du journalisme - à savoir la recherche de la vérité !

*Publié le 20 avril 2018 dans « Les Libéraux. »

06/04/2021

Le marché de la dernière demeure est encore méconnu sous nos latitudes

service corporation international,sci,marchés funéraires*Il y a près d’une quinzaine d’années, alors que je travaillais dans une grande banque de la place, un client, patron de pompes funèbres, avait répondu à mon collègue spécialiste des crédits qui semblait faire la fine bouche : « Cher Monsieur qui étudiez mon bilan, je peux vous assurer que demain j’aurais encore des clients. On ne peut pas en dire autant en ce qui vous concerne ! » Il avait raison. Pourtant, qui va investir dans le marché au combien rentable des services funéraires, à part les initiés ? **La mort fait partie intégrante de la vie. Et elle représente la dimension la plus démocratique de notre société. Nous sommes tous égaux face à elle et elle constitue bien la seule certitude de notre existence. A présent, dans une société occidentale et consumériste qui la cache il ne vient à l’idée de personne – ou presque – de dire à son banquier : « Monsieur le Banquier, j’aimerai investir sur le funéraire.»  Pourtant, c’est un marché comme un autre. Autrefois pris en charge en France par des acteurs publics et notamment la Société des Pompes funèbres générales au 19ème siècle, le secteur est libéralisé depuis 1993. C’est le cas dans la majorité ses pays développés. Si on y rencontre une multitude de petits et moyens acteurs privés avec un ancrage territorial fort, le marché tend à se concentrer autour d’acteurs nationaux majeurs tels que Funécap et OGF. Si en Suisse nous ne connaissons pas d’acteur majeur qui soit coté à la bourse, en Angleterre (Dignity), en Espagne (Funespana), en Australie (InvoCare) ou encore en Chine (Fu Shou Yuan International) des sociétés de pompes funèbres sont listées. Une fois de plus, c’est aux Etats-Unis où le marché est le plus rentable. Si on ose parler ainsi. Le cours boursier de l’entreprise Carriage Services s’est apprécié de 100 %, au cours de la dernière décennie. Les accidents boursiers de 2013 ; de 2015 ; de 2018 ou encore le krach pandémique n’ont pas altéré l’action.
867AC913-E51B-4F07-A43E-391C4F0F95E7.jpeg**La palme revient, à n’en pas douter, à Service Corporation International (SCI), ISIN : US8175651046, qui a vu son cours s’apprécier, sur la même période, de plus de 400 %. Le cours de l’action passant de 10 dollars à 53 dollars ! De quoi rivaliser avec les GAFAM (Google – Apple – Facebook – Amazon – Microsoft), avec l’intelligence artificielle ou tout autres domaine à forte croissance. Par ailleurs, l’histoire boursière est parsemée d’une grande quantité d’anges déchus tant dans les domaines liés à la haute technologie qu’aux modes. En effet, rien ne nous assure que Facebook sera encore leader demain. Ni qu’une nouvelle technologie ne viendra pas détrôner Apple. Pour ça, il suffit de constater le nombre d’entreprises high tech qui ont disparu depuis 1990. A contrario, l’intemporalité de la clientèle des décédés tranche avec l’éphémère des modes de consommation. Ce qui fait dire à François Normandin, chargé de cours, formateur et professionnel de recherche à HEC Montréal que les services funéraires sont une industrie vigoureuse. Comme pour tout secteur commercial, cette industrie traverse des phases de concentration et doit continuellement évoluer. Côté concentration, ’un des acteurs majeurs des rachats effectués ces dernières décennies tant aux Etats-Unis qu’en Europe – Suisse incluse – est Service Corporation International (SCI) qui a près de 20% du marché nord-américain. SCI a été fondée en 1962.  Depuis on siège, à Houston au Texas,  le géant emploie plus de 20'000 collaborateurs, pour un chiffre d’affaires de plus de 3,4 milliards de dollars et un résultat net de 456 millions de dollars.

