09/03/2021

Investir dans l’économie du savoir !

palantir,thales,meylan finance,Économie du savoirSi le marketing a bien régné sur ces deux dernières décennies économiques, l’économie du savoir est en passe de prendre le dessus. Demain, l’intelligence économique produira le renseignement clé qui fera gagner. Pour Alain Juillet, ancien patron de la DGSE - les services de renseignements extérieurs français, l’intelligence économique sera incontournable pour les succès entrepreneuriaux de demain. Ladite intelligence se développe en trois phases : la constitution du dossier; la veille stratégique et le dessous des cartes. La dernière étape est animée par les signaux faibles. Ce qu’on ne nous dit pas. Ce qui permet de décider à temps et pour gagner. L’intelligence économique permettant, selon les experts, de réduire le risque d’erreur lors de la prise de décision à 20%. Sans cela, ce serait du 50 - 50. Les leaders les plus brillants ayant fait la différence jusqu’alors grâce à leur intuition. Celle-ci étant le fruit de l’expérience. Le passage de l’ère du « marketing roi » à « l’intelligence économique » ou à la l’économie du savoir s’accompagne par un changement de paradigme majeur : avant, il fallait chercher l’information alors qu’aujourd’hui elle nous submerge. C’est tout le défi. La trier; la stocker; la laisser coïncider et l’exploiter à temps. C’est là qu’intervient le besoin de grandes quantités de stockage. Le cloud, le Customer Relationship Management (CRM) - avec des entreprises telles que SAP; Oracle ou Salesforces - l’édition logicielle spécialisée dans l’analyse et la science des données, communément appelé « Big data » ou métadonnée font déjà partie de notre environnement quotidien. Pourtant, nombreux sont ceux qui ne l’ont pas encore réalisé. L’automne dernier, l’entrée en bourse réussie, avec une hausse de 500%, du champion de l’analyse de la métadonnée l’américain Palantir a bouleversé les consciences. Une fois de plus, la « vieille »  Europe a été prise de vitesse. L’économie du savoir apparaît de plus en plus comme le nouvel eldorado. La connaissance est une chose. Le savoir en une autre. Savoir ce que vont faire nos concurrents, dans l’espace comme dans le temps est une activité systématique et très dynamique. Des entreprises comme Palantir permettent de traquer les terroristes; de prévenir la criminalité à l’image du film hollywoodien « Minority Report »; déceler l’apparition et la localisation des souches de coronavirus ou encore faire économiser des millions de dollars au Programme alimentaire mondial (PAM). Les services de renseignement français ont eu recours au spécialiste américain dans le traitement et l’analyse de grandes quantités de données, à la suite des attentats du 13 novembre 2015 (Bataclan et les terrasses de Saint-Denis qui ont fait 130 morts). Le contrat d’une durée initiale de trois ans a été sans autre renouvelé. Et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) d’expliquer qu’en absence d’alternative française, Palantir - entité elle-même fondée à la suite des attentats du 11 septembre, avec le soutien de la CIA - demeure privilégié. Ce qui n’est pas sans poser des questions cruciales pour la sécurité nationale de chacun et pour la bonne santé de nos entreprises. Va-t-on laisser nos métadonnées et leurs exploitations dans les mains d’entreprises si proches d’intelligences qui se livrent sans compter à l’espionnage économique ? Pour le PDG de Thales, leader français de l’aérospatial et de la défense, Patrice Caine, une version française de l’outil développé par Palantir est possible dans un horizon de deux ans. Mais pas sans le soutien de l’État. En effet, Caine estime que l’enjeu économique est très faible. Le contrat signé avec la DGSI ne porterait que sur quelques millions d’euros. Notons que dans l’Hexagone, des acteurs tels que Dassault Systemes et Soprano Steria sont à même eux-aussi d’entrer dans le jeu. Tout comme l’italien Leonardo. Ou encore le britannique BAE Systems pour ne citer que ceux-ci. Il est fort possible que Patrice Caine sous-estime le potentiel du marché de l’analyse de la métadonnée. Tant celui-ci parait infini. Comme pour internet, une application qui semble en premier lieu réservée à des fins militaires et de sécurité peut bouleverser durablement l’économie et nos vies. Notons que Palantir n’a pas attendu pour transposer sa maîtrise de l’économie du savoir de l’institution au secteur privé : Airbus; Fiat; Credit Suisse; Sanofi; Merck, entre autres, sont clients. Ensuite, il y a l’enjeu de la souveraineté et de l’autonomie de l’État. Il est certain que l’époque du désarmement moral; de l’exhibition; du narcissisme et du voyeurisme va laisser place à une période plus triviale. Celle de l’exploitation et de la commercialisation des métadonnées que nous avons nous-mêmes produites. L’économie du savoir laisse entrevoir des domaines d’applications qui paraissent déjà infinis. Après Palantir, ce sera Thales puis d’autres et encore d’autres. Aucun État ni aucune grande organisation ne pourront rester à l’écart de ce nouveau monde. 

30/01/2021

Le Forum des 100 a-t-il coulé l'Hebdo ?

IMG_3096.PNGJe suis de ceux qui croient que le défunt magazine a souffert d’un problème de positionnement.

L’Hebdo… « Il était bon pour la tête », voici comment a été présentée la dernière édition du magazine romand, le 3 février 2017. Néanmoins, nous sommes probablement plus nombreux qu’il appert à ne pas pleurer le média qui n’est plus.

Force est de relever la page importante qui se tourne – 1981 à 2017. De souligner également tout ce que L’Hebdo a apporté aux générations précédentes. De noter aussi le nombre de journalistes aujourd’hui connus ayant passés par la rédaction sise au Pont Bessières 3, à Lausanne. Pourquoi au-delà de l’émotion légitime et compréhensible des premiers intéressés L’Hebdo ne manquera pas plus que cela dans le paysage médiatique romand ? Simplement, parce que son positionnement était devenu illisible.

Le magazine s’était, au cours des années, éloigné du journalisme d’investigation. De la recherche objective et impartiale de la vérité. Hors, il n’y a rien à gagner dans la galaxie de la grande consommation d’informations de masse, d’informations furtives, d’informations éphémères non pertinentes et même parfois non éprouvées. Le copier / coller, le diktat de la pensée unique et l’absence de valeur ajoutée ne constituent pas un créneau porteur. Cette constellation est déjà occupée par les réseaux sociaux et le tout gratuit tel que le quotidien « 20 Minutes », pour ne mentionner que lui. Et, on n’a plus besoin d’un magazine payant pour choisir son vin, sa terrasse au bord du lac ni pour se forger une opinion politique.

Pourtant, Dieu sait combien de fois beaucoup se sont posé la question : faut-il encore acheter L’Hebdo, malgré son idéologie unilatérale orientée. Et démontrer édition après édition, une incapacité voire une absence de volonté à se remettre en question. Comme disait l’autre : « Finalement, ce n’est pas la critique même des valeurs auxquelles l’on est profondément attaché, mais bien le constat que l’ouverture intellectuelle est absente chez ceux et celles qui à longueur d’année tentent de vous prouver votre obscurantisme. »

Même les petites annonces « Coquins, câlins, malins… » n’avaient plus la cote. Lire également l’article de Jacques Guyaz pour Domaine Public. Celles-ci avaient largement contribué à l’engouement, jadis, pour l’hebdomadaire. Elles étaient réputées à la fois pour leur sérieux et pour leur touche d’humour. Les sites de rencontres en ligne ont eu leur peau.

Et qu’en est-il du pompeux « Forum des 100 ?» Dont l’arrogant slogan était : « La rencontre de ceux qui font la Suisse Romande. » Merci pour les autres ! Cette manifestation devenue référence pour une minorité aura, sans aucun doute, fini par couler L’Hebdo. Tant son parfum de cooptation, à la sauce élitiste et limite jet-set ne pouvait qu’éloigner d’avantage une part très significative de son lectorat. Celui-ci ne se reconnaissant pas dans cet évènement bling-bling qui vous envoyait au visage : « Vous n’êtes pas in alors vous êtes out ! »

En agissant ainsi, le magazine a généré le désintérêt du plus grand nombre au lieu de fédérer et de garder une base clientèle solide. Je l’ai écrit récemment dans les colonnes du quotidien « Le Temps », la posture de la rédaction a probablement fait autant de dégâts que l’avènement du numérique.