service corporation international,sci,marchés funéraires**Côté adaptation, les mœurs évoluent. Les familles endeuillées préfèrent de plus en plus la crémation comme méthode de disposition des défunts. Le service funéraire commun au sens catholique romain n’est plus la norme. Ce qui pourrait laisser penser à une érosion des revenus. Hors, il n’en est rien. La cérémonie funéraire, à notre époque laïque et multiculturelle, s’est ouverte à la personnalisation. Et celle-ci a un prix. La journaliste Perianne Boring, dans son article « Death Of The Death Care Industry And Eternal Life Online » nous apprend qu’aux Etats-Unis une cérémonie qui pouvait coûter en moyenne 700 dollars en 1960 coûtera aujourd’hui entre 8000 et 10000 dollars. Soit une augmentation de 1300 % ! Des urnes et cercueils biodégradables à la numérisation du souvenir du défunt, les exigences de la clientèle augmentent.  Pour y faire face, les fusions et acquisitions sont de mise comme une grande souplesse. Le marché s’adapte. Il rencontre aussi ses défis et ses opportunités. De plus, il est caractérisé par une visibilité à court, à moyen et à long terme. Tout le monde ne peut pas en dire autant. 

*Éditorial du journal en ligne Wealth Gram, avril 2021, auteur François Meylan

** Photos prises à Barcelone, auteur François Meylan 

21/03/2021

Les budgets de la défense ont encore de beaux jours

437EDC61-CD61-40D1-9BF3-EB7C9A54FC48.jpeg(1) Retour en force des États. Comme dans toute crise sécuritaire - conflit armé, violence politique, pandémie -, les États voient leur rôle renforcé, y compris dans les démocraties les plus libérales.
À court et moyen terme (1-2 ans), tous les gouvernements, qu’ils soient autoritaires ou non, chercheront à assurer la sécurité de leurs populations, y compris par des mesures susceptibles de remettre en cause certaines libertés individuelles. Comme le succès actuels proposés par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) le montre bien, un accroissement du rôle de l’Etat dans l’économie ne signifie pas la défaite des grands acteurs privés, en premier lieu ceux du numérique qui ont tiré profit du confinement et de la généralisation du télétravail, de la télé médecine ou de la télé éducation. Il est probable que, comme à la suite des attentats du 11 septembre, les populations acceptent dans leur majorité des atteintes significatives à leurs libertés . Et dans l’éventualité d’une résurgence du djihadisme, une sorte « d’état d’urgence permanent » pourrait même s’installer et s’inspirer du cas israélien.

Politique de puissance et risques de dérapage

62426A7D-93D0-4937-A1B4-4611DF72898F.jpegTous les États ont dû faire appel à leurs forces de sécurité et en particulier à leurs forces armées pour faire face à une situation d’urgence. Partout, les militaires ont dû se protéger contre le virus et continuer à s’entraîner pour, le cas échéant, démontrer à n’importe quel adversaire leurs capacités. Au plus fort de la pandémie, cela s’est traduit par une augmentation du nombre d’exercices et de démonstrations de force.
Certains acteurs ont ainsi profité de la concentration de la Communauté internationale sur la pandémie et de la réduction de la capacité d’intervention des grands États pour avancer leurs pions, que ce soit en Méditerranée orientale, en Libye ou encore en mer de Chine méridionale. Fin avril 2020 et en pleine pandémie, les dernières données sur les dépenses militaires mondiales ont été publiées (2).
Leur total s’élevait pour 2019 à 1917 milliards de dollars ! Soit une augmentation annuelle de 3,6% par rapport à l’année précédente. C’est la plus forte augmentation depuis 2010. Cinq États à eux-seuls concentrent 62% des dépenses : les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie et l’Arabie saoudite. Pour la première fois, deux États asiatiques figurent dans le tiercé de tête. Ce qui peut également être significatif d’une certaine vigueur économique. En Europe et contrairement aux idées reçues, les dépenses militaires de l’Allemagne ont augmenté de 10%, pour atteindre plus de 49 milliards de dollars. Notons qu’il est question de la première puissance économique de l’Union européenne (UE).


1) Reproduction partielle et adaptation d’un texte du Service de renseignement militaire (SRM) de l’Armée suisse publié dans la Revue Militaire Suisse (RMS), Numéro 06, 2020

2) SIPRI, Military Expenditure Database : https://www.sipri.org/databases/milex (lien actuel)